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Full text of "Revue celtique"

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REVUE CELTIQUE 



Digitized by the Internet Archive 

in 2010 with funding from 

University of Ottawa 



Iittp://www.arcliive.org/details/revueceltique30pari 



yj\ FONDÉE f I 

^^ PAR W 

/^y H. GAIDOZ ^ 

T 1870-1885 V-^ 

^^ PUBLIÉE SOUS LA DIRECTION DE V'tA 

'' H. D'ARBÔIS DE JUBAINVILLE 

Membre de l'Institut, Professeur au Collège de France 
AVEC LE CONCOURS DE 

E. ERNAULT J. LOTH G. DOTTIN 

Professeur à l'Université Doyen de la Faculté des Professeur à l'Université 
de Poitiers Lettres de Rennes de Rennes 

ET DE PLUSIEURS SA\ANTS DES ILES BRITANNIQ.UES ET DU CONTINENT 

Secrétaire de la rédaction : J. Vendryès, chargé du cours de grammaire comparée 

à la Sorbonne. 



Année 1909. — Vol. XXX 



Pr©f Or. Th.BAAOËR 

GROfcSBfcf.KSCHEWKG t ii 



«■' /R^ 




PARIS 
LIBRAIRIE Honoré CHAMPION, ÉDITEUR 

5, Q,UAI MALAQ.UAIS (6^) 
1909 



Toute demande d\ihoiuiciiieiil doit être Licroinpdirucc de soi iiioiitiint eu un chèque 
ou umudtit de poste au uoiu de M. Honore Chanipiou. 



Tous droits réservés. 



581484 



QUESTIONS DE GRAMMAIRE 
ET DE LINGUISTIQUE BRITTONIQ.UE 



I 

La particule verbale' w-(rv-) ex gallois, corniq.ue et breton 



GALLOIS MODERNE 

La particule ry- d'un emploi déjà très restreint dès le 
xiv'= siècle, disparaît à peu près aux siècles suivants. 

Les grammaires du xvr siècle de Groffith Roberts et de 
J.-D. Rhys n'en disent rien. 

Celle de Edeyrn Davod aur ou plutôt de Willimn ab Ithel ', 
car les passages concernant cette particule sont entièrement du 
compilateur, après quelques remarques judicieuses sur le sens 
et l'emploi de ry- (v. ci-dessus, t. XXIX, p. i), soutient que 
la particule -yr, y n'est autre chose que la particule ry- ren- 
versée (v. plus bas, particule yr, _y). Richards y voit une 
abréviation du verbe giurug ! (v. ci-dessus, t. XXIX, p. 7). 

Les grammaires modernes de Rowlands, tout dernièrement 
d'Anwyl, sont muettes sur ce sujet. 

Consultons l'usage. 

Il faut d'abord écarter les recueils de proverbes. La Sagesse 
des nations puise, comme on le sait, à toutes les sources et 
s'inquiète peu des époques. Le OU synwyr peu kambero ygyd 

I. Sur cette compilation, v. J. Loth, Métrique g ail., I, p. 12 et suiv. 
'Tievue Celtique, XXX. i 



2 /. Lolb. 

(Toute la sagesse de la tête d'un gallois réunie) de Sales- 
bury (1546) réédité par Gwenogfryn Evans en 1902, nous 
donne naturellement quelques exemples de ry-, archaïques '. 

a ryborth y gath porthet lygot. 

« Qui nourrit le chat, qu'il nourrisse les souris. » 

ryoas rywclir 
« Trop de haine se voit. » 

y neb ac rwoslio e hun, a baw y coroner. 

« Qui se vantera lui-même, qu'on le couronne de boue. » 
Il est très possible qu'ici ry ait le sens intensif : « Qui se 
vantera trop... » En revanche, la pré£ice de Salesbury, en gal- 
lois, ne contient pas un seul exemple de ry- ; il y en a, natu- 
rellement, comme à toute époque, de l'emploi de la formule 
ar a, or a dont nous aurons à nous occuper plus bas. 

Ni les œuvres de Morgan Lhvyd {Llyfr y tri aderyu, 1653 ; 
cf. ses œuvres éditées en 1899), "i ^^ poésie, ni la prose, 
depuis le xvii'= siècle jusqu'à nos jours, ne nous donnent, à 
ma connaissance, d'exemple de ry- (un ou deux exemples 
discutables). 

B 

CORNiaUE MOYEN 
1^ Rc AVEC LE PRÉTÉRIT PRIMAIRE. 

CoRNiSH Dramas : O. m. {Origo Muiidi) : 

87 : Tv ;■//;// gruk pur haval thys, 

« Tu m'as fait tout semblable à toi. » 

249 : Ogh tru, tru, ny rc behas 

ha redorras an dyfen ; 
a debel venyn heb ras 
ty rum loi las sur hep ken. 

1. On V trouve des apliorismcs du Livre Noir. 



Questions (le i;niiiiiii(iire cl de linguistique hrittoiiiqiu 



y wor the wyr: Dev an tas 
re sorras dre wyth benen. 

« Hélas, chose lamentable, nous avons péché et enfreint la 
défense; ô méchante femme sans grâce, tu m'as trompé sûre- 
ment sans raison Je le sais vraiment. Dieu le père est 

irrité par l'œuvre d'une femme. » 

281 : Ty re ganiwruk eredy 

ha reii dros the vur anken 

« Tu as mal agi et l'a amené (ton mari) à une grande 
angoisse (quand tu lui as fait manger du fruit de l'arbre). » 

386 : an sarf f2 ruk ovthoIJa, 

« Le serpent m'a trompé (ma tromperie, mon tronipci a 
Jaii). » 

420 : gvlan ef re gollas an plas 

« Complètement il a perdu la place. » 

424 : pan wruge dres ov dyfen 

fest yn tyn ef niin sorras 

(( Lorsqu'il a agi contre ma défense, gravement il m'a 
irrité. >.) 

487 : my re hredyrys gui prat 

« J'ai songé à un artifice. » 

564 : heyl syr arluth Lucifer, 

my re gerhas thys the dre 
mab Adam. 

« Salut, seigneur Lucifer, voici que j'ai été te chercher le 
fils d'Adam. » 

852 : fest pel my roi servias et 

« Bien longtemps je l'ai servi. » 

1087 : agangorhel re nygyas 

« Notre vaisseau a flotté. » 



4 /. Lotb. 

II 43 : nys guelaf ov trenyge 

hy regafas dyhogel 
dor dyseghys yn nep le 

« Je ne la vois pas voler; elle a trouvé sûrement quelque 
part un terrain desséché. » 

1954 : my re welas ym hunrus 

athyragof el dyblan. 

« J'ai vu en songe, devant moi, un ange brillant. » 

2243 : yn ketella ty re luriik 

ha theworth Urrv rcthuh 
y un wrek 

« C'est ainsi que toi tu as tait, et tu as enlevé à Uri son 
unique femme. » 

2345 : my re i'fîiv/i termyn hyr. 

« J'ai vécu un long temps. » 

2429 : Ov arluth ker my rebue 

yn cyte fast ov kelweJ 
the vysterndens. 

« Mon cher seigneur, j'ai été dans la cité appeler d'une 
taçon pressante tes architectes (j'ai été appelant). » 

2569 : my re luruk y vusure 

« Je l'ai mesuré. « 

2825 : a tus vas, why re welas 

fetel formyas Dev an tas 
nef ha nor 

« Eh bonnes gens, vous iwtz vu (vous venez de voir : c'est 
à la fin de la représentation) comment Dieu le père a formé 
le ciel et la terre. » 

Cf. dans le même drame : 288, 347, 920, 1863, 2073, 
2136, 2336. 



Questions de grammaire et de linanistique brittonique. 5 

P. D. (Passio Doiiiini) : 

149 : han meystri bras ol ambo 

m y ren collas quyt dretho 

« Et toute la grande souveraineté que j'avais, je l'ai entiè- 
rement perdue par lui. ^> 

154 : refethasan fais ievan 

hythyv ter gwyth, 

« Il a vaincu le diable perfide aujourd'hui trois fois. )^ 

167 : the das ker 

ren danvonas theth servye 

« Ton père chéri nous a envoyés pour te servir. » 

363 : ... Ihesu an guas prout 

re luruk re maystry yn dre 
hagh ef thyn re leverys 

«... Jésus, l'orgueilleux, a fait trop le maître dans la 
ville, et nous a dit. » 

376 : ef ;r ihysiuruf; an marhas 

« Il a détruit le marché. » 

520 : homma gans daggrow keffrys 

res golhas ' vn surred}' 

« Celle-ci, en versant des larmes, les a lavés (les pieds du 
Christ) sûrement, » 

526 : ham pen ol hy mm nras 

« Et toute la tête elle m'a oint. » 

5 5 1 : the fay rciunik the sawye 

« Ta foi t'a sauvé. » 

737 : onan ahanough haneth 

mm giterthas thom yskerens 

« Un de vous ce soir m'a vendu à mes ennemis. » 
I . Le texte porte res holhas. 



6 /. Lolh. 

759 : tv reu leverxs ludas 

« Tu l'as dit, Judas. » 

1027 : o\v colon re seth yn claf 

o\v clevas the lavarow 

« Mon cœur est devenu (allé) malade en entendant tes 
propos. » 

1 107 : ty re dut h sur 

ras; o\\ «uerthe 

« Tu es venu sûrement pour me vendre. » 

1171 : Why r^ thuetb thym gans arvow 

« Vous êtes venu à moi avec des armes. » 

1246 : p\e re seth the thyskvblon 

« Où sont allés tes disciples ? )^ 

1325 : del v\v, ty reu levervs 

« Comme c'est, tu l'as dit. » 

1493 : why rc leverys ow bos 

« Vous avez dit que je le suis (fils de Dieu). » 

1 5 18 : rag ow querthe Crist thywhy 

me re peghas marthys mur 



ye, mar vur me re peghas 
ow querthe Crist, 

" Car en vous vendant le Clirist, j'ai péché d'une façon 
étonnamment grande; oui, si grandement j'ai péché en ven- 
dant le Christ... » 

1648 : Cayphas r^ /r)T^/7)'5 thywhy 

a thos the lerusalem 

« Caïphe vous a demandé (c'est le messager qui parle) de 
venir à Jérusalem. » 

181 1 : me ren cussullyas myl wyth 

« |e l'ai conseillé mille fois. » 



Oiii'sliolis de oraniijiiiiir cl de Vun^uisiujuc hril/oiiiqiic. 7 

1852 : Why rc thros thym an den ma 

« Vous m'avez amené cet homme. » 

21 91 : rak henna neb am guerthas 

mur the voy eî re peghas 

« A cause de cela, celui qui ,m'a vendu, d'autant plus 
grandement a péché. » 

2253 : rum fey. Pilât re sorras 

« Par ma foi. Pilât est fâché. » 

3041 : ogh my rebne boghes coynt 

« Hélas, j'ai été peu malin. » 

Cf. : 380, 718, 746, 803, 884, 1095, iioo, 1262, 1342, 
1402, 1505, 1585, 1686, 1701, 1723, 1843, 1995, 2019, 
2034, 2204, 2424, 2508, 2609, 2618, 2692, 2695, 2992, 
3091, 3108. 

R. D. (Resunectio Doininî) : 

174 : ty re gleiuas agan lef 

« Tu as entendu notre voix. » 

473 : me re thiteth theth confortye, 

« Je suis venu pour te réconforter. » 

5 1 1 : mey fe, me re goskas pos 

ha riun kemerns drok glos 

« Ma foi, j'ai dormi d'un sommeil lourd, et une vive dou- 
leur m'a pris. » 

1026: e{ re thassorgha s hythyv 

« Il est ressuscité aujourd'hui. » 

1272 : lemmyn ef ;r tbassorhas 

« Maintenant il est ressuscité. » 



8 /. Loib. 

1280 : Dasserhy sur eï a wrnh 

ha mur a peynys re thiik 

« Il est sûrement ressuscité (ressusciter il a fait) et beaucoup 
de peines il a supportées. » 

1645 : an emprour rem danvonas 

« L'empereur m'a envoyé. » 

2505 : henna a Edom re thiieth 

« Celui-là d'Edom est venu. » 

2620 : lemmyn thys me re dene 

« Maintenant, à toi je suis venu. » 

2628 : ty refue fest lafur bras 

« Tu as eu (à toi fut) beaucoup de tribulations. » 

2631 : a tus vas, why re welas 

a thasserghyens Cryst del fue 

« Bonnes gens, vous avez vu (vous venez de voir) en ce qui 
concerne la résurrection du Christ, comment elle a eu lieu. » 

Cf. 137, 399, 523, 721, 789, 1040, 1044, 1097, 1231, 
1536, 1569, 1840, 2092, 22 II, 2271, 2488, 2517, 2622. 

Pascon : 48. 3 : 

rag an termyn re deve 

« Car le terme est venu. » 

ICI. I : y meth Crist an kueff colon 

pur wyr îe relcverys 

« Dit le Christ, au tendre cœur : tu as dit la pure vérité. » 

loi. 4 : pythywen drok reiurussys 

« Quel est le mal que tu as fait ? » 

10 1. 4 : g wyr re gewsys 

« Tu as dit vrai. » 



Questions de grtvnimaire et de linguistique brittonique. 9 

92. 2 : y ret flamyas 

« Ils t'ont blâmé. » 

Cf. : 72. 2; 104. 2; 123.4; 115- 2; 80. 3 ; 24s. 3; 246. 
2, 3; 192. 4. 

Il n'est pas inutile de remarquer que Pascoii est surtout 
narratif : c'est un exposé de la Passion. 

B. M. (Bevnans Meriaseli) : 

212 : lemmyn grâce an spyrys sans 

re ivoloîvays ov skyans 

« Maintenant la'grâce du Saint-Esprit a éclairé mon e.sprit.» 

234 : me redeth omma defry 

« Je suis venu ici assurément. » 

364 : ly rum grnk vy morethek 

« Tu m'as rendu (fait) triste. » 

1038 : ny ren ivelas sur heb wov 

« Nous l'avons vu sûrement, sans mentir. » 

1067 : omma me re poweseys 

« Ici, je me suis reposé. » 

1094 • ^^ nien re ruk inclynya 

« La pierre pencha (pencher fit). » 

II 18 : lues den eff re Jathays. 

« Beaucoup de gens, lui il a tués. » 
1364 : me revne ree cruel 

« J'ai été trop cruel. » 
1580 : molothov me rumbuc 

« Des malédictions, moi j'ai eues. » 
1587 : moy me reruk kuntel 

« J'en ai rassemblé davantage. » 



10 /. Loth. 

623 : in Kernow. . . 

thcth desyr ty redufa 

« En Cornwall, suivant ton désir, tu es arrivé. » 

3848 : Christ thym rc dros ov skvans 

« Le Christ m'a ramené mon esprit. » 

■ 2156 : ran in kerth reruk feva 

« Une partie d'entre eux s'est enfuie. » 

Cf. 730, 802, 990, 1167, 1304, 1432, 1495, 1568, 1583, 
1590, ^^75. 3370. 2240, 3056, 3102, 3818, 527, 2700, 
2899. 3995, 650, 1930, 3428, 2229, 1847, 2143, 2265. ' 

Giureans an h\s (commencement du xvii^ siècle) : 

852 : ogh ogh. trew, ny re behas 

ha re dorras an dyfen 

« Hélas, hélas, triste chose, nous avons péché et enfreint 
la défense. » 

855 : ty raiii tu lia s ve 

« Tu m'as trompé. » 

II 19 : te roiii hifhas 

« Tu m'as tué (dit Abel au moment où il est h'appé). » 

2135 : eave regollas der avall 

an place gloryous 

« Il a perdu par une pomme la place glorieuse. » 

221 3 : rag cola orth udn venyn 

glane ef regollas an place 

« Pour avoir écouté une femme, il a complètement perdu 
la place. » 

Cf. 1201, 2006. Ce sont les seuls exemples que j'aie rencon- 
trés dans ce drame. 

Si, régulièrement, re avec le prétérit a la valeur de notre 
passé indéfini français et indique aussi une action à son 



Questions iJe i^riHiDiKiirr cl lie liiiiriiisliijue hyilloii'ufue. ii 

point terminal au moment où on se place, sa présence pour 
cette signification n'est pas toujours nécessaire : 

P. D. 1723 : Y vos ef rc. Jeverys 

« II a dit qu'il l'était. » 

1723 : d a Jeverys yn weth 

« Il a dit aussi. » 

2000 : guyr a leversys certan 

« Tu as dit certainement la visite. » 

2804 : an pyth a scrifys scrifis 

« Ce que j'ai écrit, je l'ai écrit (est écrit). » 

R. D. 1840 : an corf hepar 

ef rc thyswruk 

« Le corps sans pareil, lui l'a.détruit. » 

1974 * ^^^ '^" harlot a thysurnk 

an keth map ol ûgan gruh 

« Car le fripon a détruit le même Fils qui nous a tous 
faits. » 

2488 : Pyv henna... 

reihiieth meruskys... 

« Quel est celui qui est venu si vite. . » 

2499 : pyv a thiieth an beys yn ruth 

« Qui est venu du monde en rouge. » 

Pascon : 48. 3 : 

an termyn re deve 

« Le terme est venu. » 

75- 3 : lemmyn ^«'t' ken termvn 

« Mais un autre terme est venu. » 



12 /. Lolb. 

2° Re AVEC LE PLUS-QUE-PARFAIT : 

Pascon : 

47. 4 : bos ludas ef a wo5ye pur hager ha molo5ek 
an loul ynno re drecse 

« Il savait que Judas était très vilain et maudit ; le diable 
en lui avait habité. » 

86. 3 : Ped^T sur a omdennas yn xaxn^idel rebeghse 

« Pierre se retire à cette heure où il avait péché... » 

180. 4 : lemyn an toi reiurussens y a vynne 5e servye. 

« Mais le trou qu'ils avaient fait, ils voulaient qu'il servît.» 

185. 2 : y pesys rag an keth re ren croiuse 

« Il pria pour les mêmes gens qui l'avaient crucifié. » 

204. 2 : I beyn o mar greff ha tyn caman ny ylly bewe 

heb dascor y eneff g\vyn ; bytqueth yn lan reveivsc 

« Sa peine était si forte et dure qu'il ne pouvait du tout 
vivre sans rendre son âme blanche : toujours il avait vécu 
purement. » 

220. I : eddrek mur an kemeras rag an ober rewresse, 

« Grand repentir le prit de l'œuvre qu'il avait faite. 

254. 4 : scruth own mur as kemeras 
rag an marthus re lueJsens 

« Un grand accès de peur les prit, à cause du miracle 
qu'ils avaient vu. » 

Il y a à relever dans Pascon un emploi particulier de bea, 
bye avec re. Habituellement bye {bea, bya, byed), qui répond 
au breton bîhe, n'a que le sens du conditionnel présent. Avec 
re, il a nettement le sens du plus-que-parfait : 

71.4: maga tek del rebye 

« Aussi belle qu'elle l'avait été (l'oreille de Malchus). » 



Oucslioiis lie oraiiniinirc ri de liiii^iiistiquc hritloinqtie. i 5 

187. 2 : Pylat a vynnas scrife 

praga dampnys rehee 
« Pilate voulut écrire pourquoi il avait été condamné. » 

214. 2 : bytqueth dremas rebec 

« Il avait toujours été un homme de bien. » 

217. 2 : ef rehea den a brys 

« Il avait été homme d'importance. » 

A la vérité, bye seul a aussi parfois cette valeur : 

86. 4 : hag ef guarnyys del vye, 

« Ht lui (Pierre) averti comme il l'avait été. » 

130. I : whare y an dystryppyas 

mar noyth genys del vye, 

« Ils le dépouillèrent, aussi nu que lorsqu'il était né. » 

151. 2 : haccra mernans byth ordnys 

3e creatur ny vye 

« Plus laide mort n'avait jamais été ordonnée à une créa- 
ture humaine. » 

161. 3 : gans y fam yfye guris 

« Par sa mère elle avait été faite (la robe). » 

176. 4 : whath bytqueth clatîny vce 

vylle ys dello dyskis(dightys). 

« Jamais encore malade n'avait été traité plus odieusement 
qu'il ne l'était. » 

245. 2 : ha ie^e a leverys 

a Ihesus fatell vye 

« Et il leur dit au sujet de Jésus comment les choses 
s'étaient passées. » 



14 y. Lotlh 

}° Re AVEC LE SUBJONCTIF DANS LE SENS DE l'oPTATIF. 

Corn. Dr. : O. M. : 

583 : ffrut da byner re thokko 

« Puisse-t-il ne jamais porter de bons fruits! » 

667 : yn della thyn re îvharfo 

« Ainsi puisse-t-il nous arriver ! » 

1187 : 3- gras re thanvono thyn 

« Puisse-t-il nous envoyer sa grâce. » 

1723 • banneth an tas ragas bo 

hag ef prest ragas gvytho 



hay gras theug\^'hy re wranniyo 

« Puissiex-vous avoir les bénédictions du Père, et que lui 
vous protège promptement ; et qu'il vous accorde sa grâce. » 

1978 : ejus atque spiritus 

re luorro wyth am ene 

« Et que son Esprit veille sur mon âme (mette une 
garde. . .). » 

2370 : pesyn rag y ene 

may fo Dev luen a byte 
ren kyrho thotho thy wletii 

« Ht prions pour son âme que ce soit Dieu plein de pitié 
qui aille le chercher (pour l'amener) â lui, à son festin '. » 

2527 : an jawl rcth eiuno thy glos 

« Que le diable t'ajuste à son estomac. » 



I . Comme dans les poèmes en gallois moyen, i^iukdd indique souvent le 
ciel, le banquet céleste, Norris a fait un contre-sens sur ce mot. 



Questions de grammaire cl de lingiuslique hiitlouiquc. 15 

P. D. : 685 : ... an tas mer 

reth ordanc ty hath wrek 
pan vy marow, yn y cuer 

« Le Père grand puisse-t-il te désigner toi et ta femme, 
quand tu mourras, pour sa cour. » 

1919 : re dorrow mellow y gyn : 

« Qu'il se brise l'épine dorsale. » 

1 847 : Synt lovyn whek ren carro 

ha dres pup ol ren gorthyo 

« Que le doux saint Jove l'aime et l'honore par dessus 
tous. » 

2502 : mar tue venians vyth ragtho 

warnan ny ef re gotho 

(( Si la vengeance vient jamais à cause de lui, qu'elle tombe 
sur nous ! » 

3016 : Synt lovyn whek reth caro 

« Que le doux saint Jove t'aime. » 

R. D. : 2189 : an ioul ren dogo thy pleth 

« Que le diable l'emporte à sa demeure. » 

2277 : re7i kergho an dewolow 

« Que les diables allent le chercher. » 

Pascon : 2. 2 : 

. . . why a bys a leun golon 
Re luronte ïeugh gras ha whans 
3e vv^olsowas y basconn, 

«, ... vous prierez de tout cœur qu'il vous accorde grâce 
et désir d'écouter sa passion. » 

B. M. : 1834 : neb avyrwys in grous pren 

regronntya dyso lemen 
luen yeheys 



i6 J. Loth. 

(( Que celui qui est mort sur la croix de bois t'accorde 
maintenant... pleine santé. » 

1077 : Du rewythe orth damach 

agis lester 

« Que Dieu garde de dommage votre barque. » 

4227 : Ihesu yv agen savyur 

rcttrehava the war lur 
Maria reth weresa 
ha re grontya, 
y both mar pea, 
5ehes thyso in torma 

« Que Jésus qui est notre sauveur te relève de terre; que 
Marie te protège et t'accorde, si c'était l'effet de sa volonté, 
cette t'ois la santé. » 

5 5 8 : Crist Ihesu dys rentala 

« Que le Christ Jésus te le rende (paye). » 

Cf. 755, 1097. 

701 : yehes dywy re gronlya 

« Qu'il nous accorde la santé. » 

740 : arluth neff reth lueresa 

« Que le Seigneur du ciel te sauve. » 

1076 : Dorsomi dyugh 

« Que Dieu vous bénisse. » 

1099 : Ihesu riim gedya in torth wella 

« Que Jésus me guide dans la meilleure voie. » 

1268 : an ioul respcla 

« Que le diable t'écorche. » 

1 3 3 7 : Ihesu regen gueresa 

« Que Jésus nous sauve. » 



Questions de grammaire et de linguistique br il tonique. 17 

3746 : myscheff r^o'w doga 

« Que le malheur vous emporte. » 

Re, dans ce sens, est surtout employé avec le verbe sub- 
stantif dans le sens d'être et, avec pronom infixe, dans le sens 
d'avoir. 

Verbe substantif: 2^pers. sg. re by, « puisses-tu être » (O. M. 
1795, 2023, 278e; P. D. 35, 149, 817, 2703; P. D. 
1557, 1743, 2523 ; Gwreans 11 58 ', B. M. 672). 

— 3^^ pers. sg. : re bo (O. M. 1745, 1979,2075 ; P. D. 223, 
1051, 1072, 1803; R. D. 152, 485, 817, 1579, 2417; 
Gwreans 955, 1330, 1394, 1419, 1911, 2122, 2471,2532; 
B. M. 556, 782, 1066, 1261). 

Verbe substantif avec pronom infixe dans le sens d'avoir : 

Sg. i'^ pers. crog roni bo er an thewen 

« Que je sois pendu par les deux joues (pendaison soit à 
moi). » 

2^ pers. reth Jo (O. M. 459, 2265, 2822; P. D. 947, 267, 
2097, 2247, 2727 ; R. D. 79, 167). 

/ pers. masc. R. D. 2085 : 

vyngens rengeffo, amen 
ha drok thyweyth 

« Qu'il ait vengeance (que la vengeance l'atteigne), amen, 
et mauvaise fin. » 

B. M. 1277 : neb na vo rengeffo crok 

« Que celui qui n'est pas (prêt) ait la hart. » 

Plur. 2^ pers. : 

reges, ragas bo (puissiez-vous avoir, puisse être à vous) 
(O.M. 1723, 2585; P. D. 265; R. D. 1285). 

Resbo, P. D. 2322, 1125. 

I. Re avec l'optatil" ne se trouve Gwreans qu'avec le verbe substantif. 
Revue Celtique, XXX. 1 



i8 /. Loi h. 

)^ pers. Pascon 216, i : 

En E^ewon. . . rcstcjjo mur vylyny 

« Les Juifs... puissent-ils avoir grande con usion. » 

4" Re AVEC LE PRÉSENT (ou LE futur) : scns de la possibi- 
lité. O. M. 366 : 

Ovv' iiolen gvak dyvotter 
rum kymmer hag awel bos 

ft Mon estomac étant vide, dénûment peut me prendre 
(pourrait bien me prendre) et désir de nourriture. » 

CORNiaUE MODERNE 

Comme nous l'avons vu (t. XXXIX, page 7 ; Arch. p. 231, 
col. 2, lé), Lhwyd croit que la particule ry ou rc préfixée aux 
temps du passé n'est que le verbe rig pour grig (did) abrégé. 
Régulièrement en effet, nig pour gruk (lurug, gwriili) est 
devenu en comique moderne rig, mas 1'/ ici est long. Il n'en 
est pas de même pour ry ou rc particule dont la voyelle est (' 
bref. De plus, l'effet produit sur la consonne initiale suivante 
n'est pas le même. Avec la particule re on a changement des 
sourdes en sonores, et des explosives sonores en spirantes, 
tandis qu'avec rig la consonne suivante est intacte. 

Lhwyd a appliqué malencontreusement ces théories dans sa 
préface en comique. Il a même sans s'en douter violé les 
règles de la syntaxe dans sa Gramiiuiirr, p. 242-2 : /y rig golla 
U'ortv « tu l'as écoutée ». Il a écrit rig quand il fallait ry- ; en 
effet, le verbe est cola (gallois a)('//(')qui avec ry-re devient bien 
gala, mais qui eût conservé sa sourde si on avait eu rig (grig). 

La particule re n'existe plus guère en comique moderne 
qu'avec le subjonctif dans le sens optatif : 

Les dix coDiuiandenients de Dieu (Revue Celtique, 1903, 
p. 6-10) : Andelarabo = an del na ra bo, puisse-t-il en être de 
cette façon (qu'il en soit ainsi, amen). 

John Chey an nr (Lhwyd, Arch., p. 251; 253. 1.44)- 

da dew robo "[orzêhez. 



Questions de grammaire et de liiiguisiique brittonique. 19 

Pryœ, Arch. : mottoes : 

Gorthys re vo Dew an tâz 

« adoré soit Dieu le Père. » 

The voth revo collenwus 

« Que ta volonté soit accomplie ». 

Pryce (Things occurring in common discourse) : 

Durdala (JDew re dald) the why 

« Dieu vous le rendra. » 

Borde : Dialogue (^Archiv.fiir celt. Lexic, I, p. 225-228). 

Dur:(ona dewhi, mathtath. 

« Dieu vous bénisse, servante. » 

Durdala dewhy, syre. 

« Dieu vous le rende, monsieur. » 

Dew rebera nos da dewhy. 

« Dieu vous donne une bonne nuit. » 

Dew re thenenna theewhy fare eta « Dieu vous envoie 
un bon voyage. » 

BRETON ARMORICAIN 
VIEUX BRETON 

1° Prétérit primaire : rogulipias gl. olivavit (gl. de Luxem- 
bourg) — roluncas gl. gutturic^sî;// (Gl. Lux). 

2° prétérit secondaire (cond. passé) : 

roricse\n\ti g\. sulcavissent (gl. Lux.); à décomposer en ro- 
ric-s- ent- i : / étant nota aitgens de la 3'' pers. du plur. C'est un 
prêt, second, en s d'un verbe tiré de rec gl. sulco(Gl. Lux.) : 
ci. vannetais rec. moyen-bret. reguenn raie (Ernault, Glossaire- 
tnoyen-bret .^. 



20 J. Loth. 



BRETON-MOYEN ET MODERNE 

Cette particule n'est employée que dans les formules opta- 
tives. La forme léonarde est m, évoluée de ro, non accentuée 
(cf. da = do), en vannetais re (jv avec o bref). 

Elle est le plus souvent employée avec le subjonctif présent 
(futur) ou avec le conditionnel — potentiel, particulièrement 
dans les constructions avec le verbe substantif : Doue ra va 
meulet, « Dieu soit loué. » 

Doue ra ve meulet. Cf. moyen-breton : 

Duet mat ravi:(i Nonita, « Sois la bienvenue, Nonne ; » 

Duet mat ra bihet, « Soyez les bienvenus. » 

Mais on a Duet mat ra vcch ' dans le même Grand mys- 
tère de Jésus (Gr. Celtica, p. 424). Le sens est le même 
en somme; mais avec le subj.-iutur, le désir a dû avoir 
un sens plus pressant, plus immédiat : il se rapporte au 
moment présent ou immédiatement futur; avec he, bec h, pri- 
mitivement tout au moins, le moment est peut-être moins 
précis et surtout le souhait moins impérieux {ra vo, je veux 
qu'il soit ; ra ve, je désirerais qu'il fût ou soit). 

Ra est, en réalité, assez peu usité à d'autres temps. 

Hingant (Éléments de grammaire bretonne) donne comme 
exemple de ses emplois (p. 84) : 

Mirout, garder : 

Subj. présent 

Ra virin, que je garde ; ra-viro, qu'il garde. 

I. Les formes du verbe substantif heii, hc\, bc, heinp, bec'b, hent, 
employées aussi dans la plupart des dialectes comme formes du présent 
d'habitude {pa ven labourât quand je suis en train de travailler^, sont 
employés dans des propositions subordonnées au sens conditionnel. 

Bihet, vannet. bebet. ou dialectalement befet sont des futurs (v. J. Loth, 
glossaire. ChresL). Les formes ben ont le même emploi en comique. En gallois 
bei a joué un rôle analogue. 



Questions de grammaire et de linguistique hritlonicjue. 21 

Imp. du subj. 

Ra virfenn, que je gardasse^ ou ra vir'^enn ou ra virjenn. 

Parf. du subj. 

Ram ou rem bézp miret, que j'aie gardé. 

Pliis-que-p. du subj. 

Ram ou rem befé (ou. bi^e, ou bige') miret, que j'eusse gardé. 

Le moyen-breton ne donne guère ra qu'avec le subjonctif 
et parfois le conditionnel dont je viens de parler. 

Exemples avec pronom infixe. 

sg. i^ pers. : Crouc ram dougo, la hart m'enlève (s. Barbe 
291). 

Doue ram pardono, Dieu me pardonne (Buhez Nonn. 200. 
19 : Je cite d'après la Gr. Celt.). 

2'^ pers. : Doe ra^ remedo, Dieu te guérisse (ibid., 194. 2). 

y pers. : Bennoez roen trou ren préserva (ibid., 200. 16), 

Que la bénédiction du roi du trône le préserve. 

Plur. i^ pers. Hoz peuch ronbexo, Puissions-nous avoir 
votre paix (M. J. 50 a). 

2^ pers. Doe fo;( miro (Bul. 1 14, 14). 

Ra est assez souvent remplacé par da, par exemple dans les 
variantes du Grand mystère de Jésus, et aujourd'hui dans 
l'usage : Doue d'en pardono, Que Dieu lui pardonne. 

Dans l'expression quentre caras des Nouelou aneîen (Revue 
Celt. 1890, strophe 177), qui a le sens de aussitôt qu'il lui 
plut, M. Ernault (Glossaire moy.-bret., II, p. 537) a vu un 
reste d'usage de ro- avec le prétérit, et lanalyse en kent-re- 
caras. 

C'est peu probable à priori ; de plus, on attendrait ra ; enfin, 
il faudrait l'affaiblissement des sourdes en sonores si on avait 
affaire à ro-. 



22 /. Loth. 

§2. VALEUR DE LA PARTICULE VERBALE RO-. 

Les divers emplois de ro- en brittonique se ramènent aux 
chefs suivants. 

I. Ro- apparaît avec le prétérit primaire en gallois, comique 
moyen et vieux-breton. Il a deux valeurs principales : 

1° il constate un fait passé par rapport au moment où on 
parle ou même un fait antérieur à un moment du passé ou 
toute autre antériorité temporelle relative. 

2° il indique un état actuel reposant sur un fait antérieur, 
ou même une action commencée dans le passé et se prolon- 
geant dans le présent (p. 13 neur golles y mab. ; p. 19 vyg 
callon neur dorres ' ; ibid. mur digereis agaraf; cf. comique, 
t. XXIX, p. 13 : Dev re sorres ; p. 9 : re thassorhas). 

Ces différents sens sont souvent précisés par un adverbe ou 
une locution. Pour le sens à' antériorité, on a pu remarquer 
p. 10, II, 12 re dyiuedassam ni uchot. 

Ces deux usages principaux sont mis en pleine lumière 
dans la construction de ry, avec l'infinitif qui est propre au 
gallois moyen. Il n'y a aucun doute que cette construction ne 
soit une imitation de la construction de ry- avec l'indicatif^ et 
qu'elle ne la reflète exactement à cette époque. L'antériorité 
soit par rapport au présent, soit par rapport à tout autre 
moment y est indiquée souvent Tpa.Y givedy, après. 

Le sens du parfait est renforcé par eiryoet dans : a dywedut a 
wnaeth hitheu y rygaru ef eiryoet (p. 65) : cf. Llaïuer dyd 
yth rygereis (p. 13) : Cf. latin jamdudmn loquor, grec ttiaùv 

■/pSV2V TaîJTa T.Z'M. 

A noter aussi en gallois l'emploi de ry- avec le prétérit dans 
le sens de l'aoriste gnomique (p. 24-25 : ny rygol/es ). 

Nous avons vu qu'en un certain nombre de cas, en 
moyen-gallois, le prétérit sans ry- peut avoir la même valeur. 

1. Cf. plus haut, t. XXIX, p. 13: neur ij^avas ef einu, il a maintenant un 
nom (il vient immédiatement de l'avoir); p. 12 : neui- dil^egis, il a échappé, 
il est parti. 

2. Thurneysen, Die verhalparliltel ro, p. 52, 60 et suiv. (K. 17, 1904), 
— Strachan, Action and lime in the irislj verbe, p. 2. 



Oticslioiis (Je crramnwirc cl de Jiuffuistiquc hriltouiqtie. 25 

Mais ce qui est frappant, c'est qu'en aucun cas, en gallois aussi 
bien qu'en comique, le prétérit avec ro- n'est purement narra- 
tif : on remarquera que j'ai dû partout traduire ce prétérit 
par le passé indéfini français {fai fait, fai dit^. 

IL Le conjonctif, en gallois, avec ro- indique un fait relati- 
vement antécédant et se traduirait, en français, par un futur 
antérieur ou parfliit, ou un parfait du subjonctif. 

Sans ro-, il peut avoir cette valeur; avec ro- il n'en a pas 
d'autre '. 

IIL L'imparf.iit avec ro- en gallois a parfois la valeur d'un 
plus-que-parfait (t. XXIX, p. 32, 35 ^). 

Dans le plus grand nombre des cas, ry, avec l'imparflut, 
n'a aucune valeur apparente. 

IV. Ro-, avec le futur, en gallois, n'a pas, en général, de 
valeur apparente. Cependant les formes impersonnelles en -ir 
qui ont souvent le sens du futur, marquent parfois, avec ry-, 
h possibilité (cï. t. XXIX, p. 53, 56). 

Les deux sens de futur et de possibilité sont très voisins. 

1. Le subjonctif en gallois, confond le subjonctif tiré du thème du pré- 
sent et le subjonctif en -v-. 

Ce dernier manifeste sa présence par le maintien des explosives sourdes 
et l'assourdissement de la spirante sonore : cotho ou cotJnv\ du verbe coddi, 
irriter, suppose co^-h-o = codj-s-. 

2. L'imparfait, au sens du conditionnel, a fréquemment le sens du plus- 
que-parfait dans des propositions conditionnelles, aussi bien dans les prépo- 
sitions principales que dans les subordonnées. 

Parfois, avec la négation, c'est une sorte de plus-que-parfait irréel en pro- 
position indépendante (Gr. Celt -, p. 953, 934). 

L'exemple de yigarhei est plus significatif car il s'agit de l'indicatif. Or, 
ysgarlk'i (comme atci dans rx-atei) répond aux temps secondaires en -hei, he du 
moyen breton et e-hei du vannetais. Ce temps est une forme secondaire de 
l'aoriste en -5- : le moyen-breton pctei rzr ped-hei, comme niarfei = marv- 
lici. 

En gallois comme en breton, dialectalement, ce temps est caractérisé par 
la conservation des explosives sourdes : cf. t. XXIX, note ide la page 28. 

L'imparfait, en gallois, est descriptif et conserve bien son caractère de 
temps formé du présent : il est synchronique parfois avec des présents 
hihitiiels : Mahiiwg. (éd. Rhys-Evans, p. 8) val y bydant yn eisted, wynt (7 
ivelyiit; cf. p. i : val v hvd... ef a glyiuei. 



24 /. Loth. 

V. Ro avec le plus-que-parfliit a pu indiquer une antériorité 
relative. De fait il semble bien dans quelques exemples que 
ry ait cette valeur, notamment dans un passage des Mabi- 
nogion (p. 7, 1. 22 et suiv.) cité par Zimmer (K.Z. XXXVI, 
p. 53e, note i) : Pwyll après une année d'absence s'adresse 
aux grands du pays : 

A dechreu amovyn a gwyrda y wlat beth vuassei y arglwy- 
diaeth ef arnadunt hwy y vlw)'dyn hono ywrth ryvuassei 
kynno hynny « il se mit à demander aux nobles du pays ce 
qu'avait été son gouvernement sur eux cette année-là (celle 
qui vient de s'écouler) en comparaison de ce qu'il avait été 
avant cela. » 

Néanmoins, comme je l'ai dit t. XXIX, p. 38, ry dans la 
plupart des exemples n'ajoute rien à la valeur du plus-que- 
parfait et ne fait qu'accentuer l'idée d'antériorité dans le passé. 

L'emploi de ro avec le plus-que-parfait est sûrement ancien 
puisqu'on le trouve dans une glose galloise (di-r-gatissè) et 
une glose bretonne (jo-ricsent-i). 

VI. Ro-, avec le subjonctif, en gallois, comique et breton, a 
le sens de V optatif. 

A la première personne du pluriel, dans un exemple, il a, 
en gallois, le sens du subjonctif de volition : 

Ry drycbafoin... Croes Crist. « Élevons... la croix du Christ. » 
{Myv. Arch., 179. 2). 

Dans un autre, à la i"" pers. du singulier, il a un sens 
analogue : 

Direidyon dynyon ny rydoniych', dat (v. t. XXIX, p. 46). 

Cf. ibid. p. 46 : 

Or drun ry loveist ry lavarnyf. 

« Je veux parler de... « 

Dans deux exemples, on trouve ry- avec l'impératif (t. XXIX, 
p. 44 rini uaredim ; p. 47 na rynoetba.) 

I . L'emploi de ny ici est curieux. C'est un emploi à rapprocher de celui 
de cette particule, en vieil-irlandais, avec le subjonctif de volonté. Il est 



Ouest io)is de graiiiiiiaiir cl de linguistique brittoititiue. 25 

VIL Ro- en gallois, avec le présent de l'indicatif, marque : 

1° la possibilité ^ ; 

2° Une chose qui se fait habituellement sans précision de 
temps ou de personne. Dans d'autres cas, il ne semble pas avoir 
de valeur apparente. 

Il me paraît probable aussi que ry-, en gallois, a pu donner 
au présent la valeur d'un passé : t. XXIX, p. 'y^ry draeth peut 
avoir eu cette valeur. Dans la BJ. Book of Carmarth. (Skene 
F. a. B., II, p. 23, vers 2, 9), à deux strophes de distance, 
on a, sans doute avec le même sens, ry- avec le même verbe 
au présent et au parfait : 

Rii)i dyuueid- huimleian chuetyl enryvet. 

« Une sorcière m'a dit (vient [de me dire) une nouvelle 
étonnante. » 

Rymdywod huimleian chuetil am echrin. 

« Une sorcière m'a dit une nouvelle qui m'épouvante. » 

Ro- paraît donc avoir servi, en brittonique, à faire ressortir 
dans le verbe cinq notions principales : 

1° constatation de l'antériorité d'une action ou fait par rap- 
port au présent ou au passé, ou à un moment quelconque de 
la durée ; 

2° l'achèvement d'une action passée, dans le présent, ou la 
continuation d'une action passée dans le présent; 

3° le souhait ; 

4° la possibilité au présent ; 

5° l'habitude au présent. 

Comment ces diverses valeurs de ro- s'expliquent-elles ? 
Sont-elles liées les unes aux autres et ont-elles une source 
commune ? 

Zimmer a le premier pénétré le rôle de ro- au prétérit. 



clair que l'emploi de ry- ici n'est pas primitif. NyrydoniycJj équivaut à 
je ne veux pas que tu... 

1. Cf. pour le comique : nini hyvimer. p. 18. 

2. Skene a lu à tort run dyui^eid. 



26 /. Lolh. 

Il a montré que as-bert est la forme narrative, analogue au 
parfait historique latin, tandis que as-ni-bart n'est jamais usité 
dans ce sens, mais implique une relation de temps qui, dans 
la majorité de§ cas visés, a la valeur d'un plus-qur-parfait ou 
d'un parfait véritable. La signification fondamentale de ro- est 
celle de l'action achevée. Pour le subjonctif, Zimmer main- 
tient l'ancienne théorie d'Ebel : que l'addition de ro- au sub- 
jonctif change un présent et un imparfait respectivement en 
un parfait et un plus-que-parfait. Zimmer cherche l'origine de 
la valeur verbale de ro- dans la valeur de ro avec les adjectifs : 
ro-màr, trop grand. Ce sens, dit-il, se tire facilement du sens pri- 
mitif : pro, avant (cf. 'Â;po-T'.;j,âco). Ro a amené à une compa- 
raison au point de vue de la qualité dans sa liaison avec les 
adjectifs ; dans les verbes, à une comparaison au point de 
vue du degré temporel. C'est une particule .prétéritale, en ce 
sens qu'en se joignant à tout temps elle met l'action à un 
moment antérieur à celui qu'indique le verbe sans elle(K. Z., 
XXXVI, p. 535-537)- 

Parlant de la découverte de Zimmer, Thurneysen conçoit 
autrement l'origine et le développement de l'usage de la par- 
ticule ro-. Il résume ainsi (K. Z., xvii (1904), p. 91) sa théorie. 

« La préposition ro, qui dans bon nombre de verbes 
accentuait le point final, terminatif de l'action, était devenue 
dans quelques autres la marque de l'action ponctuelle. Elle 
s'unit, avec cette signification, à un nombre de verbes de 
plus en plus grand, en exceptant les propositions négatives. 
De l'usage ponctuel se développa, au présent de l'indicatif, la 
signification de la possibilité ; au conjonctif, celle d'un con- 
jonctif futur; au prétérit de l'indicatif, celle d'un temps consta- 
tant le passé et celle de l'action atteinte. La signification ponc- 
tuelle finit par disparaître. Ro- se maintint cependant avec les 
conjonctifs de proposition prohibitives. Comme signe de la 
possibilité, ro passa de l'indicatif au conjonctif et servit à dis- 
tinguer le conjonctif-optatif du soll-modus. » Ces diverses pro- 
positions sont appuyées d'arguments spécieux ou au moins 
ingénieux et témoignent d'une rare connaissance d'un sujet 
particulièrement ardu et complexe. 

Strachan (^Action and lime, p. 31) admet la théorie de Thur- 



Questions de oraiiiniairc et de Jiiif^iiistiqiic hriilomqiie. 27 

neysen qui est, en gros, celle de Sarauw : à savoir, que la signi- 
fication fondamentale de ro à l'indicatif et au conjonctif, est 
perfeclive ou aorislique. 

Holger Pedersen (K. Z., 17, p. 219 : Zur Lehre von dcn 
Aktionsiirten), examinant tous les modes d'emploi de ro-, sou- 
tient (p. 244) n'y avoir pas trouvé un seul signe de ponctualité ; 
pour lui tout s'explique par la signification perfective, d'achè- 
vement àt ro-, et, comme Zimmer, il part de la valeur de ro en 
liaison avec les noms. Il n'admet pas non plus que le sens de 
la possibilité au présent de l'indicatif se soit développé de 
l'usage ponctuel. L'explication du subj.-opt. avec ro- par le 
sens de la possibilité ne lui paraît pas heureuse. 

Résumant son point de vue (p. 248), il affirme que le pré- 
térit parfait et l'optatif parfait (subj. de souhait avec ro-) 
sont les principaux représentants du parfait ur-heltisch insulaire. 
Peut-être, ajoute-t-il, pour le souhait, la particule ro- a-t-elle 
été nécessaire pour apporter la notion du parfait ; peut-être 
aussi, y a-t-il eu primitivement un véritable conjonctif parfait 
(docôi en serait un reste). En tout cas, ce conj. parf. aura été 
évincé par le conj. présent. Ceci peut avoir amené la forma- 
tion d'un indicatif présent d'habitude. Pedersen se demande si 
la signification de la possibilité est ancienne. 

Le parfait ur-heltisch primitif n'était autre que le parfait indo- 
européen. Ce parfait était fréquemment composé avec cer- 
taines particules affirmant aussi lidée de parfait. Par une 
innovation irlandaise, ces particules pénétrèrent au présent 
(conj. et indicatif) et au futur. 

En somme, les questions soulevées par l'emploi de ro-, son 
origine et son évolution évoquent une foule de questions délir 
cates dont plusieurs, comme on le voit, sont loin d'être réso- 
lues. 

Les matériaux que j'ai réunis peuvent aider à leur solution; 
ils serviront, en tout cas, à éclaircir l'emploi de ro à l'époque 
de l'unité insulaire. 

Zimmer, qu'a suivi en cela Pedersen, me paraît avoir été 
bien inspiré en partant des formes nominales pour dégager la 
valeur primitive de ro et l'apport qu'elle a introduit dans le 
verbe. Partir de l'emploi de ro- dans le verbe est dangereux. 



28 /. Loth. 

car la valeur de ro y apparaît avec beaucoup moins de netteté 
en raison des multiples complications causées par les notions 
si délicates de temps et de mode. Mais il a trop restreint la 
valeur de ro. En effet, ro daus les composés nominaux a deux 
valeurs; i° elle ma.YqueVantériorité ; 2° Vijitcnsitc. 

Dans le premier sens, ro a eu à supporter la concurrence de 
plusieurs autres particules, comme rem, en irlandais, qui appar- 
tient à la même racine. Il y en a cependant des exemples très 
nets : v. breton, dorguid g\. pithonicus = do-ro-uid-, celui qui sait 
avant ; do-ro-mantorion gl. auspicibus-i. considerantibus, ceux 
qui prévoient, réfléchissent (et savent) avant ', devins ; gallois 
rhiem (^rhyeni) parents, ancêtres = ro-geno- ; rhy-buddio, préve- 
nir, V. irlandais, ro-biid, action de prévenir-. 

Ce sens et celui d'intensité se lient et se tirent facilement 
du sens primitif de pro, avant : ro-geno-s, né avant : ro-uiro-s 
gallois ryivr, supérieur aux autres hommes, héros (cf. irl. 
riiire, roflaitb) ; v. irl. robarîi gl. nialinas (sg. robarte^ gall. 
rhyferihwy, bret. rever:;^i : grande marée (par rapport aux 
autres). Le sens de trop avec les adjectifs y est lié. Ces deux 
sens d'antériorité et dî supériorité sont souvent difficiles à 
séparer. 

C'est plutôt du sens d'intensité qu'il faut partir, à mon 
avis, pour expliquer le sens parfliit, le sens optatif, le présent 
d'habitude, et, comme conséquence de ce dernier sens, le pré- 
sent de possibilité. En revanche il me paraît très probable que 
le sens d'antériorité a joué son rôle dnns l'usage verbal de ro. 
Comme l'a remarqué Thurneysen (p. 6i), un des principaux 
emplois de ro en vieil irlandais, c'est qu'il constate, avec le 
prétérit, un événement comme passé. Dans les langues brit- 
toniques, cette assertion n'est exacte, que si on ajoute que re- 
marque la constatation d'un fait passé par rapport au présent ou 
au moment où on parle. Ce sens est assurément très voisin 
du parfait, mais il en diffère cependant, car ce n'est pas l'idée 
de perfection ou de durée qui est visée, mais celle d'antério- 



1. Cf. le nom propre vieux-breton Rit-manton. 

2. La racine de rln-hudd (pudd) et celle de ro-hnd sont totalement 
différentes. 



Questions de grammaire et de linguistique britlonique. 29 

rite. Si on admet ce point de vue, on explique facilement 
l'emploi de ro- au subjonctif, en gallois, comique et irlandais, 
ainsi qu'au présent, quand le présent avec ro a le sens du passé. 

Tlîurneysen, qui part cependant de la signification perfective 
de ro, admet qu'on est arrivé de l'aoriste de constatation du 
passé à la signification du parfait. Il l'explique de façon très 
ingénieuse et plausible. De fait, et plus simplement, car sa 
démonstration est des plus compliquées, on peut très bien 
admettre que de la constatation du fiiit passé par rapport au pré- 
sent, on soit arrivé à établir une comparaison portant tout 
autant ou plus sur le présent, à envisager les conséquences de 
l'action passée au moment où on parle ; à se placer au point 
terminal de l'action. Ro- serait passé insensiblement du prétérit 
à sens presque perfectif au parfait. Dans le sens purement per- 
fectif, ro a été employé concurremment avec d'autres pré- 
positions : com, ex, ad (avec con). 

Il y a un reste de cet emploi, en gallois, dans cynneryw 
(con-deryii') qui a dû se passer de ry avec lequel on le trouve 
cependant employé (Mabinog., p. 29). Peut-être con- a-t-il le 
sens perfectif dans yt gynvaethant du Gorchan Maelderw 
(F. a. B. II, p. 102. 13) mais cyn peut ici avoir le sens 
de avec (coiit-potare'). Com avec ad- apparaît dans cyfachcdiuyn 
(L. Taliessin F. a.B,, II, p. 202, i) de cyfachadiv = com-ad- 
cadiu-. A remarquer 2iMSS\yveis et er-yreis {er =ex-ro-) : Godo- 
din, 69, 16, 17; 68, ^o yi'eis ; Gorchan Maelderw eryveis 
100, 6; 106, 28 ; L. Rouge 266, 19 eryveis^ : ervessit (Gorch. 
Maelderw 100, 6) doit être corrigé en eryvessif. 

Le breton possède un verbe des plus intéressants qui a con- 
servé la composition di-ro- : c'est diré:;^a, moyen-breton dirhaes 
atteindre, que M. Ernault (Glossaire moyen-breton) a juste- 
ment rapproché du gallois cyrhaedd, atteindre (co-ro- ?). Le 
simple baeddii n'a sûrement eu d'abord que le sens de chercher 
à atteindre; c'est par ro- (cf. plus haut, t. XXIX, p. 60 ry-hait 
= gall. mod. rhy-haedd^ qu'il est arrivé au sens de atteindre, 
mériter. Ce sens du simple est très clair dans un vers du Livre de 
Taliessin (F. a. B. II, 116, 13) : mal Jjaedii awyr a bach : 

I. Cf. L. Tal. 18), 4 : pan er-clywat Kat ; 149, 16 ergelhawr ; 144, 20 
er-genljynl. L. Aneurin : 106,29 e''dUechif ; 106, 22 erJyîedani. 



30 /. Loth. 

K Comme chercher à atteindre l'air avec un croc. » Traduire 
par atteindre serait faire un contre-sens. Haed-af= irl. saig-im; 
(di)-r-hûid-af =^ vieil-irl. ro-saig-iin. 

L'étymologie donnée par MM. Ernault et Henri d'après 
Urk. Spr. {seid) est de tout point impossible. 

Les composés irlandais en dir- avec sens intensif ne sont 
pas rares en gallois : dirganaf, dans un poète de Meilir ab 
Gwalchmai (Silv. Evans, IVeish-Eiigl. Dict.^. 

Le sens d'antériorité, de ro-, paraît confirmé par l'emploi 
delà particule après o, non dans le sens àt depuis que mais de : 
après c}ue{SiXAc\\2i\\, Act. and tiine, p. 2, note 2, d'après Sarauw). 
Il est vrai qu'on peut ici encore dire qu'il s'agit plutôt d'une 
action entièrement accomplie par rapport à une autre. L'expli- 
cation serait quelque peu forcée. 

Ro a pu, tout en se joignant au prétérit et lui apportant 
nettement l'idée d'antériorité par rapport au présent, se joindre 
au parfait en confirmant l'idée d'achèvement, à la même époque, 
mais il me semble plus probable que le point de départ est le 
prétérit. Je ne^nie pas d'ailleurs qu'on ne puisse expliquer le 
rôle de ro au prétérit, en partant de sa valeur comme particule 
perfective (v. Pedersen,p. 269). 

Ce qui a été dit du prétérit peut se dire du subjonctif. Il est, en 
effet impossible de séparer l'emploi de ro- à l'indicatif, de son 
emploi au subjonctif. On peut, il est vrai, admettre avec Stra- 
chan {Subjunctive mood, p. 127) que la signification de ro-, au 
subjonctif, est dérivée non pas directement de sa valeur propre 
(pour lui uniquement perfective) mais est due à une asso- 
ciation avec l'indicatif. Il ajoute très justement en note, comme 
je l'ai montré plus haut, d'une fliçon plus générale, que le 
sens passé de ry avec l'infinitif en gallois, est due à une asso- 
ciation du même genre. 

Pour ro- avec le subjonctif dans le sens optatif, Thurneysen 
l'explique par le sens de possibilité qui s'est communiqué du 
présent au futur et au subjonctif (p. 69-71). Une première 
objection à foire à la théorie de Thurneysen, c'est que 
le gallois (et probablement le comique), qui connaît le sens 
de la possibilité pour le présent, l'ignore au subjonctif; que 
le breton qui, comme le comique et le gallois, emploie ro- 



Oitcslioiis de graiiiniiiirc el de liiii!^iiisli(jii(' hril Ionique. 31 

avec le subjonctif dans le sens optatif, ne présente pas trace du 
sens de la possibilité au présent. Pedersen (p. 238) me paraît 
avoir raison de rejeter cette explication. Le souhait, comme il 
le fait remarquer, est exprimé non par ro, mais par le subjonc- 
tif seul. Et, de fait, en breton et en gallois même moyen, le 
subjonctif dans le sens optatif se passe très bien de ro. Il va 
de soi, ajoute très judicieusement Pedersen, que ro avec sa 
signification primitive concrète de coiiiplefion, d' achève m eut, est 
bien à sa place dans un souhait. Ro ajoute à la force du sou- 
hait, en presse l'issue dans l'esprit de celui qui l'exprime et 
donne au subjonctif un sens analogue aux formes du parfait 
grec rATzauGO, T.z7::,i-/]Go (Krùger, Gr.-Gr., 54, 53, 3, 5)- Cette 
explication est ^singulièrement confirmée par le verbe gallois 
rhy-bucho, désirer, souhaiter (beaucoup). Ry était sûrement 
séparable anciennement (v. t. XXIX, page 89) ; d'ailleurs les 
dictionnaires donnent encore piicbo ; mais ry était tout natu- 
rellement indiqué pour se joindre à un. verbe de souhait. 

Pour la signification de possibilité au présent avec ro, s'il n'y 
avait que le gallois, je n'hésiterais pas à la tirer du sens futur, 
d'autant plus que, comme en comique, présent et futur sont 
souvent confondus sous la même forme. Il est souvent difficile 
de décider, si on a affaire à un présent ou à un futur, au point de 
vue du sens (v. t. XXIX, v. p. 52, 56). Dans le proverbe : 
rhygûs ryu>elir(p. 59), on peus traduire : trop de haine se voit, 
ou se verra : se voit if babil nde. Il est facile de passer du futur à la 
possibilité : ni rygelir dryclam (p. 56) peut se traduire par : on 
ne cachera pas, on ne cache pas facilement une fâcheuse chute. 
Cette explication ne peut guère s'appliquer à l'irlandais où, 
comme le fait remarquer Pedersen (p. 234), on ne voit pas 
que ro avec le présent ait eu le sens futur. Jusqu'aujourd'hui, 
en irlandais, il y a un vrai futur. 

Il me paraît préférable de partir du présent d'habitude. 

Ce présent est connu un peu dans toutes les langues et a 
été notamment très bien décrit par les grammairiens qui font 
autorité en matière de grammaire grecque. 

Comme le dit très bien Krûger (Gr. Gr., §§ 53, i. i), le 
présent au sens le plus rigoureux du mot ne constitue pas plus 
un temps que le point ou la ligne ne constituent un espace 
(défini : raiiiii). 



32 /. Loih. 

L'action qu'on se représente en rapport immédiat avec le 
moment présent peut finir avec lui (j'entends, je saisis), ou 
commencer avec lui, ou s'étendre par-dessus lui des deux côtés 
de la durée. Ses limites peuvent n'être définies d'aucun côté 
du moment présent. Dans ce cas, l'action peut se répéter; 
les divers événements qui en résultent peuvent former un 
tout, une résultante qui se traduit par un axiome, une vérité 
d'expérience, la constatation d'une habitude et aussi une asser- 
tion valable pour touslestemps (cf. Kûhner, Gr.-Gr., y éd., 
2'' partie I, 132; Goodwin, Tenscs and luoods) : 

Platon, -îAiT. 381, 6 : 
Bîoç Te v.y.\ Ta t;j f)i:'j -âvTr^ apuTa i'/t'.- 

On conçoit très bien qu'une particule intensive et confir- 
mative comme ro ait été appelée à donner plus de force à une 
affirmation ou conclusion de ce genre ; ro est ici aussi bien 
à sa place que dans ro-Jctar, je sais. 

De ce présent d'habitude, on arrive sans effort au présent 
de possibilité. On peut y arriver directement de la façon 
qu'indique Pedersen (p. 236) ; donnant à ro le sens de ;^// i'iidc\ 
il résume le rôle de ro avec le présent d'habitude et la possi- 
bilité : « // mène toujours la chose à hou iw fin » (s'il le veut), ce 
qui équivaut à dire : « il peut le faire. » 

En fait, le présent d'habitude est souvent exprimé avec des 
restrictions ou des conditions qui lui donnent la nuance de la 
possibilité, par exemple dans cette phrase d'Euripide (Fragm. 
732) : p('ù\j.r, à;j-aO-r;; rsA/axiç zi/-Bi ;ù\i^-çf « une force brutale 
nuit souvent » : c'est-à-dire peut nuire, ou pour exprimer, dans 
ce cas en français la valeur de ro : peut 1res bien (facilement) 
nuire ■. 

Cl. T'//.Tî'. Tci v.ipcç 'J|jp'.v, oTav y.a/.o) iXjjbç ir/r^zy.'. (Hés. Théog. 
253), la satiété engendre l'insolence, lorsque la prospérité suit 
le méchant. 

Souvent la condition ou la restriction sont sous-entendues : 

âv xpivw ot.-z Ov/ii -.0 -ip[ùo: à:vOp(.'»7:o'.(ji (Aesch. Ag. 1 57) « avec 
le temps, la timidité disparait chez les hommes. » Il est clair 

I. Voir un emploi analogue d'une particule équivalente à ro en albanais, 
chez Pedersen, p. 236. 



Ouestions âe grammaire et de linguistique brittonique. 35 

que le poète a voulu dire : disparait souvent ou peut dispa- 
raître. 

L'emploi de la particule ro en pareil cas, c'est-à-dire dans 
l'expression d'une habitude présentée avec des restrictions ou 
entraînant nécessairement des exceptions, se justifie facilement 
dans le sens exprimé plus haut (yraiiuent , très-bien, facilement^. 
Mais sa valeur est encore plus nette, lorsqu'on répond par 
une affirmation à une négation exprimée ou sous-entendue, 
ou à un doute appuyé sur l'expérience. Quand par exemple le 
poète gallois dit : 

ry seiiu gur ar un conin 

« un homme se tient vraiment, ^c/// très bien se tenir sur un 
seul roseau «, 

il répond à une négation fondée sur l'expérience : « un 
homme ne se tient pas, ne peut se tenir sur la pointe d'un 
roseau. » 

En pareil cas, la valeur de ro est manifeste. Il me semble 
probable que c'est par cette voie surtout que l'usage de ro 
avec la valeur de la possibilité, s'est introduit au présent. On 
s'explique facilement ainsi également, que ro n'ait pas été 
employé avec la négation tout d'abord en gallois (malgré un 
certain nombre d'exemples) et en comique aussi bien qu'en 
irlandais : ro et ni s'opposent l'une à l'autre. 

La valeur intensive de ro me paraît expliquer facilement 
son extension avec des temps ou modes auxquels elle 
n'apporte aucune valeur temporelle appréciable ni aucune 
notion spéciale, par exemple avec le futur, dans les exemples 
que j'ai cités. Au plus-que-parfait, à Limparfait, dans le plus 
plus grand nombre des cas il en est de même. Au présent, 
lorsque ro n'exprime ni l'habitude ni la possibilité, la valeur 
intensive est parfois nette (v. t. XXIX, p. 90). 

Ryiiiim gulat ryiniin 

« Il me désire vraiment le pays, il me désire. » 

Rec rysiolaw 

« un présent, oui je le demanderai (instamment). » 

Revue Celtique, XXX. 5 



34 /• Lot h. 

Ry geidw 7 teithi 

« Qui garde bien ses qualités. » 

Ti a nodyd a rygcryd (t. XXIX, p. 56) : 

« Tu protèges ceux que tu aimes bien. » 

Il e5t même probable que dans certains exemples r\ a la 
valeur de trop (ibid. p. 61) : 

a m û rygaraf 

« Pour celle que j'aime trop. » 

Dans des exemples comme : Lleveir a gwbleir iiy ry gahlaj 
(ibid. p. 57), rj' non seulement indique l'habitude mais pourrait 
bien se traduire par l'expression française : je ne blâme pas trop. 

Il y a sûrement dans l'esprit du poète une intention dans 
des oppositions comme : 

Rhygas rywclir (ibid. p. 59). 

« Trop de haine se voit bien '. » 

(Cf. ibid. p. 57 gnaut rj'gwyd rygais ny allô) ; 
ibid. p. 67 gnaut wedy ryserch ryseiliaw cas) 

Cette valeur se montre encore, chose signiiicative, en plein 
xviii^ siècle, dans un des très rares exemples où apparaisse 
ry (Goronwv Owen, ap. M. Lewis Jones, Cauiadau Cynirii, 
p. 61). 

Un rodd orwag ni ryddiriivn 

« un don par trop vain, je n'insisterai pas trop (pour l'ob- 
tenir) : je ne l'exigerais pas-. » 

C'est ce sens mal compris, ainsi qu'une vague ressemblance 
de forme, qui a amené Lhwyd pour le comique, Richards 
pour le gallois, dom Le Pelletier pour le breton, à voir 
dans la particule ro une forme évoluée de faire (givriig, grug 

1. Cï. Oit syiinwyr peu Kainbero y gyd (Siûcshury, réédité par G. Evans: 
y neb ae ryvostio ehun a baw y coroner). 

2. Pour ce sens cf. mi a ddirhvii am ddwy rodd (Silivan Ev. IVetsh.-Eiigl. 
Die t. à dirio). 



Questions de grammaire et de linguistique brittonique. 35 

en construction rug, comique moderne rig ; gra, en cons- 
truction ra). Le fait est intéressant, quoiqu'au début de cette 
étude j'y aie attaché trop d'importance. Une pareille idée ne 
pouvait venir qu'à un moment où la valeur réelle de ro était 
oblitérée. 

En effet, si on prend précisément la construction du 
verbe faire au prétérit avec l'infinitif, le composé verbal n'a 
jamais en moyen-gallois ainsi qu'eu breton moyen et moderne, 
que la valeur d'un prétérit narratif; souvent même, elle indique 
le commencement de l'action, si bien que le Gr. Celt., 
p. 591, traduit plus d'une fois le verbe à l'infinitif avec faire 
au prétérit par cœpi avec l'infinitif : ymdidan a ivnaeth hi, collo- 
qui cœpit. En breton actuel, il en est de même : mont (ou 
monet^ a i'ea:y, (aller il fit) n'a que la valeur d'un narratif, et 
ne peut se traduire que par // alla (il se mit à aller) et non 
pas : // est allé. 

Il n'en est pas de même en comique ' au moins dans bon 
nombre de cas, non plus qu'en gallois moderne. Cela tient 
à ce que dans ces constructions, le verbe fiiire n'est qu'à 
moitié auxiliaire et qu'il conserve sa valeur propre. 

Il l'a conservée d'autant mieux qu'en comique comme dans 
le gallois du nord qui est devenu avec la Réforme la langue 
littéraire, le verbe faire précède l'infinitif. 

Anwyl (Accidences, p. 69) donne à faire au prétérit avec 
l'infinitif la valeur d'un aoriste, mais sa traduction même ne le 
confirme pas : aiunaetbost ti fynd ani dro, didyoa goioï a vv-alk. 
Williams ab Ithael (Dosparth Edeyrn Davod aur, p. 96) 
donne la même valeur au prétérit de giunaethuin et darfnui 
c'est-à-dire la valeur d'un passé indéfini. C'est exagéré : darfu 
marque plus particulièrement l'achèvement et présente l'action 
surtout comme terminée. Au futur, le sens de giunaf avec 
l'infinitif, n'est pas non plus tout à fait celui d'un auxiliaire. 

Le gallois moyen, dans sa prose, et le breton emploient, 
au contraire, nettement /a/r^ dans le sens d'auxiliaire : le verbe 
faire suit et c'est l'infinitif désignant l'action qui précède-. 

1. Gr. Celt., p. 592 ; mara crnste teverel : fatel wrussyn ny Izeusel. 

2. Groa, gra ne précède le verbe, en breton, qu'à Viinpéralif, et encore 
cet emploi est-il rare. 



3é J. Lolh. 

Ces divers emplois de faux mériteraient une étude spé- 
ciale. 

La décadence assez rapide de w en gallois, où son emploi 
est plus répandu qu'en comique et en breton, s'explique assez 
facilement. Dans beaucoup de cas, l'usage d'adverbes ou 
expressions adverbiales destinées à renforcer sa valeur, le ren- 
dait inutile (iichof, ttchot, vry, kynno hynny, eiryoet, llawer dydd) : 
avec l'infinitif, par exemple, le plus souvent, en prose, ro est 
accompagné de zvedy. L'emploi d'auxiliaires comme darfod 
marquant l'accomplissement, l'achèvement d'une action, con- 
tribue aussi à rendre son emploi moins utile. Le développe- 
ment de la conjugaison analytique précisant avec plus de 
netteté les degrés dans le temps et les nuances de l'action y 
fut aussi pour beaucoup. Enfin, il est incontestable que dans 
beaucoup de cas, au xii'^ siècle, sa valeur était à peu près nulle. 
De fait, l'extension même de son emploi, en dehors des cas où 
son emploi était légitime et sa valeur certaine, amena à le 
faire considérer comme un luxe et une superfluité. 

J. LOTH. 

{A suivre.^ 



LE TEMOIGNAGE DES MANUSCRITS 

SUR 

L'ŒUVRE LITTÉRAIRE DU MOINE LATHCEN 



La vie du moine irlandais Lathcen ou Laidgen mac Baith 
Banaigli nous est peu connue. On ne possède aucune biogra- 
phie ancienne de ce personnage. Colgan ' et O' Hanlon^ ont 
cependant extrait des Annales et des Martyrologes quelques 
brefs renseignements sur lui. Ces sources nous apprennent 
qu'il était fils d'un irlandais distingué, Baith Banaigh, c'e^t-à- 
dire : Baith le Victorieux; qu'il fut moine du monastère de 
Clonfert-MuUoe, fondé par S. Lua ou Molua au v^' siècle. Il 
aurait eu là comme abbé un certain Lactan; il mourut en 
l'an 660 ou 661. Sa vie fut studieuse et sainte. Les Annales le 
qualifient de sapiens. Le Martyrologe d'Oengus, datant du 
début du ix^ siècle, a inséré son nom au 12 janvier, et tous les 
martyrologes irlandais postérieurs le commémorent au même 
jour 5. 

Par contre, il n'existe pas, à notre connaissance, un seul 
texte irlandais ancien qui fasse mention de son activité littéraire ' . 

1. Colgan, Acta sanctorum Hiherniae, Lovanii, 1645, pp. 57-58. 

2. J. O' Hanlon, Lives oj the [rish Saints, Dublin, .v. (/., t. I, pp. 178- 
180. 

3. The Marlxrology of Oengiis the CuUee, éd. Whitley Stokes, London, 
1906, p. 35. — Sur la date de la rédaction du martyrologe, voir R. Thur- 
neysen dans la Zeitschrlft f. celt. Philologie, t. VI, p. 6 sq. — Voir les réfé- 
rences aux martyrologes de Tallagh, de Cashel, d'O'Gorman et de Done- 
gal dans O'Haulon, loc. cit. 

4. Le Martyrologe d'Oengus l'appelle d'une manière très vague : « L'ex- 
plicateur des mystères du Christ. » — Je ne vois pas sur quoi s'est basé 



38 L. Goiiffaud 

O' Hanlon , qui a soigneusement colligé tous les passages con- 
servant sa mémoire, n'a pas l'air de se douter qu'il a affaire a 
un auteur qui s'est fait lire sur le continent européen au 
moins jusqu'au w" siècle. Un manuscrit continental de son 
principal ouvrage date de cette époque'. Notker le Bègue, 
moine de S' Gall (-j- 912), dans sa Notatio de illiistribus vins 
qui ex intentione sacras scripturas exponebant, dit au disciple pour 
lequel il écrit qu'en fait de commentaires sur Job il ne trou- 
vera rien de mieux que les Morales de S. Grégoire ; que si, 
ajoute-t-il, le temps lui fait défaut, il devra recourir à l'abrégé 
des Morales par l'Irlandais Ladken : « excerptum Ladkeni 
Hyberniensis inquire, et post explanationem testimoniorum 
in médium adductorum, nihil tibi invenies ad plénum intel- 
lectum déesse ^ ». Mgr John Healy ne mentionne pas le nom de 
Lathcen dans son Irelaiid's Ancîeni SchooJs and Scholars. Il est 
vrai que notre auteur ne fut pas un écrivain original, il Ht 
œuvre d'abréviateur, de vulgarisateur, en un certain sens. 
Mais était-il nécessaire, pour un irlandais du vu*-" siècle écri- 
vant en latin, de faire preuve d'originalité pour être lu et 
apprécié dans les cloîtres de son temps et des siècles suivants ? 
Une lorica porte, dans de nombreux manuscrits les noms .de 
Lodgen, Loding, Lathacan, Laidcend. Il faut reconnaître, sous 
ces graphies diverses, le nom du moine de Clonfert-Mulloe. 
Toutefois, Lathcen n'a point, croyons-nous, composé cette 
prière célèbre : elle est l'œuvre d'un certain Cillas ou 
Gildas ; mais il a contribué à la répandre en Irlande. Son prin- 
cipal travail, un abrégé des Morales sur Job de S. Grégoire le 
Grand, auquel nous venons de faire allusion, ne s'est con- 
servé que dans des manuscrits continentaux; c'est ce qui 
explique comment des écrivains comme le Rév. J. O' Hanlon 
et Mgr Healy, pourtant bien décidés à ne laisser dans l'ombre 
aucune des célébrités littéraires de l'ancienne Irlande chrétienne, 
ont ignoré cette œuvre. 

le Dr Kuno Meyer pour identifier avec le fils de Baith, comme il le fait 
dans l'ouvrage que je vais citer, Laidgen le Lépreux {Laidgeii Johhy ou 
cliiiii), dont il est question dans le dialogue A7//0- ami Hennit, str. 4 et 5 
(éd. Ivuno Meyer, London 1901, pp. lo-ii) et dans un quatrain du glos- 
saire de Cormac (ihid., p. 50). 

1. Le Cod. Monac. Clm. 16053. 

2. Migne Pa/r. lat., cxxxi, 996-967. 



Maiiiiscrils sur F œuvre liltcniire du moi ne Latcheii 39 



Les écrits de S, Grégoire le Grand ont joui, comme on 
sait, au moyen âge, d'une vogue extraordinaire. La personne 
et les œuvres de ce pape furent chères aux Irlandais'. Ses 
Morales sur Job furent particulièrement lues et méditées dans les 
cloîtres. Toutefois, si les gens de loisir et patients ne reculaient 
pas devant la lecture intégrale d'un commentaire en trente- 
cinq livres, présentant une triple interprétation, littérale, allé- 
gorique et morale, du livre de Job, il se rencontra de bonne 
heure des clercs et des moines, scribes ou lecteurs, plus pressés, 
qui réclamèrent une condensation de cette prolixe exposition : 
de là ces excerptioiics, ces eglogae- des Morales, dont on ren- 
contre si fréquemment des exemplaires dans les manuscrits du 
moyen âge'. L'abrégé inédit de Lathcen est l'un des plus 
anciens et des plus fameux. 

Le manuscrit le plus vieux que nous en possédions est le 
Cod. Lût. F. I, 7 de la bibliothèque impériale de Saint-Péters- 
bourg, qui date du viii'^ siècle + . Il contient (ff. i -40) le recueil 
des lettres de S, Grégoire envoyé par Paul Diacre à Adalhard 
de Corbie, puis (ff. 41-104) Yegloga de Lathcen, en vingt- 
huit livres (les derniers sont incomplets), annexés tardivement 
au codex. Elle porte l'intitulé que voici : « In nomme dei patris 
et fila et spiritus sancti incipit egloga qiiaui scripsit Lathcen filins 
Bail!) de nioralibns lob qnas Gregorius fecit . » Ce manuscrit 

1. S. Colomban écrivait à S. Grégoire, entre 595 et 600, qu'il avait 
déjà lu plusieurs de ses ouvrages (MGH, hpistoJae Mcroiuingici el Karolini 
aevi, t. III, p. 159). On trouve dans VHihfnietisis de nombreux extraits du 
Pastoral. La tradition rapporte que VAltii^ prosator attribué à S. Columba 
et la régie de S. Molua, le fondateur de Clonfert-Mulloe, furent soumis à 
l'approbation de S. Grégoire. LacoWccxion des 0/al iones cxcerptae de psalterio, 
très estimée en Irlande, y passait pour avoir été compilée par S. Grégoire 
(Bernard et Atkinson, T/je IrisJi Liber Hviiniorum, I, 144; II, 216). Les 
Irlandais donnaient à ce pape le surnom de Bél-oir, c'est-à-dire « bouche 
d'or » (Bernard et Atkinson, op. cit., II, 122. — Cf. Epislola Ciiuriiiiaiii, 
dans Migne, Pat. lai., lxxxvii, 975). 

2. Nous conservons cette graphie de nos manuscrits. 

3. Cf. F. H. Dudden, Grcgorv the Greal, bis place in Hislorv and Tboitght 
Londres, 1905, I, 195. 

4. K. Gillert, Lateinische Handscl.'rifteii in Si Pelcrsbnrg, dans le Neues 
Archiv der Gessellschaft fi'ir altère deuischc Gcschichtslni)idi\ V, 1880, p. 
246. 



40 L. Gouoaud 

appartenait primitivement à la bibliothèque de Tabbaye de 
Corbie ' ; il passa, en 1638, à Saint-Germain-des-Prés, avec 
environ quatre cents autres manuscrits, et servit aux éditeurs 
des lettres de S. Grégoire et des Morales \ Dérobé à la biblio- 
thèque de Saint-Germain en 1791, il devint la propriété du 
secrétaire de l'Ambassade russe à Paris, Pierre Dubrowski, qui 
le céda, en 1800, avec plusieurs autres manuscrits de même 
provenance, à son gouvernement. Après que ce manuscrit eut 
quitté Paris, les érudits le perdirent de vue. Ce soiri les savants 
allemands P. Ervald et L. M. Hartmann qui l'ont enfin décou- 
vert, non sans peine, à Saint-Pétersbourg, et utilisé pour leur 
édition des lettres de S. Grégoire, parue dans les Monumcnta 
Geniiaiiiac historien ' . 

Le second manuscrit de l'ouvrage de Lathcen est le Cod. 
Augiciisis N° CXXXIV, du ix^ siècle, actuellement conservé 
à Karlsruhe. Il a été signalé pour la première fois et minutieu- 
sement décrit par le savant D"" Alfred Holder, directeur de la 
bibliothèque grand-ducale, dans son magistral catalogue du 
fonds de Reichenau (D/V Reichenauer Handschriftcn, 1. 1, Leip- 
zig, 1906, pp. 328-329. — Cf. Rcv.Cell., 1907, p. 84). Dans 
ce manuscrit, Vegloga porte le même titre que dans celui de 
Saint-Pétersbourg; elle comprend trente-quatre livres (le der- 
nier feuillet a été coupé). Les Mauristes qui signalent, dans 
leur préface de l'édition des Morales sur Job de S. Grégoire 
(Migne, Pat. Lat., lxxv, 501-502), divers abrégés de ce com- 
mentaire, ne semblent pas avoir connu celui-ci, qui, de leur 
temps, se trouvait encore à Reichenau ^. Il est possible, comme 
paraît l'avoir conjecturé le D' A. Holder. que cet exemplaire 

1. Les manuscrits de S. Pétesbourg cotés F. I. 8; Q.. I, 15 ;Q.. II. 5, pro- 
venant aussi de Corbie, offrent soit des écritures, soit des ornementations 
irlandaises. D'après un catalogue de la bibliothèque de Corbie dressé au 
xii<= siècle, cette bibliothèque renfermait, à cette époque, au moins deux 
livres composés par des irlantiais : No 203, JoscpJi c'xptaiiatio in. Isaiain ; N» 
224, Maiiiani cxpositio a lohaïuie Scoto (BcckcY,Cdlalooi tuhliotljccantni tUiti- 
qui, Bonnae, 1885, pp. 185 et 189). 

2. L. Delisle, Cabinet des mamiscrils, t. II, pp. 52-53, 123, 138-139. 

3. Cf. Neue<; Arcl^iv, III, pp. 472, sq. et 624. 

4. La bibliothèque de Karlsruhe possède une quinzaine de manuscrits 
renfeimant des pièces d'origine ou d'écriture irlandaise, sortis de Reiche- 
nau. — Cod. Aug. CCXXXIII (s. i.\), que M. Holder publiera bientôt, 
cite Lodcenaufol. 11 '•" ^ (Arcli.J. cett. Lexicooraptiie, III, 1907, p. 266). 



Maiiusrrits sur l'œuvre liitcraire du )uoiue Laichen 41 

de Lathcen soit celui que l'on trouve signalé de la façon sui- 
vante dans un catalogue de la bibliothèque de Reichenau (non 
pas de Saint-Gall) du milieu du ix^ siècle : 148-149 Excerplio- 
niunde moral ibiis itohimina IL — 150. lathecen (j>ic) P. 

La bibliothèque de Munich possède aussi un manuscrit de 
l'abrégé de Lathcen, coté Cliii. 16 O) ), du xi^ siècle, provenant 
de la collégiale de Saint-Nicolas de Passau, en Bohème ^. 

Ces trois manuscrits présentent une rédaction identique. Du 
triple sens, littéral, allégorique et moral, exposé par S. Gré- 
goire, Lathcen n'a retenu que les deux premiers, tout en abré- 
geant notablement les développements de l'original. Puis, 
tandis que S. Grégoire expose à la file le sens littéral de 
toute une série de versets du livre de Job, et ensuite le sens 
allégorique de cet ensemble de versets, puis enfin, en troisième 
lieu, leur sens moral; chez Lathcen, chaque verset est inter- 
prété littéralement, puis, aussitôt après, allégoriquement, 
chaque interprétation étant introduite par la formule conve- 
nable « secundum litteram... ; secuiiduui allegoriam ». Cette 
double interprétation donnée, le compilateur passe au verset 
suivant. 

Au nombre des divers épitomés des Morales, relevés par les 
bénédictins de Saint-Maur, il en est un qu'ils décrivent en 
ces termes : « In bibliotheca Laudunensis Ecclesiae insignisest 
codex manu exaratus eosdem Moralium libros m compendium 
redactos exhibens, quem huic Ecclesiae dono contulerunt duo 
ejusdem canonici, Adalelmus thesaurarius, postea, teste Flod- 
oardo, ejusdem Ecclesiae creatus episcopus, an. 921 ac Bernar- 
dus... » 3 Ils citent ensuite les incipit et les expUcit du pro- 
logue et du livre i", qui répondent aux passages correspondants 

1. Becker, op. cit., p. 33. — Le N» i > de Becker, pp. 32-3), ne concerne 
pas St-Gall mais Reichenau (Cf. A. Holder, Die Reichcueaner Handschri- 
flen, I. p. viii). ■ 

2. Cataîog-us cod. viss. hibl. reg. Mtviacensis, IV, 3 ; Cod. lat., II, 3, Mûn- 
chen, 1878, p. 47. 

3. Migne, Pat. lat., Lxxv, 501-502. — Félix Ravaisson a cru recon- 
naître en l'Aldlielm et le Bernard mentionnés dans ce texte deux comtes 
conseillers de Charles le Chauve (Catalogue gciicral des unmuscrits des Inblio- 
thèques publiques des de'parteuwuts, t. I, Paris, 1840, pp. 72-73). Les mss. de 
Laon portant actuellement les nos 38, 136, 265, 273, 298, 464, 468 ont été 
également donnés par eux à la cathédrale. 



42 L. Gomyaiid 

des mss. de Saint-Pétersbourg et de Karlsruhe, sauf romission 
du nom de l'abréviateur. Et les éditeurs ajoutent: « Sequuntur 
ordine xxxiii Çsic) libri, Nam tricesimus quintus deest. Ouïs 
auteiii huJHS collectionis auclor sit, nondum nobis compertuin est. » 
La concordance frappante des textes permet de supposer que 
l'auteur du couipendinm anonyme, conservé au xvii^ siècle à 
la bibliothèque de la cathédrale de Laon, pourrait bien être 
aussi le moine Lathcen \ Malheureusement on ignore ce qu'est 
devenu le codex laudunien. Le catalogue de la bibliothèque 
publique de la ville de Laon mentionne deux abrégés des 
Morales. L'un renfermé dans le Cod. N" 46, in-foL, sur vélin, 
du XIII'-' siècle, provenant du Cuissy, qui porte la rubrique : 
« In nomme Dei sumnii incipii cgioga qnaiii scripsit Ysidorus de 
MoraJibus » ^ Ni la date, ni l'attribution, ni la provenance 
ne concordent avec la description du manuscrit connu des 
Mauristes. Le second est renfermé dans un recueil du ix^ siècle 
portant le N° 121 et provenant de Notre-Dame de Laon ; mais 
ce n'est qu'un fragment d'un excerptuin comprenant seulement 
le commentaire du Ch. v, vers. 26 du livre de Job '. Ce n'est 
donc pas encore, du moins dans son intégrité, le manuscrit 
cherché. Il serait intéressant d'être renseigné sur le sort de ce 
codex. 

Enfin, d'après un catalogue de la bibliothèque de Murbach, de 
l'an 1464, publié par Jacques Matter ^, un codex contenant I'^a-- 
cerptnm de Lathcen appartint anciennement à ce monastère. Mais 
cet exemplaire est actuellement introuvable. Ni à Karlsruhe, 
ni à Heidelberg on ne le connaît, comme me l'apprend le D' 
A. Holder. 

Divers auteurs irlandais modernes, se copiant les uns les 
autres, ont avancé que la bibliothèque impériale de Vienne 
possédait aussi un manuscrit de Vegloga >. C'est là une donnée 

1. Laon fut fréquenti:, au ix.e siècle, par les Scotti Martin, Scot Erigénc 
et par un certain Aldelmus dont le le nis. lat. 12 949 de la Bibl. nat., fol. 
42, fait un frère de Jean Scot Erigéne. 

2. Catalogue (^encrai des »/.«., pp. 82-75. 

3. //'/(/., p. 104. 

4. A. J. Matter, Lettres et pièces rares ou inédites, s. /., 1846, p. 61. 

5. Cf. W. Reeves, dans les Procediiigs of tJie Roy. Irish Acadeniy, t. VII, 
1862, p. 95. Cet auteur n'a pas dû consulter le catalogue de Denis. Il l'a cité 



Maiiiiscriis sur riviivre liflcralre du moine Lalchen 43 

erronée. Elle est due à une inadvertance de William Reeves qui a 
été mal renseigné sur un passage des Codiccs manuscripti theologici 
hibliothecae Palatinae Vindoboneiisis (Vindobonae, 1793-1802, 
1. 1, y part. col. 2980) de Michel Denis. Cet auteur parle là 
effectivement de Vexcerptor Ladhnus Hihcrniensis, à propos d'un 
passage du ms. viennois de la Notatio de Notker (^Cod. 160^ 
[Theol. 7)2\), que nous avons cité plus haut; mais il 
déclare en même temps ne connaître aucun exemplaire de cet 
abrégé, 

* 
* * 

Le nom de Lathcen se rencontre encore, avons-nous dit, 
dans une série de manuscrits de la Lorica à\lQ de Gildas, sous 
diverses formes et avec des mentions qu'il nous faut mainte- 
nant faire connaître. On compte actuellement sept manuscrits 
de la prière appelée Lorica GiJdae : ce sont, par ordre d'ancien- 
neté : 

1° Book of Nunnaminster , au British Muséum, Harl. 2^6 j; 
ff. 38-40; viii^ siècle. — //'. 

2° Ms. de Cologne, N° 106 (autrefois à Darmstadt, N° 2106 
ff. 60-62 ; IX* siècle. — Co. 

3° Book of Cerne, Ms. Ll. /. /o de la bibliothèque de l'Uni- 
versité de Cambridge; ff. 43-44; ix* siècle. — Ce. 

4° Brit. Mus., Harl. jSj; ff. 152-157; x'^ siècle. — H\ 

5° Ms. de la bibliothèque capitulaire de Vérone; coté 
Lxvii, 64; ff. 32-32'' ; x'^ siècle. — Fe (Ce ms. a échappé aux 
éditeurs de la lorica) \ 



d'âprèsMona (Lateinische Hymiien, I, p. 369), qui dit, en parlant de Lathcen 
« der einen Auszug aus den Moralia Grcgorii Magni machte, welchen 
man nicht mehr that, wie Denis, 1. 1. s. 2980 aufûhrt. » Reeves, qui ne 
lisait pas l'allemand (Cf. Lady Ferguson, Life of W . Reeves, hishop oj 
Doivn, Dublin, 1893, p. 173), n'a pas saisi le sens de ce bout de phrase. 
— James Gammack {Dict. of Christ, antiquities, art. Lafhacaii) et Mario Espo- 
S4to (The Latin Writers of MediaevaJ Ireland, dans Hennathena, t. XIV. 1907, 
p. 521) ont été induits en erreur par Reeves au sujet du prétendu ms. de 
Vienne. 

I. A. Rexffevscheid, Bihliotheca PafnuiilatiiioniDi Itdlica,t.l,Wien, 1865, 
p. 10. L'exemplaire de la lorica de Vérone est incomplet. D'ailleurs Vexpli- 
cit : Kut extingues maligni iacula ut sim sanus in fiitura saecula » ne corres- 
pond à aucune leçon des autres manuscrits. 



44 L. Gougaud 

é° Leahhar BrcaCy bibl. de LiRoy. Irish Academ}-, 2). P. i6; 
fol. III ;xiv^ siècle. — LB. 

7° Ms. II 8^j [Cod. theol. So(}\ de la bibliothèque impériale 
de Vienne ; fol. 248 ; xvr' siècle. Fi '. 

Vi n'est qu'une copie de Co. H- n'indique aucun nom 
d'auteur. Dans cinq mss. la Jorica porte en tète ou en souscrip- 
tion le nom de Lathcen en des graphies qui varient : 

H\ïo\. 38^ : (f. Hanc luricam Lodgen in anuopcriculosoconsti- 
tiiit, et aliidiciint qiiod magna sit virtiis eiiis, si ter in die ca[ntatiir\ 

Co, fol. 62 : a Explicit hyninits, qiicm Lathacan scotigena 
fecit. » 

Ce, fol. 43'^ : « Hanc liiricaiii Loding cantaiiit ter in omne 
die. » 

Ve, fol. 32 : « Lorica Ladcini sapientis. » 

LB, fol. III a-b : « Gillas (ou Gillus) hanc loricam jecit ad 
demones expellendos eos qui adnersanerunt illi... Laidcend mac 
Bûith Bannaig uenit ab eo in insoJani Hiberniani : transtuJit et 
portauit super altari sancti Patricii episcopt, sa[l]vos770S facere, 
amen... » 

Le témoignage de H' est ambigu. Le mot consiituit pourrait 
s'entendre, à la rigueur, d'une œuvre de propagation ; mais 
la mention de r« annus periculosus », évidemment inspirée par 
la « niortalitas huius anni » du texte de la lorica, concorde 
malaisément avec l'époque où vécut Lathcen, aucune morta- 
lité extraordinaire n'étant signalée dans les Annales de son 
vivant. 

I. La lorica il éié fréquemment éditée. En 1853 par Mone, Hvnini Latiiii 
Medii Aevi, I, 567, d'après Co. — En 1855 par Daniel, Tliesaurus Hxiinio- 
loglcus, IV, 364, d'après Fi. — En 1878 par Whitlev Stoices, Irish Glosscs, 
p. 135, d'après LB. — En 1864 par Oswald Coc!<avne, Lcchdoms, IVortcun- 
nincr and Slarcraft of Earlv Eii'^laiid (Rer. Brit. medii aevi scriphves), pp. 
LXVill sq., d'après Ce, avec les gloses anglo-saxonnes de H^ (pp. Lxxiii- 
LXXV. — En 1878 parBartsch dans la Zeilscii. f. roman isclie Pliilolo^ie, t. II, 
pp. 213-215, d'après Mone. — En 1889 par W. de Gray Birch, The Bock 
of Xiiiiiiaminster {Hampil}ire Record Society) p. 91 sq., d'après//' avec les 
variantes de H^. — En 1893 par H. Zimmer, dans son Xeiitiiiis Vindicalus, 
p. 337, sq., d'après Co. — En 1898 par Bernard et Atkinson, Irisl) Liber, 
Hymiioruin, I, 206 sq., d'après LB, avec les variantes fournies par Ce, H', 
Co, H'. — En 1899 par H. Williams, avec traduction anglaise, dans Cyiii- 
mrodorioii Record séries n" ;, pp. 304-313, d'après V Irisl) Liber Hymiiorum. — 
En 1902 par Dom A. B. Kuypers, dans TIjc Book of Cerne, pp. 85-88, avec 
une planche et les gloses anglo-saxonnes de Ce. 



Manuscrits sur tœuvri' littéraire du wohie Lalcheu 45 

Parmi les manuscrits postérieurs, Co attribue la composi- 
tion de l'hymne au scot Lathacan, et Ve 2lm sage Ladcinus; 
mais Ce rapporte simplement que Loding avait coutume delà 
chanter trois fois le jour. 

Reste le témoignage du Leabhar Breac qui nous renseigne et 
sur l'auteur de la prière, un étranger du nom de Gillas, et sur 
son importateur en Irlande, Laidcend, fils de Bûith Bannaig, 
Ce témoignage est très explicite. Malheureusement il Qsl, paléo- 
graphiqiiei)icnt du moins, le plus tardif. Néanmoins M. Zimmer 
et d'autres érudits sont disposés à y voir l'expression de la 
vérité. Selon eux, ce serait Gildas le sage qui aurait composé 
cette prière avant de quitter la Grande Bretagne, à l'occasion 
de la peste de 547 '. Sans prétendre que cette opinion soit 
insoutenable, M. Roger estime que le ceitiste allemand aurait 
dû, pour la fortifier, s'appliquer à établir l'inanité de la souscrip- 
tion de Co". A mon sens, cette erreur d'attribution desmss. 
de Cologne et de Vérone peut très bien s'expliquer par la dévo- 
tion personnelle dont Lathcen fit preuve pour cette prière, 
comme l'atteste Ce, manuscrit contemporain de Co, et par son 
zèle à la répandre en Irlande. Quelque scribe aura malencon- 
treusement attribué à Lathcen la paternité d'une pièce dont il 
ne fut que le zélé propagateur K 

Au surplus, la lorica a été composée par un amateur de 
latin hispérique; or ce latin était déjà à la mode en Grande 
Bretagne aux xi" et vii^ siècles '^, dès l'époque de Gildas par 
conséquent. Si Gildas accusait dans son De excidio Britainiiae une 
prédilection marquée pour cette latinité, nous aurions un bon 
motif pour lui attribuer la lorica; mais, d'après M. Roger, 
Gildas n'a guère employé dans cet ouvrage qu'un seul mot 
que l'on puisse considérer comme purement hispérique >. Le 



1. Z'immtr, Kl'iiuius viinlicaliis, p. 301 ; Wh. Stokes, Irish glosses, p. 
1 34 ; W. de Gray Birch, ; Booti: ofNunnaminster, p. 28 ; Bernard et Atkinson, 
Irish Liber Hyunioruni, II, 243. 

2. M. Roger, Veitseigiiemeiil des lellres classiques d'Ausone à Alcuin, 
Paris, 1905, p. 251. 

3. La large diffusion de la lorica est attestée par les gloses irlandaises de 
LB et les gloses anglo-saxonnes de Ce et de H-. 

4. Roger, op. cit., pp. 255-256. 

5. Roger, op. cit., p. 253. 



40 L. Gougaud 

saint breton aurait-il donc, en composant sa prière, cédé 
à un accès tout momentané de pédantisme ? Tournons-nous du 
côté de Lathcen. Assurément, VEgloga de moralibus lob repré- 
sente bien mieux le style de S. Grégoire que celui de cet abré- 
viateur; néanmoins il est à supposer que si celui-ci avait été 
capable d'écrire dans une langue aussi spéciale que celle de la 
lorica, il eût difficilement résisté à la tentation de glisser, çà et 
là, dans le texte raccourci de Grégoire, quelque vocable excen- 
trique. Or l'f^/o^^/ est tout à fait exempte d'hispérismes. Tout 
compte fliit, il paraît donc bien improbable que la célèbre lorica 
soit sortie delà plume du pieux moine de Clonfert-Mulloe, qui 
cependant s'en serait singulièrement épris, sans doute à raison 
de la vertu quasi magique attribuée à cette sorte de prière '. 

L, Gougaud. 



I . En tcrmiuant je tiens à exprimer ma gratitude aux savants qui m'ont 
aidé dans la préparation de cet article, à M. D. F. Kobeko, directeur de la 
Bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg, à M. D. T. Baird Wood, du 
British Muséum, à mes obligeants confrères, Dom Germain Morin et Dom 
Léon Guilloreau, et surtout au D"" Alfred Holder, qui, avec sa générosité 
coutumière, s'est dessaisi en ma laveur d'une copie des douze premiers 
feuillets du ms. de Karlsruhe, exécutée en vue d'une édition de VEgloga, et 
m'a fourni, en outre, divers renseignements de premier ordre. 



DOCUMENTS NOUVEAUX 



POUR 



L'HISTOIRE DES GAULOIS D'ORIENT 



I 

« l'histoire des CALATES )) DE M. F. STAEHELIN ' 

Il y a dix ans que M. Staehelin a donné une première édi- 
tion de cet ouvrage sous forme de dissertation inaugurale de 
l'Université de Bâle. Par son caractère rigoureusement scienti- 
fique, elle n'a pas tardé à remplacer les histoires des Galates 
de Van Gelder et de Rohiou, plus amples mais moins précises 
et, surtout, composées antérieurement aux grandes découvertes 
épigraphiques de Pergame et des villes ioniennes. Ces décou- 
vertes se sont assez multipliées depuis dix ans pour que 
M. Staehelin ait cru devoir, non pas réimprimer simplement 
sa dissertation épuisée, mais la refondre entièrement en la divi- 
sant en huit chapitres dont les deux derniers sont nouveaux : 
i) Les Préliminaires; 2) La dévastation de l'Asie; 3) La lutte 
avec le royaume de Pergame; .)) Le pays et le peuple 
des Galates vers 200 ; 5) L'expédition de Manlius Vulso et la 
soumission des Galates au royaume de Pergame; 6) La dernière 
guerre Pergaméno-galatique et l'affranchissement des Galates 
par Rome; 7) Les Tétrarques. Déjotaros et Amyntas; 8) La 
civilisation de la Galatie sous l'Empire, 

I. Félix Staehelin, Gcschichtc des Kkiiiasiatischcn dilater, 122 p. in-S", 
Leipzig, 1907. 



48 A.-J. RnNacl'. 

Du petit nombre des textes depuis longtemps connus, il n'y 
avait rien à tirer de nouveau. Pourtant, grâce aux explorations 
récentes de Kôrte et d'Anderson ', il a été possible de préciser 
l'itinéraire de l'armée romaine dans l'expédition de 189 dont 
l'interprétation remplit déjà plus de 30 pages de VHistoirc des 
Gaulois d'Orient de Robiou (1866, p. 198-229), pages que 
M. Staehelin n'eût pas dû négliger' ; l'histoire de Déjotaros a 
également gagné en précision par les diverses études numis- 
matiques de Th. Reinach réunies dans X Histoire par les Mon- 
naies (1902). Mais, ce sont surtout les inscriptions qui ont per- 
• mis de commencer à combler les énormes lacunes de la tradition. 
Bien que M. Staehelin les ait étudiées avec le plus grand soin, il 
ne semble point qu'il en ait tiré toujours tout le parti possible. 
Ainsi, lors de l'arrivée des Galates en Asie, des textes de Stra- 
bon et de Pausanias, une anecdote de Parthénios et une épi- 
gramme de V Anthologie nous montraient les envahisseurs 
menaçant les environs d'Ilion et de Milet, de Thémisonion et 
de Kélainai. On ne pouvait guère comprendre ces attaques 
successives, sans lien apparent, en Troade, en lonie, sur la fron- 
tière de la Carie et de la Phrygie. C'est seulement dans les dix 
dernières années que des décrets de Priène, d'Erythrées et de 
Cyzique sont venus montrer comment opéraient les Galates : 
descendant progressivement la côte par Cyzique', Troie ■^, 

1. A. Kônc, Allh'iiiscbc Mlttl.ieilii){i^i'ii, XXII, 1897, i-}o ci Gonlioii (Arch. 
Jahrb. Erganzungsheft, V, 1904), p. 51 ; J. G.C. Andcrson,JoiinnilofHi'tleiiic 
Stiuties, XIX, 1899, p. 45, 281. Il aurait fallu consulter aussi les importants 
travaux de W. M. Ramsav, Revue des Etudes Grecques, 1889, p. 22 ; Britisli 
School Annuat, 1905 ; Œsterr. Jahresljefle, l'eibtatt, 1904. 

2. Robiou, d'ailleurs, pas plus que Staehelin, ne paraît avoir tenu compte 
du texte de Zonaras, IX, 20, aux ternies duquel Manlius aurait pris Ancyre 
d'assaut. Zonaras, puisant dans Dion Cassius qui avait sous les yeux le récit 
perdu pour nous de Polvbe, est par là une autorité aussi bonne sur ce point 
que Tite Live. 

3 . Voir aussi ses notices dans Recueil des Mouiuiies i^ircqiws d\4sie-Mi)ieuie, 
1904-8. 

4. Je ne puis concevoir pourquoi M. Staehelin met en doute le récit 
d'Hégésianax d'Alexandrie de Troade, ami d'Antiochos III (Strabon, XIII, 
p. 594 = Fragni. Hisl. Graec. III p. 70, 10). « Les Galates, après leur 
passage d'Europe en Asie, se dirigèrent vers Ilion, pensant que la ville 
pourrait leur servir de citadelle. Mais voyant qu'elle n'avait plus de murs, 
ils la quittèrent aussitôt. » Le passage n'est pas seulement important parce 
qu'il confirmeque Lysimaque avait dépeuplé et démantelé Troie (le fragment 
d'Hégésianax achève de prouver que c'est par erreur que Strabon, XIII, p. 
)93, parle du mur de 40 stades que Lysimaque aurait construit autour de Troie 



Hlsloii'i' lies Cjituhns iFOiiciil. 49 

Pitané', Erythrées-, Hphèse, Priène, Milet, Thémisonion, 
Kélainai ; cherchant à s'emparer des riches cités du littoral 
ionien, arrêtés par leurs murs dont ils étaient incapables 
d'entreprendre un siège régulier, dévastant leurs campagnes, 
portant le fer et le feu sur les bois sacrés et les autels, mettant 
le plat pays à sac et les prisonniers à rançon, ils s'attardaient 
autour de chaque ville, à la laçon des routiers du Moyen-Age, 
jusqu'à ce qu'elle se fût décidée à acheter leur départ. M. Staehe- 
lin n'a guère mis en lumière ces traits caractéristiques de l'inva- 
sion galate ; les inscriptions qui les révèlent nous intéressent 
d'autant plus qu'elles apportent une confirmation inattendue 
à l'histoire de l'invasion gauloise en Italie, telle qu'on l'entre- 
voit à travers les annalistes latins. 

Ainsi, tout l'effort des Galates arrêté par les murs de 
Cyzique et d'Erythrées justifie ce que Tite Live écrit des 
Gaulois d'Italie : gens ad oppugnandantin iirbiuui arlcs ntdis, 
pigerr'uua eadeni ad niilifaria opéra (XXI, 23). Les légendes de 
Manlius Capitolinus ou de Camille ne s'éclairent-elles pas 
d'une nouvelle lumière à la lecture du décret rendu en l'hon- 
neur de Sôtas de Priène? « Alors que personne n'osait com- 
battre les barbares ni s'opposer à leurs progrès, lui, il sut se 
dresser contre eux qui déshonoraient nos cités, qui outrageaient 
nos dieux, qui commettaient toutes les violences contre les 
Hellènes ; il n'envoya pas seulement contre eux les merce- 
naires de la ville et les esclaves publics; mais lui-même, Sôtas, 
sut rassembler tous les citoyens de bonne volonté et tous ceux 
du pays dont la vaillance ne craignait pas d'afironter avec lui 
les barbares ; après avoir mis à l'abri, en les faisant rentrer 

et dont les fouilles n"ont rien rt'trouvé, cW Brueckner apiid Doerpfeld. Tro- 
ja iitui nioii,p. 582 ; il s'agit évidemment, chez Strabon, d'Alexandreia Troas) 
lorsqu'il avait cherché à réunir à Alexandreia Troas la population des petites 
villes de Troade, mais parce qu'il vient s'ajouter à tous ceux qui nous 
montrent les Galates ne cherchant pas à sétablir dans les grandes villes, 
mais à s'emparer d'une place forte où ils pourront mettre en lieu sur leurs 
armes, leurs captifs et leurs trésors, qui leur servira au besoin d'asile et de 
refuge. C'est le rôle que joueront en Galatie \cs phroiin\i de Tavion, Mithri- 
dation et Danala chez les Trokmes, Anc\re et Cuballum chez les Tek- 
tosages, Bloukion, Peion, Gorbeùs chez les Tolistoboïens. Sur ces casteUa 
voir Anderson, Joitrii. Hell. Stiidies, 1899, p. 314. 

1. Voir p. 12. 

2. Voir p. 4, 7. Pour Milet, Kélainai, Thémisonion. Éphèse, p. 25. 

JicvKi' Celtique, XXX. 4 



50 A.-J. Rcimich. 

dans kl ville, lant les citoyens que les auires habitants du plat 

pays avec leur femmes et leurs enfants sans redouter la 

férocité des barbares, il sortit de la ville pour se maintenir 

dans le plat pays combattant pour le salut commun et il 

ne cessa pas d'agir en sorte que la ville n'eut à souiirir aucune 
avanie, et c'est à lui que la plupart des citoyens doivent leur 
salut ainsi que leurs femmes et leurs enfants et tout le pays, 
parce qu'il sut résister courageusement aux Galates ; et c'est 
pourquoi il fut nommé stratège pour la guerre contre les 
Galates". ". En fut-il autrement de Camille qui, pour avoir su 
harceler les Gaulois occupés au siège de Rome, devint, pour 
poursuivre la guerre, consul ou dictateur? D';i.illeurs, Sôtas ne 
put empêcher sans doute plus que Camille les envahisseurs de 
ne se retirer qu'après le paiement d'une lorte rançon. On voit 
les stratèges d'Erythrées s'occuper, en 275, ci envoyer de tortes 
sommes à Léonnorios, le chef de leurs principalesbandes % et l'on 
peut craindre que cette grande victoire d'Antiochos I sur les 
Galates que M. Staehelin place vers 270, victoire qui aurait 
valu au roi Séleucide son titre de Sôtcr, n'ait guère plus de 
réalité que celle d'Albe ou de Pédum, au moins dans le récit 
que nous en devons à Lucien'. 11 y aurait même eu lieu à 

1. HilltT von Gaertringen, luschriftcn ion Prieuc (Berlin, 1906)0. 17; 
Dittcnberger, Orieulis Graeci Inscriptioiies ScJectae, 765. Il aumit fallu com- 
parer cette inscr. avec le texte où Polvbe montre Thcmistas jouant à Ilion, 
en 217, le rôle de Sôtas (V, m); Arisbè joue alors pour les Aigosages le 
rôle que les envahisseurs de 277 avaient compté iaire jouer à Ilion qui, en 
217, paraît fortifiée : conséquence probable de l'invasion galate. 

2. Dittenberger, SvIIoge, 210. Je rapporterais aux mêmes événements 
une liste publiée il y a longtemps dans le Mojaitov de Sm^-rne, I, p. 78, 
où 180 citoyens au moins souscrivent pour fournir des hommes ou de 
l'argent, une liste semblable et un décret en l'honneur d'un des stratèges 
qui a obtenu des barbares la libération des otages et la rançon des prison- 
niers recueillis par Zolôtas, WOfjva, 1908, n. 5-7. 

3. Je vois avec plaisir que M. Ph. E. Legrand, dans la Revue des Etudes 
i^recques, 1908, p. 74, indique un rapprochement, que j'avais déjà fait de mon 
côté, entre les descriptions bien connues de cette bataille chez Lucien (De 
hipsu in saUiiiido, 9 ; Zeuxis, 8-1 i)et les exploits que le mercenaire Léonti- 
chos ou Léontischos se vante d'avoir accomplis dans le >sllle Dialogue des 
Courlisanes. Dans une bataille contre la cavalerie galate, enlevant son coursier 
blanc, d'un seul coup de sarisse, il a percé d'outre en outre le chef de cette 
cavalerie et son cheval ; puis, quelques Galates avant rompu la phalange et 
s'étant rangés en bataillon carré, il renversa sept d'entre les principaux; 
enfin, d'un coup de sa spall.ki, il fendit en deux la tête de leur capitaine, l.e 
même Léontichos raconte d'autres prouesses contre des Paplilagonie s cl 



Histoire des Gaulois d'Oncul . 5 1 

examiner, à la suite d'Ettorc Païs, dans quelle mesure des récits 
insérés dans les Galatika d'un Clitophon, comme celui de la 
vierge d'Éphèse livrant la ville à un Brcnnus qui la fait périr 
sous les anneaux d'or de ses guerriers, ont pu influencer les 
légendes romaines, telle que celle de Tarpeia que le poète grec 
Simylos plaçait au siège du Capitole par Brennus'. 

Quoi qu'il en soit de ces légendes destinées de part et d'autre 
à déguiser et à embellir au profit des vaincus la triste réalité 
des faits, ce qui ressort de plus en plus nettement des textes 
et des inscriptions, c'est que, seul, un tribut régulier put 
assurer la tranquilité des villes ioniennes ou phrygiennes. On 
connaissait depuis longtemps le passage de Tite Live (XXXVIII, 
16, 13) : tantiisijuc lenor cor uni uominis eral... ut Syriae quoqne 
ad postrciniiiii rcgcs stipendiuiiidare non ahnuereiit. Priniiis Asiain 
iucokutiuiii abuuit Attalus. Memnon, l'historien d'Héraclée du 
Pont, nous montrait sa ville avançant, vers 280, .|.ooo statères 
d'or à Byzance pour l'aider à s'acquitter de la rançon imposée 
par les Galates de Thrace qui varia de 10 à 80 talents. C'est 
ce que sont venues confirmer deux inscriptions sur lesquelles 
M. Staehelin n'insiste pas suffisamment -. Elles font voir, vers 

l'on sait précisément qu'Autochios I, en montant sur le trône (280), se 
trouva engagé dans une guerre malheureuse contre Mithridatès Ktistès de 
Pont et Zipoitès de Bith}mie, alliés d'Héraclée, de Chalcédoine et de 
Bvzance (Memnon, 11 et \^). C'est pour mieux soutenir cette guerre que 
les successeurs des deux princes, Ariobarzanés et Nikomédès, firent appel aux 
Galates. et, dans le traité conclu avec eux, figurent expressément Mithrida- 
tès et Ariobarzanés — ce dernier, avant son avènement, semble avoir régné à 
Amastris, port de la Paphlagonie (Memnon, 16). Tous ces exploits se 
placent donc le plus aisément en 280-270, époque à laquelle florissaient les 
poètes de la Comédie nouvelle dont les œuvres sont la source des Dialnoiies 
des Courtisanes de Lucien. La 7:00; FalizoL |j.â/r| où s'est illustré Léontichos 
pourrait donc être la meilleure preuve, de la réalité d'une grande victoire 
remportée sur les Galates d'Asie dans cette période; il faut v ajouter la statuette 
deMvrina représentant un éléphant foulant aux pieds un Galate et qu'on a 
rapproché avec raison du passage où Lucien montre Antiochos I élevant, en 
commémoration de sa victoire, les images des éléphants auxquels elle serait 
due (S. Reinach, Bull. Je Corr. Hell, IX, p. 435). 

I. Clitophon, ap. Ps. Plut. Parait. Miu.,c. XV ; Simylos,/;/^. Plut. KouiuL, 
XVIIL Sur ces textes, cf. Païs Leoends of Koiinvi history (New- York, 1905) 
p. 105 et Sanders, The ))iyttiahout Tarpeia, dans Roman tiistoricat Sources and 
Institutions (New-York 1904) t. L P- i- 

2. Celle d'^rythrées déjà citée et l'exemplaire de Clazoménes du décret 
de la Confédération des Ioniens décernant des honneurs divins à Antiochos I 
(Recueil Michel, 486 ; Dittenberger, Orientis graeci, 222). 



32 .7.-/. Rrijnnh. 

265, les cités ioniennes sollicitant d'Antiochos 1 rautonomie 
que le roi parait leur avoir accordée moyennant certaines res- 
trictions concernant les impôts ; puis, son hls et successeur 
Antiochos II supprimait ces restrictions en laveur d'Hrythrées, 
vers 259, même en ce qui concerne -x FaXaTr/.-/. Ce mot ne peut 
guère désigner, comme on Ta prétendu ', un impôt spécial pour 
soutenir la guerre contre les Galates, mais bien le tribut que 
le roi de Syri'e s'est engagé à payer aux Galates pour racheter 
la sécurité de ses bonnes villes. Il est important de remarquer 
que, dans ces deux documents, non seulement il n'est fait 
aucune allusion à la prétendue victoire d'Antiochos I sur les 
Galates, mais que le feit même de ce tribut payé par le souve- 
rain séleucide rend singulièrement problématique le triomphe 
qu'il aurait dû à ses éléphants de guerre. De plus, si je com- 
prends bien Vad postrciiium de Tite-Live, c'est non pas enfin, 
mais jusqu'à la fin, c'est-à-dire jusqu'à l'abandon de l'Asie- 
Mineure imposé aux Séleucides en 189, quece stipendinni crala- 
ticuni aurait duré. 

Il a dû y avoir un traité régulier conclu par Antiochos I 
et qui stipulait, en retour d'un tribut annuel et de la cession 
de certains territoires, le respect par les Galates des villes rele- 
vant des rois de Syrie et, peut-être, l'envoi d'un contingent 
aux armées séleucides. C'est ce qui expliquerait, entre autres, 
la présence d'auxiliaires envoyés par les trois nations galates 
dans l'armée d'Antiochos III à Magnésie- et, surtout, ce fait 
remarquable qu'il n'y a pas de trace de guerre entreprise par 
les Galates, comme nation, contre les Séleucides, tandis qu'ils 
passent leur temps à lutter contre les ennemis des monarques 
Syriens, les rois de Cappadoce, de Pont, de Bithynie et, sur- 
tout, de Perganie. 11 ne paraîtrait pas impossible qu'un pareil 
traité ait été conclu dès le temps où la i" guerre de Syrie 
(271-71) mit aux prises Antiochos 1 avec Ptolémée II et que 
ce .soit pour le compte du Séleucide que les Galates et les Pon- 
tiques infligèrent, pendant cette guerre, une défaite signalée 

1. Cf. en dernier lieu G. Cardinali, // re^^'iio di Peii^aiiio, 1906, 178. 

2. Liv. XXXVII, 38, 3:40, 5,10, 13. Les Tektosages figurent dans son 
armée en 218 (Polvbe, V, 53, 5). .Antiochos II .1 déjà une oMrdc galnte 
(Polyen, VII, 50).' 



ilisluirc lies (huilois tl'(hici/l. 3:; 

aux troupes égyptiennes à Ancyre'. Ce traité aurait été 
encore en vigueur en 197-6; car c'est en cette année qu'on 
voit la ville de Lampsaque députer une ambassade à Marseille 
pour solliciter son intervention à Rome dans certaines 
affaires -ip\ twv PaXarôiv ; le Sénat renvoya les ambassadeurs 
à T. Quinctius Flaminius et aux dix commissaires occupés à 
rétablir la paix en Grèce. Dans l'audience que le proconsul 
leur donna à Corinthe, le chef de l'ambassade « le supplia avec 
toute l'ardeur possible de ne pas abandonner Lampsaque et 
d'aviser à lui conserver un régime autonome et démocratique » ; 
ce sur quoi, Flaminius leur donna toutes les assurances dési- 
rables et leur remit « des lettres pour les rois ». A Marseille, 
on leur avait déjà donné une lettre r.phç tov o-?;;/îv t(ov To'/,za- 
Toaviwv FaXaTÛv. 

On s'étonne que M. Staehelin n'ait pas reconnu à quels 
événements se rapportait cette inscription de Lampsaque-. 
On sait, en effet, par Tite-Live, que. d'hphèse où il passa 
l'hiver de 197-6, Antiochos III ordonna à la garnison d'Abydos 
d'aller entreprendre le siège de Lampsaque ^ qui refusait de 

1. Cette bataille n'est connue que par une référence de Stéphane de 
Byzance s. v. d'Ay/.-jpa au XVIII 1. des Carica d'Apollonios d'Aphrodisias, 
d"ou la proposition de Xiese (Gesch. dcr niakecloiiischen Stthiteii, II, p. 79 et 
129) et de Bouché-Leclercq (Histoire tles Lagidcs, I, p. 171) de chercher cette 
.Ancyre en (^arie. Qu"v viendrait taire Mithridate I du Pont (501-266;? Tout 
au plus, pour remédier à l'invraisemblance d'une expédition égyptienne 
pénétrant jusqu'à Ancyre, pourrait-on supposer qu'il s'agit, non d'Ancyre 
de Galatie, mais d'Ancvre de Phrvgie .\bbaïte, sise à trois journées de 
l'Hfllespont par la vallée du Mékestos. 

Si c'est pour s'assurer l'appui de Philadelphe qu'Antiochos I a cédé au roi 
d Egypte les villes ioniennes que Ton trouve occupées par des forces égyp- 
tiennes avant la première guerre de Svrie — ce qui paraît bien être le cas 
d'Erythrées — on pourrait placer cette bataille dans la dernière année de la 
grande-guerre qui a sévi à partir de 279 dans la région hellespontiquc, en 
276 surtout, après que les Galates, ayant aidé Nikomédés I à réduire son rival 
Zipoitès, se dispersent, allant les uns s'allier avec les princes du Pont et 
d'.\mastris tandis que les autres marchent vers l'Ouest, sur Cyzique et 
Ilion. En tout cas, c'est ainsi que se justifierait le mieux l'épithète de 
vht^Xjoî;, nouveau-venus, donnée par Apollonios aux alliés de Mithridatès. 

2. Dittenberger, Sylloge, 276. De cet appui demandé à Marseille il aurait 
lallu rapprocher l'histoire, si curieuse à ce point de vue, de Xanthos de Milet 
qui va, par Marseille, réclamer en Gaule sa témme Hérippé enlevée dans une 
incursion des Galates sur le territoire de Milet. Dû aux Histoires d'Aristo- 
démos de Nysa, le précepteur des enfants de Pompée, ce récit ne saurait 
étri; négligé (F/c/;'W. Hisl. (jrjec, III, p. 507, c.\ Parthcn. Erot., c. VIII). 

3. Liv.'XXXIlI, 38. 



54 A.-J. RciinhiK 

rentrer danj> ranciennc allégeance depuis que, en 217, elle 
avait passé un traité avec Attalos I de Pergame'. C'est cette 
aftaire de Lampsaque et de Smyrne qu'Antiochos s'opiniâtrait 
à réduire à l'ancien tribut — hello supevatas a niajorihus et sti- 
pcndiarias ac vectigaks fadas in antiqiimii jus repelit - — qui 
tut une des principales causes de l'échec des négociations de 
Lysimacheia en 196, de Rome en 194, d'bphèse en 1925. Si 
les Tolistoagiens s'étaient associés aux revendications du roi 
de Syrie, comme il résulte de l'inscription, c'est probablement 
qu'ils comptaient recouvrer leur part du slipendiiiin d'autrefois. 
Les lettres de Marseille devaient les engager à séparer leur 
cause de celle d'Antiochos III pour s'entendre directement avec 
les Romains ; les lettres aux rois — Eurnénès II de Pergame 
et Prusias I de Bithynie — devaient solliciter, auprès des 
Galates, l'intervention de ces ennemis du Séleucide. Pour s'ex- 
pliquer pourquoi les Tolistoagiens paraissent seuls engagés 
dans cette affaire, il suffit de se reporter au texte fameux de 
Tite-Live 1 dont M. Staehelin ne paraît pas avoir saisi toute la 
portée : qiiiiiii cssmil 1res ^i^h'iiles, Tolistoboii, Trociiii, Teclosa^i, 
ut 1res partes, qua ciiiqiie pop/ilorinii suoriiiii vectigiiliis Asia essel, 
diviseriint. Trocniis Hellespoiili ora data ; Tolistoboii AïoJida alqiie 
loniaiii, Tectosaoi niediterraiiea Asiae sortit! siiiit. Et slipendiiiin 
Iota cis Tauriiiii Asia exigehaiit. je ne vois pas de raison de 
révoquer en doute l'autorité de ce texte sous prétexte que les 
Trokmes ne nous apparaissent pas établis sur l'Hellespont, 
mais au sud-est de l'Halys, et que les Galates n'ont jamais 
occupé toute l'Asie au nord du Taurus. Il n'y est pas question, 
en effet, d'occupation territoriale, mais de la répartition des 
tributs entre les trois nations Galates, répartition faite avant 
la fixation des Galates en Galatie, à l'époque où ils parcou- 
raient l'Asie en vainqueurs, de l'Hellespont au Méandre, 
« parcourant longtemps et razziant en tous sens les pays qui 



1. PoKhc, \', 7(S, 61. l^llc devait obtenir en i 70 le titre d'alliée du peuple 
ronuiin (Liv. XLIII, 6). 

2. Liv. XXXV, 16, 2. 

5. Sur ces négociations, voir en dernier lieu, G. C^ardinali, // rrouo di 
Per^anio (Rome, 1906), p. )8-6i, 69, 88,97, -25- 
4. Liv. XXXVIII, 16, 6. 



Ilisloirc (h's (ùiiilois irOrirnl. 55 

appartenaient aux rois de Pergam^ et de Bith^nie, jusqu'à ce 
que, de leur consentement, ils reçurent la Galatie '. » Cette 
répartition ne concerne évidemment que les satrapies de 
Phrygie et de Lydie et l'on voit que les Tolistoagiens y 
reçoivent les côtes orientales qui doivent s'étendre jusqu'à la 
Troade et, par suite, à Lampsaque. Le territoire ainsi soumis à 
leur tribut a pu comprendre la vallée du Caïque; du moins cette 
hypothèse expliquerait-elle pourquoi ce sont les Tolistoagiens 
qu'Attalos I de Pergame doit y combattre quand il refuse de 
paver le stipendiniii galalicttin. Ce n'est pas autrement que, sur 
la rive opposée de l'Hellespont, Byzance et Périnthe, étaient 
tributaires des Celtes du royaume de Tylis -. 

Si ces tributs à verser aux Calâtes étaient levés, ou, du moins, 
contrôlés, par les souverains Séleucides, comme il résulte de 
la lettre plusieurs fois citée d'Antiochos II à Érythrées, il 
semble que ce n'est pas non plus sans entente avec ces princes 
que les Calâtes ont pu s'établir dans le pays qui prit d'eux le 
nom de Galatie. Du tait même de ce nom s'imposant, malgré 
le petit nombre des conquérants, à toute une partie de la 
Grande Phrygie et de la Cappadoce Centrale, du fait surtout 
que la légitimité de cet établissement ne parait jamais contestée 
dans aucun des réquisitoires contre les Calâtes qui nous sont 
parvenus, il semble résulter avec évidence que ce sont les Séleu- 
cides, seuls qualifiés pour aliéner une province de leur empire, 
qui auront cédé aux Galates la future Galatie, d'accord avec les 
princes voisins qui pensaient s'en délivrer ainsi (v. 240). 

1. Strabon, XII, 3, i, p. 366. L'erreur d'Appien qui place la défaite des 
Tolistoboïens par Manlius Vulso ic tov ^Lj^iov "OÀ-jrj.-ov {S\r. 42) s'ex- 
plique apparemment par un souvenir intempestif du texte précité de Tite- 
Live évidemment résumé d'après Polvbe. 

2. Pour donner une idée de ce que pouvait être ce tribut, il fallait rappeler 
outre la rançon de 5.200 statéres d'or que Hérakleia doit livrer vers 250 
( Memnon, 24), rançon qui est exceptionnelle, les cSo talents payés annuel- 
lement par Byzance vers 220 (Polvb. IV, 46) et les 4.000 statéres d'or 
envoyées, en 280, par Hérakleia pour aider Ryzance à s'acquitter envers les 
Galates (Memnon, 19). Dans les deux passages, Memnon emploie seulement 
le terme chrysoi, qui parait désigner des statéres d'or, soit des pièces de 
20 frcs. qu'il faut quintupler au moins pour avoir la valeur actuelle. Héra- 
kleia aurait donc envoyé une somme d'environ 80.000 frcs. (400.000 
d'aujourd'hui) pour aider Byzance à paver ses 440.000 frcs. de tribut annuel 
(2.200.000 frcs. d'aujourd'hui). 



56 A .-J . Rciinu-J'. 

M. Stachelin pense que cet intcnieiiiciU tut Ui conséquence de la 
grande victoire remportée sur eux par AntiochosSôter(v. 270). 
Mais j'ai déjà indiqué les raisons qu'on pouvait alléguer contre 
l'importance — et même la réalité — de cette victoire, et ce 
n'est pas tant la pensée de se débarasser des Galates qui me 
parait avoir amené leur établissement dans cette région mon- 
tagneuse qui est comme la clef de voûte de l'Asie Mineure, 
que le dessein tout politique de les y employer à surveiller les 
royautés voisines de Cappadoce, de Pont, de Bithynie et de 
Pergame, à les opposer l'une à l'autre et à les détruire l'une par 
l'autre,;! absorber en un mot les forces des Galates et de leurs 
voisins dans une lutte qui devait lesempêcherdes'unircontre les 
Séleucides et les affiùblir à leur profit. 

Si cette possibilité d'entente entre les Galates et les rois de 
Svrie n'est pas venue à l'esprit de M. Stnehelin, il ne me parait 
pas, par contre, avoir fait remonter assez haut la lutte entre 
les Galates et les princes de Pergame. Sans reprendre la sup- 
position, d'ailleurs plausible, de Pedroli ' qui trouve logique 
d'admettre que Philétairos, le premier dynaste de Pergame, ait 
participé à la guerre d'Antiochos I contre les Galates alors 
qu'il a bien plutôt songé à en profiter pour s'affermir dans 
son indépendance, comme on le voit par ses rapports avec 
Cyzique et avec Pitané, il aurait été bon de préciser d'abord 
la date même du passage en Asie des envahisseurs -, — automne 

1. Alberto Pedroli, // rci;iioili Pi'jguiiio Çluiin, 1896) p. 6 : è ben logico 
il siipporrc che asiffatta vittoria di Antioco che ne riportô il soprannome di 
SotL'ro,abbiaprcso parte c notevolc Filetero. — Pedroli aurait pu invoquer à 
l'appui de son hypothébe que l'armée de Pergame semble avoir été réorga- 
nisée en 269 8 (Oriciitis Gracci iiiscr. .sW., 266, 1. ii)et que, dans la guerre 
entre Antigonos et Antiochos, Philétairos pourrait être compris parmi les 
nombreux dvnastesqui, selon Memnon(i8), se seraient alliés avecleSéleucide. 
l'en doute cependant, surtout parce que le frère de Philétairos, Euménès de 
Tios, s'entend en 279 pour vendre la ville d'Amas'.ris à Ariobarzanès de 
Pont, ennemi avéré d'Antiochos J (Menmon, 16). 

2. Ainsi M. Staehelin n'a tait aucunement état de Timportani incident des 
4.000 Gaulois qui, au moment oi!i Ptolémée Philadelphe s'apprête à les 
emmener contre Magas de Cvréne, complotent de s'emparer de l'ngypte : 
le complot découx'ert, le roi réussit à les enfermer dans une ile de la bouche 
Sébennytique du Nil où ils périrent de iaim ou en s'entretuant (Pausanias. 
I, 7, 2 : Gallimaque, iii Del., 171 et schol.) La défection de Magas, posté- 
rieure à l'union de Ptolémée II avec sa sœur Arsinoé Philadelphe et sans 
doute causée par elleTcf. Bouché-Leclercq. H/sloire Jcs Lao^idcs, I, p. 166), 



Hisloiic (les Gaulois â'Orlciil. 57 

-77 " puis, dès l'année suivante, 276-5, le secours prêté 
par Philétairos à Cyzique menacée par les Galates : Tenvoi 
d'approvisionnements de blé et d'orge et d'un aviso à douze 

ne peut guère se placer avant 277-6. Oi', après la grande défaite qu'An- 
ligonos Gonatas avait infligée aux Gaulois à Lvsimacheia en 277, on le voit 
écraser, avec leur concours, le prétendant au trône de Macédoine, Antipatros 
(Polven, IV, 6, 17). C'est après cette victoire qu'il devient roi de Macédoine, 
avènement que les chronographes s'accordent à placer en 276. Aussi est-il 
très vraisemblable que « Antigonos, ami de Phiiadelphe » , qui expédie en Egypte 
les 4.000 Gaulois, est bien le roi Antigonos et que ces Gaulois, comme 
ceux qu'on trouve à son service, sont des débris des 18.000 hommes battus 
à LysiiTiacheia. La prise de cette ville étant prêtée parTite-Live (XXXVIII, 16) 
à Léonnorios et Loutarios, n'est-ce pas après sa perte qu'ils auraient négocié 
le passage que, sur la foi de Pausanias(X, 25, 14), on convient de placer dans 
Tannée attique 278-7 ? Reste à savoir si, à cette date, Antigonos était encore 
en guerre avec Antiochos I dont le stratège Antipatros laissa s'opérer le passage 
de Loutarios. Sans doute, Justin (XXV, i, i) place la guerre d'Antigonos 
contre les Gaulois après la paix conclue entre Antigonos et Antiochos. Mais 
il n"a lui-même auparavant mentionné nulle part cette guerre et l'on ne voit 
guère comment, alors que PtoléméeKéraunos était encore roi de Macédoine 
(280-automne 279), Antigonos eût pu guerroyer en Asie, bdhiiii qitod iiilcr 
A)itioouuin GoihitiiiJi (I Anliochiin in Asia gestuni est (Trogue, Prol., 24). 
Cette guerre se place, au contraire, bien mieux quand Antigonos, devenu 
roi, s'allie à Nikomédès de Bithvnie (Memnon, 18), qui ne devient roi qu'en 
279. C'est dans cette même année que, par la disparition de Kéraunos tué par 
les Gaulois, Antigonos, réfugié en Béotie (Memnon, 1 3), put reparaître en 
Macédoine. Dans l'automne de 279, Antigonos et Antiochos envoyaient 
chacun )00 hommes pour aider à défendre les Thermopyles contre les 
Gaulois (Pausannias, X, 20, 5). Ce n'est apparemment qu'après les désastres 
essuyés par les Gaulois tant en Grèce qu'en Thrace qu'Antigonos a pu 
s'allier à Nikomédès de Bithynie contre Antiochos. Memnon place d'ailleurs 
cette guerre indécise, dont l'Hellespont semble avoir été le théâtre, immédia- 
tement avant le passage des Galates en Asie, par conséquent eu 278-7. On 
comprend ainsi que, à Lysimacheia, Justin (XXV, 1 ) nous apprenne qu'Anti- 
gonos a (/(Y'rt ;•(/«('' son armée pour combattre ces Gaulois qui désolaient le ter- 
ritoire de Byzance (Memnon, 19). Le passage en Asie, qui résulte de cette 
victoire et des négociations concurren tes d' Antipatros, le stratège d'.\ntiochos, 
avec Loutarios, et de Nikomédès avec Léonnorios, ne peut donc avoir eu lieu 
que dans l'automne 277. Au reste, dans l'inscription de Cvzique, ce n'est qu'en 
276-5 qu'est mentionnée la guerre -co: to'Jç F^ÀâTocç. La guerre qui désole 
Cyzique en 279-8 est, plutôt que celle d'Antigonos et d'Antiochos, celle que 
Nikomédès I soutint victorieusement contre son frère et compétiteur Zipoitès, 
maître de la Bithynie Hellespontique (ou Thrace Thyniaque, Tite Live, loc. 
cil,, Memnon. 17), ?ans doute soutenu par Antiochos — d'où la confla- 
gration générale de 278-7. C'est après avoir raconté cette guerre intestine 
que Memnon (18) place celle d'Antigonos contre Antiochos ; elle durait 
encore en 277 puisque c'est contre des Bithyniens que Nikomédès I aurait 
mené ses alliés galates réunis aux bandes de Loutarios. Que ce passage des 
Galates a surtout été dirigé contre Antiochos I, M. Staehelin l'a bien mon- 
tré (p. 7): mais il n'a aperçu ni le rôle de la bataille de Lysimacheia donn.mt 



5 8 A.-J. Rciinuh. 

rames '. Si Cyzique ct.iit le débouché de Perganic sur l'Helles- 
pont, Pitané, dans le golfe Eléatique, était le port de Per- 
gaine sur la Mer Egée, et Philétairos ne semble avoir rien 
négligé pour gagner son amitié-. Pitané fut-elle assiégée par 
les Galates? On pourrait le conclure d'une demande de secours 
adressée au roi de Macédoine, Antigonos Gonatas, par le plus 
illustre des fils de Pitané, le philcjsophe Arkésilas '. Nous 
savons qu'il fut en relations étroites avec les dynastes de Per- 
gameet dans une k-i';py.[j.[j.y. il: "AttzXîv ■ — sans doute l'Attalos 
trère de Philétairos — à l'occasion d'une victoire aux courses 
d'Olympie qui se place apparemment entre 281 et 261, il vante 
Ih'p-'ay.;; ;>/ "z-\z'.: /j.ivr'r, j.iviv^. Avant 261 ce n'est guère 
que contre les Galates que Pergame peut s'être illustrée par 
les armes. L'illustration ainsi acquise, jointe au trésor de 
Pergame, e.xpliquerait les générosités de Philétairos que l'on 
connaît déjà, tant à Pitané, à Aigai > et à Cyzique, que, plus 
loin, à Thespies ^' et à Délos. A la veille de sa mort, en 262-1, 
nous trouvons des Pbilétainia institués à Cyzique • et à 

aupix'S des Galates la plus grande autorité à Antigonos Gonatas, ni les efforts 
contraires faits par le stratège séleucide de la Phrvgie hellespontique pour 
attirer Loutarios dans le parti d'Antiochos I. 

1. Dittenberger, Orienlis irraeci, 748. 

2. Il lui prêta une centaine de talents sur les 390 qu'exigeait .\ntiochos I 
pour lui céder les domaines ro\'aux qui rentouraient (n/7V////> ^T./ri'/, 335, 

'• '55-6). 

3. Diog. Laert. I\ , 39. Ce vovaged'Arkésilas à Démétrias ne peut guère 
se placer qu'après les grandes victoires de Lysimacheia et de Kassandreia 
qui permirent à Antigonos Gonatas de prendre le titre roval (276). 

.|. Gité par Diog. Laert. IV, 30. Attalos I, n'ayant que 21 ans quand il 
prit le titre royal, ne peut guère avoir été vainqueur à 01\'mpie avant son 
arrivée au trône (241); étant mort lui-même en 224, Arkésilas n"a pu 
s'adresser qu'au père d' Attalos I, Attalos frère de Philétairos, qui était 
sans doute mort en 261, à l'avènement de son neveu Euménès. 

5. Dittenberger, Orientis graeci, 312. 

6. Dittenberger, //;/(/., 310-11 ; Jamot, Bnllcliii lic Correspoinliiiuc ILI- 
h'inqin\ 1902, 1)6; HoUeaux, Revue des Etudes Greajues, 1897, p. 33 ; 
1902, p. 302. 

7. Ces jeux sont cités sous l'hipparchat d'Apollophanès (G I G., 5660) 
fds d'un Aristandros qu'on trouve envové à Rhodes pour obtenir l'adhésion 
de cette cité aux ^c'/cV/V/ institués par Gvzique (G I G., 3656). Les caractères 
épigraphique^ reportant cette dernière inscription au premier tiers du 
III'-' siècle et le titre de ces jeux étant le même que celui du concours que les 
lùoliens instituèrent à Delphes en souvenir de leur victoire, je crois pouvoir 
supposer que les Sâtèria de Gvzique ont été également institués en actions 
de grâces après l'échec des Galates en 276-5. 



Hish'iic des Gaulois (fOrieiil. 59 

Délos ' et je crois avoir montré ailleurs - que c'est au fondateur 
de la dynastie, et non au troisième fils de son neveu Attalos I, 
qu'il faut rapporter la dédicace d'une statue élevée à Délos par le 
sculpteur Nikératos pour commémorer « comment, naguère, 
te heurtant aux Galates terribles à la guerre, dans un combat 
impétueux, tu les chassas bien au delà de tes propres tron- 
tières K » Si Philétairos a eu recours aux armes pour défendre 
son territoire, il est probable qu'il s'est surtout servi de ses 
richesses; il semble que des Galates figuraient dans l'armée 
qui, en 261, sous son successeur Euménès, remporta la victoire 
de Sardes sur Antiochos I •*; en tout cas, un tribut fut consenti ; 
le premier, on le sait, Attalos I devait refuser de le payer. 
Ce fut la cause de la grande guerre contre les Galates à laquelle 
M. Staehelin a consacré tout un chapitre. 

Tout en s'étendant sur la campagne d' Attalos I contre Antio- 
chos Hiérax dont l'exacte concordance des bases de Pergame 

1. Dittenberger, 5v//oyr, 388. M. Staiihelin aurait dû mentionner cette 
autre base d'ex-voto de Délos où on lit encore: toÙç Yi p.àxaç v',xr|aav]Ta; 
\\-<')ÂA"y/i (BiiUl'Uii Corr. HelL, 1905, n. 77). 

2. Dans une communication faite à la Société des Eludes Grecques le 
10 janvier 1907. Cf. Revue des Etudes Greeques, 1907, p. 271. 

3. M. Staehelin, qui cite cette inscription p. 62, la rapporte à la guerre 
d'Éuménès II contre Ortiagon qu'on s'accorde à placer en 184-3, -'' '^ s*-"^"-' 
de la guerre d'Huménès II avec Prusias de Bithynie. Mais le nom de Philé- 
tairos ne parait pas dans les monuments de Pergame qui se rapportent .1 
cette guerre; de plus, si le Gaulois de Délos, comme M. Staehelin l'admet, 
avec raison, je crois, est bien le monument de Nikératos dédié en l'honneur 
de Philétairos, il aurait été facile de se rendre compte que ce sculpteur appar- 
tient à la première moitié du iii^ siècle. 

4. C'est à tort, je crois, que M. Staehelin (p. 14, n. >) rapporte à 
.\ntiochos Hiérax l'anecdote qui nous montre un roi Antiochos tué par le 
Galate Kentaurétos eiiiii proelio Galalas subegissel (Solin, 43, i;, et. Pline, 
VIII, 42 ; .■Klien, De N. A., VI, 44). Nous savons sans doute par Eusèbe 
(I, 233 Sichoene) et par Polybe (V, 74) que Hiérax périt en Thrace et par 
Trogue (Pompée ))/()/. 27) qu'il mourut a Gallis oceisus. Mais Justin précise 
que, interné en Hgvpte, deceplis cuslodibus, elahitur fugieKsijue a latroiiibus 
inlcrficitnr (XXVII^ 3). S'il eût trouvé chez Trogue l'anecdote merveilleuse 
du chevat qui, le roi tué, se précipite dans un abîme emportant le meurtrier 
impuissant à le maîtriser, on n'imagine pas Justin la laissant de côté, d'autant 
plus qu'elle pouvait lui fournir une admirable antithèse avec la mort de 
Séleukos II, le frère d'Hiérax, qu'il raconte aussitôt après : Seleueiis quotiue, 
iisdeiii feniie diebus, aniisso rcguo, equo praecipitatus, finitur. Sic fralres. . . De 
plus, les différents récits de cette anecdote paraissent empruntés à Phylarque 
qui écrivit vers 220 ta y.y-'oL tov ".Vvtîo/ov zai tov lUo^aar/zov Kju.i'n[(Fragiii. 
hlisi f7r.,I, 541). 



6o .-/.-/. Rt'iiKirh. 

avec le texte d'l:usèbe ' permet de hxer définitivement la chro- 
nologie, il n'a pas abordé le problème autrement complexe des 
campagnes du roi de Pergame contre les Galates. Des six inscrip- 
tions où ils sont mentionnés, il n'en y a qu'une où ils se 
trouvent associés avec Antiochos Hiérax : elle se rapporte à cette 
bataille de l'Aphrodision par laquelle semble s'être ouverte, en 
229, la guerre contre Antiochos. Dans les ex-voto des trois 
autres victoires remportées sur Antiochos (229-8) il n'est pas 
question des Galates. Ainsi, comme limite inférieure pour les 
cinq victoires galatiques qui restent à localiser, peut-on admettre 
2^0-29 ; la limite supérieure est 241-40. C'est, en eftet, en cette 
année, qui est celle même de l'avènement d'Attalos I, que 
Strabon semble placer sa grande victoire sur les Galates à la suite 
de laquelle il prit le titre royal (XIII, 624). Ces deux événements 
sont encore associés par Polybe (XVIII, 41, 7) et par Tite Live 
dans deux passages (XXXIII, 21 ; XXXVIII, 16), dont le second 
nous apprend que l'occasion de la guerre fut le refus de payer 
aux Galates le stipeiidiitm — il en résulte que Pergame, comme 
les villes ioniennes sous Antiochos II (261-46), avait acheté la 
paix moyennant un tribut nnnuel — et que, malgré l'éclat de 
sa victoire, non tanien ila iiifregit animas eoruni (^Galaloruni) ni 
absislereni ah iinperio. C'est un texte qu'il importe de rappro- 
cher du passage où Tite Live rappelle quWttalos I dut à plu- 
sieurs reprises combattre les Galates : Altains cns rcx saepc fnclil 
Ink^avilqnc (XMII, 17). Ainsi, c'est à la suite d'une invasion 
galate que fut remportée la première victoire; cette invasion 
avait poussé jusqu'aux environs de Peri^ame, puisque l'épitomé 
de l'rogue Pompée (/)/■()/. 27) la rappelle en ces termes : Galli 
Peri^anio victi ah Allah et que Pausanias (I, 25, 2) la désigne 
par ces mots : Vy.\y.-(',)v -r,-/ iv Mj-b ç,0:p:zv. C'est après avoir 
ainsi taillé en pièces les Galates qu'Attalos, cà en croire le Périé- 
gète, aurait dédié sur l'Acropole d'Athènes un monument com- 
mémoratif de ces victoires, monument dont il est question dans 
une inscription athénienne de 23i-ot)u 229-8. Or, des cinq 
victoires galatiques que les ex-voto nous font connaître, il n'en 
est qu'une dont on sache exactement le théâtre : -•?;; r.zpi -r^';y.z 

1 . Chi'onicon, I, 23 1, Sclioene. Voir l'ctudc critique de Houchc-Lcclcrcq, 
Revue des UiiivcrsiU's ili< Midi, 1.S97, p. 139. 



Histoire lies Gaulois d'Oricii/. 6i 

K(X<.y.c'j xoTay.ij rpoç ïoKi(j-cy.';'.ou; VxKâxaq {lÀyr^z. Seule aussi, 
cette victoire des sources du Caïque, l'artère centrale de la M3^sie 
qui arrose Pergame, est rappelée, non seulement par un ex-voto 
particulier, mais aussi sur le grand monument commémoratii 
élevé vers 225 : elle y figure avant la victoire de l'Aphrodision 
sur Antiochos et les Galates, les trois victoires remportées sur 
Antiochos seul et la victoire gagnée contre les généraux de 
Séleukos. Il est donc hors de doute que la grande victoire de 240 
est celle des sources du Caïque. Un important document épigra- 
phique qui a échappé à M. Staehelin confirme et précise ce 
résultat : c'est un décret rendu par la ville de Nakrasa ', l'une 
des fortes places qui couvraient Pergame sur la rive gauche du 
Caïque, en Thonneur de l'épistate ApoUonios pour la façon dont 
il a su organiser les Basileia; Tintitulé du décret qui suit la 
première célébration de ces jeux est daté du mois Hyperbérétaios 
de la i'^ année du roi Attalos. Il y a donc lieu de croire que 
c'est à l'est de Nakrasa qu'avait été remportée, avant septembre 
240, la grande victoire d' Attalos à la suite de laquelle il avait été 
proclamé roi -/.yl oivr,^;optùQr, '^ùociyO.vJ: T.po)-z: v'.y.r.jaç rx/axaç 
[j-iyr, [J.i'^'y.^r, (Strabon, XIII, 624). En même temps qu'était ins- 
tituée à Nakrasa la fête commémorative de cette assomption du 
titre royal, s'élevait sur l'Acropole de Pergame le grand ex-voto 
circulaire avant environ 10 m. de tour où le [ix^Cheùç "AxTa- 
Xcç rendait grâces à Athéna de sa victoire du Caïque. C'est 
donc bien entre 240 et 230 qu'il aurait fallu placer les victoires 
sur les Tolistoagiens que commémorent quatre petites bases 
en marbre blanc-. Si le nom des Tolistoagiens est certain sur 
deux d'entre elles, leur état de mutilation ne permet guère de 
reconnaître l'emplacement des combats; dans l'une, je propose- 
rai cependant de restituer ~t]p\ M[-/;y.£aTo|v, la vallée du Mékestos 
ou Makestos étant l'unique voie naturelle qui mène vers l'Hel- 
lespont de la haute vallée du Caïque à travers les massifs de 
la Phrygie Abbaïte qui paraissent avoir servi alors de citadelle 
aux Tolistoagiens. 

Si les fragments des ex-voto d'Attalos I permettent ainsi 



1. Dittcnberger, Orieiitis Graeci, 268. 

2. Fraenkcl, fiiscbr. î\ Pcrgaimvi, 35, 34, 37 a-h, 37 i--i/. 



62 J-.J. Rcluach. 

pour ses guerres gaUitiques, une reconstitution plus précise que 
celle que nous a donnée M. Staehelin, le monument élevé par 
Euménès II, soixante ans après (225 et 165) la grande dédicace 
de son père, bien que ses fragments nous soient parvenus plus 
mutilés encore, peut fournir quelques renseignements nou- 
veaux sur l'ensemble des guerres soutenues par ce prince contre 
les Galates, lorsqu'il les combattit ou bien comme alliés d'An- 
tiochos III, de Prusias II et de Pharnakès I, ou bien, isolés, à 
la suite des invasions d'Ortiagon et de Solovettios. 

Pour la campagne du prince Attalos — le futur Attalos II 
— et du consul Manlius Vulso en 189, il reste une base où 
l'on peut reconnaître : y.-]'o if,: \[J".]'y- l'(>);A[aî(.)v i^ay^ç] | 
[zpb; -avTJiç r^pAâTxlç'. De la guerre contre Prusias qui 
peut avoir duré de 187 à 183 et dont l'heureux succès fut 
célébré par la réorganisation des Niképhoria et la restauration 
du sanctuaire d'Athéna Niképhoros, il subsiste cinq bases. 
Deux d'entre elles, où il n'est question que des Bithyniens 
vaincus sur mer par Euménès II, n'intéressent pas directement 
les Galates. Il n'en est pas de même des trois autres qui, 
complétées l'une par l'autre, permettent de préciser le théâtre 
des batailles livrées par Attalos, le frère d'Euménès II, à 
l'armée Bithvno-Galate II semble y avoir eu deux rencontres 
importantes qui sont rappelées, d'abord chacune sur une base 
distincte élevée au moment même de la victoire, puis, ensemble, 
sur une des bases du monument général où figuraient égale- 
ment les trois bases dont il vient d'être question. On y recon- 
naît à la 1. 3 à-b -f^ç -zpl 1) et à la 1. ^ j-î-. Ces trois dernières 
lettres proviennent sans conteste du nom de lieu qu'on lit sur 
l'une des bases distinctes -Jepî tb A'j[-::£|opov \; quant au B delà 
1. 3 c'est avec moins de certitude que je proposerai de le combi- 
ner avec un I et un N qu'on trouve sur deux fragments apparte- 
nant à l'autre base distincte-'. En groupant les données de 
ces trois bases on obtiendrait pour l'inscription du monument 
général : 'x-b -f,ç ztpi H'.u.yAov -/.y.', -z A jzsopsv r.pz: Iv.Ojvcj-- 



1. luschriflai VOH Perganioii, jb f-k. 

2. Inscbri/len von Peri^aniou, 51. 

3. //'/(/., 65 :== On'entis Graeci, 298. 

4. Ibid., eSc-d. 



Histoire des Gaulois d'Orinil. Gi 

7.T. Vy'Ky.-xq [i.y.yr^ç. Le LypediDs étant hi montagne au pied de 
laquelle s'élevait Zipoition, une des capitales de la Bithynie, 
et le Billaios, qui se jette à Tios, marquant la frontière entre la 
Bithynie et la Paphlagonie, on s'expliquerait aisément que les 
batailles décisives aient pu se livrer dans leurs parages. La pré- 
sence des Galates est suffisamment impliquée par l'expression 
que Polybe emploie pour désigner cette guerre : zp:; zi lip:j- 
cTÎzv -/.a', VyjSxy.z. Toutefois, il reste possible que le peuple entier 
n'ait pas participé à la guerre, mais seulement une des trois 
nations, notamment les Tolistoagiens, limitrophes de la 
Bithynie, qui avaient soutenu Ziaélas à la mort de son père 
Nikomédès I (v. 250). Ce sont eux qui reparaissent seuls comme 
alliés de Pharnakès I dans la base qui commémore la victoiie 
d'Euménès II sur le roi de Pont '. Cette hypothèse est d'autant 
plus vraisemblable que, des deux chefs galates alliés de Phar- 
nakès dont Polybe nous a conservé les noms % Kassignatos et 
Gaizatorix, ce dernier a laissé son noni à une partie de la 
Paphlagonie occidentale. Quoi qu'il en soit, et malgré un der- 
nier effort des Galates sous Solovettios, en 167-6, désormais 
la Galatie est incorporée au royaume de Pergame. Pour com- 
mémorer ce suprême triomphe qui marque l'apogée de la 
monarchie pergaménienne, Euménès II élevait le grand autel 
de Zeus qu'ornait la Gigantomachie. 

Dans la trentaine d'années qui séparent les deux séries de 
guerres galatiqucs dont les bases de Pergame permettent en 
une certaine mesure de préciser l'histoire, entre la campagne 
des Aigosages en 218 et celle de Manlius Vulso en 189, l'his- 
toire des Galates nous est à peu près totalement inconnue. 
Aussi est-ce pour combler ce vide que M. Staehelin a cru 
devoir introduire à cette place son chapitre sur : Le Pays et le 
Peuple des Galates vers l'an 200. Il aurait fallu pourtant, avant 
ou après, essayer de grouper les rares textes qui permettent 
d'éclaircir par endroits la pénombre de cette période : c'est, en 



1. Iiischrifteii vo>i Pergainoii, 53. 

2. Polybe, 24, 8; Strabon, XII, p. 562. On sait, de plus, qu'en 180, 
Pharnakès a fait envahir la Galatie par son général Léokritos (Polybe, 
XXIV, 10). M. Staehelin aurait dû conclure du contexte que les Pontiques 
occupèrent tout le pavs des Tektosages et des Trokmes. 



(•>4 A.-]. Rciiiach. 

205-4, ^^ translation à Rome de la Pierre sacrée de Pessinonte 
qui n'a pu se faire que grâce aux bons rapports d'Attalos I de 
Pergame et des Tolistoagiens de Pessinonte; c'est, en 218-7, 
la présence des Rhigosages ' dans l'armée d'Antiochos III et 
celle du Galate Lysimachos commandant, dans cette armée, le 
corps des Kardaces à Raphia-; en 195, quand Antiochos III 
travaille à affermir ses possessions de Thrace. « tant par pré- 
sents que par intimidation il détermina les Galates à entrer 
dans son alliance, estimant qu'ils feraient d'excellents soldats, 
vu la grandeur de leur corps '. ■> Le royaume gaulois de Thrace 
ayant été détruit en 212, ce texte doit, selon toute probabilité, 
se rapporter aux Galates d'Asie. Cette importance des Galates 
dans la région de l'Hellespont étonnera moins si l'on se rap- 
pelle la pression qu'on les a vu exercer en 197-6 sur Lam- 
psaque ; d'autre part, le traité d'alliance conclu à cette date 
explique pourquoi tous les princes galates, à l'exception du 
seul Eposognatos, envoyèrent en 190 des auxiliaires à Antio- 
chos le Grand, contre Rome et contre Pergame. De là, la nou- 
velle ère d'hostilités dont on a vu qu'elle n'a été définiti- 
vement close qu'en 165 par l'incorporation de la Galatie 
dans l'état pergaménien. 

C'est ici qu'on aurait aimé trouver, dans l'ouvrage de 
M. Staehelin, le tableau d'ensemble de ce qu'avait été la 
Galatie indépendante. Il a préféré le présenter pour ainsi dire 
en deux tranches, traitant séparément du Pays et du Peuple 
des Galates vers 200, dans son chapitre iv, et de la Civilisation 
galate sous l'Empire, dans son chapitre vni. C'est là une dis- 
tinction qui, dans l'état actuel de notre documentation, est 
bien difficile à justifier, la plupart des renseignements sur l'or- 
ganisation intérieure de la Galatie venant de textes et d'ins- 
criptions de l'Empire d'où il est souvent difficile de distinguer 
ce qui est proprement celtique, de ce qui est phrygien, grec, 

1. i'olvbc, \', 5^, 5. On hésite entre cette lecture et la lecture : Tecto- 
sagcs . 

2. Polybe, \', 79, II ; 82, 1 1 . Ce ne sont pas des « Gaulois » comme 
l'écrit Bouclié-Leclercq (Histoire des Lagicics, I,p. 309), mais il faut les iden- 
tifier sans doute aux Kardousiens et Kardouc]ues, archers et frondeurs, 
ancêtres des Kurdes d'aujourd'hui. 

5. Appien. S\r., VI. 22. 



Ifisifirc (h's Gaulois irOrienl. 63 

OU romain. Cette considération semble avoir dissuadé M. Stae- 
helin de donner cette étude d'ensemble dont on trouve sans 
doute les éléments dans ses notes mais dont on aurait souhaité 
posséder dans son texte, — sinon les résultats dont on est 
encore loin de pouvoir parler — du moins un exposé des pro- 
blèmes qui se posent dès maintenant. Je n'insisterai pas ici sur 
la question religieuse dont j'ai déjà montré la position dans 
mon article sur Le Pain Galalc ^ et sur laquelle je compte 
revenir à propos de la correspondance d'Euménès II et 
d'Attalos II avec l'Attis de Pessinonte. L'interprétation que 
M. Staehelin^a donnée de ces documents précieux ne me con- 
vainc pas sur tous les points; en tout cas, il eût fallu insister 
sur l'envoi de la Pierre Noire de Pessinonte à Rome, en 205, 
par les soins d'Attalos I. l'un des points essentiels de la question. 
Pour ce qui touche à l'expansion et à l'influence possible des 
Galates, il aurait été bon de dresser une liste des pays d'Orient 
où l'on connaît des mercenaires galates; un relevé des mots 
celtiques qui sont entrés dans le grec sans passer par le romain, 
comme gaisoii, hartaniera, cirouggos, kaniyx, etc. n'aurait pas été 
moins instructif. La liste des noms de personne galates d'Asie 
Mineure et d'Egypte que M. Staehelin a dressée en appendice 
ne supplée qu'imparfaitement à la prosopographie galatiquc 
qu'il eût été facile à l'auteur de tirer de ses recherches. Je n'v 
trouve par exemple ni Kentaurètos (cf. p. 1 3, n. 4), ni Soumma- 
roudès (Alhi'riisrhe Mitth., 1896, -|6i), ni Skingorios et Ordo- 

I. Revue Celtique, 1907, 223-40. Je me permets d'indiquer ici que. 
d'après une étude de A. Klotz qui m'avait échappé (Philologus, 1906, p. 97), 
VExpositio totius muudi aurait été traduite du grec à assez basse époque. 
D'autre part, aux textes allégués pour établir, dans le culte de la Magna 
Mfl/f/d'Ancyre, l'existence d'une période annuelle pendant laquelle on devait 
communier au moyen du piuieiii ilivinuui qu'Ancvre produirait selon VExpo- 
sitio, il faut ajouter ce passage delaPfl5i-/ode saint Théodose d'Ancvre où Ton 
voit les prêtres païens inviter les fidèles à réserver aux idoles onineni huniani 
l'ictus specieiii, pauein scilicet et vlnuni (Ruinart, Acta Sincera, p. 378 ; cf. le 
texte grec publié par Franchi de Cavallieri, 5/;/<^// f testi,Vl, 1901). Un autre 
texte, très important pour l'histoire religieuse des Galates, ne leur a pas 
été rapporté par M. Staehelin. Tertuliien r.ous apprend que les Celtes 
allaient passer la nuit auprès des bûchers de leurs braves pour recevoir leurs 
conseils ou leurs oracles (De anima, 57). Le Nicander qu'il cite comme 
autorité ne peut guère être que Nikandros de Kolophondont Vakmè se place 
entre 270 et 230 et qui peut avoir parlé des moeurs des Galates dans les 
3 livres de ses Variétés ('ET:oo'.oju.£vâ). 

Revue Celtique, XXX. 5 



66 -^■-J. Re'niach. 

bêtos (ilnd., 1904, n. 14), ni Skingomagos {Rev. Études 
grecques, 1904, 331), ni Hérippc ou Onomaris, etc. Pour la 
prodigieuse rapidité de l'assimilation, il n'était pas moins 
nécessaire d'insister sur le fait que, dès 223 et 218, on 
trouve des Galates portant les noms tout grecs d' Apatourios et 
de Lysimachos. Pour se rendre compte du mode d'établissement 
des Galates, il aurait été également indispensable de cataloguer 
et de répartir les noms de lieux celtiques qu'on trouve en Galatie : 
Tolostachora, Camouliana, Mandalos, Petobriga, Eccobriga, 
etc.; il aurait fallu montrer le rapide accroissement des Galates 
qui, de 20.000 au plus, lors de leur passage en Asie,. dépassent la 
centaine de mille en 189, ce qui ne peut guère s'expliquer que 
par Tarrivée constante de petites bandes, comme celle des Aigo- 
sages en 218 ou des Rhigosagesqui apparaissent à la même date 
dans l'armée d'Antiochos III, venues des régions de la Thrace et 
du Danube. De cette migration incessante, bien que se ralentis- 
sant et s'espaçant de plus en plus, il aurait fallu se demander enfin 
si des rapports de commerce n'étaient pas résultés par la voie 
du Danube. Ce qui n'était jusqu'ici que pure hypothèse paraît se 
confirmer depuis que les fouilles de Gordium ont révélé le déve- 
loppement d'une céramique qui présente les plus étroites analo- 
gies avec celle de La Tène '. Y a-t-il là développement paral- 
lèle ou influence véritable, et dans quel sens s'est fait sentir cette 
influence ? Ce sont des questions que la science n'est pas 
mieux en état de décider que la plupart de celles qui inté- 
ressent la civilisation des Galates, mais que son devoir est, dès 
maintenant, déposer. Si, à leur égard, M. Staehelin n'a réuni 
en général que des indications bien sommaires, pour l'histoire 
extérieure et militaire de cette extraordinaire aventure qu'est 
l'étabHssement des Galates en Asie en pleine période hellénis- 
tique, son ouvrage, dans cette nouvelle édition, promet de 
rester longtemps fondamental. 



I. Yok R. Zalm, Bcrliih'r Pbiloloo-ische IVochenschiift, 1907, 827; Archaeo- 
hnrischer Jnieitrer, 1907. 500. Pour la richesse des chefs Galates, on regrette 
que M. Staehelin ait ignoré la jolie page de Beulé, /. </« Savants, 1873, 
p. 26 : pour les tétrachics, les Stiuli Storici de P. Garofalo (Nola. 1904). 



Histoire des Gaulois d'Orietil. 67 

II 

LES TROPHÉES CALATES DE MII.ET 

Un document archéologique mis au jour dans les récentes 
fouilles de Milet ' paraît apporter un renseignement nou- 
veau sur la dernière guerre, la moins connue peut-être, entre 
Pergame et les Galates. Dans le bouleutérion élevé au nom — 
c'est-à-dire aux frais — du roi de Syrie Antiochos IV (175- 
164), par ses deux favoris, les frères Hérakleidès et Timarchos 
de Milet, les morceaux de la frise exhibent des trophées dont 
on n'a pas manqué de remarquer la similitude avec ceux de 
Pergame. Cette similitude n'existe pas seulement dans la 
flicture, mais le carnyx, le casque à cornes - et le bouclier 
oblong suffisent à établir qu'il s'agit également à Milet de 
trophées galates ; la longueur des tiges qu'on y voit terminées 
par une pointe triangulaire barbelée aurait dû empêcher de les 
qualifier de flèches ; c'est un javelot, peut-être le gaesiim K 
L'objet qui passe au-dessus de certains boucliers, objet qu'on 
a pris pour appartenir à l'arc qui correspondrait à ces flèches, 

1. H. Knackfuss, Dey Boiiknitcrioii l'Oit Milet, ïzsc. II des Ausgrahungoi 
in Milet, publiées sous la direction de Wiegand (Berlin, 1908). 

2. Il semble avoir à la fois une corne de bœuf en guise de cimier et une 
corne de bélier de part et d'autre de la calotte hémisphérique, ce qui rappelle 
certains casques du Monument de Saint-Rémv. Voir les types de casques 
gaulois reproduits Revue des Etudes Anciennes, 1907, pi. V. ; la liste des 
casques qui présentent la même calotte sphérique avec garde-joues, mais où 
des boutons remplacent les cornes de part et d'autre de la calotte et sur le 
sommet, a été dressée avec grand soin par R. Paribeni {Ausonia, II, 1907, 
p. 283), qui les croit dérivés de ïapex étrusco-latin. 

3. On ne peut rien conclure du fait que les trophées de Pergame ne 
présentent que des javelots à pointe foliiforme et avec nervure centrale, 
d'autant plus que l'on est loin d'avoir retrouvé tous les morceaux de la 
balustrade des trophées. Puisque [(tgaesun/ est toujours désigné comme une 
pointe barbelée c'est évidemment plutôt aux pointes de Milet qu'à celles de 
Pergame que l'on peut appliquer ce terme. Bien que Tite Live, dans le seul 
récit détaillé qui nous soit parvenu de combats livrés par les Galates, ne 
parle que de viissilia et de tela (XXXVIII, 19 et 21), le port au gaesuni dans 
leurs rangs me parait résulter, d'abord, des noms de deux de leurs princes, 
Gaizatorix(Polyb. XXIV, 8, 6 ; Strab. XII, p. 562) et Gaizatodiastos (Or/V/i- 
tis Graeci Inscr. Sel., 535); puis, de l'emploi du mot g aesum à la fin du 
me siècle par les Septante (Jos., LXX, 8, r8 ; Jud., IX, 7) et dans des 
papyrus (Tehtunis papvri, I, p. 533). 



68 A.-J. Rcivach. 

ressemble à cette tige en cow de cygne qui sort de même des 
boucliers ovales de Pergame; on y a reconnu le rhthn'skos qui 
terminait la poupe des galères'. S'il était prouvé que ces 
objets représentent des arcs, il faudrait les rapprocher des 
bipennes et des peltes qu'on rencontre dans cette frise de Milet, 

I. On voit encore sur les trophées de Milet: i" des boucliers ronds 
comme ceux qui ornent les aphlastes sur les trophées de Pergame. Si ces 
rondaches sont caractéristiques des Grecs, Etrusques et Ibères, il n'est pas 
impossible que, par suite de leur contact avec l'un ou l'autre de ces peuples, 
certaines bandes gauloises n'aient fini par s'en servir concurremment avec 
le grand bouclier ovale ; ainsi, dans un bas-relief de Kios qui semble bien 
commémorer un combat naval entre des vaisseaux de cette ville et des 
Galates, l'un de ceux-ci tient une rondache tandis que l'autre, tombé à la 
mer, abandonne son bouclier ovale (Lebas-Reinach, Voyage aribc'ologigiic, 
Mo>iiiiiii-iils figurés, pi. 151). 11 suffit, d'ailleurs, d'échancrer en demi-lune 
les angles opposés des grands côtés du bouclier hexagonal gaulois pour 
obtenir un bouclier qui se rapproche beaucoup de la pcltc. C'est ce qu'on voit, 
notamment, dans le fameux tombeau de Caecilia Metella (' F/i/ Appia), sur la 
seule plaque subsistante des trophées gaulois sculptés en commémoration 
des victoires de son mari, le jeune Crassus, lieutenant de César en Gaule ; 
la pelle est tout à fait nette sur le trophée d'armes gauloises qui est encastré 
dans le socle de l'Aphrodite de la salle délia Crocc Greca au Vatican (Helbig, 
Guide de Rome, t. I, Vatican, n. 316) ; 2° un trident qui, joint au chéiilskos 
(un chéiiiskos semble figuré pareillement sur la frise de Téléphos provenant 
du temple élevé par Cvzique à ApoUonis de Pergame, Arch. Jahrbuch. 
1907, p. 241) indiquerait que le souvenir d'uncombat naval fut associé à celui 
d'une plus récente victoire galatique. Comme les trophées de Pergame com- 
mémorent en même temps que les défaites d'Ortiagon et de Solovettios, 
les anciennes victoires navales sur Prusias II et sur Antiochos III, il est 
possible qu'on ait voulu rappeler à Milet le souvenir de la bataille de Ladè 
où l'on a lieu de croire que des contingents milésiens aient pris part, 
avec les Rhodiens et les Pergaméniens, contre Philippe V. Bien que le 
roi macédonien ait été vainqueur, l'inscription de la statue de Lichas (qui 
paraît avoir dirigé à l'époque de cette bataille la poHtique de Milet), 
trouvée précisément au Nord des Propylées du Rouleutérion, suffit 
à montrer comment les Milésiens surent tourner cet échec à leur gloire 
(cf. Haussoullier, Etudes sur Milet et le Didynieion, 1902, p. 140); 3° des 
cuirasses à la grecque, avec épauliéres, lambrequins et jupons. MM. Laurent 
et Dugas, Rei'ue des Etudes anciennes, 1907, p. 63, ont cité quelques-uns des 
monuments gaulois où on les retrouvait; il faut ajouter surtout à leur liste 
la cuirasse des trophées de Pergame qui appartient à ce tvpe et où le 
svastika gravé sur chaque épauliére oblige à reconnaître l'origine gauloise ; 
40 des knémides dont il n'est pas impossible que l'usage ait pénétré en 
Galatie avec celui des cuirasses helléniques. Milani considère avec raison 
comme représentant un « regulo frigio-galato • , un petit bronze de Téla- 
mon où leguerrier, coiffé d'uncasqueconiqueetarméd'unbouclierelliptique, 
porte des jambières qui s'arrêtent au dessus du genou (Museo topografico 
delVEtniria, p. 92, cf. Paribeni. op. -cil. p. 280). C'est d'après des monu- 
ments semblables que Lucien aura imaginé ses Galates équipés en hoplites. 



Histoire des Gaulois d'Orienl. 69 

mêlées aux armes gauloises. Loin d'indiquer qu'on se trouve 
en présence d'un motif purement décoratif, comme les édi- 
teurs semblent l'avoir cru, ces armes des Amazones confirme- 
raient plutôt, s'il en était besoin, que les armes avec lesquelles 
elles sont associées sont d'origine celtique. 

Sans qu'on sache trop quel rapport les Grecs de cette époque 
établissaient entre les Galates et les Amazones, — • soit qu'on les 
considérât les uns et les autres comme des rameaux des hippo- 
toxotes Cimmériens qui avaient peut-être menacé Milet après 
la prise de Sardes en 657, conime les Galates, qu'on prétendait 
issus des Cimmériens, avaient pu, vers 167, répandre, de Sardes, 
la terreur dans Milet ', ■ — soit que les femmes aient joué dans les 
expéditions galates le rôle guerrier qu'on leur prête chez les 
Cmimériens et chez les Cimbres identifiés par les anciens 
aux Cimmériens % — soit enfin que la Galatie, d'où partaient 
leurs invasions, ait compris cette région où, de l'Halys au 
Thermodon, auraient jadis régné les Amazones. — de toute 
façon, il reste avéré que les artistes pergaméniens se sont plu à 
idéaliser les luttes contre les Galates, autant sous forme d' Ama- 
zonomachie que sous forme de Gigantomachie. Déjà, les bas- 
reliefs élevés par Attalos I sur l'Acropole d'Athènes représen- 
taient sur leurs quatre faces une Gigantomachie, une Amazo- 
nomache, la bataille ie Marathon et une victoire des Pergamé- 
niens sm'les Galates. Sur la frise supérieure du sarcophage de 
la vigne xA.mmendola qui dérive directement de ces monuments, 
un bouclier et un carquois complètent chaque groupe formé 
d'un captif et d'une captive. Aussi, le mélange d'armes ama- 
zoniennes aux armes Galates n'a-t-il rien que de très naturel, et 
leur présence commune sur les frises de Milet n'autorise pas à 
mettre plus en doute la réalité des victoires commémorées que 



1. Milet a des monnaies à type amazonien (Mionnet. III, n. 1294). Sur 
les Cimmériens confondus avec les Amazones, voir Radet, La Lydie, 1892, 
p. 179. La confusion provient apparemment de ce que les Cimmériens, 
comme les Galates, emmenaient leurs femmes dans leurs expéditions. 

2. Il suffit de rappeler la Gauloise mourante du groupe Ludovisi et la 
Gauloise captive de Florence, dite Thusnelda, le rôle joué par Kamma et 
par Chiomara dans le De Midierinn Virtiitibus, 20-22, et celui d'Onomaris 
dans les Scriptores rerinn miriihiliiim, p. 128. Si les cavaliers galates ont eu 
le culte d'une Epona, il \' aurait eu la une nouvelle occasion de confusion. 



70 J.-J. Reiiiacb. 

ne le permettent les peltes ou les carquois ' des trophées de 
Perganie. Si l'on s'accorde aujourd'hui à faire dériver des 
ex-voto consacrés par Attalos I vers 225, l'Amazone morte de 
Naples ou le Perse combattant du Vatican, — les Amazones 
comme les Perses portaient l'arc scythe, — l'on ne peut s'éton- 
ner de trouver une semblable alliance dans les trophées sculptés 
à Pergame vers 165 et à Milet vers la même époque. 

En effet, dans la période de 175-164 à laquelle sa dédicace 
permet de circonscrire la construction du Bouleutérion, c'est 
la seule guerre de Solovettios (168-6) qui a pu permettre à 
Milet de se donner, par de pareils trophées, l'illusion de la 
victoire. 

On sait qu'après avoir subi, en 168, des défaites qui mirent 
sa domination en péril, Euménès II, malade lui-même, dut 
envoyer son trère Attalos solliciter l'intervention de Rome. 
Malgré les représentations, d'ailleurs peu énergiques à dessein, 
des ambassadeurs romains, les Galates, de leur camp de Syn- 
nada, envahirent de nouveau la Phrygie en 167. L'armée 
d'Euménès II était concentrée à Sardes - et l'on apprend [)ar une 
inscription que cette ville « ne fut sauvée des plus grands 
périls que par la protection des dieux et la \aleur du roi 



1. Les deux llèches i>i;r le fragment des trophées pergaméniens reproduit 
pi. XLV des Atisgrahiiiii^eii von PcToaiiioii sont si grandes qu'elles ont du 
appartenir à l'arcuballiste voisine. Comme elles sont empennées, l'absence 
de pennes est une nouvelle raison qui empêche de voir des flèches dans les 
traits figurés sur le trophée de Milet. Certaines reproductions des trophées 
gaulois d'Orange semblent figurer un arc (ainsi Duruv, Histoire des Romains. 
II, p. 71, d'après Caristie, Arc d'Orange, pi. XIX); c'est, sans doute, un bau- 
drier. En étudiant ailleurs avec détail la question de l'usage de l'arc en Gaule 
{L' Anthropologie, 1908), je crois avoir montré que les purs Celtes ne l'ont pas 
pratiqué, mais qu'il était connu des Gaulois ligurisés ou germanisés ; les 
Galates appartenant, je crois, au rameau gallo-belge, il n'y a rien d'impos- 
sible à ce qu'ils aient connu l'arc. D'ailleurs, sur des bas-reliefs du genre de 
ceux de Milet, une certaine fantaisie est permise ; c'est ainsi que, alors que les 
Galates portaient probablement l'épée de taille à pointe mousse du bas LaTène 
(cf. S. Reinach, L'AntInvpoIogie, 1906, p. 354), Trendelenbourg attribue avec 
raison à la licence artistique It^s gladii à la romaine des Gaulois du Capitolc 
et du Musée des Thermes (Baumeister, Denlaniiler, II, 1239). Cependant la 
r>oignée à tète d'animal du Gaulois Mourant se retrouve sur les trophées de 
Pergame. 

2. Liv. XLV, 34. Sur Euménès II et cette guerre, d. Staehelin, op. cil., 
69. J'ajouterai seulement que ce sont probablement ses exploits contre les 
Galates que célébrait à sa cour le poète épique Leschidès (cf. Suidas, s. v.) 



Histoire des Gaulois d Orient. 71 

Euméiiès » '; en l'honneur du roi elle institua les jeux dits 
Athanaia-Euménia. En fut-il de même à Milet ? Il n'est pas 
indispensable de le supposer -. Les trésors de son temple de 
Didymes faisaient de Milet, entre toutes les cités ioniennes, un 
appât pour la cupidité des Galates. Aussi, suffit-il sans doute que, 
redoutant leur approche, elle ait contribué de quelque manière 
à la victoire du roi de Pergame, pour que son Apollon se soit 
cru en droit de recevoir des trophées de la victoire semblables 
à ceux qui ornaient les métopes de l'Apollon de Delphes *. 

L't que l'auteur de la dédicace Fraenkel, 165, étant un Théophilos, père 
d'un Apollonidès syiitroplms d'Attalos III (cf. Ferguson, Ctassical Pljiloloi;v, 
1907, p. 405), c'est k\ une raison de plus pour rapporter à la guerre de 165 
la dédicace de ce général vainqueur 'c|j. •touyiai ... Tzp.j; FaXâra;. 

1. Orientis Graeci /«icr. 5<'/., 303. Cette victoire qui sauva Sardes est 
peut-être identique à la [J-i'/r\ £[jl <I>puyî-/ -ooç PaXâra; en souvenir de laquelle 
les généraux du roi de Pergame lui avaient élevé un monument dans sa 
capitale {hisctir. v. Pero .^ 165 et Atbcii. Miltlieil., 1902, p. 90). 

2. Il faut remarquer pourtant qu'il n'est pas nécessaire de rapporter à 
l'invasion de 278-6, comme le fait encore Staehelin, l'anecdote des trois ou 
sept jeunes Milésiennes qui se tuent plutôt que de se laisser outrager par 
les Galates. La seule raison invoquée, l'attribution à Anyté de Tégée qui 
aurait écrit vers 260 delà pièce de l'Anthologie qui nous a conservé le sou- 
venir de leur sacrifice, est sans valeur depuis que Stadtmùller a établi que 
l'auteur n'était pas Anyté mais le poète milésien Antonios Thallos, un con- 
temporain d'Auguste (cf. Boas, Rheiiiiselk's Miisciiiii, 1907, 65). C'est à la 
même époque qu'appartient le texte déjà cité d'Aristodémos de Nysa qui 
montre les Galates enlevant les Milésiennes aux Thesmophories (Fragiii. 
Hist. Grdx., III, 308). Si Staehelin a négligé de faire ces réserves quand il 
place dans la première invasion galate l'épisode de Milet, il- faut remarquer, 
par contre, le peu de valeur de celles qu'il met en avant pour faire descendre 
à une époque postérieure à .\ntio:hos II l'épisode des habitants de Thémi- 
sonion se rétugiant dans une grotte devant l'invasion : si Thémisonion doit 
son nom au favori d'Antiochos II, Thémison, n n'en résulte aucunement 
qu'elle ait été fondée par lui et l'on ne peut demander à Pausanias (X, 32, 
4), à qui l'on doit le récit de cet épisode, de nous donner le nom antérieur 
de la ville. Pour ce qui est de Kélainai, au contraire, Pausanias ne lui don- 
nant pas le nom d'Apameia Kibôtos qu'elle porta depuis Antiochos III, on 
peut croire que sa source plaçait l'épisode avant le régne de ce prince. 
D'autre part, on s'étonne de ne pas trouver le nom d'Éphèse parmi 
celui des cités attaquées par les Galates en 278-6. Le passage des Gdlii- 
tika de Clitophon de Rhodes qui nous rapporte l'histoire de Démonikè 
livrant Éphése aux Galates (Fragiii. Hist. Graec, IV, 367) ne paraît pas avoir 
moins d'autorité que l'anecdote de Hérippé contée par Aristodémos de Nvsa 
et je crois, avec Gercke {Rliciii. Mus., 1875, 273), que l'allusion à la vaine 
attaque des Cimmériens contre Ephése que Callimaque a introduite aux 
vers 252-8 de son Hymne à Artémis devait son actualité à une tentative 
semblable des Galates." 

3. Sur ces métopes, voir Hutlctiii de Correi(yoiutaiicc Heltciiique, 1894. 



72 .-7.-/. Rt'iiKub. 

Antiochos IV aurait d'autant moins hésité à en éterniser le 
souvenir sur le Bouleutérion qu'il offrait à la ville, que c'est au 
roi de Pergame qu'il devait surtout son trône et qu'il entrete- 
nait avecluides rapports assez bons pour exciter les soupçons du 
Sénat. On pourrait chercher un indice du rôle joué par Milet 
dans cette dernière guerre galatique dans le choix qu'Euménès II 
fait de cette ville pour y ériger la statue de bronze doré que 
la Confédération lonnienne lui décerne au lendemain de ses 
victoires'. Seule des cités d'Ionie, elle lui avait consacré un 
téménos ; c'est là que dut s'élever la statue du monarque dont 
les trophées galates du Bouleutérion montraient à tous les 
impérissables titres de gloire. 

A.-]. Reinach. 



p. 176. Les tropliées sculptes n'excluaient pas les trophées d'armes réelles, 
qui, d'après le décret de Cos (C. R. Ac. Iiiscr., 1904, p. 166, 1. 10), devaient 
se trouver à l'intérieur du sanctuaire. Ce sont peut-être les trophées de 
Delphes que représente une curieuse plaque de verre bleu reproduite dans 
la Revue archéologique, 1889, I, p. 204. Elle comprend : i bouclier ovale, 
I rond, I hexagonal, 1 échancré en forme de peltè, 2 sangliers-enseignes, 
I casque rond à jugulaires, i casque conique sans jugulaires, 2 javelots, 
I carquois et, peut-être, l'extrémité d'un arc (ou d'un chéuiskos, cf. p. 22, 
n. i). Des pelles se retrouvent autour d'une tête de Dispaler trouvée à 
Riom (Me'm. Soc. Anliq., 1897, p. 146). 

I. Orientis oraeci inscriptiones selectac, 765. — Dans un important 
compte rendu de l'ouvrage de Staehelin, je suis heureux de voir M. R. Laqucur 
(Berl. Philol. JVochenschrifl, 1908, 960J insister sur la distinction que j'ai faite 
plus haut (p. 14), à rencontre de Staehelin, entre les victoires galatiques 
d'Attalos I et ses campagnes contre Antiochos Hiérax. Pour certaines 
questions relatives aux rapports de Pergame et des Galates, je me permets 
de renvoyer à un article sur Les Mercenaires de Pergame qui paraîtra pro- 
chainement dans la Revue archéologique. 



LE GAULOIS DUROS 



Le gaulois duras qui est entré comme second élément dans 
la composition d'un assez grand nombre de noms de lieu, 
parait avoir eu le sens de « ville close », et spécialement, de 
ville close située en plaine', par opposition à ilfimvi qui dési- 
gnait une ville forte placée sur une hauteur'. 

M. Whitley Stokes rattache ce mot qu'il épelle, sans nous 
en dire la raison, ciiiros, dûnm, à la racine qui est dans le 
latin dûnis « dur au toucher, ferme », puis il en rapproche 
Tirl. diïr « dur », le gallois dur « chalybs » et le breton dir 
« acier » K C'est sans doute par inadvertance que le savant 
anglais a fait ces rapprochements, car il est reconnu depuis 
longtemps que le gallois diir et le breton dir ont été empruntés 
au lat. dfinis '. M. Holder qui en tombe d'accord, n'en persiste 
pas moins à voir dans le soi-disant duras, un mot gaulois 
identique au latin dûrus. 

On peut tout d'abord objecter à cette manière de voir. 

1. C'est le cai notamment lV Isanio-iliaos, bugeysien Isernoro, franc. 
Izernore, Ain, à'Iccio-dwoii, Issoire, dans la plaine de la Liinagne, à'Icio- 
diuon ou Uio-duron, Izeure, Côte-d'Or, de BaUodicron, Ballore, Saône-et 
Loire, d'Aiilissio-diinvi, Auxerre, etc. 

2. Sigebert, Vita Deoderici, c. 17 : u Gallica lingua monteni vocari 
dunum, studiosis non est incognitum », et plus loin : « Sicut crgo Augusti- 
dunum Augusti mons..., Dividunum quasi divortim dunum ». On lit, de 
même, dans le De tioiiiinihiis ^nillicis, 1 : « Lugdunum desiderato monte : 
dunum, enim montem », et dans Héiic, l^ita iiietrica S. Gcrmani, i, 5 : 
« Augusti dunum... Augusti montem » ; cf. Holder, Alt-Cellischer Sprach- 
schali, t. I, c. 1375. 

3. Whitley Stokes und Adalbert Bezzenberger, Wortschat^ der keltischen 
Spracheinheit, p. 151. 

4. J. Loth, Les mots latins dans les langues hrittoniques, p. iii et 162; 
\'. Henrv, Lexique etviiioh\u'que du hrctou moderne, p. 99. 



74 £:• Philipoii 

qu'il est admis aujourd'hui que le latin dfirtts est pour *i1i l'iros, 
d'une racine dereij, d'où * dreitro-s, littéralement « dur comme 
le chêne » ; cf. le sanscr. (inl-iiiâ- « arbre », le grec opu-;j.i-ç 
« forêt de chênes » et le lithuan. dn'i-ta-s « lort ». Or, rien 
ne nous autorise à croire que l'hypothétique *di'iros soit 
pour drfiros. 

Ce n'est point là, d'ailleurs, l'unique objection que soulève 
le rapprochement que l'on a voulu établir entre le gaulois 
duras et le larin durits. Il en est une autre qui a elle seule 
suffirait pour nous taire écarter ce rapprochement : c'est celle 
qui découle de la quantité brève de 1'// de duras. 

L'épel duras adopté par MM. Whitley Stokes et Holder, ne 
repose sur rien ; par contre, les preuves abondent qui mettent 
hors de toute contestation l'épel duras. Ces preuves peuvent 
se diviser en trois catégories que je vais examiner brièvement : 

i" Le gaulois duras est constamment transcrit en grec par 
scup:r : Oy.Tiscupcv. I >c'.;;;yp;v, ravviooupov que Cluvier cor- 
rige en ^y'Kilzjç,ov , Aoup;-7.:-Tcpcv, Aoupi-Tpr;;; ' . A la vérité, 
ce n'est point là une preuve décisive, car il arrive souvent 
que les géographes grecs transcrivent 1'/? celtique par ou : 
*' AouYOJoc'jvov, Ai'JYos'jviv : lat. Lûgiïdûiiuui- ; il fliut toute- 
fois remarquer que l'on rencontre, au moins deux fois, la 
graphie oo'jv:v « dïniau » % tandis qu'il n'existe pas d'exemple, 
à ma connaissance tout au moins, de la graphie ooups-;. 

2" Dans les textes latins de la basse époque, le gaulois dura- 
est régulièrement représenté par dara-, voire même par dero- : 

Octo-durus : Octadarus, Ocladarcusis K 
Boio-durum : Baiadara, Baladera corr. BaiaderaK 
Salo-durum : Saladaruiu nomin., Saladcra''. 

1. Ptolénicc, 2, 12, 3,4; 2, 9, 10; 2, 9, 6; 2, 3, 13. 

2. Le lyonnais Lvoii, en deux syllabes, au moyen âge Liiin, postule la 
série Lni^'fnlnniiiii, * Lmidhnuni, Lûdfinnni ; ci. Pagiis Lmliinciisis, dans un 
acte de 920 et mon Dictionnaire topogmpbique de VAin, p. 301 . 

3. Ptolémée, 2, 2, 9 ; 2, 3, 4. 

4. Caesar, B. G., 3, i, 4 ; Enclicrii passio Acaunensiuni nimiyrnni, c. 4, 
éd. B. Krusch, p. 34 1. 5; Conciliuni Aquilei, an. 381 (Mansi, 3, c. 599 D) 
et Conciliuni Bpaonense, an. 517 (Maassen, p. 30). 

5. Ptolémée, 2, 12, 4; ND occ. 34, 44; Itin. Anton. 249. 

6. Itin. Anton., 553 ; Eucherii passio Acauii. martyr., c. 14, éd. B, Krusch, 
p. 38, 1. II ; Frcdcgarii chron., 4, 22 (an. 601-602). 



/.(' gaulois duros. 75 

Autessio-durum : Aiitcsiocionim, Aulisiodonim, Atiteciodero, 
Autisiodcro ' . 

Brivo-durum : Biiodoruiit, Briodcnim -. 
''Nemeto-duros : Neiiiptudoro, Nenictodero \ 
Isarno-dui'os : Isaïuodoro, Isaniodcro ■^ . 
*Icio-duro.s : Iciodorits, Iciodoreusis \ 
*Albio-duros : AIbiodenim^\ 
Duro-casses : Dorocas'i. 
Duro-cortorum : Dorocorloro^. 

L'alternance habituelle entre // et 0, alternance qui ne se 
produit jamais entre il et ô, et d'un autre côté, la nature 
nécessairement flottante des voyelles posttoniques, justifient 
les formes doro et dcro qui seraient absolument inexplicables, 
si 1'// de duros avait été long, comme le veut M. Whitley Stokes. 
Mais il y a mieux : dans un certain nombre d'exemples, 
conformément à un usage qui existait déjà en latin vulgaire et 
qui a pris en roman son entier développement, 1'// de diiro qui 
se trouvait après la tonique, a été purement et simplement 
éliminé : Boiolro pour un plus ancien Boiodro de Boiôdùro, 
5;7W/v sur une monnaie mérovingienne de Brivôdûro, Isar- 
nodro d'Isarnodûro, sur une monnaie de la même époque, 
Isiotro pour L/W/o d'Ici ôdùro, Aliodrensis pagus, dans un 
diplôme de l'an 632, d'Aliôdùro, etc. 

Notons en terminant qu'on ne trouve jamais la graphie 
(/()//() pour dihio, et encore moins les graphies deiio ou duo. 



1. Table de Peutinger; /////. Aiiloii. 561 ; Grcgor. Turon., De olori,i 
ioii/cs. c. 41 ; Fredegarii chroi!., 4, 58; Monnaie mérovingienne (R.N., i86^, 
p. 344). 

2. Table de Peutinger; Longnon, .-Itlus J}istoriquc, Texte des planches, 
p. i'jo;^Acld Autrci^nsili A A. SS. 20 mai, V, p. 251 F. 

3. Greg. Turon., /;. F. 10,28; Vita S. Geiiovefac, c. 13, éd. B. Kru.sch, 
p. 220 et la note /; du chap. 1 3. 

4. Vita Eti^endi, c. 1 ; éd. B. Krusch, p. 154. 

5. Greg. Turon., /;. F. 10, 31 et iiigltv. coiifes. c. 29; Prou, Moini. iiicroi'., 
387 : Hicciodero. 

6. Fredegarii chrou. 4, 83. 

7. Prou, loc. cit. 578. 

8. Caesar, B.G. 6, 44 ; Frai^iu. Valic. 313, éd. Mommsen l'an. 291). 



76 h:. Philipoii. 

3" Les formes romanes sorties de ^//;us postulent de toute 
nécessité un // bref : 

Ballodurnni, * Ballodntm : Ballore. 

IsaruodùruHi, harnodi inii : moyen-rhodanien Isernoro, franc. 

Izernore. 
Brivadurimi, Briadruin : Briare. 
Nemeloduruiii, *Nemplodnim : Nanterrc. 
Irciodfiriini, Icciodrinii : Issoire. 
Iriodnnnii, Iciodnim, var. hiodritiii : Izeure. 

L'épel diiros une fois bien établi, il n'est pas difficile de 
trouver dans les autres langues indo-européennes le corres- 
pondant de ce mot celtique. 

Pour ce qui est de la forme. — nous parlerons dans un 
instant du sens, — le gaulois diiro- se rattache à l'indo-europ. 
(il.uiiv-, dhuni-, forme faible de dhvoro-, dhvora-: grec Ojpx et 
Ojp;-v dans -p;-Oi>p:v « porte d'entrée » et dans U'jpz-v.lr^t, 
got. daûr, V. saxon dura « porte » ; et. armén. diini « porte», 
lat. foies plur., lith. dùrys plur. " portes », irland. dorus 
Ç=*dvorcsiii-) « porte ». Il me reste maintenant à montrer 
comment du sens de porte, on est passé à celui de ville ou de 
bourg muni de portes, ce qui sera facile. S'il est une chose qui 
prédomine dans l'idée que fait naître en notre esprit le nom 
de ville forte, c'est assurément l'idée de clôture. Cela est si 
vrai que nous opposons communément les villes ouvertes aux 
villes fortifiées. C'est par suite d'une conception analogue que 
les Allemands donnent aux châteaux forts (hiirgeu^ le nom 
de schlosser; cf. schlicsseii « fermer, clore ». Le même rappro- 
chement peut s'établir entre le v. irl. di'tn « arx » et le verbe 
dutmhn « je ferme >k 

Parmi les différents ouvrages qui constituent une enceinte 
fortifiée, il n'en est pas de plus important que la porte; il est 
donc tout naturel que prenant la partie pour le tout, on se 
soit servi du nom de cet ouvrage pour désigner non seule- 
ment l'enceinte elle-même, mais encore la ville ou le bourg 
compris dans cette enceinte. Et de fait, c'est ce qui s'est produit 
dans la toponomastique française, ainsi que le montrent les 
noms qui suivent : 



Le oaulois dùros. 77 

Portes Portas, Ain, nom d'une chartreuse autretois lor- 
tifîée; — La Porte, « ancien repaire noble », commune d'Ago- 
nac, Dordogne ' ; — Lrt Porte, château, commune de Bougé- 
Chambalud, Isère; — La Porte, château, commune d'Autruy, 
Loiret. 

Portes, commune du département de la Drôme, est redevable 
de son nom à un ancien château fort qu'un acte de 1332 
appelle Castrum Portae, et un acte de 1374, Castro m 
Portarum '. 

L'indo-eur. dhiira-, dhnro-, ou sa variante dbvoro-, ont à la 
fois le sens de porte et celui de construction munie de portes, 
enclos, maison ou château : avest, dvardm « porte et maison », 
V. perse dvara-in « porte, cour, maison, château, palais du 
roi » ; armén. diiru « porte et maison »; lithuan. dvàras 
« enclos » en regard de diirys « portes » ; v. slave dvorû 
« maison », à côté de dvirï t. « porte ». Citons encore 
l'égéen liir-si-s « bourg fortifié » dans Tiirris pour Tursis 
LJhisouis, ville de Sardaigne, de l'indo-eur. dhnr \ 

Dans le lexicon grec, Oupiv, Oôpa ne paraissent pas avoir 
eu d'autre signification que celle de « porte » ; mais plusieurs 
villes fortes tiraient leur nom de Oupiv ou de Bûpx « porte » : 
Bupsa, ville d'Argolide, 0'jpicv, ville d'Acarnanie, var. Bûppsiov 
pour *(-')jp-7£'.c-v ; ©upaCov, ville d'Arcadie, et avec la nota- 
tion de 'j par cj : (-^z'.^piy^, ville de Messénie ; Bs jp'.ov, ville de 
la Grande Grèce. 

Le thrace remplaçait, comme on sait, les moyennes aspirées 
par les moyennes simples correspondantes, c'est donc un nom 
thrace que l'on doit reconnaître dans Asupi-^tcpiv, lat. Dùro- 
storum, ville de la Mésie Inférieure. 

E. Philipon. 



1. De Gourgues, Dictionnaire topograpbique de la Dordogne, s. v. 

2. Brun-Durand, Dictionnaire topograptiique de la Drôme, s. v. 

5. Sur le traitement des moyennes aspirées dans les langues égéennes, 
cf. * Sectàr, adaptation grecque "Exrwp « qui tient fortement », de la racine 
segh qui est dans le nom d'homme grec "'E/sto; et dans Segetas, nom 
diiomme ibère qui se lit sur une inscription monétaire en caractères ibères. 
On peut, dans le même ordre d'idées, citer encore lUy/M-r, auj. Bergas et 
Il£OYarj.ov, déformation phrygienne de l'égéen *riÉpzaapv, villes de Troade, 
en regard du thrace Berga « ville forte », de la racine hhergh. 



ENLÈVEMENT DU TAUREAU DIVIN 

ET 

DES VACHES DE COOLEY ' 



CHAPITRE XVII 

LE CHAR ARMÉ DE FAUX ET LE GRAND MASSACRE 
DE LA PLAINE DE MURTHEMNE. 

I. Soins donnés à Cùcliulainn par le dieu Lug son père. 

Quatre des cinq grandes provinces d'Irlande prirent étape 
et campement à l'endroit appelé grand, énorme massacre, 
dans la plaine de Murthemne. Ils envoyèrent leurs parts de 
bétail et de butin près d'eux, au sud dans les étables des 
vaches d'Ulster. 

Cûchulainn s'arrêta près du tombeau sur les pentes de la 
montagne non loin d'eux, en leur voisinage. Son cocher Lôeg, 
fils de Riangabar, alluma du feu dans la soirée à l'heure de 
nones-. Au delà de ce feu Cûchulainn vit, au-dessus des tètes 
des guerriers venus de quatre des cinq grandes provinces d'Ir- 



1. Au tome XXIX, p. 201, après la note : « ceux qui ne sont pas dieux », 
devait se trouver la note suivante : 

Nous avons supprimé une glose qui a pénétré dans le texte : « Les dieux 
sont les gens puissants, ceux qui ne sont pas dieux sont les gens qui cul- 
tivent la terre. » Sir John Rhys a fait remarquer, Traiisaclions of the thini 
Coiiirress for tbeHistory of Religions, p. 201, 202, que dans le Fled Briaeiid, 
Lebor na hUidre, p. ici, col. 2, 1. 8, Windisch, Irische Texte, t. I, p. 259, 
1. 12, 13, Conchobar, roi d'Ulster est dit « roi terrestre « dia taJmaide, et 
qu'ailleurs sa sœur Déduire est dite déesse. Livre de Leinster, p. 133, 1. 32. 
Cela semble une imitation de l'usage romain qui élevait à la dignité de dii'i 
et divae les empereurs et les impératrices défunts. 

2. Expression empruntée à la langue de la liturgie chrétienne ; elle atteste 
un remaniement postérieur à la période payennc. 



Enlèvement du taureau divin. 79 

lande, l'or pur de leurs armes briller avant le coucher du soleil 
dans les nuages du soir. La colère, une grande tureur furent 
provoquées chez lui par le spectacle de ses nombreux adver- 
saires, de la foule de ses ennemis. Il saisit ses deux lances, 
son bouclier et son épée. Il secoua son bouclier, agita sa lance, 
brandit son épée et de sa gorge fit sortir le cri du héros; les 
génies visages pâles, à figure de bouc, les fées des vallées, les 
démons de l'air ' lui répondirent, épouvantés qu'ils étaient par 
ce cri puissant ' en sorte que Nemain, c'est-à-dire Bodb, la 
déesse de la guerre, mit le désordre dans les rangs de l'armée. 
Les guerriers de quatre des cinq grandes provinces d'Irlande 
firent avec les pointes de leurs lances et de leurs armes un 
tel bruit d'armes que cent hommes d'entre eux furent tués 
par l'épouvante, par un mal de cœur mortel, ce soir-là sur le 
sol où ils avaient pris étape et campement. 

Quand Lôeg fut là, il vit quelque chose : au nord-est se 
dirigeant vers lui, un homme traversait le camp de quatre des 
cinq grandes provinces d'Irlande; « Un homme s'approche de 
nous maintenant, mon petit Cûchulainn », dit Lôeg. — « Mais 
quelle apparence cet homme-là a-t-il ? » demanda Cûchulainn. 
— « Il n'est pas difficile de répondre >', dit Lôeg. « C'est un 
homme grand et beau. Sa tète chauve au sommet est entourée 
de cheveux blonds et bouclés. Un manteau vert l'enveloppe. 
Dans ce manteau est fixée sur sa poitrine une broche blanche 
d'argent. Serrée par une ceinture qu'orne de l'or rouge, une 
tunique en velours de roi couvre sa blanche peau et lui 
descend jusqu'aux genoux. Son bouclier est noir avec une 
dure bordure de laiton. Il tient à la main une lance à cinq 
pointes; près de lui est une pique fourchue. Les jeux et les 
tours qu'il fait sont merveilleux. Mais personne ne fait atten- 
tion à lui, et lui ne fait attention à personne ; il semble que 
dans le camp où sont réunis les guerriers de quatre des cinq 
grandes provinces d'Irlande, personne ne le voit. » — « C'est 
vrai, ô mon élève », répondit Cûchulainn, « c'est un de mes 
amis dans le monde des dieux qui a pitié de moi; car ils ont 

1. Démons de l'air est une glose chrétienne qui a pénétré dans le texte. 

2. Explication mythologique de l'écho, rattachée aux Tùatha dé Danann, 
1. ^^02, p. 477 de Windisch. 



Se H. d\4rbois tic JiihainviUc 

su la grande peine où je me trouve aujourd'hui, moi seul en 
face des guerriers de quatre des cinq grandes provinces d'Ir- 
lande qui enlèvent les vaches de Cooley. » — - Cûchulainn 
ne se trompait pas. Quand le jeune guerrier arriva là où se 
trouvait Cûchulainn, il lui adressa la parole, l'assurant de sa 
compassion. [« ' Je te viendrai en aide », dit le jeune guerrier. 
— « Qui es-tu donc? » demanda Cûchulainn. — « Je suis 
ton père venu du palais des dieux, je suis Lug, fils d'Ethliu » 
répondit le jeune guerrier. — » Mes sanglantes blessures », 
reprit Cûchulainn, « sont lourdes à supporter, ma guérison 
est urgente] ». — « O Cûchulainn », répliqua le jeune 
guerrier, « un profond sommeil s'emparera de toi à la Tombe 
de Lerga ; il durera trois jours et trois nuits ; pendant ce 
temps je resterai en face des troupes ennemies. » 

Alors Cûchulainn s'endormit ; il tomba dans un protond 
sommeil qui ne prit fin qu'au bout de trois jours et de trois 
nuits. C'était nécessaire, il y eut rapport exact entre la dose 
de ce sommeil et la dose de la fatigue subie par le héros, 
depuis le lundi avant le premier novembre , exactement 
jusqu'au mercredi^ après le premier février. Pendant ce temps 
Cûchulainn avait été privé de sommeil sauf les courts moments 
dans lesquels, au milieu de la journée, il avait dormi appuyé 
contre son javelot, la tète sur son poing, le poing enve- 
loppant son javelot, ce javelot posé sur son genou ; car alors 
il ne cessait de frapper, d'abattre, d'exterminer les guerriers de 
quatre des cinq grandes provinces d'Irlande. 

Le jeune guerrier mit des herbes du pays des dieux, des 
plantes médicinales avec accompagnement de paroles magiques, 
dans les blessures, dans les plaies larges et les plaies pro- 
fondes, dans les traces que de multiples coups avaient laissées 



1. Lebor na liUidre, p. 78, col. i, 1. 16-20; O'Keeffe, p. 66, .1 1804- 
1807 ; WinitVcd Faraday, p. 84. 

2. cctiiin, premier jeune, expression chrétienne. Ici la maladie qui empê- 
chait les guerriers d'Ulster de s'opposer à l'invasion de leur pays par 
l'armée de Medh dure trois mois et quelques jours au lieu de neuf jours seu- 
lement conformément <à la conception primitive conservée par le Ces noinden 
Ulad, Livre de Leinster, p. 125, col. 2 ; Windisch dans les Bericble der 
K. sàchs. Gcselhchaft der Wissenschaften, philoJoi;isch-histori$che Classe, 1884, 
p. 336-347. Rudolf Thurneysen, 5rto'^// ans deiii alten Irlaud, p. 21-24, 



Riilh'ciiiciil du 1(111 rcaii divin. 8i 

sur le corps de Cûchulainii et celui-ci s'endormit sans même 
s'en apercevoir. 

2. Meurtre des jeunes gens d'Ulster. 

Ce fut en ce moment que du Nord et d'Emain Mâcha 
vinrent cent cinquante hls de rois d'Ulster, accompagnant 
Follomain, tîls de Conchobar. Ils livrèrent trois batailles aux 
troupes irlandaises et dans chacune de ces batailles un tiers 
d'entre eux succomba, en sorte qu'ils périrent tous sauf 
Follomain, iils de Conchobar. Follomain, se vantant, pré- 
tendit qu'il ne rentrerait jamais de sa vie à Emain sans y 
apporter avec lui la tête d'Ailill et le diadème d'or que portait 
ce roi. Ce n'était pas chose facile; il fut attaqué par les deux 
fils de Beith, fils de Bân, c'est-à-dire par les deux fils de la 
mère nourricière et du père nourricier d'Ailill, et dans le 
combat il périt. Ainsi furent tués les jeunes gens d'Ulster et 
Follomain, fils de Conchobar. 

Pendant ce temps Cûchulainn était dans ce protond sommeil 
qui dura trois jours et trois nuits à la Tombe de Lerga. Puis il 
se réveilla, il passa la main sur son visage, il fit de son corps 
une roue toute rouge; le sommet de sa tête touchait la terre; 
il reprit sa vigueur d'esprit; il aurait été de force à se rendre 
à une réunion d'hommes, à un cortège, à un rendez-vous de 
femme, à une brasserie, à une des grandes assemblées poli- 
tiques d'Irlande. « Pendant combien de temps ai-je été jusqu'ici 
plongé dans le sommeil ? ô jeune guerrier », demanda-t-il. — 
« Trois jours et trois nuits », répondit le jeune guerrier. — 
« Tan pis pour moi! » s'écria Cûchulainn. — « Pourquoi 
cela? » demanda le jeune guerrier. — « Parce que pendant 
ce temps-là », répondit Cûchulainn, « l'armée ennemie n'a 
pas été attaquée. » — « Erreur », répliqua le jeune guerrier. 
— « Qui donc l'attaqua ? » demanda Cûchulainn. — « Les 
jeunes gens », répondit le jeune guerrier, « sont venus du 
Nord, c'est-à-dire d'Emain Mâcha; ils étaient cent cinquante 
accompagnant Follomain, fils de Conchobar, tous eux-mêmes 
fils de petits rois de la province d'Ulster; ils ont livré trois 
batailles à l'armée ennemie pendant les trois jours et les trois 
nuits que ton sommeil a duré; dans chacune de ces batailles, 

Revue Celtique, XXX. 6 



82 FI. d'Aiboh (/<■ Jiihdiiiville. 

un tiers d'entre eux a succombé ; aiii^i tous ont péri sauf 
Follomain, fils de Conchobar. 

Puis il raconta comment Follomain avait émis la prétention 
d'aller décapiter Ailill, de s'emparer de la couronne de ce roi 
et comment c'était lui qui avait été tué. « Il est dommage », 
dit Cûchulainn, « qu'en ce moment j "eusse perdu toute ma 
force; si )'.avais eu ma torce, les jeunes gens qui ont péri 
n'auraient pas succombé, Follomain n'aurait pas succombé. » 
'--- « Continue à combattre, mon petit Cûchulainn », répliqua 
le jeune guerrier, « la mort de ces jeunes gens ne sera pas 
une tache à ton honneur, elle ne diminuera pas le renom de 
ta valeur dans les batailles. )> — « Keste avec nous cette nuit, 
ô jeune guerrier », dit Cûchulainn, « reste afin qu'ensemble 
nous vengions sur l'armée ennemie les jeunes gens qui ont 
péri. » 

3. Inlercalation chix-ticnnc ' . 

« Mais non, je ne resterai pas », répondit le jeune guerrier, 
« car en ta compagnie un autre a beau multiplier les exploits 
dans les combats, ce n'est pas à lui qu'en revient la considé- 
ration, la célébrité, la gloire, c'est à toi. Aussi ne resterai-je 
pas avec toi ; mais combats toi-même, fais seul acte de guerre 
contre l'armée ennemie; elle n'a pas quant à présent pouvoir 
sur ta vie-. » — « Et le char armé de taux', maître Lôeg ", 
dit Cûchulainn, « peux-tu le préparer? Si tu peux le préparer, 
si tu as l'équipement, prépare ce char ; si tu n'as pas l'équipe- 
ment, ne prépare pas ce char. » 

1. Ici commence un long morceau, Windisch, 1. 23 1 5-263(S, p. 531-383, 
œuvre d'un clirétien qui a voulu enlever au dieu paven Lug l'honneur de 
la victoire merveilleuse remportée par Cûchulainn sur la grande armée 
d'Ailill et de Medh. Ce morceau se trouve dans le Lebor na iiUidre. comme 
dans le livre de Leinster 

2. Après avoir ainsi parlé dans la rédaction chrétienne, Lug se retire, tandis 
que, dans la rédaction primitive, accueillant favorablement la demande du 
jeune héros, il avait accompagné Cûchulainn sur le char armé de faux et 
son concours expliquait le meiveilleux succès de Cûchulainn qui. sans lui. 
n'aurait pu seul vaincre une si grande armée. 

3. Lucien, dans son traité intitulé ZcJç;: ■/', 'Avt'.'o/o:, 5 iS, attribue quatre- 
vingt chars armés de taux aux Galates ou Celtes d'Asie Mineure, dans une 
bataille contre Antiochus .Sôter vers l'an 272 avant J.-C. Sur le char armé 
de faux des Celtes on peut voir aussi le passage de Pomponius Mêla, III, 



h'.nlèiu'iiit'iil lin 1(111 1 fini ilivli/. (S 3 

Alors le cocher se leva et tit l;i toilette de guerre que 
comportait son métier. Il revêtit le costume de guerre que 
portent les cochers, sa tunique moelleuse laite de peau, 
légère comme l'air, polie comme est ordinairement la peau, 
cousue avec des lanières de peau de cerf de manière à ne pas 
gêner la sortie des mains. Sur cette tunique il mit un man- 
teau de dessus en pliunes de corbeau fltit par Simon le druide 
à Darius, roi des Romains', pins que Darius donna à (Poncho- 
bar, qu'ensuite Conchobar donna à Cûcluilainn et qui enfin 
fut donné par Cûchulainn à son cocher. Le même cocher prit 
son casque' à crête, à quatre angles entre quatre surfaces 
planes avec multitude de toutes les coideui's et de toutes les 
figures possibles; puis il mit ce casque en place dehors entre 
ses deux épaules ; c'était un ornement pour lui et non une 
surcharge. Sa main posa devant son Iront le fil d'un jaune 
rougi semblable à une bande d'or rouge qui aurait été tondue 
au feu et fixée sur le bord d'une enclume, fil qui était le signe 
de sa qualité de cocher et qui le distinguait de son maître 
assis à côté de lui. Il ouvrit les entraves mises aux pieds des 

6, où parlant des Celtes de Grande-Bretagne cet auteur écrit : DiniicaiU non 
eqiiitahi uioih aiil pedite, veruiii et bi^is et ciirn'bns oallice iiniialis ; coz'inos 
vocatit, quorum fitkalis iixibus iiliuilur. Est à rapprocher Frontin, SlraUigeiiiata, 
1. II, cap. 3, § 18 : C.Civsar Gallorum falcatas (juailiiaus eadeni ralioiie palis 
defixit, excepit iiihibuitquc. Ce que Frontin appelle quadriga c'est Vt'sseduw 
des Gaulois de Grande-Bretagne : De Be'lo Gallico, 1. IV, c. 32, 33 ; I. V, 
c. 9, 16, 17 ; d. les mentions d\'ssedarii, 1. IV, c. 24 ; 1. V, c. 15, 19. 

1. Simon le druide est emprunté au Siiiioii viagus des Actes des Apôtres, 
chapitre viii, verset 9 : Vir auteiii quidaiu uoiniiie Slniou qui unie Juerat in 
civiUite niagus, traduction dans la vulgate du grec : Avr-jÇ. oi t-.; d/o;j.aTi 
lIîjAwv -poj7;f|p-/iv h -zfiT.ôXî'. [j-aycûtov , En Irlande iiiagus et drni u druide» 
étaient considérés comme synonymes. Le nom absurde de Darius, 1/0 Dair, 
donné à un empereur romain, apparaît dans le manuscrit le plus ancien qui 
est le Lebor na hUidre; le Livre de Leinster le supprime; le ms H. 2. 17, 
le remplace par Ner, c'est-à-dire Néron (54-58 après J.-C.) qui aurait été 
contemporain de Conchobar si l'on s'en rapporte à notre texte ; faisons 
observer que suivant les annales de Tigernach publiées par M. Whitley 
Stokes, Revue celtique, t. XVI, p. 405, Conchobar aurait régné de l'an 50 
avant J.-C. à l'an 30 après J.-C. et serait mort 24 ans avant l'avènement de 
Néron. 

Le nom de Dair, Darius, roi des Perses, apparaît dans l'histoire irlandaise 
d'Alexandre le Grand publiée par M. Kuno Meyer, chez Windisch, Irische 
Texte, II, 2, p. 1-108. Ici l'auteur irlandais a confondu les Perses avec les 
Romains. 

2. Première apparition du casque qui se trouve ensuite un peu plus bas. 



84 H. (TArboh àc JiihainviUc. 

chevaux et de la main droite il saisit sa baguette brodée d'or. 
Dans la main gauche il prit les rênes à l'aide desquelles il 
maintenait les chevaux dans la bonne direction; savoir, de la 
main gauche, manier la bride des chevaux est une partie essen- 
tielle -de l'art du cocher. 

Puis il mit à ses chevaux leurs cuirasses ' de fer ornées de 
broderies, qui les couvraient du front cà la cheville des pieds, [Le 
char était armé] de petits javelots, de petites lances aux pointes 
dures, en sorte que chaque mouvement du char devait 
rapprocher de l'ennemi ces pointes, et sur le chemin suivi 
par le char chaque angle, chaque bout, chaque partie, chaque 
face de ce char- devait déchirer l'ennemi. Par des paroles 
magiques Lôeg donna à ses chevaux et à Cùchulainn, son 
frère nourricier, un avantage nierveilleux ; il les rendit invi- 
sibles pour tous les guerriers qui étaient dans le camp ennemi, 
tandis que lui et Cùchulainn voyaient tous les guerriers 
réunis dans ce camp. Les mêmes paroles magiques assuraient 
à Lôeg en ce jour une triple supériorité sur les autres cochers, 
supériorité dans l'art de sauter sur les crevasses, supériorité 
dans la direction des chevaux, supériorité dans le maniement 
de la baguette qui tenait lieu de touet. 

Alors le héros, le guerrier, instrument dont Bodb, déesse 
de la guerre, allait se servir pour dresser une muraille de 
cadavres, Cùchulainn, fils de Sualtam. revêtit son équipe- 
ment de combat, de bataille, de guerre. Cet équipement de 
combat, de bataille , de guerre, consistait en vingt-sept chemises 
qui, réunies, atteignaient l'épaisseur d'une planche ; sur ces 
chemises des fils et des cordes faisaient cercle autour de lui, 
en les serrant contre sa blanche peau ; c'était pour empêcher 
que son bon sens et son intelligence ne se changeassent en 
fureur, quand suivant sa nature la colère s'emparerait de lui. Il 
mit sa ceinture belliqueuse de guerrier faite de cuir très dur et 
tanné, fabriqué avec la peau des épaules de sept taureaux ; cette 
ceinture l'enveloppait depuis l'endroit où sa taille était le plus 
mince jusqu'à l'endroit où elle devenait épaisse sous Tépaule. 



1. Liiit'cha /(V/Vrts', mot latin c(immc caindlc — - caiidehi,' « clianciclle » 
plus bas. 



lùilcvciiiciil du liiiuenii tlivlii. 85 

Elle l'entoura pour détourner les javelots, les pointes de 
piques, le fer, les lances, les flèches; elle aurait de même 
détourné les pierres, les rocs, les cornes. Ensuite Cûchulainn 
prit son pantalon en velours de soie avec apparence de peau, 
avec une bande d'or blanc et tacheté, bande fixée au-dessous 
du moelleux milieu de ce pantalon. Sur ce pantalon qui 
semblait de peau, mais qui était de velours, il en mit un autre 
fait de cuir brun, bien cousu, qui provenait de la peau des 
épaules de quatre jeunes taureaux. Puis il saisit ses armes 
belliqueuses de lutte, de combat, de bataille. Voici quelles 
étaient ces armes : huit petites épées en outre de sa rapière 
au manche brillant d'ivoire, huit petites lances en outre de sa 
lance à cinq pointes; huit petits javelots en outre de son 
javelot à manche d'ivoire, huit petits épieux en outre de sa 
baguette de jeu, huit petits boucliers de jeu en outre de son 
bouclier d'un rouge foncé sur lequel on voyait représenté un 
sanglier en marche et qu'entourait une bordure tranchante 
comme rasoir; cette bordure était si tranchante, si aiguë 
qu'elle aurait coupé un cheveu pendant en face d'un cours 
d'eau. Quand le jeune guerrier faisait le jeu du tranchant, il 
coupait avec son bouclier comme avec sa lance et avec son 
épée. Ensuite il mit autour de sa tête son casque à crête S 
casque de combat, de bataille et de guerre, du fond duquel il 
jetait un cri égal à celui de cent guerriers; ce cri. se prolon- 
geant, semblait renv03^é par chaque angle et chaque coin, car 
le même cri était poussé par les génies aux pâles visages, par 
les génies aux visages de bouc, par les fées des vallées, par 
les démons de l'air', devant lui, au-dessus de lui, autour 
de lui chaque fois qu'il^ortait pour répandre le sang des guer- 
riers et pour faire de brillants exploits. 

Alors fut jeté sur lui son voile de protection, qui rendait 
invisible, vêtement venu de la terre de promesse ' et donné 

1 . Seconde apparition du casque. 

2. Demiia dcoir, glose chrétienne. 

V Expression d'origine biblique qui désigne ici les Champs Élysées cel- 
tiques ordinairement dits Mag Mcld. Fuie demoratiis est [Ahrahain] in TERRA 
REPROMISSfONIS tanqiiaui in aliéna, saint Paul adHehraeos, chapitre xi, 
verset 9. Dans le ms. de Wiirzburg, p. 3^,b, noit 2 Jerra reproniissionis est, 
rendu en irlandais par !ir lainioii(\ connue on le peut voir dans Thésaurus 



86 //. .r. ///',. /a </<■ Jiiluiiiirillf. 

à lui par Manannan lils dt l'Océan et roi de la terre de 
lumière '. 

Alors se produisit chez Cùchulainn sa première contorsion ; 
elle fut terrible, multiple, merveilleuse, inouïe; ses jambes 
tremblaient tout autour de lui comme un arbre contre lequel 
vient buter un cours d'eau, comme un tendre jonc qu'un 
cours d'eau vient trapper; tremblaient chaque membre, chaque 
articulation, chaque extrémité, chaque jointure, du sommet 
de la tête jusqu'à terre. Furieux, il tordit son corps au milieu 
de sa peau ; ses pieds, le devant de ses jambes, ses genoux 
passèrent derrière lui; ses talons, ses mollets et ses fesses 
arrivèrent sur le devant; les nmsclcs superficiels de ses mollets 
se posèrent sur la face antérieure de ses jambes et y firent 
une bosse aussi grosse que le- poing d'un guerrier. Tirant les 
nerfs du sommet de sa tête, il les amena derrière la nuque, 
en sorte que chacun d eux produisit une bosse ronde, très 
grande, indescriptible, énorme, inouïe, aussi grosse que la 
tête d'un entant à l'âge d'un mois. 

Puis il déforma ses traits, son visage. Il tira un de ses yeux 
dans sa tète de telle taçon qu'une grue n'aurait pu du tond 
du crâne ramener cet œil sur la joue; l'autre œil sauta hors 
de la paupière et \int se placer â la surface de la joue. Sa 
bouche se déforma de façon monstrueuse : il éloigna la joue 
de l'arc tormé par les mâchoires et ainsi rendit visible l'intérieur 
de sa gorge ; ses poumons et son foie vinrent flotter dans sa 
bouche ; d'un coup de grifle de lion, il frappa la peau qui 
couvrait sa mâchoire supérieure et toutes les mucosités qui, 
comme un courant de feu, arrivaient de son cou dans sa bouche, 
devinrent aussi grandes que la peau d'un mouton de trois ans. 
On entendait le bruit que faisait son cœur en frappant contre 
sa poitrine; ce bruit était égal à celui que produisent le hurle- 
ment d'un chien de guerre qui aboie ou le cri d'un lion qui 

paJacohibcniiciis, t. I, p. jOcS, 1. 51 ; c"est rcxprcssion qu'on trouve ici dans 
le texte irlandais et que nous avons rendu parterre de promesse ; d. O'Curry- 
Sullivan, On the Manners, t. I, p. cccxxxili, et Eriu, III, p. 250, Eachtra 
Aiil Maie Coinii, éditées par R. 1. Best, •" 3. 

I. Tir soicha un des noms des Champs-Elysées celtiques ordinairement 
Mag Meld. On a cru en Irlande que Tir sorchi était le Portugal, O'Curry, 
Mainiers itiid Cuftoiin, t. II, p. 301. 



F.ulcvenu'iit du Idiiiwiii divin. 87 

va attaquer des ours. La chaleur causée par sa violente et 
vigoureuse colère fit apparaître en l'air au-dessus de lui les 
flambeaux ' de Bodb, déesse de la ij;uerre, les nuages pluvieux 
du ciel et dans ces nuages, des étincelles rouges de teu ; au- 
dessus de sa tête elles brillaient dans les airs où les produi- 
sait l'ardeur de sa colère. 

Autour de sa tête, sa chevelure devint piquante et semblable 
à un faisceau de fortes épines dans le trou d'une haie. Si on avait 
secoué au-dessus de lui un beau pommier couvert de beaux 
fruits, les pommes ne seraient pas tombées à terre; elles 
seraient restées chacune fixée sur un de ses cheveux, par l'effet 
de la colère qui avait rendu sa chevelure piquante. Sur son 
front se dressa le feu du héros, leu long et gros comme la 
pierre à aiguiser d'un guerrier ^ Du sommet de sa tête se 
leva un rayon de sang brun, droit comme une poutre, 
aussi haut, aussi épais, aussi fort, aussi vigoureux, aussi long 
que le màt d'un grand navire; il en résulta une vapeur 
magique semblable à la fumée qui sort du palais d'un roi 
quand ce roi va près de son foyer le soir à la fin d'une 
journée d'hiver. 

Après ces contorsions, Cùchulainn sauta dans son char de 
bataille armé de faux, de faux en fer avec tranchants minces, 
avec crochets, avec pointes dures et guerrières, avec appareil 
de déchirement, avec ongles piquants fixés aux essieux, aux 
courroies, aux courbes, aux principales pièces du char. 

Puis, [frappant son bouclier de sa lance], il fit un bruit 
de tonnerre tel, qu'aïu'aient pu le produire cent hommes, 
puis deux cents, puis trois cents, puis quatre cents, puis 
cinq cents. Ces chiflî"res n'étaient pas trop élevés pour lui, car 
tel tut le nombre des guerriers qu'il fit tomber dans sa première 
attaque au début de son combat contre quatre des cinq 
grandes provinces d'Irlande. Ce fut ainsi qu'il partit pour aller 
chercher ses ennemis. Il fit faire à son char un grand circuit à 
l'entour de l'armée de quatre des cinq grandes provinces 
d'Irlande; il fit courir ce char lourdement. Les roues de fer 

1. Cdindle =^ caiideUie, mot latin, comme //(/'^t/^a := loricas, plus haut. 

2. Cl. Exode, cbap. 5 1, versets iq, 50, 33, où un phénomène semblable 
est rapporté a Mcïsc. 



(S,S H. iP Arhois ilc J nha'ntviUc. 

pénétrèrent en terre, tellement qu'aucun château, aucune 
forteresse n'aurait pu leur résister, tant était grande la pro- 
fondeur où ces roues de fer entraient en terre : mottes de 
terre et pierres, rocs, cailloux et graviers se soulevaient et 
montaient à la même hauteur que les roues. Ainsi s'exécuta 
le cercle de Bodb, déesse de la guerre, autour de l'armée de 
quatre des cinq grandes provinces d'Irlande ; les guerriers 
irlandais ne purent s'éloigner en se plaçant autour et en 
dehors de ce cercle. Ce fut la réparation du meurtre des 
enfants d'Ulster. PuisCûchulainn pénétra au milieu de l'armée 
et il répandit en grands tas les cadavres ennemis dans le 
grand cercle qu'il avait parcouru tout autour. C'était l'attaque 
d'un ennemi contre ses ennemis. Ils tombèrent, plante de 
pied contre plante de pied, nuque contre nuque, tant les 
cadavres étaient rapprochés, Cùchulainn fit ainsi trois fois le 
tour de l'armée en sorte qu'il laissa comme litière formant un 
grand cercle, les morts par groupes de six, trois cadavres joi- 
gnant par la plante des pieds la nuque de trois cadavres autour 
du campement. De là le nom de cet épisode « Grand massacre 
par groupe de six dans l'Enlèvement » ; c'est un des trois prin- 
cipaux épisodes de l'Enlèvement où d'innombrables guerriers 
périrent; ces épisodes sont : « Grand massacre par groupe de 
six », " Mutuel massacre de Glcnii anina, mieux Gknu domain 
« vallée profonde ') ', " Combat à Garech et Ilgarech » -. Il y 
périt autant de chiens et de chevaux que d'hommes '. 

4. Ce qui reste de la rédaction primitive. 

D'autres disent que Lug, fils d'Ethliu, combattit avec 
Cùchulainn au grand massacre par groupes de six+. 

On ne sait pas le nombre des morts ; on ne pourrait 
compter combien d'hommes de la plèbe succombèrent; on a 
compté seulement les chefs; voici leur noms. . . (suivent 
186 noms). 

H. d'Akbois de JUBAIN ville. 

1. f 1 de la section XXIII, chez Windisch, p. 648-6^5, 1. 4535. 4)'^'^, 
titre Biiiix'lco Rorbada, « Combat blanc de Rochad ». \"oyez 1. 4573 : ic 
Ifiilcg il! Glemliuurach. 

2. Section XXVII, chez Windisch, p. 840-891, 1. )8o4-6i ly. 

5. Ici se termine la composition chrétienne imaginée pour supprimer le 
concours du dieu paven Lug au grand succès de Cùchulainn. 

4. La même phrase dans Lebor na hUidre, p. 80, col. 2. 1. 25, 24. 



CHRONIQUE 



Soiniiialir. — I. Rév. Patrick S. Dinneen, Son édition des tomes 11 et 111 de Keating. 
Foras feasa ar Éirinn. — II. Robert Williams, traduction anglaise du texte gal- 
lois de VHisforia de Carolo Magno. — 111. C. S. Boswell, An irisb Precursor of 
Dante. — IV. Ele.\nor Hull, À Tcxt-Book ot Irish Literature, t. II. — V. Paul 
Sébillot, Le paganisme contemporain chez les peuples celto- latins. — VI. 
G. DoTTiN, La religion des Celtes. — VII. G. Dottin, Les livres de saint Patrice, 
apôtre de l'Irlande. — VIII. Salo.mon Reinach, Cultes, mythes et religions, t. II. 
III et nouvelle édition du tome I". — IX. Salomon Reinach, Album des mou- 
lages et modèles en vente au Musée des antiquités nationales à Saint- Germain- 
cn-Lpye. — • X. Ludwig Traube, duellen und Untersuchungen zur lateinischen 
Philologie des Mittelalters, t. III, 2% 5 = , 4^^ livraisons. — XI. Thomas M.\thews, 
The O'Neills of Ulster, thcir History and (ienealogy. — XII. Winifred M. Par- 
ker, Gaelic Fairy-Tales. — XIII. John Sirachan, Stories from the Tàin. — XIV. 
H. Dambrine, Créteil (Seine), premiers monuments de son histoire.- — XV. J. Ven- 
uryès, a propos du rapprochement de l'irlandais claideh et du gallois clcddyj. — 
XVI. Louis Siret, Villaricos v Herrerias. antigïiedades punicas, romanas, wisi- 
goticas y arabes. Memoria descriptiva é historica. - - XVII. Adrien Blanchet. 
Recherches sur les acqueducs et les cloaques de la Gaule romaine. — XVIIl. 
l-XEANOR Hull, The Gael and the Gall. Notes on the social condition of Ireland 
during the Norse Period. — XIX. O. J. Bergin, R. J. Best, Kuno Meyer, J. G. 
O'Keeffe, Anecdota from irish Manuscripts. — XX. E. Halter. Die mundarteii 
im Elsass. — XXI. ]. P. ÛLnEiKA M.artcks, As raças humanas e a civilisaçâo 
priniitiva. 



I 

Dans le tome XXIV, p. 98, de la Revue Celtique, il a été dit qu'en 1902 
M. David Comvn, depuis décédé, avait fait paraître un premier volume de 
riiistoire d'Irlande, Foras feasa ar Eirinn, écrite au xviie siècle par Geoffrey 
Keating. Deux autres volumes de cette édition nouvelle ont été publiés en 
1908 par les soins du Rév. Patrick S. Dinneen, auteur du dictionnaire irlan- 
dais-anglais, Irish-Englisb Dictionary, qui a vu le jour, en 1904, sous les 
auspices de V Irish Texts Society, à laquelle on doit également cette nouvelle 
édition de l'histoire d'Irlande composée par Keating. Le texte irlandais qui 
s'arrête à la conquête anglo-normande du xiie siècle et la traduction anglaise 
ont aujoLH-d'hui paru complètement. Mais cette édition manque d'index. On 
promet de nous en donner dans un quatrième volume : jusque-là les cher- 
cheurs devront recoiu'ir à la table qui termine la traduction de John 



90 Chronique. 

O'Mahoiiy, NevvYork, 1866. M. Dinncen a mis en tète du tome II une 
étude sur les manuscrits '. qui, suivant lui, se divisent en deux classes offrant, 
la première une langue relativement moderne, la seconde une langue arti- 
ficiellement archaïque. C'est la première classe qu'il a prise pour base de 
son édition, il croit qu'elle est l'œuvre de Keating, Wirchaic lersioii a été 
fabriquée du temps de Keating, avec son assentiment probable par un savant 
irlandais qui a prétendu donner à cette histoire plus de valeur en vieillissant 
la langue de l'auteur. J'avais d'abord cru, d'accord avec M. Comyn que 
Varchaic version était l'œuvre de Keating et que la iiioiIcdi version était due 
aux copistes. 

Une critique de l'édition donnée par le Rév. Dinneen a paru dans le n" 
de décembre 1908 de Vlrislileahliar mi <;aedbi!i^n\ p. 557-561. Le principal 
reproche fait à l'éditeur est d'avoir supprimé les dates. En effet, les pages 
1-235 ^-^i-' ^'ol- n dans l'édition Dinneen correspondent aux pages 222- 
409 de l'édition de 181 1 où les années du monde sont souvent données. 
Les années du monde apparaissent aussi d'abord, puis celles de |.-C. dans 
la traduction d'O'Mahony. 

II 

Ln 1885, Luie compagnie savante galloise bien connue, la Societv ol 
Cymnirodorion, a fait paraître le texte gallois de l'histoire de Charlenïagne, 
un des textes contenus dans un manuscrit célèbre de Jésus Collège à Oxlord, 
le Red Book of Hergest. En 1904, la National Eisteddfod Association a mis 
au concours la traduction anglaise de ce document, et, plusieurs concurrents 
s'étant présentés, le travail que des juges compétents ont considéré comme 
le meilleur a été celui de Révérend Robert Williams. La Society of Cvnnn- 
rodorion a publié cette traduction en 1907. Précédée d'une introduction qui 
occupe 80 pages et où l'auteur recherche à quelles sources a puisé l'écrivain 
gallois, cette traduction forme avec l'introduction un volume de 218 pages 
qui a deux titres : ler titre : « Y Cymmrodor. The Magazine of the honou- 
rable Society of Cymmrodorion, vol. XX » : 2^ titre : « The Historv of 
Charlenïagne, a Translation of Historia de Carolo Magno, with a historical 
and critical Introduction by Robert Williams, B. A. (Lond.), Rector of 
Llanbedr, 'Vale of Conway. Cette publication donnera un nouvel élément 
d'information aux personnes qui, sans savoir le gallois, s'intéressent au sort 
obtenu hors de France pendant le moyen âge par la chronique latine du 
pseudo Turpin et parles écrivains qui, en français, ont traité le même sujet. 



.M. Whitlex' Stokes a publié a cinquante exemplaires, en 1870, d'après 
le Lebor na liL'idre, p. 27-51, le texte irlandais de la pièce intitulée Fis 

I. 11 ne dit rien du ms. de la Bibliothèque nationale de Paris, Fonds cel- 
tique et basque, n» 66, qui est un des plus anciens puisqu'il remonte à 1644. 
Revue cellujue, t. XI, p. 421. Cf. ibiileiii, p. 427, pour un ms. de la Biblio- 
thèque Mazarine. 



CJ'roiiujiir. 9î 

Addinndin « \'ision d'Adanmân )>, et il \- ;i joini une uaduction anglaise. En 
1880, M. E. Windisch a donne dans le tome Ie'\ pp. 169-196 de ses liischc 
Texte deux leçons du même document, celle du l.ebor na hUidre et celle 
du Leabhar Breac. Le Fis Adiunndiu ne peut être l'œuvre d'Adamnàn, abbé 
d'Iova, mort en 704; il est impossible de tixer avec précision la date de la 
composition de ce morceau ; mais cette date ne peut être antérieure au 
ixc siècle, ni postérieure au XF. M. C. S. Boswell vient de faire paraître à 
Londres, librairie David Nutt, un volume intitulé : Au Irish Preciirsor of 
Dante. A Sfinlv on the Vision of Heaveii and Hell ascrihed lo the Eii^hl-centiiiy 
Irish saint Adanindn, ivith Tninshition of the Irish Text. Sur les 262 pages, 
petit in-80, dont le volume se compose, les vingt pages 28-47 sont occupées 
par la traduction du Fis Adanindin. Cette traduction est précédée d'une 
introduction où l'auteur examine ce que nous savons de la vie du saint abbé 
Adamnàn et parle des manuscrits de la vision. Il ignore l'existence de celui 
qui se trouve à la Bibliothèque Nationale de Paris, Fonds celtique, n^^ i, 
(os 95-98, et dont il a été parlé en 1890 dans la Revue celtique, t. XI, p. 401 . 
Suit une savante étude sur les descriptions de l'autre monde dans la litté- 
rature pa}enne grecque et latine, dans les textes payens orientaux (Chaldée, 
Avesta, Egypte), chez les plus anciens auteurs chrétiens grecs et latins, dans 
les légendes payennes de l'Irlande. M. Boswell termine en comparant la 
vision d'Adamnàn avec l'œuvre de Dante et avec d'autres récits postérieurs 
à cette vision. Les détails qu'il donne sont intéressants. Mais le savant 
auteur paraît ignorer que Tir lairugire, « la terre de promesse » des légendes 
irlandaises payennes, dont il parle, p. 125 et suivantes, est la lerra reprouiis- 
sionis, yrj -f^; i-ayYiÀ^a:. de saint Paul, èpître aux Hébreux, c. XI, \'. 9, et 
que la traduction irlandaise //';■ tuirnoire a pénétré au viue siècle dans le ms. 
de Wùrzburg, p. 33 a 23, 32 b 2 (Whitley Stokes et J. Strachan, Tl.'esaurus 
palivohibernicus, t. 1, p. 708, 1. 30, 31). D'autre part, il n'indique pas toujours 
ses sources. Ainsi, p. 133-135, il ne dit pas que ce qu'il raconte de Conn 
Cétchathach a été par lui emprunté à O'Curry, MuuuscripI Materidls. p. 385- 
391, 618-721 '. 

IV 

Xous avons annoncé en 1907 le premier volume du recueil que Miss Elea- 
nor Hull a intitulé A Text Bock of Irish Literaturc-. Il est consacré princi- 
palement à la plus ancienne littérature de l'Irlande. Un second volume vient 
de paraître '. Les premiers chapitres ont pour objet la littérature ossianique: 
vient ensuite un chapitre viii consacré aux arrangements irlandais de com- 
positions étrangères à l'Irlande, telles que Y Enéide, la Légende de Charlenuigne ; 
les chapitres ix-xii tr.-.itent des annalistes en finissant par GeoflVey Keating, 

1. Cf. Kuno Meyer, Zeitschrift fur celiische Philologie, t. III, p. 457-466; 
et Whitlev Stokes, T/jt? tripartite Life of Patrick, t. I, p. xxxi, xxxii. 

2. Revue Celtique, t. XXVIII, p. 82.' 

3. Dublin, Gill and son: London, David Nutt, petit in-8'^ de xxxv-2)^ 
pages. 



92 Chroii'uiiii\ 

les derniers chapitres concernent les compositions diverses qui ne rentrent 
pas dans les divisions précédentes. 

Cet ouvrage dénote chez l'auteur une connaissance approfondie de son 
sujet. Mais Tordre suivi étonne un peu. Ainsi c'est dans le tome I'^'' et non 
dans le second qu'on voit apparaître Michel Comvn, auteur d'Oissiii dans la 
Terre des jeunes, morceau écrit vers 1750. Je suis également surpris que le 
savant auteur avoue, t II, p. xxx, ignorer la date exacte où a été publié à 
Paris le dictionnaire irlandais-anglais d"0'Brien. Ce dictionnaire porte la 
date de 1768. 

V 

Sous ce titre: /,<' pa^aiiisnic coiiteiiiporaiii chc; Us peuples celto-latius ', 
.M. Paul Sébillot a publié un joli volume, qui, sous son petit format, réunit 
l'exposé d'un nombre énorme d'exemples par lesquels est attestée la persis- 
tance de pratiques pavennes dans l'Europe christianisée : culte des astres, 
des arbres, des pierres, danse autour des pierres et des arbres, etc., etc. 
Un certain nombre de ces pratiques doit remonter plus haut que la période 
celtique à laquelle elles ont survécu. 

VI 

M. G. Dottin vient de donner une troisième édition de son court mémoire 
dont le titre est LlI Reli\noii des Celtes-. Il connaît bien les sources et on ne 
pourra pas lui reprocher d'en tirer des conclusions trop hardies, le scepti- 
cisme est le caractère dominant de son savant exposé. 

VII 

Nous devons au même auteur une autre publication dont le titre est Les 
livres de saint Patrice, apôtre de F Irlande >. Ce travail débute par une intro- 
duction divisée en trois parties : 1° les sources de la vie de saint Patrice; 
2° l'Irlande au v-- siècle ; 3" l'histoire de saint Patrice. Viennent ensuite : 
1" une notice sur les manuscrits et les éditions qui nous conservent les pièces 
dont M. Dottin donne la traduction en français ; 2° la confession ; 3° l'épître 
à Coroticus ; 40 les Dicta Patricii ; 5° la prière dite Faed Fiada ; 6" l'hymne 
de Fiacc. Bien des lecteurs français trouveront plus commode de lire ces 
traductions que le texte latin de la confession, de l'épître et des Dicta et que 
le texte irlandais ou les traductions anglaises de la prière et de l'hymne. 
M. Dottin s'est principalement servi de quatre ouvrages, Whitley Stokes. 
'J'he tripartite Life of Patrie};; Whitley Stokes et Strachan, Thésaurus palœo- 
hihernicus; Bernard et Atkinson, The irish Liber hyvmoruui; Bury, l'he Life 
of Saint Patrik. Nous aurions tort d'oublier Jo\-ce. A Social Hislory of 
iiiicieut Ireland. 

1. Paris, Octave Doin, i9o8,in-i2, xxvi-378 pages. 

2. Paris, Bloud, petit in-80, 68 pages. 
5. Paris, Bloud, petit in-80, 62 pages. 



Chronique. l)> 

VIII 

I£n 1903, au tome XXVI, p. 180, 181 de la Revue celtique, il a été parlé 
du tome lei^ des Cultes, mythes et religions de M. Salomon Reinach. Le second 
volume de ce recueil a paru depuis '. Le chapitre VII, p. 58-65, est intéres- 
sant au point de vue celtique. L'auteur, après avoir exposé le mvthe thrace 
du dieu cornu Zagreus, né de l'accouplement de deux serpents, en rapproche 
le serpent â tète de bélier des monuments gallo-romains - qui est vraisem- 
blablement identique au hoccanach irlandais ; les cornes sont le principal trait 
caractéristique de la tête de bouc et de la tête de bélier. 

M. Salomon Reinach vient de donner une seconde édition de son tome !<-■'■ '■> 
et de taire paraître le troisième volume de ses Cultes, mythes et religions +. 
Les chapitres VII à XI, p. 1 19-190 de ce 3': volume traitent de questions 
gauloises. M. Reinach y explique par des tabous : 1° l'usage qui en Gaule 
défendait aux fils de paraître en public à côté de leurs pères avant d'être 
capables de porter les armes 5, 20 la raison pour laquelle Vercingétorix, sur 
le point d'être assiégé dans Alésia, et d'y manquer de vivres, renvoya sa 
cavalerie"^ dont les chevaux auraient pu, transformés en animaux de bouche- 
rie, devenir pour lui une ressource précieuse. Puis M. Reinach montre que 
ce qu'on a dit de la mauvaise qualité du fer des épées celtiques est une 
erreur provenant de l'usage gaulois de replier pour les mettre hors d"usage 
les épées placées dans les tombeaux. Suivent une étude sur le Mercure tricé- 
phale de Gaule, puis une seconde édition de l'article intitulé La Gaule per- 
sonnifee et qu'en 1907, M. Reinach avait inséré dans le t. XXVIII, p. 1-5 
de la Revue Celtique ; mais dans la première édition manquait la reproduc- 
tion d'une miniature de la fin du x^ siècle, qui, copiant un monument plus 
ancien, nous représente Ronm, suivie de Gallia, Germania, Schnonia, voyez 
Cultes, mythes et religions, t. III, p. 189. 

Les chapitres XXIII, XXIV, p. 364-448, sont consacrés aux monuments 
mégalithiques, menhirs, dolmens, etc. On y trouve réunies beaucoup d'ob- 
servations importantes sur l'histoire de ces monuments, les explications et 
les superstitions dont ils ont été et sont encore l'objet. 

IX 

Nous devons aussi à M. Salomon Reinach la première livraison de 
VAlhuui (les moulages et niodèh/s en vente au Musée n'es antiquités nationales ii 



1. Paris, Ernest Leroux, 1906, in-80. xviii-467 pages. 

2. Cf. Revue archéologique, y série, t. XXXV, 1899, p. 210-217, ^^ ^^^'' 
celtique, t. XXI, p. 151. 

3. Paris, Ernest Leroux, 1908, in-8", 466 pages, 48 gravures. 

4. Paris, Ernest Leroux, 1908, in-80, 55^ pages, 25 gravures. 

5. Jules César, De hello gallico, 1. VI, c. 18, Ç 3. 

6. De hello gallico. I. VII, c. 71, § i. 



94 (U.>roni(jiie. 

Saiiit-Geniiiiiii-fn-Liye '. Les pages 7-18 et les six premières planches sont 
consacrées à l'époque paléolithique, les pages 19-22 et les planches VII, 
VIII, IX, à l'époque néolithique. Viennent ensuite : les stations lacustres, 
page 23, planche X; l'âge des armes de bronze, pages 24-36, planches 
XI-XVIII ; l'âge des armes de 1er, p. 37-47, planches XVIII-XXVIII. 
L'unique cuirasse en bronze do la planche XVIII remonte-t-elle bien haut ? 
Dans le Tdiii bô Cùuhigi' le mm emplové pour désigner la cuirasse, lùrech 
est emprunté au latin lôrica et il n'apparaît que dans les parties les plus 
récentes de cette composition épique. Les cinq casques des planches XVIII 
et XXVI semblent attester l'usage de cette arme défensive en Gaule dans 
les derniers temps de l'indépendance, mais originairement les Celtes se 
contentaient pour arme défensive d'un bouclier aussi grand que le guer- 
rier. 11 V a dans le TiHn ho Cùahii^c un passage qui établit l'absence de 
casque, c'est celui où Cùchulainn, dans un combat singulier avec Ltar- 
comol, lui coupe les cheveux de la nuque au front et d'une oreille à 
l'autre en se servant de son épée comme d'un rasoir -. Le casque calblhirr 
n'apparaît dans le '/'(//;/ que dans des passages plus récents que la majeure 
partie de cette épopée. Son introduction, comme celle de la cuirasse chez 
les Celtes, a dû être l'eti'et de la suppression du char de guerre dont la con- 
séquence a été le remplacement du grand et lourd bouclier celtique par un 
petit et léger bouclier qui protégeait mal le cavidier et le fantassin. Nous 
signalerons aussi dans ce volume les loiqiws des planches XXI, XXIII, de 
nombreux bracelets, une foule d'épécs. 



X 

Le 3^ volume des Oiielleii iiir.i Uiiti'rsuchiiiii^t'ii -///• hileiiiisclieu l'hilolo^if 
Ji's Mittelaltcn fondée par Ludwig Traube est terminé '. La direction de la 
Revue Celtique a reçu les trois dernières livraisons, qui contiennent une étude 
sur les mss. de Liudprand de Crémone par Josef Becker ; une édition des 
plus anciens calendriers du Mont Cassin par M. E. A. Loew ; les poèmes de 
Paul Diacre publiés par M. Karl Neff. Dans un des calendriers du Mont 
Cassin, p. 15, à la date du i^r février, on trouve la fête Brigiâae virginis, de 
sainte Brigite, qui, d'Irlande, avait pénétré jusque là. Parmi les poésies de 
Paul Diacre, il v en a une, p. 203, qui chante les louanges d'im certain 
Zacharie : 

Zacharias frater, Domini venerande sacerdos. 

Accola Britanniae, Latii telluris alumne, 

Hiberniaeque decus. 



1. Paris, Ch. Eggimann, Librairie centrale d'art et d'architecture, (1908], 
in-.|, 48 pages, XXVIII planches, 11 figures intercalées dans le texte. 

2. Windisch, p. 247, 1. 1890-1892. 

3. Mûnchen, Oskar Beck, 1908, in-8û, 46 pages et 2 planches, 84 pages 
et 2 planches, 231 pages et une planche. 



Chnniique. 9 S 



XI 

J"ai grand embarras à parler d'un ouvrage en trois volumes in-12, dont 
le titre est : The O'Neils of Ulster, their Hislory and Geiwaloc^y by Thomas 
Matheîus, -ivith and Introduction hy Francis Joseph Biggcr ' . L'auteur de l'in- 
troduction la termine en parlant du grand travail et du vaste jugement que 
ces trois volumes attestent. Les notes nous apprennent que l'auteur a con- 
sulté beaucoup de livres ; mais en copiant ce qu'il y a trouve, il a montré- 
bien peu de jugement. T. I, p. 64, il dit qu'Ugaine More, roi d'Irlande et 
des îles occidentales d'Europe, épousa Ceasair Cruthac, lille an roi de 
France. Il a pris ce renseignement dans le Lehar Gabahi, Livre de I.einster, 
p. 21, col. 2, qu'il ne cite pas, mais où on lit : 

« Gabais Ugai'ne môr, mac Hchdach Buadaig, nge Erend ocus .Vlban ko 
muir n-Icht, ocus tue ingen ri'g Franc do mnai, idon Cessair Crotach ingen n'g 

l-Vanc Atbersat aile congabaid Ugaine rige Europa uile )>. c'est-à-dire : 

« L'gaine le grand, fils d'F!chaid Buadacli, prit possession du roxaume 
d'Irlande et de Grande-Bretagne jusqu'à la Manche et eut pour lemme la 
fille du roi des Francs, Cessair la jolie, fille du roi des Francs. . . D'autres 
disent qu'L^gaine fut roi de toute l'Europe. » Ugaine aurait, dit-on, régné 
de l'an 633 à l'an 593 avant J.-C. -, en sorte que, suivant le Lehar Gahala, 
il y aurait eu vers l'an 600 avant J.-C. un roi des Francs, M. 'Jhomas 
Mathews, dit un roi de France, dont la fille aurait épousé un roi d'Irlande. 

Dans le même volume, p. 198, M. Thomas Mathews écrit : Fiîeasorhards, 
c'est dire qu'il ignore la distinction entre les filid et les haird et qu'il n'a 
pas connaissance de la définition du barde reproduite par M. Wiudisch dans 
son dictionnaire irlandais, IriscJje Texte, t. I, p. 584, col. i. Il n'a aucune 
idée de la manière dont les érudits font les citations ; par exemple, à la page 
-217, il renvoie à la Revae Celtique sans mentionner ni le volume, ni la 
page. Pour vérifier l'exactitude de la citation, quel sera le volume de la 
Revue Celtique que vous consulterez ? Un peu plus haut, p. 212, il renvoie 
au Duhliti Peaux Jouiual, sans dire l'année, ni la page. Je me borne à ces 
exemples, on pourrait en donner bien d'autres. Que penser du reste d'une 
généalogie qui commence, p. i , par Fenius, roi de Scythie, cinquième 
descendant de Japhet ? 

XII 

La rédaction de la Revue Celtique a reçu de la maison David Nutt, de 
Londres, un joli petit volume intitulé Gaelic Fairy Taies ' qui contient trois 



1. Dublin, Sealv, Brvers and Walker, 1907, in-S", x-404, iv-437, iv- 
369 pages. 

2. Arthur Ua-Clerig, History oj Ireland, p. 62 ; et. AnuaJs of tJie four 
Masters, édition d'O'Donovan, t. I, p. 75. 

5. Glasgow, Archibald Sinclair, 1908, in-8", 48 pages et 3 planches en 
lithochromie. 



96 Chroiiicjiic. 

contes de fées recueillis daus les Highlands d'Ecosse. C'est une seconde 
édition et, en outre, deux de ces contes avaient été précédemment publiés, 
l'un dans le premier volume des IVaifs auâ Strayi of celtic Tradition, l'autre 
dans The Gael, vol. i, comme nous l'apprennent les deux préfaces signées 
Winifred M. Parker. Des trois contes, ce volume donne le texte gaélique 
sur le verso des pages et en regard, sur le recto, la traduction anglaise. Ces 
contes sont un produit de la brillante imagination qui caractérise les com- 
positions de ce genre, tant en Irlande, qu'en Ecosse; dès la première page 
on voit paraître un cco di nidheachd, un nuage druidique ou magique. Je 
termine par une petite critique, je ne vois pas pourquoi, p. 34, latha Beall- 
Itiiiiii est rendu par Belfaiie day et non par the first day of May, « le premier 
jour de mai » : ce serait, ce me semble, plus clair. 

XIII 

La dernière publication que nous devions à John Strachan est un recueil 
de textes extraits du Tdiii, v Slories Jroiii the Tdiii '. L'auteur a fait un acte 
un peu hardi, penseront quelques-uns, cela a été de substituer à l'ortho- 
graphe du Lebor na liL'idre une orthographe plus archa'ique, quand il l'a 
jugé à propos et sans toujours donner en note la leçon du manuscrit. Dès la 
première page, à la place du reira « tu iras )> du Lebor na hUidre, il met 
i\\hh' sans avertir de ce changement. Cette correction est conforme à la 
Grammatica celtica, 2^ édition, p. 452, qui donne deux exemples de la dési- 
nence ae à la seconde personne du singuUer du futur redoublé, l'une dans 
le ms. de Milan, l'autre dans le ms. de Wûrzburg -, cf. Whitley Stokes 
dans les Beilrâge de Kuhn, t. VII, p. 15. Strachan dit que pour trouver la 
leçon des mss. Lebor na hUidre, Livre jaune de Lecan, on se reportera aux 
fac-similés, mais on peut en général éviter de se donner cette peine, grâce 
à l'édition du Tdiii commencée dans Eriii, vol. I, partie 2, par MM. John 
Strachan et J. G. O'Keeffe. La mauvaise leçon rega s'y trouve, p. 1 5, 1. 574, 
inutile d'ouvrir les volumineux fac-similés du Lebor na hUidre, p. 59, col. i, 
1. 15, et du Livre jaune de Lecan, p. 18, col. 2, 1. 40. M. Strachan ne donne 
pas de traduction puisque nous avons celle que Miss Winifred Faraday a 
écrite avec sa collaboration, et publiée sous le titre TheCatlle-raid of Cuahioe. 
Le morceau dont nous parlons s'y trouve aux pages 17-20, la traduction de 
reone, « Vou shall not go», plus littéralement, << tu n'iras pas», s'y lit, 
p. 18,1. 5. 

Un glossaire des mots remplit les pages 47-125 de ce petit volume en 
tête duquel est un portrait du regretté John Strachan. 



1. Dublin, School of irish Learning ; Hodges, Figgis and Co : Londres, 
David Xutt, 1908 ; petit in-8", 125 pages. 

2. Ms.de Milan, 35 c 33, Thésaurus palueohibeniiciis, t. I, p. 86, 1. j8 ; 
Ms. de Wiirzburg, 32 a 25, ibidem, p. 704, 1. 22. 



(^.hro)ii'ijii(\ 



XIV 

L'abbé E. Dambrine, cure de Crctcil, Seine, a publié une notice sur ce 
village; Crckil {Seiiic^, preiiiien iiionuuicnts de son hisloire'. Le nom de 
Créteil apparaît pour la première fois dans la légende de deux monnaies 
mérovingiennes sur lesquelles se lit le nom de lieu Cn'stoialo '. A l'époque 
carolingienne, l'a de l'avant-derniére syllabe tombe ; on lit : /'// villa Crhtoilo 
dans un diplôme original de Charles le Simple, du 24 avril 900 conservé en 
original aux Archives nationales et dont l'abbé Dambrine donne un fac- 
similé '. Cristo-iahiiii s'explique par le nom propre d'homme Crislos qui a 
été relevé comme nom de potier +, et par le gallois uU, « espace découvert, 
campagne, champ "■< » : Créteil signifie donc champ du gaulois appelé Crislos. 

XV 

Dans les Mclanacs lini^nistiques offerts à M.Ferdinand de Saussure*, 
M. J. Vendryès a publié une étude sur l'étymologie de l'irlandais claideb et 
du gallois cledâvf. Il conclut que le mot gaulois primitif a dû être cladio-s 
devenu en gallois cladiv dont cJeddvf est la notation moderne, et que l'ir- 
landais claideb, où le h se prononce v, a été empnmté aux Gallois, comme 
l'arme elle-même. 

XVI 

La rédaction de la Revue Celtique a reçu un tirage à part in-40 dont le 
titre est Villaricos v Herrerias anti^^iïedades pùnicas, romanas, wisigoticas y 
arabes; iiieiiioria descripliva e historica por D. Luis Siret, correspondenle de la 
Real Acddeuiia de la historia '> . Villaricos et Herrerias sont situés en Espagne, 
dans l'ancien royaume de Grenade, province d'Almeria, juzgado ou arron- 
dissement de Vera, a\'untamiento ou commune de Cuevas de Vera, c'est- 



1. Paris, Vie et Amat, 1908, in-S», 104 pages. 

2. Catalogue des uioinmies françaises de la Bibliothèque Nalio)uile. Les luoii- 
)niies uiéroviuçiieuues, par Maurice Prou, p. 188, n" 871, 872. Alfred Holdcr, 
Altceltischer Sprachschah, t. I, col. 1169. 

3. Ce diplôme avait déjà été publié par Baluze, Capitnlaria, par les Béné- 
dictins dans le tome IX du Recueil des Historiens de la France et en dernier 
lieu par le comte de l.i\?,liiyne, Cartulaire i^e'neral de Paris, p. 75, 76. 

4. Alfred Holder, Altceltischer Sprachscba~l, t. I, col. 1169. 

5. William Owen, A Dictionary of the -ivelsh Lauguage, Londres, 1805; 
ci. Alfred Holder, Altceltischer Sprachschayl, t. II, col. 7, qui renvoie à un 
mémoire de Thurneysen. 

6. Paris, Champion, 1908, in-8'\ A propos du rapprocheinenl de F irlandais 
claideb et du gallois cledd\-f. 

7. Madrid, Jaime Ratés, 1908. Extrait du tome XIV, p. 381-468, des 
Mémoires de l'Académie royale d'Histoire d'Espagne ; le nombre des 
planches est de vingt-neuf. 

R.Tiic Celtiqur, XXX. 7 



98 (yoroiuquc. 

à-diie à rextrémité sud-est de la péninsule. Ce qu'au point de vue celtique 
on peut conclure du très intéressant travail de M. Siret, c'est que la région 
de l'Espagne étudiée par lui ne nous offre aucune trace de la présence des 
Celtes. La ville la plus voisine au temps des Romains était Baria, la lîaoita 
noÀt; de Ptolémée. 1. II, c. 4, § 8, 9, alors située dans la Bétique et qu'on a 
supposée identique à Vera '. Il n'y a pas eu. paraît-il. d'établissement cel- 
tique à Barria. 

XVII 

M. Adrien Blanchet nous a envové un savant ouvrage intitulé Recherches 
sur les (i(]iii-iliics et les cloaques de la Gaule roiuaiue '. C'est une sorte d'inven- 
taire des débris qui nous restent des travaux faits par les Romains pour 
assainir les villes de Gaule et les fournir d'eau potable ; on pourrait en con- 
clure que la conquête romaine a été un grand bienfait pour la Gaule. Peut- 
on en dire autant de la conquête franque? 

XVIIl 

Une brochure de 30 pages que Miss Eleanor Hull a extraite du Saga-Booh 
du Viking-club, avril 1908, a pour titre : The Gael and the Gall, Noies ou tlie 
Social Condition of Ircland during the Norse Period, et son but est de démon- 
trer que les envahisseurs Norvégiens et Danois ont fait en Irlande beaucoup 
moins de mal qu'on ne croit généralement. Je m'incline respectueusement 
devant Miss Eleanor Hull, je suis trop galant homme pour entreprendre de 
me quereller avec cette femme savante. M'a-t-elle convaincu? Je doute. 
.Mais je partage entièrement sa manière de voir quand elle dit que les pirates 
danois ont dû probablement leur succès à leurs cottes de maille, tandis que 
tes Irlandais n'avaient d'autre arme défensive que leurs grands boucliers. 

XIX 

M. J. P. OUveira Martins, dans son ouvrage : As raças hunianas e a civil - 
saçao primitiva 5, fait acte de vulgarisateur, il traite son sujet de seconde 
main et n'est pas toujours au courant. Suivant lui, t. I, p. 240, 245, 246, 
2,1-268, il y a un groupe italo-grec, distinct des Celtes; ainsi M. Oliveira 
Martins ne connaît pas la doctrine moderne suivant laquelle le groupe italo- 
celtique est séparé des Grecs. Ce que M. Oliveira Martins sait de grammaire 
comparée, il l'a pris chez Mommsen, Rôniische Geschichte, 6^ édition, 1874, 
p. 16, 17, et dans sa citation, p. 242, il transcrit deux mots de travers, il 
écrit dura le grec 6-jpa, doaras le san,scrit dvaras, plus exactement dv(h\ dvâ- 

1. Édition de Ptolémée, donnée chez. Didot, par Charles Millier, t. I, 

p. 115. 

2. Paris, Picard, 1908, in-80, 164 pages, 9 planches. 

3. 3<; édition'. Lisbonne, Antonio Maria Pereir.i. 1906. ^'^^ édnion. deux 
volumes, petit in-80, 319, 302 pages. 



Cl'r<'in(iiic. 99 

ram, « porto ». LA aussi en notant a\cc Mommsen juvam et non xiigdrn, 
le mot sanscrit qui veut dire « joug », il montre qu'il n'a pas lu Brugniann, 
Grundriss dcr vt'nrleicheiide Gniiininttik, X. I, 2^ édition, 1897, où ce mot est 
écrit yugdni, p. 103, 795; ni la Kiti-{e vcrffleichende Grannimtik du même 
auteur, 1904, où, p. 69, il aurait trouvé la même ortliographe. M. Oliveira 
Martins qui dans son tome II, p. 246, a eu l'amabilité de citer un auteur qu'il 
appelle Joubainville, trouvera sans doute, s'il me lit, que cet auteur ingrat 
a une façon peu gracieuse d'apprécier le mérite de ses confrères. 11 n'aurait 
pas dû faire envoyer son ouvrage à ce désagréable critique. 

XX 

M''^ O. J. Bergin, R. J. Best, Kuno Meyer, J. G. O'Keefie ont mis au 
jour deux volumes : Aiiecdola froiii in'sb Mainiscripls '. C'est un recueil 
de textes inédits. Les auteurs considèrent comme déjà publiés les textes 
compris dans les volumes de fac-similés et de photogravures qu'a édités 
la Royal irish Academy ; ils font exception cependant pour le Livre jaune de 
Lecan. Ils ne joignent pas de traduction aux textes irlandais, mais déjà 
deux des huit morceaux contenus dans le premier volume ont été traduits l'un 
par M. Plummer dans EHii, l'autre par M. H. Gaidoz dans la Rcviwdc l'his- 
toire des Reliiiions -. Le principal des collaborateurs est M. Kuno Meyerqui sur 
les quatre-vingts pages du premier volume en a fourni quarante-huit. Un 
des textes qu'il a donnés ici, l'Expulsion des Dessi, est curieux à étudier au 
point de vue grammatical. L'édition des Anecdota est faite d'après un manus- 
crit qui date probablement du xv^ siècle. M. Kuno Meyer avait donné dans v 
Cymrodor, t. XIV, une première édition d'après un ms. du xii^ siècle, le 
Rawlinson B. 502, de la Bibliothèque Bodléienne d'Oxford, auquel on 
peut comparer le Lebor na hL'idre, p. 53-54. Prenons comme exemple le 
nom d'homme écrit Aeuoiis, c'est-à-dire Aen-s^iis, dans les Anecdofi! 1. 1, p. 15; 
ce nom dont le sens est « unique choix » est écrit Oeinriis dans Y Cyiiinirodor, 
t. XIY, p. 104, et dans le Lebor na hUidre, p. 53, col. i, 1. 36. La notation 
du premier terme en irlandais est oiii au huitième siècle de notre ère dans 
le manuscrit de Wùrzburg, 7 b 1 1 >. La diphtongue oi se trouve en latin 
au troisième siècle avant notre ère dans Voifio[m] d'une des épitaphes des 
Scipions+, et oi est changé en oe dans Voeiiigeuos z= uuiirenitns de Festus. 
Le rapprochement lïOetigtis et à'oenigenos est curieux. En latin oinos, oenos, 
est devenu iimis à l'époque classique ; en irlandais oin, oen s'est changé en aen 
puis aon. Nous nous bornons à cet exemple des comparaisons qu'on peut 
faire entre les deux éditions de l'Expulsion des Dessi. 

Dans le tome II des Auecdota M. Whitlev Stokes a publié des poèmes 



1. Halle, Max Niemever; Dublin, Hodges, Figgis and Co. ; vol. I, 1907, 
petit in-8°, vii-80 pages ; vol. II, 1908, petit in-8'\ iv-80 pages. 

2. Voyez plus bas, p. 109, 112. 

3. Thésaurus palaeohibernicits, t. 1, p. 541, 1. 10. 

4. Corpus inscriptionuni lalinanrni, t. I, n" 32. 



loo Cl.'roiiiqiic. 

attribués a t-aint \loling; c'e^t un coiuplcnicnt de ce qu'il donne sur saint 
Moling dans h Rei'iic Cclliqiic, t. XXVII. p. 257-512 ; t. XXVIII, p. 70-72. 
Aux p. 42-75 du même tome II, on trouve édité par Marv E. Bvrne le 
texte complet d'un document en partie publié dans VEssai i.riiii catalogue de 
la littérature épique de r Irlande, p. 260-264. MM. Bergin, Best, O'Keeffe ont 
collaboré à ces deux excellents volumes où l'on trouve aussi deux signatures 
moins connues des celtistes, celles d'Annie F. Scarre et d'Annie M. Scarre. 



XXI 

je ne pourrai parler dans les mêmes termes de la brochure de M. Eduard 
Halter : Die Mundarten iniElsassK Je ne m'aviserai pas de critiquer ce qu'il 
dit du dialecte allemand usité en Alsace; ce dialecte m'est inconnu. Mais 
l'auteur s'avise de nous dire quelle était suivant lui la langue que les Gaulois 
parlaient au temps d'Arioviste. Suivant. lui, p. 41, les Gaulois appelaient 
leurs pères au singulier ^a^/■. Donc M. E. Halter ignore qu'en celtique le p 
indo-européen fait défaut. 

XXII 

Le livre que M' Robert Craig Maclagan vient de mettre au jour, Relii^io 
Scotica ils Nature as traceabk in scotic saintly tradition -, contient beaucoup 
de doctrines nouvelles, qu'on peut signaler à l'admiration des lecteurs de 
la Revue Celtique. 

Jusqu'ici on avait cru que les fils de Miled, arrivés en Irlande suivant les 
quatres Maîtres l'an 3.500 du monde 3, c'est-à-dire 1.700 ans avant J.-C, 
étaient les ancêtres des Irlandais; suivant notre auteur p. m, 114, c'étaient 
des envahisseurs Romains. 

Le nom des Irlandais, Gaedil, est identique à celui des Gactuli qui ont 
donné leur nom à la i'-x'.TojÀi'a ■* située dans la partie méridionale du 
Maroc '. 

l-e nom du dieu /./',<,', thème lui^ni-, a la même racine (jue le latin /;/.v, 
tlième lue''. 



1. Slrasburg, 'l'reuttel und Wùrz, 1908, in-8", 145 pages, 

2. Otto Schuize and Company, 20, Saouth Frederick Street, Edinburgh, 
IQ09, in-8", viii-233 pages. Sur le titre, un menhir surmonté d'une croix. 

5. Anuals oflhe Kiuf^dovi of Ireland by the Four Masters, édition d'O'Dono- 
wan, t. I, p. 24, 25, ; cf. Henne.ssv, Chro)iicoii Scotoruin, p. 10, 11 ; Livre 
de Leinster, p. 12 et suivantes. 

4. P. VI, 9. 

5. Edition de Piolémée donnée chez Firmin-Didot par Charles Millier, 
livre IV, chap. vi. 65, t. II. p. 742. 

6. P. 205 . 



(]1}}-(^}}'UJUC. loi 

"HXio:, nom grec du soleil, est le même mot que l'hébreu cloli, singulier 
d'i'lohiiii, « Dieu » ' . 

Medb, nom d'une célèbre reine de Connaught, parait pouvoir s'expliquer 
par l'anglais iiiv Eve, ma veille -. 

On peut rapprocher du latin /'i//w, le nom de la déesse Bodb>, primitive- 
ment Bodiia. 

Pourquoi ne rien dire de l'anglais ^v/)*; et du français pape} 

La déesse Dana, Danaini, des Tnatha de Daiiann, est identique à la Diana 
romaine ^ . 

Munster, en irlandais Muiiiha, Mnnibaii, serait un primitif /'/c nn<lba, signi- 
fiant ^'leah'i- 'I plus grand » ; . 

Le nom du dieu celtique Nodoiis, écrit aussi \odciis veut dire « Tédenté », 
de 110 particule négative et de dens « dent » '' . 

Les mots grecs 'Epir/,: et 'Hpay.Àf,; commencent par la même s\-llabe -. 
L'auteur a soin de les écrire Hermès, Hercules. 

11 cite la Revue celtique, MM. Loth, Dottin et Rhys ; a-t-il beaucoup 
profité de la lecture des livres et"des mémoires de ces savants auteurs? En 
tout cas, ce n'est pas, que nous sachions, a eux qu'il a emprunté ces doc- 
trines, elles sont nouvelles pour nous, 

XXIII 

je n'ai pas non plus grand bien à dire de la brochure de M. le D' Paul 
Rodet, de la Société préhistorique de France : Le culte des sources thennales à 
l'époque crallo-nnnaiiie ^ . L'auteur, un médecin, manque de compétence en 
cpigraphie. Il reproduit des inscriptions publiées dans les tomes XII et XIII 
du Corpus iiiscriptionnm lathiaruni sum avoir su les y trouver et il en donne 
de mauvaises copies, par exemple à Aix-les-Bains, p. 22, dans l'inscrip- 
tion n" 2.444, du tome XII, il lit Ch. Eppius au lieu de C. Vetiius, et ut 
voverat ixu lieu de v[otuiu^ ; à I.uxeuil, p. 41, au lieu de Luxovio, t. XIII, 
n» ). \26, Lussoio ; il donne, p. 17, dix inscriptions de Bourbonne-les-Bains 
dont quatre offrent des fautes de lecture et dont le bon texte a été publié 
au Corpus inscriptiomim latiiiarum, t. XIII, n°^ 5912, 5914, 5919, 5720. 

Il paraît fort mal connaître la géographie de l'Empire Romain. Après 
avoir donné, p. 27-29, le relevé des inscriptions où figure le dieu Granmts, 
il affirme, p. 29, qu'une seulement de ces inscriptions a été recueillie en 
Gaule : or, de ce qu'il vient de dire sans le comprendre, il résulte que cinq de 



I. 


P. 114. 


2. 


P. 30, 20) . 


5- 


P. 27. 


4- 


P. 27> 49- 


5 ■ 


P. 205. 


6. 


P. 76. 


7- 


P. 125. 


8, 


Paris, E. Leroux, in-8". 68 pages. 



K'2 ('JuoUUjUC. 

ces inscriptions appartiennent à la Gaule. 11 prétend, p. 31. que Grainiuni 
est le nom de Grand, localité du département des Vosges, or il aurait pu 
lire, Corpus inscriptioniini , t. XIII, 2, p. 156, que de cette localité «orne»; 
(intiqiiiiiii ii^nonitur . 

XXIV 

Ce sera en termes tout ditiférents que nous parlerons de la brochure de 
iM. E. Leclerc : Origine des noms de conimuiies du département de la Haute- 
Marne. Résumé desconférettces données à V École des Hantes-Études en Sorbonne, 
1904-1905, 1905 -1906, ^rt/- iW. Auguste Longnon, membre de F Institut '. C'est 
le recueil des notes prises au cours du savant protesseur par un élève labo- 
rieux. Il est divisé en douze chapitres : 1° noms d'origine ligure ou demi- 
ligure ; 2'^ noms d'origine gauloise ou celtique 5" autres noms d'apparence 
anté-rornainc ; 40 noms reproduisant un nom propre de personne en usage 
chez les populations aiitiques de la Gaule; 5" noms reproduisant un geriti- 
lice ou nom de famille ou quelque autre nom propre romain ; 6° noms for- 
més sur des gentilices à l'aide du suffixe -0, -ouis ; 70 noms, romains pour la 
plupart, formés à l'aide du suffixe gaulois -aco-s, etc. 

Les indications de sources font partout défaut. Voici quatre exemples pris 
à la page 10 parmi les noms de lieu formés à l'aide du suffixe -aco-s (cha- 
pitre vu). 

A propos d'Andilly =^ Andiliacus l'aiteurde la brochure parle d'un genti- 
lice AndilJins dérivé du nom d'honmie Andillus et ne dit pas qu'Andillus 
est un nom de potier (A. Holder, AltceltiscluT, Sprachschat-, t. 1, col. 

147)- 

Apre\' = Aspridciis dérive du gentilice Aspriiis. M. Leclerc n'ajoute pas 
que sur ce gentilice on peut consulter De-vit, (hioinaslicon, t. Lp. 521. 

Arbigny est expliqué par un gentilice Alhiuiu< sans renvoi a De-vit, 
Onomasticon, t. I, p. 196. 

.\urignv -^ Altiniacus dérivé d'un gentilice Alliuius qui lui-même serait 
dérivé d'un cognomen Altiiin^ mentionné chez De-vit, Onomasticon, t. I, 
p. 259, dont M. Leclerc ne parle pas. 

Espérons que M. Longnon fera bientôt paraître le texte de son cours qui évi- 
demment donnera ces indications bibliographiques, et dont la brochure de 
M. Leclerc n'est qu'une sorte de prospectus. Cette publication de M. Lon- 
gnon sera le complément du Dictionnaire topographique du département de ia 
Haute-M.irue rédigé par Alphonse Roserot et qui a paru en 1903 dans la 
collection intitulée, Dictionnaire topographique de la France, comprenant les 
noms de lieu anciens et nnklei nés, publié par ordre du Ministre de l'Instruction 
Publique et sous la direction du Comité des trai'aux historiques . Ainsi pai' 
exemple les noms ligures Maiascus auji>urd'hui Maast, Marascus aujourd'hui 
Marac sont tirés du livre de M. Roserot, p. 9<S, 105. 



I. Langres, Imprimerie Champenoise, in-8", 71 pages. 



C.broiiii[iic. 105 

XXV 

(^e qui prccù'dc était écrit quand j'ai reçu de M. Hciurich Zinimcr, le 
5>avant celtiste de Berlin, une brochure grand in-8'^ de 77 pages intitulée 
Sprache niid Literatitre dcr Kclleii iin allgeineineii '. Je traduis les titres des 
grandes divisions et des sommaires donnés en manchettes par l'érudit 
auteur. 

INTRODUCTION- 

Importance des langues celtiques pour les recherches sur l'histoire ancienne 
de l'Hurope, p. 1. — Part prise par l'Irlande du septième au dixième siècle 
dans le développement de la civilisation, p. 3. — État de la culture intellec- 
tuelle dans les écoles monastiques d'Irlande, p. 4. — Le goût des voyages 
chez les moines irlandais et leurs missions sur le continent, p. 5. — Les 
savants irlandais dans l'empire carolingien, p. 6. -- La part des irlandais 
dans la conservation de la littérature antique, p. 9. — L'influence des Celtes 
bretons sur la littérature du moyen âge p. 11. — Développement de la 
légende d'Arthur dans la Bretagne, p. 12. — La légende d'Arthur dans la 
littérature de l'Europe, p. i). 

A. LES LANGUES CELTIQUES 

1" Histoire des langues celtiques. Le vieux celtique sur le continent : 
p. 16. — Le celtique insulaire jusqu'au huitième siècle après J.-C, p. 17. 

Le celtique insulaire du huitième siècle à nos jours, p. ig. — Le celtique 
en Irlande jusqu'à la tin du dix-huitième siècle, p. 19. — L'irlandais au dix- 
neuvième siècle, p. 21 . — Le celtique dans le nord de la Grande-Bretagne, 
p. 2 |. — Le celtique en Ecosse, p. 24. — Le celtique dans l'île de Man, 
p. 27. — Le celtique dans le Pavs de Galles, p. 27. — Le celtique dans la 
Gornouaille anglaise, p. 50. — Le celtique dans la Bretagne continentale, 
p. 30. — Nombre des individus qui parlent une langue celtique, p. 32. — 
Le celtique à l'étranger, p. 32. 

2" Caractères généraux ht dialectes des langues celticiues. 
Le vieux celtique, p. 54. — L'unité du vieux celtique, p. 55. — Les 
monuments du vieux celtique, p. 3). — Rapport du vieux celtique avec le 
grec, le latin et le germanique, p. 36. — Différences phonétiques en vieux 
celtique, p. 59. — Les deux rameaux du celtique insulaire, p. 40. — Le 
rameau gaélique du celtique insulaire, p. 40. — Le rameau breton du cel- 
tique insulaire, p. 41. ~ Différence entre le rameau gaélique et le rameau 

1 . Die Kultur der Gegenwart herausgegeben von Paul Hinneberg.— Die 
romanischen Literaturen und Sprachen mit Einschluss des Keltischen von 
Heinrich Zimmer, Kuno Meyer, Ludwig Christian Stem, Heinrich Morf, 
Wilhelm Meyer-Lùbke (Sonderabdruck aus Teil I, Abteilung XI, i, des 
gesamtwerkes im Buchhandel nicht erhàltlich), 1909, Berlin und Leipzig, 
Druck und \'eilag von B. Ci. Teubner. 



lo^ (Ihroi'hjuc. 

breton, p. 43. — Hrtet produit sur la littérature par ce.s dirterenccs, 
p. 44. 

B. LES LITTÉRATURES CELTiaUES 

La situation des gens de lettrks et leurs classes chez les celtes, 
p. 46. — Les Druides en Gaule, p. 47. — Les Druides en Grande-Bretagne, 
p. 47. — Les Druides en Irlande, p. 48. — Les Bardes en Gaule, p. 49. — 
Les Bardes en Irlande, p. 50. — Les Bardes dans le pays de Galles, p. 51. 
— Les Bardes dans la Bretagne continentale, p. 54. — Les Vates en 
Gaule, p. 55. — Les Vates en Irlande, p. j6. — Les Frtto dans le 
Pays de Galles, p. 58. — Les Vates àa^ns la Bretagne continentale, p . 60. — 
Les raisons pour lesquelles l'évolution littéraire chez les Celtes irlandais 
s'est produite autrement que chez les Celtes bretons, p. 60. — La prose est 
la forme épique chez les Irlandais et chez les Gallois, p. 61. — Dans des 
récits en prose les Irlandais et les Gallois s'approprient des matériaux qu'ils 
empruntent aux peuples étrangers, p. 62. — Les Irlandais imitent la forme 
de l'épopée germanique, p. 65. — Influence de la forme épique des Celtes 
sur la littérature du nioven âge, p. 64. — Caractères des épisodes consi- 
dérés isolément, p. 6',. — Four composer de grandes épopées, les Celtes 
sont inhabiles, p. 66. — Cette inhabileté littéraire apparaît ailleurs chez les 
Celtes, p. 66. — Style et technique du récit épique, p. 67. — Le pancel- 
tisme d'aujourd'hui, p. 69. — La soi-disant unité du panceltisme actuel. 
p. 71. — La soi-disant mission du panceltisme, p. 72. 

Bibliographie, p. 74. 

Les lignes qui précèdent étaient déjà parties pour l'imprimerie quand un 
libraire de Paris, M. C. Klincksieck, m'a fait parvenir avec offre d'achat le 
volume dont le mémoire de M. Heinrich Zimmer forme le premier article. 
Cet article y est suivi de quatre autres qui ont pour objet la littérature cel- 
tique, savoir : le premier celle de l'Irlande, le second celle de l'Ecosse et 
de File de Man, le troisième celle du pavs de Galles, le quatrième celle de 
la Cornouaille anglaise et de la Bretagne continentale. M. Kuno Meyer est 
l'auteur du premier de ces articles ; les trois autres sont l'œuvre de M. 
Ludwic Christian Stem. Deux articles étrangers aux études celtiques ter- 
minent le volume ; l'un traite des littératures romanes, il est dû à M. Heinrich 
Morf; l'autre, intitulé : Die loiuanischeii Sprachen, " Les langues romanes ", 
est dû à la plume de M. VVilhelm Mever-Lûbke. 

Ce volume bien relié me coûte dix-huit francs soixante-quinze centimes, 
je ne regrette pas cette dépense, bien que depuis j'aie reçu un second 
exemplaire envoyé gratis et franco de Leipzig par la librairie B. G. Teubner. 
Si la Revue Celtique parle ici de ce volume pour la première fois, ce n'est pas 
pour la dernière, et nous comptons bien revenir sur lui dans une prochaine 
livraison. 

H. d'Arbois de Iuhaixville. 



PÉRIODIQUHS 



Soiiimaiif. — I. liidu-germanische Forschungeii. — II. Zeitschritt fur vergleichendc 
Sprachforschung. — III. Folklore. — IV. Celtic Review. — V. Revue archéo- 
logique. — VI. Revue des études anciennes. — VII. Hriu. — V'III. Annales de 
Bretagne. — IX. Revue des traditions populaires. — X. L'Anthropologie. - 
XI. Pro Alesia. — XII. American Journal of Philology. — XIII. Fureteur Bre- 
ton. — XIV. Portugalia. — XV. Annales du midi. — XVI. Revue de l'histoire 
des religions. - XVII. Bulletin archéologique du comité des travaux historiques 
et scientifiques. — XVIII. Revue préhistorique. — XIX. Revue bénédictine. — 
.XX. Revue de philologie française et de littérature. — XXI. Irish Leabhar na 
(jaedhilge. — XXII. Sitzungsberichte dcr Koeniglich-prcussischen Akadeniie 
der Wisseiischaften, année 1908. — XXIII. Revista di Scienza. — XXIV. Rema- 
nia. — XXV. Sitzungsberichte der Koeniglich-preussischen Akademie dcr 
Wisseiischaften. année 1909. 



I 

Le tome XXIII des Ikdogkrm.\nischf. Forschun'ghx nous ort're, p. I14, 
dans un article de M. van Blankenstein un rapprochement entre le i^rec 
-o:/.vciv. -(jv/.'Xt/ yyj'i ïÀasov, « cerf bigarré », d'Hésychius et l'irlandais 
on ' saumon ». On v trouve, p. i)8-i6o, une notice de M. Petersson sur 
les mots indo-européens qui désignent la rate, parmi lesquels l'irlandais 
,V('4'-et le breton/e/c/j (cf. Whitley Stoices. Urkellischer Sprachschal:;^, p. 502 j. 
Aux pages 583-^84, M. v. d. Ostensacken étudie l'étymologie des mots 
irlandais fcraini « je verse » et frass « averse » dont s'est aussi occupé 
M. Whitlev Stokes, Urkeltischer Spruchscbali, pp. 271, 287. Le nom de 
M. Petersson reparait plus bas, p. 590-592 ; cet érudit s'occupe de l'éty- 
mologie du gothique hninjo " cuira.sse -i; il n'admet pas l'origine celtique 
de ce mot, en vieux français hroii;nc (Godefroy, Dictioiiuaire de ranc'uninc 
hiiioue française, t. I, p. 740J, qu'il est, nous semble-t-il, difficile de séparer 
de l'irlandais briiiniu- « poitrine » ; nous partageons sur ce point la doctrine 
de M. Whitley Stokes, Urheltischcr Sprachschat-, p. 184, cf. bru, p. 187. 

La cinquième livraison de ce volume se termine par un index des livres 
et des mémoires qui, relatifs aux langues celtiques, ont paru de 1903 à 
1905. L'auteur de cet index est M. J. Vendrvés. Je regrette qu'il ne l'ait 
point mis dans la Revue Celtique. 

.\u tome XXIX, p. 265, de la Revue Celtique, dans notre compte 



io6 Pcnodiques. 

rendu des dernières livraisons du tome XXII des Iiulogeniianische Foischun- 
i;eii, nous avons oublié de mentionner un court article de M. Whitley 
Stokes qui. contrairement à une assertion du professeur Brugmann dans 
son GniiidiKi, t. II, f'^ édition, p. 1026, § 663, donne trois exemples de 
présents en s:essini " je deniindc, je cherche », iressiin .< je crie », lessaiiii 
« je bat* violemment ». 

II 

La première livraison du tome XLI delà Zeitschrift fur verceichende 
Sprachi-orschuxg contient, p. 35-61 un article de M. Chr. Sarauw sur 
la prononciation des lettres /, //, r en irlandais moderne, il y rend compte 
d'observations faites par lui-même en Irlande pendant l'été de l'année 
1904. 

III 

Dans le vol. XIX. 5>-' livraison du Folklore, 30 septembre 1908, p. 313- 
523, M. Bryan H. Jones donne un relevé de croyances et de pratiques 
superstitieuses constatées en Irlande dans les comtés de Cavan, Meath, 
Kerry, Limerick. Suivent un conte de fées de l'île de Man recueillie par 
Miss Sophia Morrison, et une note de M. Jonathan Ceredig Davies sur la 
croyance dans le pays de Galles aux apparitions de génies, d'esprits ordi- 
nairement invisibles. 

IV 

La livraison de la Celtic Rkvilw datée du 1 3 juillet 1908 débute par 
un article daté de Vienne en Autriche et où M . Julius Pokornv étudie 
l'origine du druidisme. Depuis la conversion des Irlandais au christianisme, 
le druide, en vieil irlandais drui au nominatif singulier, aujourd'hui draoi , 
est un vulgaire sorcier, en anglais u>i~ttril. comme le traduit M. Whitlev 
Stokes. Suivant M. Julius Pokornv, les druides n'ont pas été autre chose à 
l'origine. Voici un raisonnement semblable que je soumets à son apprécia- 
tion. Le grec -pc7|îJT3>oç, sous sa forme moderne en français /j/yY/v, en ita- 
lien pivte, en allemand priesler, en anglais /)/'/V.s"/, a le sens du latin sacerdos, 
donc c'est le sens prirnitif de ce mot; par conséquent dans ï Iliade, XI, 787, 
zîîToJTêpoç Ô£ ij l'j-ji, doit être traduit par » tu es prêtre » et on doit rejeter 
la traduction courante << tu es plus âij^é ». 

Je persiste dans mon opinion que les druides sont la forme celtique des 
pontifes romains de même que les filid on fdthi irlandais, identiques aux 
ojâTci; gaulois de Strabon, correspondent aux augures romains et les o^utiuH ri 
de Gaule aux flamines romains ; c'est un des aspects sous lesquels se mani- 
feste l'unité du groupe italo-celtique. La suprématie des druides sur les rois 
est attestée par le passage du Tdin où il e.st dit qu'il y a défense aux habi- 
tants d'Ulster de prendre la parole avant leur roi, au roi de prendre la 



Périodiques. 107 

parole avant ses druides '. La situation des rois irlandais à Tégard des druides 
est celle du rcx sacrificioruni romain en face des pontifes'. 

Les articles suivants sont : 2" poèmes gaéliques inédits composés par un 
auteur du xviiie siècle, Alexandre Mac Donald: l'éditeur est le professeur 
Mackinnon ; 5" superstitions relatives aux morts, d'abord les enfants morts 
sans baptême, puis les autres, article de M. Lauchlan Maclean Watt : 
4" suite par M. Arthur Hugues de son esquisse de la littérature galloise ; 
jo la nn'thologie des Highlands, par M. E. C. Watson ; 6" le clan Came- 
ron, par le Révérend Maclean Sinclair; 70 les dialectes gaéliques d'Ecosse, 
suite, par le Révérend C. M. Robertson. La livraison se termine par une 
notice nécrologique sur feu M. Donald Mackechnie par M. Mackinnon. 

V 

Dans la Revue AUCHÉOLOGiaUE, 4^^ série, t. X, n^^ de septembre- 
octobre, novembre-décembre 1907. on trouve la suite de la Revtie des ptibli- 
Ciitioiis épigraphiqut's duc à MM. R. Gagnât et M. Besnier et où nous signa- 
lerons cinq dédicaces : i", p. 554, Makti Loucet[io], trouvée à Stras- 
bourg ; 2°, p. 359, Eponae, découverte à Mayence; y\ p. 360, svlevis 
DOMESTicis, recueillie à Cologne; 4°, aussi p. 360, visvxae à Baden-Baden ; 
50, p. 462, MERCVRio cisso[nioJ à Avenclics, Suisse. 

Au tome XI, p. 4-7, il v a un article intitulé : Les dieux gallo-romains 
dans la mythologie irlandaise. Un des principaux textes irlandais est celui 
qui est intitulé : Hec sunt nomina uirorum componentium lapides {Livic de 
Leinsler, p. 51, 1. 36-46); on v lit : Balar mac buarainic rathaire Bressi, 
'1 Balar fils du visage de vache fut constructeur de forteresse pour Bress ■-. 

VI 

Un article fait pour attirer l'attention des celtistes a été placé dans la 
Revue des études anciennes, tome X, n" de juillet-septembre 190CS, 
p. 256-261, par M, Alfred Cartier, administrateur des musées de Genève. 
Cet article a pour objet deux vases gaulois pein.ts trouvés à Genève il y a 
environ cinquante ans, lors de la démolition de l'enceinte fortifiée de la 
ville, et aujourd'hui conservés au musée archéologique; deux figures inter- 
calées dans le texte donnent des détails d'un de ces vases où trois oiseaux 
apparaissent ; deux planches en couleur oflTrent la représentation de chacun 
d'eux. 

Suivent deux articles du savant historien de la Gaule, M. Camille 
Jullian, l'un sur la question de savoir où précisément a été livrée 102 ans 
avant J.-C. la bataille d'.':/(///(j'(' Sexliae, célèbre par la victoire de Marins sur 

1. Édition Windisch, p. 673, 1. 4724-4725. Sur les druides voir dans cet 
ouvrage les pages xl-xliv de l'Introduction et la note 2 de la page 792. 
M. Windisch compare les druides aux brahmanes de l'Inde. 

2. Tite Live, 1. II, c. 2, § 2. Rien ne prouve que cette subordination 
remonte seulement, comme l'a cru Tite Live, à l'établissement de la répu- 
blique romaine. 



loS Pnioiliijucs. 

les Teutons; l'autre article du même érudit est une chronique gallo-romaine 
où l'auteur raconte ce qu'il y a de nouveau dans ce domaine : il annonce 
entre autres choses la publication prochaine du tome II des bas-reliefs de la 
Gaule romaine par M. Espérandieu. 

Vient ensuite une étude de M. Cuny, sur les inscriptions préhelléniques 
de Lemnos qu'il croit étrusques. Le même savant, dans un second article 
parle des Iraniens établis en Cappadoce au xive siècle avant notre ère. 

VII 

Le volume IV, partie I, d'Eriu nous offre trois articles de M. Kuno 
Mever. Le premier, p. 1-16, est une seconde édition d'un mémoire de ce 
savant sur les curiosités, Mirahilia, d'Irlande d'après un texte norrois de 
1250 environ; l'auteur qui av.ut publié ce mémoire dans le tome V du 
Folklore en 1^94. l'a remanié, il compare le texte norrois aux autres textes 
où le même sujet est traité, Giraldus Cambrensis, Topogniphia Hibeniiae, 
écrite en 1188, Nennius au ixi-' siècle, etc. Dans son second article, p. 17, 
M. Kuno Mever publie six quatrains irlandais, attribués à Colum Cille 
par le nis. d'Oxford, Laud 615 ; il v joint des corrections et une traduction. 
Le troisième article du même auteur, p. 68-78, est intitulé Brian Borumha : 
il s'agit d'un roi d'Irlande qui commença à régner vers l'an mil de notre 
ère' et qui fut tué vers l'année 1012^, ou plus exactement en 1014, dans 
une grande bataille livrée aux Danois à Cluain Tarbh'. M. Kuno Meyer 
considère Brian comme une orthographe relativement moderne pour Brioii, 
Briiui, génitif Briuin. Quant à Borumha, surnom de Brian, c'est un nom 
de ville identique à horinie, nom d'un tribut dont le sens littéral est 
« compte de vaches ». Le nom de la ville tient à ce que c'était là qu'on 
pa\ait un tribut de vaches. 

M. Whitlev Stokes a contribué à ce numéro, p. 18-58, par l'édition prin- 
ceps avec traduction du morceau intitulé Sccla Coiicbobair maie Nessa. « Récits 
concernant Conchobar, fils de Ness ». Le texte irlandais est conservé 
dans le Liz'ir île Leiuslcr, p. 106, col. i. L'introduction mise en tète 
par M. Whitlev Stokes, signale ce qu'il \- a de pkn important dans 
ce document notamment, p. 24, ['9, un témoignage attestant l'esis- 
tence en Irlande du jus primat' )ioclis dont il est aussi question dans le 
Tochmarc Emirc « Demande en mariage d'Emer » . M. 'V\niitley Stokes se 
demande pourquoi Conchobar est dit fils de Ness, c'est-à-dire dune 
femme ; ma réponse est qu'il était enfant naturel ; le druide Cathba, son 
père naturel, n'avait pas demandé en mariage ni obtenu Ness du père ou 
des tuteurs de cette jeune fille et n'avait pas payé le prix d'achat, coihchc, 

1. Whitlev Stokes, Annales de Tigernach, Revue Celtique, t. XVII, 

P- 354. 

2. Chronicon Scotorum, édition Henness}', p. 2)0-2)i. 

3. Annales des quatre maîtres, édition d'O'Donovan, t. Il, p. 772, 775; 
cf. Annals of Ulster, t. II, p. 532-533 ; et Todd, The ivar of Ihe Gaedbil 
u'itb the Gail. p. xxv, xxvi, 188-211. 



Prrioiliijiics. 109 

en grec ïeova, dont l'acquittement donnait a l'époux puissance sur laleninic 
et sur sa progéniture. Suit un glossaire des mots rares. 

Aux p. S9-46, M. C. Plummer donne la traduction anglaise du Ciiin 
liiiiiiiie Bdiii, publié dans le tome l'-'f des Aiiccdota froiii Irish Manuscn'pls, où 
Ton voit Emine Bân et quarante de ses moines mourir pour sauver la vie 
du roi de Leinster et des chefs menacés de mort par une maladie contagieuse 
qui désolait le rovaume de Munster ; c'est une application du principe 
druidique énoncé par Jules César : De hello gallico, livre VI, c. xvi, § 3 : 
Oitûd pro iiila hominis tiisi hominis nita reddatur non passe deoruni immorta- 
liiiii! niiinei! placari. M. Plummer rappelle que, dans l'histoire de l'expulsion 
des Deisi publiée dans les Atwcdota, un druide se sacrifie lui-même pour 
assurer la victoire à l'armée de son peuple. 

Les pages 47-67 sont occupées par une édition du Tochinarc Fearhblaidc 
>■ Demande en mariage de Fearbhlad », d'après deux mss. de la première 
moitié du xvii^' siècle conservés à Dublin, l'un dans la bibliothèque de la 
Royal Irish .\cademv, sous la cote 24. P. 12, l'autre à Trinity Collège, sous 
la cote H. 4. 2). L'auteur de cette publication, M. Eoghan O'Neachtani, 
donne letextc irlandais sans le traduire, mais le fait suivre d'un index. Cette 
pièce a été mentionnée dans V Essai d'un catalogue de la H Itérai lire épie] ne de 
V Irlande, \i. 229, mais avec une très incomplète indication des manuscrits. 

Un mémoire de M. Alfred Anscombe sur l'origine lombarde de saint 
Sechnall se trouve aux pages 68-90. Dar-Ercae, sœur de saint Patrice et 
mère de saint Sechnall, dit aussi Seciindiiiits, avait pour mari un certain 
Restitutus, de Longhardaih Letha '. 

Sous la signature Maud Joynt on trouve, p. 91-111, une édition d'un 
poème irlandais racontant les aventures des fils d'Echaid Mugmedon dont 
un récit en prose a été publié avec traduction anglaise par M. Whitlev 
Stokes dans la Revue Celtique, t. XXIV, p. 190-203, d'après le livre jaune 
de Lecan. Echaid Mugmedon est un roi suprême d'Irlande qui régna au 
ive siècle après j.-C. •. Un de ses fils fut Niall Nôigiallach qui lui succéda 
et serait mort en 411 ;. Le poème remonterait au xi*; siècle. Il est publié 
d'après le ms. Rawlinson 502 de la Bodleyenne d'Oxford et aussi d'après le 
Livre de Leinster. Une traduction anglaise est en regard du texte irlandais. 
La mère de Niall était une princesse galloise enlevée par acte de guerre et 
devenue à la fois l'esclave et la concubine d'Echaid qui avait une femme 
légitime irlandaise ; la royauté était élective, on préféra le fils bâtard aux fils 
légitimes ''. 

L'avant-dernier article, p. 11 2-1 19, est un poème sur la descente de 



1. Whitley Stokes, The triparlite Life of Patrick, t. II, p. 382. 

2. Whitley Stokes, The Annals of Tigernach, Revue Celtique, t. XVII, 
p. 32 ; Hennessy, Chronicon Scotoruin, p. 14, 15 ; cf. Flathiusa hErend, dans 
le Livre de Leinster, p. 24, col. i, 1. 35. 

3. Chronicon Scotorum,p. 16-19; ^^- Flathiusa hErend dans le Livre de 
Leinster, p. 24, col. j, 1. 38. 

4. Ba hè rad fear n-Erend andsin, bid he Niall bus ri tareis a athar, 
texte publié par M. Whitlev Stokes, § 5, Revue Celtique, t. XXR', p. 192. 



I lo Périodiques. 

J.-C. aux enfers, publié avec traduction d'après le Livre de Fermoy, par 
M. O.-J. Bergin. A la dernière page, pour compléter la livraison, M. R. I. 
Best a donné un hymne en l'honneur de Dieu d'après le ms. H. i. 1 1 du 
Collège de la Trinité de Dublin. 

VIII 

Les Ankalks dk Bretagxf., no de juillet 1908, t. XXIIl, n<' 4, débutent 
par un article de M. Dottin intitulé : .Voto sur h Folklore oallois, dont la 
matière est empruntée à deux ouvrages, l'un datant de 1896 : IVehb FoJJc- 
lore, a Collection of Folktales tiinl Leoemls of Norlh IVales. par le Rev. Elias 
Owen, l'autre publié en 1905, Ccllic Folklore, IVehh and Maux, par Sir John 
Rhys. C'est un premier article, il traite du monde des eaux et se divise en 
cinq paragraphes : 1° les Ondiues, ou fées vivant dans l'onde, 2° les 
monstres, 3° les sirènes, 4" les villes englouties, 3" les fontaines merveil- 
leuses ; c'est fort intéressant. 

Dans la même livraison on trouve la suite des sa\ants Mélanges d'histoire 
bretonne de M. Ferdinand Lot. Il s'agit de la plus ancienne vie de saint 
.'Vlalô que M. F. Lot publie d'après trois manuscrits dont deux du xii^ siècle 
et un du x\«. On y voit Maclou faire inutilement deux vovages sur mer à 
la recherche de File Iina où l'on trouvait, dit-on, les délices du paradis, mais 
il arrive dans une ile ou était enterré un énorme géant païen qu'il ressus- 
cite et baptise. 

IX 

La Revue des traditions populaires, t. XXIII, n» de juin-juillet i90<S 
contient, pp. 253, 236, deux contes populaires de Basse-Bretagne : « La 
fille aux bras coupés », « Les sept frères et leur sœur >k recueillis par M. J. 
Frison. 

X 

Dans r.VxTHROPOi.oGiE, t. .\1X, n" 4, juillet-août 1908, M. Armand 
. \'ire a publié une description de la grotte de Combe-Cuiller, dite Crozo de 
Cjentillo, commune de Lacave, Lot. Il en donne un plan et deux coupes, 
plus de nombreux dessins de^ objets recueillis : pointes de flèches, burin, 
grattoirs en silex ; pointe de sagaie, poignard en bois de renne. L'auteur 
croit reconnaître des traces d'écriture sur un bâton en bois de renne. 

XI 

Pro Alesia continue à paraître. Cette revue est toujours instructive. On ne 
cesse d'y constater l'abondance des traces de l'époque gallo-romaine et la 
rareté des monuments plus anciens sur le mont Auxois. Cependant M. A.J. 
Reinach donne, dans le n" de juin 1908, la description et le dessin de deux 
épées de bronze qui proviennent d'Alise et se trouvent aujourd'hui au 
musée de Genève. Enfin, le même n", p. 377-380. contient une note sur 



Périodique^.. ill 

la découverte de vestiges d'habitations ;j;auloi.ses fcl. pi. XLIX) et de murs 
gaulois en pierre sèche. 

XII 

Dans I'Americ.'VN Journal of Philology, vol. XXIX, n" 5, juillet, 
août, septembre 1908, on peut lire, p. 347-352, une notice de M. John 
I.. Gerig, professeur à Columbia Universitv, sur trois publications qui ont 
pour objet le texte de l'épopée irlandaise, Tdi}i bô Ci'tahigc, la première de 
L. Winifred Faraday, 1904, la seconde du professeur E. Windisch, 1905, 
la troisième en 1907 tirée à part de la Revue Celtique. M. Gerig constate que 
le gros volume de M. E. Windisch est avec le Thesininis paliwo-liibeniiius, 
de MM. Whitley Stokes et Strachan, la plus importante contribution à la 
littérature irlandaise qui ait paru depuis dix ans. Nous sommes très recon- 
naissant de ses paroles aimables à l'adresse du directeur de la Revue Cel- 
iiique . 

XIII 

M. Emile Ernault a continué dans le Fureteur breton, nos de juin- 
juillet et d'aoùt-septembre 1908, 3e année, p. 205-207, 261 263, son étude 
sur le traité intitulé : Docin'ii tir Cbiistenieii dont il avait parlé précédem- 
ment dans le même recueil comme on l'a pu voir dans la Revue Celtique, 
t. XXIX, p. 266. Aux pp. 253-255 du Fureteur, .M. de Kerdeven continue 
son édition de la Montre des nobles de 1562. 

XIV 

Nous recevons le 4^ fascicule du tome II d'un recueil grand in-S*^ inti- 
tulé : « PORTUGALIA, Materiaes para o estudo do povo portuguez ■, » 
Les pages 493-5 1 3 sont consacrées à l'étude d'une localité appelée O Crasto 
qui paraît être de l'âge du fer et qui peut avoir été occupée par les Gaulois. 
C'est un plateau dont une figure donne le plan ; ce plateau est situé au 
sommet d'une colline dont une autre figure nous offre la vue ; ces deux 
figures couvrent une planche. Sur cinq autres planches sont réunies cent 
trente-sept figures, représentant les objets trouvés sur ce plateau : fer, 
bronze, cuivre, étain, plomb, céramique, etc. 

Les autres articles contenus dans cette livraison traitent de sujets très 
variés, anthropologie, âge de bronze, musique, etc. ; pour en rendre compte 
ici il faudrait une compétence universelle qui manque au directeur de la 
Revue Celtique. 

XV 

M. Babut a inséré dans le tome XX, p. 457-468, des Annales du Midi, 
une étude sur le PriuiuUacum de Sulpice Sévère. Comme M. Alfred Hol- 



I. Directeur, Ricardo Severo ; rédacteur en chef, Rocho Peixoto. 



112 Périodiques. 

der, Altceltischer Spracbschat-, t. II, col. 1044, il le pLicc à Prémillac, com- 
mune de Saint-Sulpice d'Excideuil, Dordogne. Prinniliaciivi [praediiini] 
suppose un gentilice romain Primnlius, dérivé du cogiioiuoi fréquent Pri- 
iiiiilus. La désinence seule, -aciint, est d'origine gauloise. 

XVI 

La RiîvuE DF, l'histoirk oks rkligion's, t. LVII, p. 317-352, nous ofl're 
un mémoire fort intéressant de M. H. Gaidoz sur le changement de sexe 
dans les contes celtiques. Ce mémoire a pour base un texte irlandais publié 
en 1907 par M. Kuno Meyer dans ses Anecdota front irish Mamiscripts. De 
ce texte, M. Gaidoz donne une traduction française. Il s'agit d'un jeune 
homme qui, changé en femme, redevint homme ensuite. M. Gaidoz rap- 
proche cet enchantement de ceux qui sont racontés dans un passage des 
Mcihiiiogion ' où deux jeunes gens changés, l'un en cerf, l'autre en 
biche, donnent le jour à un faon, puis la biche devient sanglier, le cert 
truie, ensuite nouvel enchantement, le sanglier est changé en louve, la 
truie en loup et un louveteau les accompagne. Une quatrième métamor- 
phose fait de ces animaux deux hommes et un enfant. 

XVII 

Le Bulletin .ARCHKOLOGiauE du Comité des travaux historiq.ues 
ET SCIENTIFIQUES, année 1907, 5e livraison, nous offre trois rapports de 
M. le D"" Capitan, l'un p. cxlviii, cxlix, sur des constructions en pierre 
sèche autour de dolmens dans le département du Gard; un autre, p. clvi- 
CLviii, sur la grotte deLaFerassie (Dordogne), le troisième où est signalée 
une figuration humaine rudimentaire de l'époque néolithique trouvée à Saint- 
Victor-des-Oules (Gard). M.C. Jullian v donne, p. clxv-clxvi, une appré- 
ciation favorable d'un mémoire de M. Berger sur l'emplacement à' Aditiaoe- 
lobricra que M. Berger met au mont .Ardon près de Pontailler-sur-Saône. 
.Aux p. 365-368, on trouve un rapport de M. Emile Chanel sur une sépul- 
ture de l'âge du bronze à Outriaz (Ain). M. Auguste Audollent a publié, 
p. 369-380, un mémoire où il discute la valeur des textes de Pline l'Ancien 
et de Grégoire de Tours qui mentionnent le temple de Mercure à Clermont- 
Ferrand, et il se demande s'il est bien certain que ces textes concernent le 
temple du Puv-de-Dôme dont les archéologues ont étudié et décrit les 
ruines . 

La première livraison de l'année 1908 met sous les yeux de ses lecteurs, 
p. XLiii-XLV,deux rapports du D"" Capitan, l'un revenant sur les murs voi- 
sins de dolmens dans le département du Gard, l'autre parlant de la grotte 
ornée de gravures et de peintures qu'on a signalée à Marsoulas (Haute- 
(]aroiine). .\ux pages 87-104 se trouve le texte du mémoire mentionné 



i . GivetwiJvryu Evans, p. 66-67 ; traductions : de lady Guest, t. III, p. 228- 
230 : de Loth, t. I, p. 132-134. 



PrrlotUqiifS. II^ 

plus haut de M. Berger sur la question de savoir où était située V Aiivigeto- 
briga de Jules César, De hello Gallico, 1. I, c. 31. Est à noter que si M. Alfred 
Holder lit Adwagctobrigac en un mot ', M. Meusel préfère ad Magctohrigaiu 
en deux mots ^ Voira ce sujet la raison que M. Meusel donne en faveur 
de cette leçon à la page 287 de la quarante-huitième année de la Zeitscbiijt 
fur Gymnasialwesen : ad Magetobrigaiii veut dire » près de Magetobriga » et 
Admgetobrigae signifierait « dans Admagetobriga « ; or il paraît peu vrai- 
semblable que la grande bataille où Arioviste vainquit les Gaulois ait été 
livrée dans l'intérieur d'une ville gauloise. 

XVIII • 

M. Louis Sirct. dont les travaux érudits sur l'histoire la plus ancienne de 
l'Espagne se multiplient, a mis dans la Revuk Préhistorique, 5e année, 
1908, u'^-- 7 et 8, un mémoire sur les religions néo-lithiques de l'Ibérie. Le 
tirage à part forme une brochure de quarante-huit pages avec 28 figures 
intercalées dans le texte et 1 5 planches. Ces débris d'une civilisation 
détruite sont fort intéressants à étudier. Mais il est étrange que des artistes 
qui ont su dessiner si bien les oiseaux de la page 34, figure 24, aient été si 
incapables de reproduire la figure humaine. Enfin tous ces objets sont-ils 
bien des idoles, comme M. Siret nous invite à le croire ? 

XIX 

La Revue bénédictine d'avril-juillet 1908 a publié un mémoire que le 
Père L. Gougaud a intitulé : Inventaire des règles monastiques irlandaises. Il 
v donne une liste qui comprend vingt-quatre articles. Mais une partie de 
ces règles paraît n'avoir existé que dans l'imagination des chroniqueurs. 
Telles sont la règle de saint Patrice, celles de sainte Brigite, de saint 
Mochton, de saint Colman, etc. La règle en vers, attribuée à saint Ailbe 
d'Emly mort vers 540, existe, mais est-elle bien de lui ? On a de saint 
Columba d'Iova mort vers 597 une règle érémitique, pas de règle monas- 
tique. Une règle monastique conservée par quatre manuscrits est attribuée 
par l'un d'eux à Comgall, abbé de Bangor, mort en 601 ou 602 ; est-ce la 

Benchuir bona régula, 

dont parle l'antiphonaire de Bangor ? 

Nous marchons sur un terrain plus solide avec la règle de saint Colum- 
ban, mort ei 615 ; mais dans le texte que nous avons de cette règle il y a 
la trace d'interpolations. On a aussi le texte des règles attribuées à saint 
Mochuta, mort en 636, à Cormac mac Cuillennain, mort en 908. 



1. C. lulii Caesaris belJl gallici libri, 1882, p. 18; Altceltischer Sprach- 
schati, 1. 1, col. 4. 

2. C. Iiilii Caesaris belJi gallici libri, 1894, p. 20 ; M. Meusel suit la 
leçon du ms. de Vienne, en intercalant un g : a'. Magr[obri[g]aiu. 

Revue Cel/iijiu; XXX. 8 



114 Périodique:^. 

Le P. Gougand mentionne quelques aulr.'s règles a tribuées à des auteurs 
dont la date est restée inconnue. Il signale dans le nis. de Bruxelles 5 100- 
4, p. 16, la règle d'Echtgus hua Cuanain qui est inédite. Il consacre une 
étude approfondie à la Régula ctijusdaui patris ad moiiaclkv et à la Régula 
cujusdam patris ad virgiues, publiées toutes deux en dernier lieu par Migne, 
Patrologia latiiia, t. 66, col. 9X7 et suivantes. 



XX 

Dans la Revue de philologie française et de littérature, par 
M. Léon Clédat, t. XXI, p. 277-284, M. Ferdinand Lot rapproche de 
VEclHra Condia « Aventures de Condle » le récit de l'enlèvement de Guen- 
gualch dans la Vila sancH Tutguali episcopi, c. 55. Ces deux légendes, Tune 
irlandaise, Tautre bretonne, racontent comment une fée, venant de la mer, 
enleva un jeune homme. M. Ferdinand Lot propose de corriger en caiii 
« beau » l'épithète caliii, génitif singulier de iwiini :< contrefait », placée à la 
suite du nom de Condia dans l'édition de M. Windisch. C'est très sédui- 
sant, mais à l'appui de cette correction on ne peut citer à ma connaissance, 
aucun ms. Condle avait, semble-t-il, deux surnoms, Rùad « rouge », qui 
apparaît dans tous les mss., caiii, mieux cauini « contrefait», qui se trouve, ce 
me semble, au génitif dans le titre donné par deux mss. : i" Lchor >ia hUidre, 
p. 120, col. 1,1. 3 ; 2" ms. Harleian 5280, fo 65 v", du Musée britannique. 
Le premier de ces manuscrits, le plus ancien de tous, date d'environ 1 100, le 
second du xv^ siècle. La correction proposée par M. F. Lot ne s'appuie sur 
aucun des huit mss. que je connais '. On ne peut contester qu'elle soit fort 
ingénieuse. 

M. Ferdinand Lot, grand, jeune et beau garçon, verrait sans étonnement 
une jeune et jolie fée devenir amoureuse de lui et prétendre l'enlever ; il 
pense que de vieux bonshommes comme M . Windisch et surtout comme le 
directeur de la Revue Celtique seraient bien fous s'ils espéraient pareille 
chance et il ne peut voir sans indignation ces deux auteurs admettre qu'un 
bossu ait eu tant de bonheur. Il ne fait pas attention que la fée dont il 
s'agit dans le conte irlandais, est la déesse de la mort ; la mort enlève les 
bossus comme les autres, quelquefois plus tôt que les autres, et c'est peut- 
être en qualité de bossu que, des deux fils les plus connus de Gond Cet- 
chathach, Condle est mort le premier, laissant seul Art son frère. 

Mais cessons de plaisanter. L'histoire d'Irlande de Keating pourrait sug- 
gérer une correction différente de celle que M. F. Lot propose, mais qui 
offrirait le même sens. Keating remplace la légende par une assertion qui 
semble historique. Suivant lui, Condle fut, avec un de ses frères, tué par 
ses deux oncles ; ceux-ci : 



I. Aux sept mentionnés dans V Essai d'un catalogue, p. 109, il faut ajou- 
ter le ms. de la Bibliothèque Bodléienne d'Oxford Rawlinson R 512, cf. 
Whitley Stokes, The trijyvtitc Life of Patrick, t. I, p. xxxvi. 



Pcriodhiues. 115 

Do inharbsad Connla is Crionna 
Da mhac Cuinn dd chaoimhghiolla ' 

c'cbt-à-dirc : « tuèrent Connlc et Clriiiiie, deux fils de Conn, deux aimables 
garçons. » 

On pourrait croire que le imIiii du Lebor iia hUidre et du nis. Harléicn 
5280 est identique à l'adjectif vieil irlandais a'/^«, plus tard cocin, caciii, 
cdoiiih qui veut dire non « contrefait », mais « aimable ». 



XXI 

A partir de mai 1908, M. Eôin Mac Neill a publié dans la revue men- 
suelle Irishlf,.\bhar na Gaedhilge une série d'articles sur les inscriptions 
ngamiques. Le S'^ a paru dans le n" du ler novembre dernier. Sa conclusion 
est qu'il faut distinguer dans l'histoire de la langue irlandaise cinq époques : 
1° la plus lointaine qui se termine en l'an 300 ou environ de notre ère à 
l'apparition des plus anciennes inscriptions ogamiques ; 2° la période oga- 
mique de l'an 30o(?) à l'an 700(?J ; 3° le vieil irlandais des manuscrits de 
l'an 600 (?) à l'an 1000 ; 4° le moyen irlandais de l'an 1000 à l'an 1500 ; 
>» l'irlandais moderne depuis l'an 1500. Dans le premier article, il avait 
constaté que l'alphabet ogatnique dérive de l'alphabet latin, sans donner de 
cette origine la preuve décisive qui est la présence, dans l'alphabet ogamique, 
de l'agnia = iig, 25e lettre de l'alphabet latin suivant Varron, De 0/7V///C 
liiiguae îatinae, livre I, cité par Priscien de Césarée, 1. I, § 39, Keil, G/in//- 
ii/alici latiiii, t, II, p. 30. M. Eôin O' Neill est l'éditeur du Di'iaïuu'rc Fiiiii 
dont il a été parlé dans notre t. XXVIII, p. 256. 

Nous signalerons aussi dans les nos d'octobre et de novembre derniers, 
deux articles signés Micheal O Luingsigh sur l'abandon de Tara, l'ancienne 
capitale de l'Irlande, rendue déserte par la malédiction de saint Ruadan au 
vie siècle -. Et entin dans le no du premier août l'article sur la « School of 
Irish Learning », où il est aussi parlé du cours d'irlandais fait au Collège de 
France, ce qui nous oblige à des remerciements. 

XXII 

Les pages 1.100-1.130 du t. XLIX (1908) des sitzungsberichte dek 

KOENIGLICH-PREUSSISCHEN AKADEMIE DER WISSENSCHAFTEN, clasSe de philo- 
sophie et d'histoire, sont occupées par un savant mémoire de M. Heinrich 
Zimmer sur l'étymologie et le sens des mots tarmchossal et C'isel dans 
l'hymne de Fiacc en l'honneur de saint Patrice. Taniichossaî se trouve dans le 
vers 37, Cisel dans le vers 36. Voici le passage : 



1. Keating, Foras feusa ar Eiriiiii, t. II, p. 268, 1. 4188, 4189 de l'édition 
donnée par le Rev. Patrick S. Dinneen. 

2. Cf Pétrie, ( )// thc Hislorv and Aiiliquilia of Tara Hill, p. 125-127. 



Ii6 Pciioiil(jiit\<. 

36. Mcic Hmir, mticc Erimon lotur liuili la Cisel, 
57. Foroslaic in-tannchossal isin-mor-chuthe n-isel, 
38. Con-da-thànic int-apstal ' . . . . 

Les fils d'Eber et d'Airem allèrent tous avfc le (/i'i/;y», ^ 

Le pècbi'oiiginel les avait jetés dans le grand et profond puils, 
Jusqu'à ce que vint l'apôtre [Patrice]. . . 

Tariiichossal signifie littéralement " transmission » ; c'est un calque du 
latin tradiix employé pour exprimer l'idée du péché originel à l'époque de 
la lutte entre les catholiques orthodoxes et les Pélagiens qui niaient 
l'existence du péché originel. Dans une homélie de Laurent de Novare, vi« 
siècle, on lit : Peccatiiiii Adam per tradiicem seminis ad filios devolututii -. 

Au siècle précédent la même expression se rencontre avec le même sens 
dans les oeuvres de Marins Mercator ; la formule : Qui contra tradiicem peccali 
sciifiiiiit' désigne les Pélagiens adversaires du péché originel. Sola caro hahel 
Iraduceiii peocati^ « seule la chair transmet le péché originel ))^. De là l'expres- 
sion Iradiiciaiii par laquelle les Pélagiens désignaient les orthodoxes> et le 
noiTi de traducianum peccaluin donné au péché originel *•. 

CensuaUs d'où en irlendais Cisel « le démon », désignait d'abord 
à Rome les scribes qui dressaient les tableaux du cens, c'est-à-dire de la 
fortune des citoyens; plus tard ce mot fut le titre des fonctionnaires qui 
dans les provinces percevaient l'impôt dit « cens » '. Le démon en enfer 
perçoit la redevance due par le pécheur à Dieu, telle est la pensée irlan- 
daise qui, dans l'hymne de Fiacc, a fait appeler le démon Cisel. 

M. H . Zimmer présente son mémoire comme un appendice à deux savantes 
études publiées par lui en 1901, l'une intitulée KcltischeKircheiii Britannieu 
iiiid Irlaiid et insérée dans le tome X de la 3* édition de la Realencychpacdie 
fur prolestant ische Théologie iind Kirche ^ l'autre formant un volume dont le 
titre est Pelagius in Irlaiid'). La preinière de ces deux études a été traduite 
en anglais par Miss Antonia Mcver'". 



1. Whitley Stokes, The triparlile Li/e oj Patrick, t. II, p. 408, quatrains 
19 et 20, Bernard et Atkinson, llje irish Liber h\muorm)i, t. I, p. ici. 

2. Migne, Patrologia lalina, t. LXVI, col. 89 B. 

3. Édition donnée par Baluze en 1684, p. 157 ; Migne, Palrologia lalina. 
t. XLVIII, col. 86 B. 

4. Édition de Baluze, p. 157 ; Migne, Pairologia latina, t XLVIII, col. 
86-87. 

5. Saint Augustin, Opus imperfectum coulra juliaiunn, 1. I, 66, Migne, 
Fatroloi^ia lalina, t. XLI"V-XLV, col. 1053. 

6. Marins Mercator, édition de Baluze, p. 19; Migne, Patrolooia Liliiui. 
t. XLVIII, col. 147 B. 

7. Censores judices vocantur, censuales vero officiales qui censuni provin- 
cialem exigunt. Isidore de Séville,D///(vr«//c;;7/;« //7w I, C 109. Migne, Pairo- 
logia latina, t. LXXXIII, col. 22 A. 

8. Revue Celtique, t. XXII, p. 3)4-5^6. 
g. Revue Celtique, t. XXIII, p. 94-95. 

10. Revue Celtique, t. XXIV, p. 326-327. 



Périodiques. 1 17 

XXIII 

Dans la Revista di scienza, vol. IV, M. A. Meillet a fait paraître un 
article intitulé : Linguistique historique cl linguistique générale, et il y atteste 
cette connaissance approfondie de la grammaire comparée des langues indo- 
européennes qui distingue toutes ses publications. Il y a toutefois un petit 
détail sur lequel nous hésitons à accepter sa doctrine : il parle entre autre 
chose de l'Irlandais seeht, mieux Sixhl n-, en sanscrit saptd, en grec ïr.^i, en 
latin septein, et il explique le ch de secht n- par l'hypothèse d'une forme inter- 
médiaire seft. Cela me semble bien hardi. Le remplacement en irlandais du/) 
par la gutturale sourde c est attesté parles mots empruntés au latin : cluni ■=z 
pluma, corcur = purpura, fescor := vesperus ; et quand au groupe/)/ devenue 
cbt non seulement dans5fc/;/ ;/- mais aussi dans necht = neptis, dans cacht =: 
captus, capta, dans aicecht= acceptuni (Grammatica celtica, 2* édition, p. 68), 
il s'explique par l'analogie des mots irlandais qui se terminent en cbt : 

hochl, H pauvre » ; 

crècht. « blessure » : 

cucl)t, « couleur » ; 

txlH, (( meurtre " ; 

fecht, « fois, bataille, voyage » •, 

Icht, « la Mer Manche » ; 

lacht, « lait » ; 

lecht, « fosse » : 

luchl, « portion, troupe » ; 

in-nocht, « cette nuit » ; 

iiocht, « nu » , 

recht, (' loi, droit » ; 

rucht, « tunique, manteau » ; 

socht, « silence » ; 

tocht, « morceau, fragment )> ; 

lucht, (' forme » ; 

uacht, « chaleur « ; 

;/(•/'/, « poitrine » etc. 



XXIV 

Dans la Romaxia d'octobre 1908, p. 544 et suivantes, M. E. Muret étu- 
die les noms de lieu de la Suisse qui sont terminés par le suffixe inco- pro- 
bablement ligure. 

XXV 

Dans les Sitzungsberichte de l'Académie royale prussienne des sciences 
de l'année 1909, M. Heinrich Zimmer vient d'insérer deux articles aussi 
savants qu'intéressants. 



I i<S Pcriodiques 

Le premier u pour objet répithète clôoi placée k la suite du nom de 
Conall Cernach ou le triomphateur, un des principaux personnages du cycle 
épique irlandais dont le Tdin ho Cùalnge est le morceau le plus consi- 
dérable. Beaucoup de femmes étaient amoureuses de Conall Cernach, 
or, elles devenaient chacune clôeii à son exemple ! Que veut dire cet 
adjectif? M. Whitley Stokes, en 1887, Fa traduit par l'anglais cross-eyecl 
« qui louche » ; il l'a fait dans son édition de la pièce intitulée Talland 
Etair « Siège de Howth », qui a paru dans le tome VIII de la Revue Cel- 
tique, où cette traduction se trouve à la page 61, 1. 14. Cette traduction a 
été reproduite en 1892, par le P. E. Hogan dans son édition du Cath Riiis 
lin Kii^ (Tothl Lectures, IV, p. 57, 1. 16), et en 1906 par M. Kuno Meyer, 
Coiilril'iitioiis to irish Lexicographr, p. 591, où ce savant auteur renvoie au 
P. Hogan et accompagne la traduction anglaise cross-eyed du synonyme 
anglais sqniiitiiig. M. Zimmer adopte ce sens en rendant dôen par l'alle- 
nîand schielend, synonyme des mots anglais, cross-eyed, squiiitiinr, et en 
repoussant 1° la traduction française « contrefait » donnée avec mon con- 
cours par M. Dottin, Cours de littérature celtique, t. IV, p. 177, 2° la tra- 
duction allemande bucklig « bossu », adoptée par M. Thurneysen, Sagen 
(VIS dent alteii Irlainl, p. 82. Il appelle en outre l'attention sur l'adjectif 
allemand schicf « oblique », le premier des sens proposés pour clôen par 
M. Windisch en 1880, au tome l", p. 427, des Irischc Texte; cette traduction 
reproduite en 1894 par M. Whitley Stokes, Urkeltischer Sprachschati, 
p. loi, peut être considérée comme équivalent à l'anglais c/'055-^_)rrf de ce 
dernier auteur. Ainsi nous avons eu tort d'écrire. Revue Celtique, X.^WWl, 
p. 13s, et de répéter, Eiilèveifient[du taureau diviiu't]des viukes deCooley, p. 19, 
que « les femmes amoureuses de Conall Cernach imitaient Conall Cernach 
en se courbant comme lui », nous aurions dû dire : « en louchant comme 
lui ». 

M. H. Zimmer me semble moins heureux dans son second mémoire où 
il commente un passage du Tdin ho Cùalnge, Livre de Leinster, p. 54, 
col. I, 1. 10-18, édition Windisch, p. 7, 9, 1. 42-46, dont j'ai donné la tra- 
duction, Revue Celtique, t. XXVIII, p. 147, et Enlèvement du taureau divin, 
p. 35 : « Alors », dit Medb, « je trouvai l'homme que je désirais, c'était 
toi, Ailill, fils de Ross le Rouge de Leinster : tu n'étais point avare, tu 
n'étais point lâche. Je fis avec toi un contrat de nniriage et je te donnai le 
plus htâu prix d'achat qu'une femme puisse recevoir, c'est-à-dire des vête- 
ments de quoi habiller douze hommes, un clwr qui valait sept femmes 
esclaves, une feuille d'or rouge aussi large que ton visage, un morceau 
d\'lectrutn aussi lourd que ton avant-bras gauche. Q.u'un individu quelconque 
te fasse un affront qui te décourage ou même te rende fou, tu n'obtiendras 
pas dommages-intérêts et prix de ton honneur sans que je reçoive autant 
que toi ». M. H. Zimmer n'a pas compris les mots cor ociis coihchi, que j'ai 
traduits par « contrat de mariage et prix d'achat » et il a laissé de côté les 
derniers mots de Medb qui sont l'explication de tout ce qui précède . daig 
fer ar tiiicur nind atatclionin lig (Livre de Leinster, p. 54, col. 2, 1. 18 : Win- 
disch, p. 9, 1. 48.49) « car tu es homme sur bien de femme », doctrine qui 



Périodiques 119 

semble acceptée d'avance par !e mari (Livre de Leinster, p. 33, col. 2, 
I. II ; Windisch, p. 5, 1. 9), quoique finalement l'égalité des deux fortunes, 
CODitinciir, soit établie; voire même, sur un point, la supériorité du mari. 

Sur la distinction à faire dans l'ancien droit irlandais entre le mariage 
d'époux qui ont égale propriété, comtinciir, et le mariage d'époux dont la 
femme seule est propriétaire, il faut consulter le Senchus Môr dans Ancieiit 
Lau's of Ireland, t. II, p. 356-359, 390-393. M. Zimmer, au lieu de chercher 
dans les anciennes lois d'Irlande l'explication des paroles de Medb, s'adresse 
aux lois galloises, comme si, pour déterminer les effets que produit le 
mariage en France, on recourait au droit anglais, ou au droit allemand. 

Autre point. M. H. Zimmer traduit coibchc par Morgeiigahc. Le Mororeu- 
odbe c'est le douaire français, un don du mari à la femme ; on peut consul- 
ter à ce sujet. Tacite, Genihiiiiu, 18; Jacob Grimm, Dciilsche Rechtsalter- 
Itieiner, 2^ édition, 1854, p. 441 et suivantes. Mais en droit irlandais le 
coibchc appartenait en totalité au chef de la famille de la femme qui se 
mariait pour la première fois. Le droit du chef de famille était, il est vrai, 
réduit aux deux tiers en cas de second mariage, à la moitié en cas de troi- 
sième mariage, mais ces second et troisième mariage étaient l'exception 
(Senchus Mor dans Anciciit Laïus of Ireland, t. II, 346, 347). Le coibche est 
donc bien le prix d'achat de la femme comme le dit M. Windisch en son 
index, p. 942, se conformant sur ce point à la doctrine du Coriiiacs Glossary, 
p. 48. Le nom du douaire ou Morirengabe était en irlandais tiiiscru, comme il 
a été dit dans le Cours de litlcnitiire celtique, t. Vil, p. 232-233 '. 

I. Sur l'achat de la femme et le douaire, voir aussi : La Famille cel- 
tique, p. 121-124, 141-14). 



NOTA. 

Nous sommes obligés, faute de place, de renvover à la livraison suivante 
une importante lettre du P. Delehaye. 



POST-SCRIPTUM 



Si la direction de la Revue Celtique a admis dans cette livraison, p. 75-77. 
le savant article de M. Philipon, ce n'est pas qu'elle considère comme 
incontestable l'opinion soutenue par l'érudit auteur en contradiction avec 
M. Whitley Stokes. 

La doctrine de M. Whitley Stokes sur le sens du gaulois ilunis. durum, 
se trouve déjà dans la Gramntatica Celtica de Zeuss, première édition, 1853, 
p. 30. On y lit que l'irlandais ciiin glosant caiirum, arx, apparaît sous la 
forme (hiituni dans plusieurs noms d'oppida gaulois, et, ajoute le savant lin- 
guiste, siguificatione v'ix disert ah bac ivce vox dur qiiae non minus fieqiteiis 
est in compositis oppidorunt luvuinilnis gallicis tani in anleriore quain in poste- 

riore loco : Autessioduruiii Durohriva Ht en note : Concordai 

cuvi dictis hodiern. camhr. dir (= dur) subsl. securihis, adj. ccrlus, firnnis. 
C'est aussi la doctrine d'Ebel, Grainnuitica Celtica, 2e édition, 1871, p. 24. 
25. Elle est conservée en 1883 par M. P. W. Joyce, The Origin and History 
of irish Nantes of Places, t. 1, p. 274, où Diir-less, Dur-Iass, noms de lieu, 
sont traduits par « strong fort », « forte citadelle ». 

La voyelle de la première svllabe du mot signifiant porte n'est pas u, 
c'est dans le vieil irlandais dorus, aujourd'hui doras, dans le breton dor, 
dans le latin /o?r5, et vraisemblablement aussi en gaulois, si l'on comprend 
bien le mot duoiico qui voudrait dire « portique » comme l'a proposé en 
1906 Sir John Rhys, The ccltic inscription of France and Italv, p. 43. Dans 
duorico Vu est une consonne. 

Le mot (///• signifiant en gallois « force », « certitude », en breton 
« acier », s'explique par un primitif gaulois iW;'o-5, tandis que le gallois dur 
« acier » est d'origine latine. Comparez le gallois mur du latin niurus, et 
(//;/ « forteresse » du gaulois di'iuo-n écrit dununi par les Romains. 

La déformation et la chute de 1'// long dans les noms de lieu dont dùros 
est le second terme, résulte de ce que dans ces noms de lieu l'accent frappait 
la syllabe précédente. Vu était posttonique. Neviausus est devenu Nîmes, on 
aurait tort d'en conclure que la diphtongue an fût brève; le HxfoSo; du 
Nouveau Testament a donné Jacques en français, en doit-on tirer la consé- 
quence que l'oméga de ce mot fut bref? 

H. d'A. de J. 



Le Propriétaire-Gérant, H. CHAMPION. 



MAÇON , PROTAT IRKHI s, IMPRIMEURS 



LES NOMS DES SAINTS BRETONS 

(Suite) 



lunioc : Saint-Ygneiic (C.-du-N.). 

lustan : v. Plestan. 

luzel : Laiin-ii:;^el en Dirinon : v. lel. 

lustoc (saint) : apparaît dans la fobuleuse liste des évêques 
de Vannes. 

Il n'est pas impossible que ce soit une mauvaise graphie pour 
lustic (et Ustic), saint honoré en Galles. 

Ivy (saint) : paroisse, ancienne trêve d'Elliant ; Saiut-Ivyî 
(Ivy) en Plélauff (C.-du-N.) ; Lognivy-Ploiigras, Loguivy- 
les-Lannion ; Loguivy en Ploubazlanec, Tonquedec, Plouaret 
(C.-du-N.); en Plougiterneaii (Fin.). Ce saint a donné son 
nom à Pontivv (pron. Pond-ivi), à Saint-Yvi en Moréac 
(Morb.). 

Il y a encore une chapelle de saint Ivy au Bourg-Blanc 
(Soc. arch., Fin., 1903, p. 197). 

Ivinec (saint) : en Huelgoat (Fin.) ; à côté de Saint-Guinec : 
V. Giiiiioux. Si Ivinec (Yvinec) était sincère, on pourrait songer 
à To-winoc. 

Ivinet (saint) en Guiscriff (Morbihan) ? 

Ivonnec (saint) en Plésidy : dérivé de Ivon ? 

Izy : Ploui-^y ancien diocèse de Tréguier. 

CoRNWALL : Saint-Issey : ei peut représenter /. 

Izaouen (saint) en Meslan (Morb.) ; I:;aouen est un nom 
connu. 

Revue Celtique, XXX. 9 



112 J. Loi h 

Jagu, Jacut (saint) : Saint-Jagu en Plestin-les-Grèves ; 
Saint-Jagut en Loperhet (Fin.). 

En zone bretonnante, c'est Jagu ou Jcgn = lacôh. Une 
inscription chrétienne des x-xi'' s. de la presqu'île du Plec 
(Morbihan) porte lagii. La chapelle d'Ellestrec en Folgoat 
lui est dédiée (Soc. arch., Fin., 1905, p. 187). 

En zone française, le saint est Jacut : Sainl-Jacut-du-mené 
saint-Jacut-de-la-mer (C.-du-N.); Saint-Jacut (Morb.), etc. 

La terminaison rappelle une des formes du nom de Saint- 
Malo : Machut, mais en est différente : Machuf a donné 
MahoH dans la zone malouine, 

Jaoua (saint): honoré au Faou, à Plouvien (Fin.). Dans la 
tradition populaire, il aurait été recteur de Braspartz (Braih- 
peilh, buisson piquant) : et. Le Braz, Ann. de Bret. VIII, 
p. 283. C'est un évêque de Léon qu'on identifie avec le lahoe- 
■viiis de la vie de Paul de Léon. lahonu a pu donner, en effet, 
lahoe et laoa. Il a été confondu avec le saint suivant. C'est 
ainsi que le tombeau qui est dit de saint Jaoua à Plouvien 
porte s' Joeviii (Albert-le-Grand, Vies, p. 57). 

Jaouen (saint) : représente le nom romain loi'iniis : cf. 
Joiian. Calendrier de Tréguier : Joevhii ep. et conf. 2 mars. 

Jarnet : Laii-jarnet, en Maroué (C.-du-N. de langue fran- 
çaise), dérive de laru. 

Jouan (saint) : Saint-Jouan en Cuillers (Morb.) ; Saint-Jouan 
de l'Isle ; Saint-Jouan des Guérets; Saint-Jouan de Cancale 
(Il le -et -Vil.). Ce nom représente le vieux-bret. louuan 
{Chrest., 142). 

C'est le gallois leuan. 

Jud : Saint-Jude en Pedernec, Boqueho (C.-du-N.), Pleu- 
meur (Morb.). 

Ce nom rappelle le sancte Inti des Ane. Lit.. Albert-le-Grand 
mentionne un saint liai ou Indveiis qui aurait été abbé de 
Landevennec. Suivant Dom Lobineau (Vies, saints inconnus), il 
serait le 4' et rappellerait ludulus. Saint ludulus et Tadec 
apparaissent dans la vie de saint Jaoua. 

Jugon (saint) : en La Gacilly (Morb.); donne son nom à 
Jugon (C.-du-N.) : vieux-breton Iitd-con. 



Les noms des sainfs hrclons 123 

Just (saint) : paroisse d'IIle-et-Vil. ; Saint- Just en Pleuc, 
Langourlay (C.-du-N.) ; en Bignan (Morb.). 
Corn WALL : Saint-Just en Penwith. 
Galles : avec Cadfan, élève l'église de Llanwrin en 
Montgomeryshire (Jones, Cymru, II, 557); cf. Rees, 
Essay, 224). 

Juvat (saint) ? ancien diocèse de Saint-Malo. 

Lababan : v. Paban. 

Lam pour Lan devant les mots commençant par P-; Laitn 
indique dans les pays brittoniques un lieu consacré, nwnasicre 
plus spécialement, église, sanctuaire. En vieux-celtique lanml 
paraît avoir indiqué une espace circonscrit et plan : vieux 
gall. itlann, area ; v. bret. hiniou gl. idrutis ; Lanna Paidi, 
Lampaiil est traduit dans la vie de Paul Aurélien par nionas- 
teriiiîii Pauli. 

Quand le nom composé avec lann est ancien, qu'il repré- 
sente une trêve (trev), une chapelle de village, on peut être 
sûr que le nom suivant est un nom de saint dans le très grand 
nombre des cas. La comparaison avec le% noms de lieux bre- 
tons, comiques ou gallois est un autre élément sérieux de 
conviction. Pour les autres noms avec Lan comme premier 
terme, il faut être circonspect ; il se peut que lan signifie lande, 
ajoncs. Je donne ici un bon nombre de Lan- dont le sens 
est loin d'être assuré : ils m'ont paru intéressants au moins 
au point de vue linguistique. 

Lambader en Plouvorn = Lan Pater. 

Lam-bel en Tregunc (Fin.); Camors (Morb.). 

Lam-bezegan en Languidic (Morb.). 

Lam-bezellec : v. Petheloc. 

Lam-bezen en Crozon : cf. le saint gallois Peithien (Rees, 
Essay, 231). 

Lam-boban : en Cleden-Cap-Sizun : cf. Lababan . 

Lam-paul : Lampaul; Lampaul-Plouarzel ; Lampaul-Guimi- 

liau ; Lampaul-Ploudalmézeau ; MespauJ ; Saint-Pol-de-Léon 

(en breton Castel-Paol) : Panle (C.-du-N.) ; Liori-Lanipanl 

en Landivisiau. Il y a des Lampaul en Kerlouan, Plougar, à 

Ouessant, Batz. 

Cornwall : Paroisse de Paul comme dans notre 
Cornouailles. 



124 /• Lof h 

Lamperon (village) en Scrignac : v. Peron. 

Lampridic : lieu ou fut bâtie l'église de suint Gildas des Bois 
Loire-Inf. (acte du xiii'^ s. : cf. Quilgars, Dicî. top. du départ, 
de la Loire-Inf.). 

Lan-alet : monastère de Saint-Malo : Alet est le nom gallo- 
romain de Saint-Servan. Ce qui est curieux c'est que ce nom 
se retrouve en Cornwall et en Galles : Alet en Kenwyn ; Alet, 
district de Galles : rivière ôi'AJet en Denbigh. 

Lanaouen : en Clohars-Fouesnant : v. Aouen. 

Lan-avan : en Mahalon : v. Avan. 

Je dois dire que dans plusieurs paroisses du Léon et de la 
zone du Bas-Cornouaillais, il y a des noms de lieu avan (^aôii) 
et avon dans le sens de rivière. 

Lan-badern : v. Patern. 

Lan-bern : v. Pern. 

Lan-coett : v. Langoat. 

Lan-cun (c. Landévennec lo) et Tref-cun : cf. saint Petroc 
de Tregon (C.-du-N.). 

Cornwall : Tregon dans le Dom. Book, auj. Tregony. 

Lan-donneau : en Scrignac. 

Landaule (Lann-clôl), paroisse du Morh. Ce nom rappelle 
Dol, gall. dol, meadow. Le d initial après un mot féminin se 
terminant aujourd'hui par //- ne subit pas de mutation. 

Landebant : en Plougonver. 

Landebec : en Fouesnant. 

Lan-debia : v. Tebia. 

Landebaeron : v. Petron. 

Landeboher : en Plouzévédé. 

Lan-dedeo : v. Tedeo. 

Lan-dedui : en Mahalon. 

Landehan : ancien évêché de Dol. 

Lan-deleau : v. Teliaw.. 

Lan-derrien : v. Derrien, Terrien. 

Lan-derneau : v. Terneau, Ternec. 

Lan-devadé : en Saint-Nic. 

Landévennec : v. Guenolé. 

Lan-dezeoc : v. Tezeoc, Seoc, Sew. 



Les noms des saii/ls brelons 125 

Lan-dinan : en Plourivo : Dinan est connu en Cornwall et 
en Galles. 

Lan-divijen, chapelle en Edern {Époques préh., p. 237). 

Lan-donan en Lanmeur : v. Donan. 

Lan-donoy : en Ploumoguer : v. Boni, et Tonoy. 

Landoual : anc. évêché de Dol. 

Landouété : en Goulven. 

Lan-douzec : en Plounez : v. Touezec, Goueznou. 

Lan-douzan : v. Touzan. 

Landrellec : en Pleumeur-Bodou. 

Lan-drefmael (Cart. Landév., 18) : Laudreincl en Gouezec : 
de trev et mael : v. Mael. 

Lan-dreger : Tréguier : monastère de Treger = Trecorio-s, 
également pagus de Cornwall, écrit aujourd'hui Trigger. 

Landremel ; v. Landrefmael . 

Lan-drevarzec : Lan trcf HartbttcÇC Landev., 13). La pro- 
nonciation -drev-, prouve que le nom d'homme qui suit est 
arthoc et non Harthoc : cf. : 

Galles : Capel Arthog, en Llangelynin, Merioneth- 
shire (Jones, Cymni, II, 658). 

Lan-drevezen : en Dirinon. 

Lan-drevrezec : en Lennon Plounevezel. 

Lan-dunvez : v. Tunvez. 

Lan-dudal : v. Tutwal. 

Lan-dudec : v. Tudec. 

Lan-duder : v. Tuder. 

Lann-ebert : paroisse des C.-du-N. : on prononce Lânôhor, 
l'accent principal est sur la finale : v. Eber. 

Lann-ebeur : en Plouguerneau : v. Eber. 

Lanneanou : v. Leanou. 

Lanedan : en Saint-Servais (C.-du-N.). 

Lanegant : en Lanrivain. 

Lanneguel : en Plougastel-Daoulas. 

Lannehuen : en Briec. 

Laneizant et Ker-neizant en Plouneour-Lanvern : v. Nei- 
zant. 

Lannelec : en Guidel. 

Lannenever : v. Enever. 



126 /. Loth 

Lanenoret : v. Eloret, Enoret, lunguorett. 

Lanerec : en Plouneour-Ménez pour Lan-iverec : Wéroc. 

Lan-ergat : en Poullan : v. Ergat. 

Lannervel : en Rumengol : v. Ervel. 

Laneuffret : voir Euffret. 

Laneufel : en Sibiril. 

Laneunvel : probablement le même nom : pour Lan-veuvel 
(avec (' nasal) ^ -vûvcl = Bud-macl : v. Bndmail. 

Lanneurec : en Dineault. 

Lannevain : graphie française pour Lann-even? 

Lannezegan : en Languidic. 

Lanfains : paroisse des C.-du-N. : cf. Feins, Fines? 

Lan-fian : en Tremeoc. 

Langan : anc. évêché de Dol. 

Galles : LIaiigaii en Carmarthenshire. 

Lan-gat : en Arradon : cf. Cat-lan auj. Calan (Morb.); 
nanl Catlan (B. Llandav., 24). 

Lan-gazen : v. Cazen. 

Lan-gereguin : v. Serecin (saint). 

Langlerein : en Ploeren. 

Langoat, Langoet : il }' en a un certain nombre : monastère 
du bois. 

Coel-Jaii est bien traduit par monastcrium nemoris. 

Lan-gogan : en Camlez : v. Cogan. 

Langolen : v. CoUen. 

Lan-gonery : en Plourin : v. Gonery. 

Lan-gongar : en Plouzané : v. Congar. 

Lan-goniant : en Plouedern. 

Lan-gor : le monastère de la cor ou congrégation, ou la cor 
du monastère. 

Lan-goulouarn : en Saint-Pierre-Quilbignon. 

Langourla (C.-du-N.) par., et Langoitrla en Saint- Vran. 

Cf. Ros-corla en Cornwall, en Saint-Austel. 

Langourlay : en Saint-Donan. 

Lan-gourian : en Erquy. 

Lan-gouron : en Ploudaniel : on attendrait Lûn-ouron. 

Dans Langouron en Caulnes (zone française), l'orthographe 
n'a pas suivi la prononciation : v. Gouron, 



Les noms des saints breloiis 127 

Langralomer : en Tbeix; paraît signifier le monastère de Crallo 
le Grand; mais il faudrait être fixé sur la prononciation. 

Cf. Galles : LIan-grallo en Glamorgan, monastère de 
saint Crallo (Rees, Essay, 222). 

Lan-grevan : v. Crevan. 

Lan-groadés : en Plouvien. 

Lan-Groas : en Plounevez-du-Faou : monastère de la Croix : 
Roz Sant-Langroas en PouUaouen ; Langroas en Cleden-Cap- 
Sizun : statue de Jésus-Christ au milieu des bourreaux (Bull. 
C. D. 1901, p. 117). La Vraie-Croix près Elven, s'appelle en 
breton Lan-Groes. 

Lan-grolay : par. des C.-du-N. 

Lan-guedias : paroisse d'Ille-et-Vil., de langue française; 
je ne connais pas de forme ancienne de ce nom curieux. 

Lan-guellec : en Saint- Ygeaux. 

Lan-guien, Languyan : v. Cian. 

Lan-Guiouas, Lan-guiouez : v. Kiouez. 

Lan-guivoa : en Ploneour-Lanuern : v. Kiwa. 

Lan-gunot : en Plourin. 

Languoc : v. Cuoc. 

Lan-halla : en Plouarzel : v. Alla. 

Lan-hel : en Glomel : cf. Cornwall : Eglos-HeyJ ou Haie 
(Hel). 

Lan-hern . v. Hern, Harn. 

Lan-hillieux : en Saint-Vran. 

Lan-hoaillen : v. Hoetlleian. 

Lan-houarneau : v. Houarneau 

Lan-houarnec : v. Houarnec. 

Lan-huron : en Gouesnac'h. 

Lannien : chapelle disparue en Edern (Bull. C. D., 1905, 
p. 149). 

Laniezou et Lanyeo : en Ploujcan. 

Lanniguez : en Ploudaniel. 

Lannilis, par. ; Lannilis Leac'h en Bod-ilis. 

Lanniouarn : en P]oiiar:^el. 

Laningar : v. Ingar. 

Lanninoc'h : en Briec. 

Laninon : en Saint-Pierrc-Quilbignon : v. Ninon. 



128 /. Loth 

Laninor : en Taulé. 
Laniscar : v. ludcar. 

Lan-isel : en Guidel : s'il ne s'agit pas d'une lande, cf. 
Saint-hseJ en Pembrokeshire. 

Lan-jur : en Ergué-Gabéric. 

Lan-laya : en Plouegat-Guerran. 

Lan-lauron : en Plourin : v. Lauron. 

Lan-livry : en Plouec. 
Cf. : Lan-lyveri ou Lan-Livery (e est irrationnel) en Cornwall 
(Oliv., Mon., XIII s.). 

Lan-louc'h : en Landunvez : c'est un lieu sacré; c'est le 
monastère de l'étang. Je soupçonne LanJoup (C.-du-N.) 
d'avoir la même origine, quoiqu'on en ait fait (naturellement) 
capcUa S''-Lupi {An. Ev. 14, 107) : cf. Galles : Llan-lwch 
en Carmarthenshire. 

Lan-meur, paroisse; Lan-veur en Languedias, Pleumeur, 
etc. Il y en a aussi en Galles plusieurs Llan-fawr. 

Lannogat : en Pouldergat. 

Lannon : en Bannalec : v. Nonn. 

Lannorgant : en Plouvorn. 

Lanorgar (écrit avec un d final) : en Trévoux : v. Norgar 
et Gorgar. 

Lanorven : en Plabennec : pour Lan-vorven, cf. j'* Mor- 
lucnna : en Cornwall. 

Lannouan : en Landevant. Cf. Lminoan en Cleden-Cap- 
Si;^un. 

Lanouennec : en Plouguer. 

Lanourec : en Goulien. 

Lannourien : en Plourivo, pour Lan-gon rien. 

Lanouris : en Plovan. 

Lanouzel : en Plougastel-Daoulas. 

Lanouzien : v. Goezian. 

Lanover : v. Movor. 

Lan Preden (Cart. Landév. 19) : nom curieux mais il n'y 
en a plus trace. Cf. Galles Prydain et Prydyn. 

Lanredo : en Guidel. 

Lan-relas (C.-du-N. : :(onr française)} 

Lanrial : v. Rial, 



Les noms des saints bretons 129 

Lan-riec : v. Riec. 

Lan-rien : v. Rien. 

Lan-rin : v. Rin. 

Lan-rinou : v. Rinou. 

Lan-riou : v. Riou. 

Lan-rioul : v. Riour. 

Lan-rivain : v. Riwen. 

Lan-rivan : en Plouguerneau : v. Ri van. 

Lan-rivenant : en Plouguin : la prononciation aurait besoin 
d'être vérifiée, ainsi que la situation et les formes anciennes, 
s'il en reste. 

Lan-rivault : en Saint-Connec : v. Riwalt. 

Lan-rivoare : v. Riuuore. 

Lan-rodec : paroisse. 

Cf. Lan-Rodel} en Ploubalay (C.-du-N.; zone franc., etc.). 
Il n'est pas sûr que Rodec soit un nom d'homme. 

Lan-ruc : en Ploudaniel (Fin.). Ce mot signifie, s'il est 
ancien, le monastère de la bruyère. Il est curieux en ce sens que 
c'est la forme gallo-romaine brtig qui désigne la bruyère en 
Bretagne, tandis que la forme brittonique est grue. De plus il 
y a une paroisse de Llan-rug dans le Carnarvonshire. 

Lan-salot : en Saint-Pol-de-Léon : le ^ se prononce-t-il ? : 
V. Salot. 

Lan-selin (écrit Lancelhi) : en Lesneven : v. Selin. 

Lan-serf : v. Serw. 

Lan-solet (Parc) : en Ploiigasnoii : v. Solet. 

Lan-solot : en Saint-Derrien. 

Lantic : paroisse des C.-du-N. : en 1266 (Ane. Ev., IV, 
173) Lannitie, 

Lan-tiern : v. Tiern. 

Lanton : creiz (milieu), Lanton i~eUa (le plus bas), Lanton 
hmlla (le plus haut) : village de Hanvec (Fin.) ; probable- 
ment pour Lan-anton : Anton est un nom bien brittonique, 
{Chresi., 109). 

Lanurgat : v. ludcat. 

Lann-urien : v. Urien. 

Lannuven : en Plounevez-du-Faou : la prononciation serait 
à vérifier : probablement pour luâ-iuen. 



150 /. Loi h 

Lannuzel : v. ludhael. 

Lannuzon : en Scrignac : v. ludon. 

Lan-uzouarn : en Plouenan : Lan Iit~oitarii (Juâhoiarti) ; 
c'est le nom d'une famille noble (de Courcy, Nob.'). 

Lan-vagen : en Crozon : v. Majan. 

Lan-vaon : en Plouguerneau : Maon peut être un nom 
propre dérivé de niag-, grand, ou le pluriel gallois bien connu 
maon = iiiag-on-es, les grands. 

Lan-vedic : en Surzur (Morb.); Lan-vidic : en Saint-Segal 
(Fin.) 

Lan-vegan : en Merléac (C.-du-N.) pour Lan-guegan ? 

Lan-velar : v. Melar. 

Lan-vennec : v. Guennec. 

Lan-venegen : paroisse de Cornouailles, aujourd'hui du 
Morbihan. On prononce Lanîjen, ce qui fait supposer que 
Lan-venegcn est une mauvaise graphie. Lan-ijen répond à 
Lanishan de Glamorgan qui devrait être écrit Lan-nisien : le 
B. Llandav donne ecclesia S''-Nisien (31. 90). Si Lan-venegen 
est sincère, on peut voir dans le second terme : Finii-gen. 

Lan-venou en Quimerc'h : v. Gueno. 

Lan-veoc : v. Maeoc. 

Lan-verher : en Plabennec : si c'est un nom ancien, on peut 
comparer Saint-Gueryr en Cornwall. 

Lan-vern : il y a plusieurs Lan-vern ' en Bretagne et en 
Galles : giuern signifie aulnes et aussi endroit marécageux. 
Mais ici le second terme peut être Bern : v. Bern. 

Lan-veroc : en Saint-Pol-de-Léon : il est difficile de rien 
dire en l'absence de tout renseignement : veroc peut être pour 
Gueroc = vlrâco-s, nom du fondateur de l'Etat breton de 
Vannes. 

Lan-veron : en Saint-Evarzec : v. Meron. 

Lan-verrien : en PouUaouen : rappelle Berrien. 

Lan- vers : v. Berth. 

Lan-verzet : en Laz (Fin.)? 

Lan-veurzet : en Groix. 



I. Sans parler de Plouneour-Lanvern, il y a un Lan-vern en Languidic 
(Morb.), un autre en Briec (Fin.). 



Les noms des saints bretons 131 

Lan-vidic : cf. Lan-vedic 

Lan-vily : en Argol (Fin.) : v. Bily. 

Lan-viliau : en Plomodiern : v. Meliau. 

Lan-viniger : en Tregunc : pour Finitger (Chrest. 130)? 

Lan-visias : en Pleyber-Christ (Fin.) ? 

Lan-voe : v. Moe. 

Lan-voezec : en Pouldergat : v. Gouezec ? 

Lan-von : en Guengat; intéressant, si le nom est ancien. 

Lan-voran : v. Moran. 

Lan-voroc'h : en Berric (Morb.) : cf. Ker-moroch paroisse 
des C.-du-N. Moroch est un nom d'homme assez répandu 
(cochon de mer, dauphin). 

Lan-vréon : en Peumerit-Cap. 

Lan-vrizan : en Plougastel-Daoulas. 

Lan-zannec : v. Sannec. 

Lan-zay : en Quéménéven (Fin.). 

Lan-zent : v. Sent. 

Larean : en Berric (Morb.) = Lan-rean ? 

Larevilien : en Plourivo (C.-du-N.). 

Larret (Fin.) : Lan-ret. 

Larriegat v. : Riagat. 

Larouanton v. : Rouanton. 

Launeuc (saint) : paroisse de l'ancien évêché de Dol : on le 
fait remonter à Leonocus. Il me paraît plus probable que 
Launeuc est pour Lawenoc : de Sainl-Lcvcyieuc, famille noble de 
cette région (Tresvaux, Vies, î). 

Lauron : Lan-lauron ancien diocèse de Treguer, auj . Saint- 
Laurent (Pouillé, Cart. Red., 559). Ce saint a été, à tort évi- 
demment, confondu avec Saint-Laurent, également en Lan- 
deleau : Peniity Saint- Laurent. Les montres de 1481 donnent 
Lan-laurans (Soc. a.rch., 1852, p. 246). Longnon (Pouillé, 
p. 344, 349) donne à la fin du xiv^ s. Laii-lourens, et en 1461 
Lan-louran. Il y un La-louron bras en Plourin (Cadastre). 

CoRNWALL : le Domesday Book à un Lau-laron qui 
vraisemblablement doit représenter Lan-lauron ; il a été, 
par étymologie populaire, transformé en Lansladron 
ou Nansladron, le valfon ou ruisseau aux voleurs. Ce 
lieu est en Saint-Ewe, d'après Norden, Spec. 



132 /. Lotb 

Laureuc (saint) : en la Forêt (Fin.) : rappelle le premier 
saint gallois, d'après la légende, Lleunug =; Lonriïc-. 

Lavan (saint) : chapelle en Plounevez-Moedec (Inv. somm., 
2703) : V. Levan. 

Laya : Lan-Laya en Plouegat-Guerrand (C.-du-N.)? 
Lec'h : en Ploii-lcch : Jcch signifie pierre plaie, mais il est 
possible que Ploulech soit pour Plou-oulech = Plou-goukc'h : 
cf. Tref îviech, paroisse du Carmarthenshire. 11 est vrai qu'il y 
a enBod-ilis (Fin.) un Lannilis Leacb curieux. 
Lean : dans Laii-Ieau en Plomodiern. 

Galles : saint Lleians et Llan-leian en Llanarthneu, 
Carnarvonshire (Rhys, Celt. Folklore, 380; Rees, Essay, 
147-148). 
Leanou : Lan-neanou pour Lan-leanou (Fin.) qui est la 
forme ancienne. 

Galles : Llau-lcicmaii en Mon (Jones, Cyviru, 

I, 91)- 
Lean (saint) : en Plumieux (C.-du-N.) : zone de langue 

française : v. Léman. 

Léman (saint) ou mieux saint Levan : prioratus de trinitate 
de Bodieuc de Sancto Lemano (Cart. Morb. p. 220). Il est à 
peu près sûr que le saint Lavan cité plus haut est pour saint 
Levan. Je crois aussi que 5'' Leviani (^Anc. Ev., IV, 278 en 
1163) doit plutôt être lu Lemani, a moins que ce ne soit un 
saint différent : il y a, en effet, dans les anciennes litanies un 
5' Loviau qui a pu évoluer en Leviaiu et en Leau. 

Leno (saint) : en Lanouée (Morb.) : cf. s' Llynaug (lolo 
niss., 102) ? 

Léon (saint) : en Languidic : peut être récent. 

Lery (saint), paroisse du Morbihan. Le saint est appelé 
Laurus. Il me paraît probable que c'est le Leubri des Ane. Lit., 
en passant par Leuri (= Loii-brî) ou mieux Lou-ri ' : cf. Dom 
Lob., Fies, p. 157; cf. Duine, Brév., 68-70. 

Lérin (saint) : patron de Motreff (Bull. G. D. 1901, p. 107)? 

Leupherin (saint) : ad 5'"'' Leupherinam in monasterio 
Conoch (Cart. Red., 116, an 829-830 : acte fait à Ruffiac) ? 

I. l.oii brillant et // roi. 



Les noms des saints bretons 1 3 5 

Leutiern (saint) et Lou-tiern : v. Ane. Lit. (^Rcvhc Celtique, 
1890, p. 146) : la forme Lou-tiern est plus bretonne : Lou- a 
le sens de brillant, lumineux : cf. gall. go-leu, adj. et subst.; 
hret. goloH, goulou, auj. subst., anciennement adjectif et subst. 

Levenec (saint) : en Plouay (Morb.) : v. Launeuc. 

Lienne (saint) : e final n'a pas de valeur : en Théhillac 
(Morb.). En l'absence de formes plus anciennes, il est difficile 
d'en rien dire. 

Lijour (saint) : Notre-Dame d'Ilijour en Briec. On dit dans 
le pays saut Lijour, dont on a fait bravement saint Léger ! 
(Bull. C. D., 1904, p. 118). Il est sûr que Notre-Dame a été 
ajouté au nom primitif. Si le saint est réellement Lijour, il 
rappelle le sancte Lisiire des Ane. Lit. dont on n'avait pas 
trouvé d'autres traces jusqu'ici : il faudrait, il est vrai, lire 
Lisiur. I lijour serait pour Ilis-Lijour. 

Lizin (saint) : sancti Li:^im de Dolou (Dolo, C.-du-N. : 
Ane. Ev., III, 63, an 1227). 

Locamand, mieux écrit Logaman en la Forêt (Fin.) : v. Aman. 

Loc-armel : en Plouarzel : c'est une graphie littéraire, 
comme le montre le nom même de Plouarzel : cf. Erge-Armel 
près Quimper, en 1244 Erge-Arihmael : Arivael au xiii^ s. 
{Chrest., i8<^). Ce qu'il y a de curieux, c'est que dans le cadastre, 
il y a un nom de champ au nom de ce saint et que les scribes ne 
l'ont pas reconnu : Parc sant Ar^çl est écrit parc sant ar Zel ! : 
v. ArmeL 

Loc-Eguiner : par. du Finistère : on lui a donné comme 
patron Guigner, ce qui n'explique rien. 

Loc-Emo (écrit Lokeino) en Tredre- (C.-du-N.). Je dois la 
connaissance de ce nouveau saint à M. l'abbé Durand, curé 
de Trédrez : d'après lui, Kéuio, Efflanini, Nerin et Kirio (Kirec) 
seraient, d'après la tradition, venus ensemble d'Irlande ; 5am/ 
Haran leur est aussi associé. M. l'abbé Durand a composé un 
cantique breton en l'honneur de saint Kemo. Je ne vois rien 
à dire de ce saint. 

Loc-grehel : en Melrand (Morb.) ? 

Loc-marzin : en Bannalec : v. Marzin. 

Loc-mener : en Groix : v. Melaer. 

Loc-meren : v. Meren. 



134 /• Loth 

Loc-miquel : il y a un grand nombre de Loc consacrés à 
saint Michel. 

Locoal : v. Goal. 

Locohin et Locohen : en Kervignac (Morb.). Le saint est 
Cohen, Cohiii ou Gohen, Gohin. 

Locolven : v. Golven. 

Locorion : en Inguinel ? 

Locornan : v. Ronan. 

Locorvé : v. Gorvé. 

Locoyarn : v. Gourthiern. 

Loc-peheur? : en Pleumeur (Morb.). 

Loqueffret : terre de Plounevez-du-Fnou : v. Euffret. 

Locquemeren : \ . Cemeren et Meren. 

Loviau : v. Léman. 

Locquenvel : v. Guenvael. 

Locquevry : v. Hobri. 

Locrio : en Guern pour Loc-Rio ? : v. Rio. 

Locronan : v. Ronan. 

Loc-samzun : v. Samson. 

Loctinidic : en Cast : cf. Genedic, Tinidor. 

Loctudi : v. Tudi. 

Loctuen : v. Tudguen. 

Locundu : v. Guengu : à corriger en Locungu. 

Locunehen : v. Gunehen. 

Locunel : v. Guenhael. 

Locunelien : v. Guingurian. 

Locunolé : v. Guenolé. 

Locuon : v. ludon. 

Loebon : v. Loevan. 

Loevan (saint) : compagnon de Tutwal (^Anc. Ev., t. XXVI). 
La mère de saint Gonery, Eliboiihann, vivait en Plougrescant 
(C.-du-N.), dans un îlot qui porte aujourd'hui le nom de 
Loaven (La Bord., Hist., 383). Ce nom rappelle le Lan Loebon 
du Cart. de Landev., et est aussi le nom d'une des sœurs de 
saint Patrice, Lianiain, qui en breton donnerait justement 
Loevan ou Loevon. 

Loesuc : Lan Loesuc (Cart. de Landév., 41) '. Je ne crois pas 

I. La topographie laisse beaucoup à désirer dans les deux éditions du 



Les noms des sniiiis bretons 135 

qu'on l'ait identifié. Le nom de Loesuc, plus anciennement 
Loiesoc, est bien connu (Chrest., 146). 

Loetgued : Lan-Loetgued (Cart. Landévennec). 

Loganou : v. Anou. 

Logeven : en Plouhinec (Fin.) : écrit Logueven. 

Logonet : v. Onet. 

Logonna-Quimerch, Log-omm-DaoïiIas : v. Onna. 

Logot (saint) : en Tremel (C.-du-N.) : dérivé de log = 
gall. Ihvg, brillant (^am-hug) ? 

Loguiviec : en Grand-Champ (Morb.). 

Loha (saint) : en Plounevez-Moedec (C.-du-N.) (Inventaire 
sommaire n° 2703, en 1 694-1787). 

Lohemel (saint) : sancti Loheiiieli (C3.rt. de Red. 420). Il me 
paraît très probable que la forme la plus ancienne doit être 
Leiu-heiiiel qui se trouve au ix' s. dans le Cart. de Red. : se^ii- 
blable à un //o» (Chrest., 144). 

Lohen (saint) : sancte Lohcm dans les Litanies de saint Vouga : 
le nom se retrouve dans Rosnoen plus anciennement Ros-lohen, 
près Châteaulin, 

Lohuec :' v. ludoc. 

Lomarec : v. Marchoc. 

Lomeldan : v. Meldan. 

Lomelec : v. Melec, Maeloc. 

Lomeltro : v. MaeL 

Lomener : v. Melaer, Mêler. 

Lomenven : v. Menven. 

Lopabu : v. Pabu. 

Lopaerec : v. Perec. 

Loperaré? : en Glomel (C.-du-N.). 

Loperec : v. Perec, Petroc. 

Loperhet : v. Berhet. 

Loposcoual : v. Goal. 

Lopoyen : en Hanvec : pour Loc-Bodian : c'est sûrement le 
sancte Bodiane des litanies de saint Vouga : dérivé de Bod; 
gall. bodd, bonne volonté, assentiment, satisfaction : Boyen 
= Boâ-gen ou Bodian. 

Cart. de Laudévennec. Il serait assez facile de retrouver la plupart des 
noms de lieu qui y figurent. 



136 /. Loth 

Lopuen : pour Loc-Buen : cf. Buan : v. Bu9-gen. 

Lopriac : v. Briac. 

Loqueffret : cf. Gefret; v. Euffret. 

Loqueltas : v. Gildas. 

Loquénolé : v. Guenolé. 

Loqueran : v. Keran 

Loquestin : en Theix (Morb.). : pour Loc-Iestin : v. lestin. 

Loquibou : v. Heboe. 

Loquidy : Loc-mariaquer ; prieuré du Grand-Loquidy de 
Saint-Donatien, de Nantes. Saini-Oitidy en Saint-Caradec- 
Loudéac (C.-du-N.). 

Loquidic i^cUa. et Loquidic hueJla, en Pleuven (Fin.). 

Loquilvan : en Grand-Champ (Morb.). 

Loquinin : en Plouhincc (Morb.) : Loc-Gnenin ? 

Loquirec ou Loc-quirec : v. Kirec. 

Lossulien : v. Sulien. 

Lothea : près Quimperlé : vwimsterioh sanctorum Taiaci et 
Terctbiivii (Cart. Quimperlé, 124). Inutile de dire que Taiac 
est inexact ; la forme que recommande cette graplrie est Taia. 
Je ne vois rien à en dire. 

Lothey : v. Déi. 

Louan (saint) : en Riantec (Morb.) en 1505 ; auj. Saint- 
Léon. 

Galles : s' Llyiuaii a vécu dans Ynys Enlli (Bard- 
sey) : Rees, Essay, 224. Il y a eu un saint Luman, 
compagnon de Patrice. 

Louannec : par. des C.-du-N. ; Loguanoc {Ane. Ev., VI : 
Index). 

CoRNWALL : Lewanich. paroisse. Autrefois Lawa- 
nock (sous Edward VI : Oliv., Mon., 4. S*)) e\. Lawanak 
(Jbid, 460). 

Louel : Lan-louel en Pleyben : flimille noble de Lan-louel 
(de Courcy, Nobil^. 

Galles : Lan-louel (B. Llandav, 325), auj. Lla?î- 
lowel en Monmouthshire, et Llywel en Pembro- 
keshire. Llywel est un des compagnons de Teliau 
(Rees, Essay, 25). 



Les noms des saints hrelons ' 137 

Louet (saint) : en Monterrein (Morb.) : 

Galles : Eglwys Llwyd ou Ludchurch, en Pembro- 
keshire. 

Lourmel : (saint) (C.-du-N.). Ce nom doit être déformé. 

Lunaire (saint) a donné son nom à une paroisse d'IUe-et- 
Vilaine. On prononce Lunej- : c'est un dérivé de lun, gall. 
llun, forme, image, etîigie. On trouve aussi Leonorius, forme 
qui pourrait s'expliquer; car Lunair, Limer, remonte à un 
vieux hn\.iom(\\it Lounario-s ou Lounorio-s. 

Macenne (saint) : pron. Massen ; eu saint Tliuriau (Morb.). 
Le saint est saint Massen, conservé dans Mtixent, en Plelan 
(Ille-et-Vil.). C'est une forme venue du français (v. J. Loth, 
Rev. Celt., 1890, 147). 

Mactronus : v. Meron. 

Machlow : v. Malo. 

Maden (saint) : dans l'ancien évêché de Saint-Malo (cf. de 
Courson, Pouillé, I, 708). Lan-vaden en Plouenan (Fin.) : 
Bull. C. D., 1901, 86. 

C'est le 5'"' Madonius, cité par l'abbé Duine {Brév., d'après 
le missel d'Ynizan, de 1457). Saint Maden est donné comme 
le serviteur de saint Goulven (Soc. arch. Fin., 1890, p. 80.) 

Galles : cwmmwd de Maden en Meirionydd (Arch., 
p. 738, i). 

Madron : v. Meron. 

Mady (saint) : lieu-dit voisin de Doelan en Clohars-Carnoët 
(Fin.) d'après le Bull. C. D., 1909, p. 23). L'absence d'in- 
fection prouverait que }' final est pour une diphtongue lui : 
cf. Choari. 

Mael : Coat-Meal, paroisse du Léon ; Lan-vel en Brandivy 
(Morb.). Mael =Maglo-s : Maglns est le fils de Conomaglus, 
gouverneur de Fragan. 

Il eût été étrange que ce saint ait été inconnu en Armo- 
rique, car, en Galles, son culte est toujours associé à celui de 
saint Sulien, si connu chez nous. Mael et Sulicn ont leur 
église à Corwen en Merionethshire, et à Cwm en Flintshire. 
Leur fête est le 13 mai (Myv. Arch., 428, note 2). 

Maelan (saint) : saint Melan en Guern, Lignol (Morb. : 

Revue Celtitjue, XXVL. lo 



I3<S /. Loth 

cf. cependant Goelaii). Ce saint a été évincé par saint Melaine, 
Or, -an est très net dans la prononciation; Melaine et Melanins 
ne pouvait donner que Melen. Il y a en Monmouthshire une 
paroisse actuelle de Saint-Melons; mais la forme du xiv^ siècle 
est Melan; Ecclesia de s^° Melano (B. Llandav, app. 323, 9). 
CoRNWALL : Lamelan pour Lan-melan en Liskeard, 
est dédié à saint Melan. Il est sûr qu'on a confondu 
dans ce pays deux saints différents. La paroisse de Saint- 
Melon est au xii^ siècle : Ecclesia s^' Mellani (Ol., 
Mon., 460). Le Maglagni des Inscr. Chr. de Grande- 
Bret. rappelle notre Maelan (Chrest., 46 ; 148) : v. 
Melon. 
Mael-cat : Flebs MaeJcal dans le Cart. de Red., p. 83 en 
869, p. 147 en 863, auj. Plu-niaugat (C.-du-N). : Mael-cat a 
passé dans cette zone, de langue française aujourd'hui, par 
malgat (l'accent dans mael était sur rt) et / s'est vocalisé sui- 
vant une loi française et non bretonne. 

En effet / ne se vocalise en breton que devant t ou d suivant 
iniinédiateinenf, ce qui n'est pas le cas ici, Malcat dérivant 
d'un vieux-celtique * niaglo-catu-s. En zone bretonnante, par 
dissimilation, Maelcat, devenu d'abord Mclgat, est arrivé à 
Mergat. Trenielgat en 1224 (/4wr. Ev.,\\, 80), aujourd'hui 
Treinargat, fief de Plélo : Lou-mergat , en Argol. 

C'est vraisemblablement aussi Maelcat que nous avons 
dans Plii-niergal, Morbihan. Cependant la forme Plo-niorcat 
de la vie de saint Gildas, 40, laisse quelque place au doute. 
En 1225 (abbaye de la Joie, ap. Rosenzweg, Dicl top.) on a 
Ploi-iiiarga!. Margat peut être une graphie pour Mergat. 
Morgat ne peut guère avoir évolué en Mergat : on eût eu 
Ploinorgat : cf. Morgat. 

A noter une graphie : Eleemosina de Ploeniagada pour 
Plitniangat, fin du xii" s, (^Anc. Ev., VI, p. 1^0). 

Maelcat renferme les mêmes éléments que Cat-niacl = 
* Catn-niaglos qui a donné son nom à Ros-canvel (Fin.), dans 
le Cart. de Landévennec Ros Catniael. 

Maeloc (saint) : Saint-Meleuc en Plenée-Jugon (C.-du-N.) ; 
en Pleugriffet (Morbihan) : saint Meluc en saint Maur (de Cor- 
son, Ponilh',]y, 278, an 1163 : locus Meloci); Pleu-meleuc 



Les noms des su i ni s bretons 159 

par. de l'ancien évêché de Saint-Malo (Ile-et-ViL); en 1122 
Plo-meloc (Pouillé IV, p. 489); Plu-melec (Morb.); Lan-vellec 
(Lan-vejec, par. des Côtes-du-Nord) ; Lan-meleuc (anc. évêché 
de Dol); Loc-nidec en Pluneret ; No-nielcc en Siirzur (Morb.). 
Galles : Saint Maelawc : église en Mor en Cardigan ; 
LIan-faelog en Anglese}^; avec le préfixe ty- = to: Llan- 
dyfaelog en Carmarthenshire, en Brecknockshire : Llan- 
dyfeilog serait préférable : B. Llandav, 279 : IJan-divai- 
lauc. Sur Maeloc, v. Rees, Essay, 230; sur le nom, v. 
Chrest., 1^8. 
Maeoc, Meoc (saint) : En zone actuellement française, saint 
Mieux (^saiut Mien) à Trégoinar, en Trébry, en Saint-Trimoel 
(C.-du-N.); Plumieux(C.-du-N.) :en 1066-1082 dans le Cart. 
de Redon, P///-/;//'//^; Tre-meheuc, prieuré en Dol, plus ancien- 
nement trcf-Mahiic; maladrerie de Coet-mieux en Dol. Saint 
Mayeux (C.-du-N.). à moitié francisé (en 1468 i'"' Maeocus). 
En zone bretonnante : Tre-nieoc paroisse (Fin.), au xiv s, 
Treff-maeimic; Lan-veoc par. (Fin.); Lan-veac en Peumerit- 
Jaudy, Ploumagoar, Paule (C.-du-Nord); Guimaec (Fin.); 
Lesmaec en Locmalo (Morb.) ; Maeoc -^ Magictcos, de niag, grand. 
CoRNWALL : saint Feock {saint Veock) ; Treveage, 
village en Alternon. 
Pour To-niaioc v. Tavayec . La-nwangon (C.-du-N.) est 
peut-être pour Lan-meogon : Maeocon ? 

Magloire (saint) : à Lehon près Dinan : ses reliques y 
furent transportées de Jersey au i\'' siècle. Saint Magloire 
est patron de Mahalon, en Plomodiern (Fin.) et Chàtelaudren 
(C.-du-N.). Magloire est une forme livresque. Si la forme 
Maglorins est sincère, nous devons avoir, en breton, Maeler et 
Mêler ou Meiler. La forme qui rend mieux Maglorio-s est le 
gallois Meilyr, saint connu (Rees, Essay, 166, 222). Maglor a 
pu donner Maelor et Melor : v. Meilar, Melaer et Meloir. Sous 
une forme française, ce saint (^saint Magloar) est encore honoré 
en Langolen (Fin.), 

Mahouarn (saint) : a une chapelle en Cast (Fin.) (Bull. 
CD., 1905, p. 128). Ce serait aussi le patron de Plo-modiern, 
probablement grâce à une mauvaise identification. 

Cf. Tre-mehouarn en 1426, auj. Tremoar en Berric (Morb.); 



140 /. Lolh 

cf. Cart. Red. Mohoiarn {Chrest., 321). Il est difficile de se pro- 
noncer sur la valeur de mo-. Il est, en effet, possible qu'on ait 
affaire à maw : v. Modiern. 

Majan (saint) : Loc-inajan en Plouguin, Plouescat ; Lan- 
vajaii en Crozon (écrit Lan-va^eii) : cf. Ker-vajau en Treglo- 
nou, Lan-dunvez. C'est le frère de saint Goueznou. 

Majan = * Matian, nom hypocoristique dont la forme 
complète a peut-être été * Matii-geiio-s (nom connu par des 
monnaies gauloises) ; cf. Sulien = Snlgen et Sulian, Ttitian 
et Tiilgcii etc. Pour /-/ ou ^ + / donnant y, cf. Ral-icn 
donnant Rajen, Tnt-jaii donnant Tujan, etc. 

Il y a à remarquer que Madian, en Irlande, est un dimi- 
nutif de Mathias {Martyrol. cfOeiigus, éd. Stokes, p. 169 
note 5). 

Malo (saint); Machutus. La forme vraie, la seule qui explique 
le nom de Malo est Mach-hiu = Macco-huo- . 

La forme Madow représente une graphie également vieille- 
bretonne en retard sur la prononciation. 

Quant à Machitl- c'est sûrement un dérivé de Mach- : on 
dit couramment dans la région raalouine : saint Mahou. 

Il est remarquable que dans la vie de saint Tatheus, en 
plein pays de Galles, une jeune fille du nom de Machuta 
subit le martyre (Rees, Lires, p. 260). Il y a eu dans certaines 
vies de saint Malo confusion avec les actes d'un saint irlandais 
Mochiita. 

Outre Saint-Malo, il y a Saint-Malo-de-Phily (lUe-et- 
Vil.), Saint-Malo-de-Beignon, Saint-Malo-des-Trois-Fontaines 
(Morb.), Saint-Malo-de-Guersac en Montoir (Loire-Inf.) etc. 

Il y a des Locnialo : près Port-Louis, près Guémené-sur- 
Scorff; en Augan, Guégon, Lizio, Loyat, Ploermel, Saint- 
Dolay :nulle part, il n'est honoré sous le nom de saint Machut. 

Au contraire, il y avait une Eclesia de s*° Machuto dépen- 
dant d'Abergavenny, en Monmouthshire (B. Llandav^ p. 320). 

Il y avait une église consacrée à saint Machut dans le pays 
des Pietés du Sud (Bellesheim, Geschichte der Kath. Kirche. im 
Schottland, I, p. éo). 

Malo se prononce en bas-vannetais, Màlçw et, en haut- 
vannetais, Mùlnl' = Machlow. 



Les noms des saints bnloiis 141 

Sainl-Makii en Henansal, Broons (zone de langue fran- 
çaise des C.-du-N.) représente Malo {cï. Dottin, Glossaire du 
parler de Plécbatel, p. lxxii). 

Malon (saint) : paroisse de l'ancien évêché de Saint-Malo. 
En 13 14 on a saint Meanion qui rappelle saint Maelnion^ 
évêque de Saint-Malo. Les paysans, paraît-il, disent W«/ Meha 
(Duine, Brév., p. 134). Saint-Meha, Mea, est, semble-til, 
une forme populaire abrégée de Mea-iiion. Mais Mea-mon est 
inexplicable. Maelmon, en cette zone depuis longtemps fran- 
çaise, qui se prononçait Mael-vou ou Mael-iuou, a pu très bien 
donner Malon : cf. Maitgat de Malgat remontant ci Mael-cùl. 

Mana : v. Anna. 

Manach : Ploii-inanach (C.-du-N.). Il me semblait étrange 
qu'une paroisse eût pris le nom de paroisse du moine. Or il y 
a un saint Manaccus, irlandais d'origine, enterré à Lanreath 
ou Lanreythow en Cornwall. L'église de Lanlivery lui est 
dédiée et cà saint Dunstan. 

Manach est aussi le nom d'une rivière de Galles (B. Llan- 
dav 172). 

Maon : Lan-vaon en Plouguerneau ; de Lan-vaon, fam. noble 
(de Courcay, Noh.). D'après une tradition galloise, le père de 
saint Patrick aurait étéMawon (Rees, Essay, 128) : v. Lan-vaon. 

Marcan (saint) : paroisse de l'ancien évéché de Dol. Marcan 
étant en zone française pourrait être aujourd'hui, en breton, 
Margan ou Marchan. 

Le pays de Galles a Margan (écrit à tort Margam), nom 
d'une abbaye bien connue, en Glamorgan, et Marchan dans 
Llanfarchan, en Pembrokeshire. Je crois qu'il faut préférer 
Marchan qui est un nom de saint : cï. pour le nom Ro^ Mar- 
haii en Saint-Pabu (Fin.). 

Marchoc : Lo-niarcc en Crach (Morb.). Marec est pour Marrec 
=■ Màrchec (Chvcsx. 219). 

Il est fort possible que le Saith Marchog de Gwyddelwern 
dont le nom est expliqué dans les Mabinogion (J. Loth, Mal'., 
I, 82) par hs sep! chevaliers, signifie tout simplement saint 
Marchog : d. saith Pedyr, saint Pierre : saith = sactiis pour 
sanctns. 

Maudan (saint) : Saint-Muidan en Credin, Morbihan; 
Làn-vaudan, paroisse du Morb. En zone bretonnante, / ne se 



142 /. Loth 

vocalisant que devant / ou ci suivant immédiatement, on ne 
peut y voir MacJtan, ni Maltan. S'il y a une diphtongue aw 
dans le nom, le premier terme est Maiu- (v. Maiigaii.). Si, 
comme c'est possible, an représente o français, il faut en rappro- 
cher le gallois sninl Mydtvi (y = o non accentué) de la con- 
grégation de Cattwg (Jones, Cynirn, II, 344). 

Cf. saint Modan de KH-iiuuian (Kyles of Bute, Ecosse), si du 
moins, le nom est d'origine brittonique et si le d représente 
un t vieux brittoni^que. Pour Piu-niaudan, v. Meldan. 

Marzin (saint) est saint Martin, en vannetais Marbi 11 : Lati- 
var:^in, en Plozévet ; Loc-Mai~in en Trégunc (cf. Soc. arch. 
Fin., 1883, P- 4^75 ^'- Epoques préh. à Trégimc)\ en Bannalec. 
Il y a aussi un saint Marzin en Plougonvelin. 
Maudez (saint) : La forme la plus ancienne est Maivded 
ou Ma-d'tcd comme le montrent la prononciation léonarde 
Maodcy et la prononciation Mod^ du Cornouaillais et du 
Vannetais. 

Maïuded est le Malili) pour Mautill} des anciennes Litanies 
(Revue Celt., 1890, p. 147), c'est-à-dire Maiitiâ. 

Il n'y a pas de saint plus honoré en Bretagne, quoique sa 
vie soit surtout légendaire : soixante chapelles au moins lui 
ont été consacrées, un peu partout en Bretagne, dans les 
Côtes-du-Nord, le Finistère, le Morbihan, les anciens évêchés 
de Dol et Saint-Malo. 

Il est dit dans une vie manuscrite citée par les rééditeurs des 
vies d'Albert-le-Grand, que Maudez, originaire d'Irlande, 
aborda à Porz-Biniget, en Léon et s'établit non loin de là à 
Curia Mirileci. Or y a en Lanhouarneau au cadastre une terre 
portant le nom de : ar veridec sant vaodès. 

CoRNWALL. Il y avait en Cornwall un lieu portant le 
nom de Saiiil-Mo~e, Maii~e (le :^ représente d breton ou 
/) : d'après Leland : Maudili loliiudiDU casirum (Norden, 
Specul. Brit. Pars. : a lopogr. and/jisl. descript. of Cormuail, 
p. 34); Maiiditi est inexact pour Maiididi. Le roluiuluni 
casirum est d'autant plus étonnant que la cellule du 
saint dans notre île de Bréhat est ronde, à tel point qu'on 
l'appelle For)i-Modei, le four de Modez. 
Si Maude~ est un ancien composé vieux-brittonique, il 



Les noms des saints bretons 145 

faut supposer Magii-tid-. Si ce sont deux mots dont le premier 
gouverne le second, Maïudiâ signifierait serviteur de Did : 
V. celt. Diyos, jour, dieu du jour ? Entre autres vertus Maiidi'i 
guérit des maladies d'yeux. 

Maugan (saint) : ancien évéché de Saint-Malo. Comme 
c'est en pays de langue française, et que le nom est écrit de 
façon diverse, il est possible que Maugan soit pour Malcan 
ou Malcant ', nom parfaitement brittonique. 

Nous avons sûrement Maïui'aîi ou Mongaii dans le Lo- 
iiiOi^'aii de S"=-Sève (C.-du-N.); car /en breton ne se vocalise 
que devant / ou d. Cf. saint Mogon en Pleucadeuc. 

CoRNWALL : MûîUi^'aii, paroisse (Oliv. Mo)t. 441). 
Galles : Llan-feugan en Brecknockshire; Capcl Meii- 
gan en Anglesey (Rees, Essay, 269). Le Meiigaii gallois 
peut être par composition, pour un plus ancien Maiican 
en passant par Moiican : cf. Meiidiuy. La vie de saint 
Dewi mentionne un monasterium Maiicanni (Rees, Lives, 
117). 

Mazé (saint) : pour Ma:;eû, vannet. Mahco = Mûthciis : 
saint Mathieu; Loc-niazé, Pointe Saint-Mathieu. 

Ce saint est honoré en plusieurs endroits. 

Mazéal : Saifit-Va:(cal ou Fa:{ûl en Plouhinec (Soc. arch. 
Fin., 1903, p. 180). 

Mazou (saint) : Goarem-Sant-Vazou en Plourin (Fin.). En 
l'absence de toute autre forme, il vaut mieux n'en rien dire. 
La consonne initiale n'est pas certaine. 

Meilar : écrit à tort Mcilars, paroisse du Finistère ; Mcylar 
en Plouhinec: suppose une forme vieille-britt. * Maglar- : 
cf. Magloire et Melacr. 

Melaine (saint) : saint gallo-romain, évêque de Rennes; est 
honoré en plusieurs lieux, mais en Basse-Bretagne, en général, 
indûment. 

Melar (saint) : Loc-Mélar, par. du Fin. ; Loc-nielar en Irvil- 
lac, en Plouneventer, parc Saiiil-Melar en Lanmeur ; saint 
Melar (écrit Mdard) à Pontivy. Il n'est pas impossible que 
ce soit le même saint que Meilar et Melaer ; ce n'est cepcn- 

I. On trouve Miioaldaii et Mali^aiidus (.Duine, Birv., p. 70). 



144 /• Lol^'' 

dant pas sûr. Melar, Melaer peuvenr dériver de la même racine 
que Meliait ; Meilar remonte à MagI-. 

Melaer, Mêler : saint Mêler (écrit à la française ja;»// Melairc) 
en Plobannalec ; Loiiicrier en Groix, au xii^ s. Loc-melacr ; 
Loniencr en Pleumeur, Pontscorft" (Morb.) ; Lau-veler bras et 
bihan en Kersaint-Plahennec (Fin.). 

Melor : v. Meloir. 

Meldan : Loc-meldan en Baud : pour Loc-iiiael-tan, vraisem- 
blablement : Plu-maudan (C.-du-N.), d'après certaines formes 
anciennes est pour Macl fûii (v. Macl-cal~). La forme la plus 
caractéristique est Plo-iiialdan (Judicael de Plomaldan) dans 
une charte de 113... du Cart. de saint Melaine (^Anc.Év., III, 
p. 338). 

Dès le xiii'^ siècle, on a Plcuiiiainfan. 

La forme Ploniaugdaiii de 1330 donnée par Longnon 
(Pouillé, p. 358, 359) est une faute de lecture du scribe et 
remonte peut-être à une forme intermédiaire : Plo-inauldaii. 

Meldéoc (saint) : évêque dans la partie fabuleuse de la 
liste des évèques de Vannes. C'est tout simplement le saint 
irlandais Mclteôc (fcJirc Ociigiis, fête le 1 1 décembre : Mdleoc 
= iiiEhcoc). L'abbé Le iMené ÇHisl. du diocèse de Vannes, I, 
p. 130) en fait, avec d'autres sans doute, le patron de LomeUro 
en Guern ; or LoineJtro était en 1435 Loc-mel-tnou : Mel- 
tnoii signifie le creux, le vallon de la boule, à moins que niel 
ne soit pour niael ; il y a une chapelle où on conserve non 
pas un niailleî bénit pour assommer les vieillards, comme on 
le dit faussement, mais deux boules de pierre (iiiel, boule, 
soûle). 

Melean (saint) : en Porcaro (Morb.) ? 

Melen (saint) : en Lanvenégen (Morb.). On y honore 
aujourd'hui saint Melaine. Pin ///t'/c;/ en Kervignac. Pln-inelin ', 
en 1422 Ploe-nielen. Plo-melin (Finist.) étant pour Plo-nieryn, 
il est très probable que melen dans ces Pln-nielen est pour 
Mer en : v. Meren. 

Meliau : Pln-nieliau (Morb.) : pron. Ploniaw pour Plô-liaiu 

I. Plunielin est aujourd'hui on zone française du Morbihan. 



Les noms des saints bretons 145 

avec nasal, pour Plû-veliaw ; Giiiniiliau, pour Gtiic-miliau, 
Ploii-niilliau; Laii-viliau en Plomodiern. Saint-Méliàu, fon- 
taine en Locronan (Soc. Arch. Fin., 1894, P- i^?)- 

Il n'est pas impossible que Miliau et Meliau soient pour 
Meiliaiv = Magliaiu, nom connu ; cependant, il est beau- 
coup plus probable que Meliau est à rapprocher du Meliau 
de 853 du Cart. de Redon et de Uuin-meJio : cf. Meli dans 
les Inscr. chr. de Bretagne {Chrest., 151). Le calendrier de 
Tréguier, met la fête Miliavi au 5 novembre. 
Melin : v. Merin. 

Melon (saint) : dans le calendrier de Léon : c'est le nom 
d'une paroisse : Melon ; cf. Saint-Melon, chap. en Tréogat. 

Galles : y Meliau '5 en Monmouthshire {Arch. 
Caiiibr., 1902, p. 107). 

Corn WALL : il y avait une paroisse de Mellon, mais 
on trouve au xiir s\tc\Q,'Ecclesia sancti Mellani (Oliver, 
Mon. 460). 
Miillyon, autre paroisse de Cornwall, paraît devoir être 
rapprochée de notre Saint-Mollien ou Moelicu. 

Melor (saint) et Méloir (saint) : Meloir est une forme fran- 
çaise : Tre-uu'loir (C.-du-N.) est en 1212 : Tref-melar {Ane. 
Ev., III, 232) ; Saint-Meloir en Plounevez-Moedec, se dit Zant 
Milour ; il est vrai que Milour peut être une représentation 
bretonne de Meloir : cf. Milour = Miroir. 

Latinisé, le nom est Melorius (Cart. de Quimperlé), 150; 
corps de : sancti Melori, dans le Cart. de Redon, p. 368 en 852 ; 
cf. 47, en 849). 

Cornwall : sanctus Melorus en Lankinhorne; Melor 
et Mabe fondus en une paroisse (Oliv. , Mon., 441) ; eccle- 
sia de 5'° Meloro au xiiF s. (ibid., 458). 

Thornecumbe en Dorsetshire est dédié à saint Melor. Son 
corps serait à Amesbury; sa fête se célébrait le i^"" octobre. 

Memor (saint) : v. Movor. 

Menven : Lo-menven en Guiclan. 

Une tradition galloise veut que saint Patrice se soit appelé 
Maen-wyn, nom identique à notre Menven (Rees, Essay, 28). 

Mérec (saint) : en Kergrist (Morb.). 



I4é /. Loib 

Méren : Lan-ineren (Cart. Landevennec, 26); Loc-ineren en 
Grand-Champ (Morb.) ; 

PUi-mekn ; Phi-melin (v. Meleii) ; Ploeren, paroisse du Mor- 
bihan, PJoe-veren en 1402, pour Ploe-meren. 

Galles : s^ Meryn (Myv. Arc h., 428, i). 

Meriadec (saint) : trêve de Plumergat, Pluvigner, Pluneret, 
No3-al-Pontiv3^ ; il est patron de Stival (Morb.) ; et Plougas- 
nou (Fin.). 

CoRNWALL : l'égUse de Camborne lui est dédiée. 

Il y a un pays de Meiriadoc en Denbighshire. 

Saint Meriadec figure sur la liste des évêques de Vannes, 
mais dans la partie qui ne mérite aucune confiance. Le fait 
qu'il est honoré en Cornwall et que le nom est bien connu 
et ancien en Galles, me tait croire qu'il pourrait bien n'avoir 
jamais été évêque de Vannes et en tout cas n'avoir pas vécu 
au vii-viii^' siècle. 

Merin : Lau-uierin (C.-du-N. : Inv. soniui.,n'' 2760); PIo- 
melin : au xiv'' s. Ploc-iiieryn (Cbresl., 225). 

Galles : Merin a donné son nom à Bod-Jerin chapelle 
en Llan-Icsliii, Carnarvonshire, et à Llan-ferin en Mon- 
moutshire (Rees, Essay, 236). 

Cornwall : saint Meryn (y est généralement pour / 
long) : cf. Oliv., Mon., 441, 37). 

Meron : peut-être dans Lan-veron en Saint-Evarzec(Fin.). Il 
y a un disciple de Tutv^^al, dit Mactromis (La Borderie, Hist., 
I5 P' 359) ^'is '^e Tutwal, p. 20) enterré aux pieds de son 
maître. Je suppose qu'il flmt lire Madronus, lequel donnerait 
Ma:^ron et Maeron, Meron. 

Il y a une paroisse de Madron écrite aussi Madcrn, d'après 
une prononciation qui n'a rien d'anormal en Cornwall (Oliv., 
Mon., 44). 

Mervon (saint) : ancien évêché de Dol : représente pein- 
ètre Mnel mon en passant pav Melvon} v. cependant Malon. 

Meven (saint) : Ploeven (Fin.) : en 1468 Ploc-nu'giien; saint 
Mcen {Mewen^ près Lesneven ; Tre-nieven paroisse de l'an- 
cien évêché de Saint-Brieuc. Il y a des Saint-Meen en Beignon, 
Montertelot, Monteneuf, Ploermel, Le Saint (Morb.); il est 
honoré à Berné (Morb.) sous le nom de zan Meiven. Il a 



Les noms des saints bretons 147 

donné son nom à Saint-Meen de Gaèl ' (Ille-et-Vil,), à Saint- 
Meen-du Cellier (Loire-Inf.). 

Corn WALL : paroisse de 5' Mezvan ; église à Me va- 
gi ssey. 

Mevor : v. Movor. 

Mezeoc : si la forme Lan-ve:(eoc donnée par le pouillé de 
Tréguier (Cart. Redon, CXCII) est sincère, on a affaire à une 
forme avec 7no- : mo-Seoc : v. Seoc, Sien, Sew. 

Mezo (saint) : Liors sant Fe^o en Lanhouarneau. Le nom 
ancien, en cette partie du Léon pourrait être Giue:{0, mais la 
terminaison qu'on attendrait^ dans ce cas, serait -on. Il me 
paraît plus probable que le nom du saint est Mq) ; rien de 
commun avec Me:(o, ivre. 

C'est probablement le saint gallois Mediuy qui a donné son 
nom à Llan-fedîoy en Glamorgan : c'est un des premiers saints 
de l'île de Bretagne, envoyé, d'après la légende, par le pape 
Eleutherius (Rees, Essay, 83-8^). 

La forme vieille-bretonne Metiuy {Metoé) a évolué en breton, 
en Mcxo au lieu de s'arrêter à Mcdo comme bctuos, bouleau, 
en be:(o. Il y a dans" le comté de Monmouth, une paroisse de 
Lhiîi-fibnno-cl ou Michaelston Fedwy (Rees, Essay, 237). 

Mibrit : Loc-niihrit en Plomodiern. 

Baring-Gould a rapproché ce nom de celui de saint Meiihret 
dont la fête se célèbre à Cardinham en Cornwall : ce saint 
s'appellerait aussi Mybard. Une forme correspondant à Mibrit 
(et non Mybrit) serait en Cornwall Mibris : Meubret, Mybard, 
tout cela est de pure fantaisie. Si nous supposons une forme 
vieille-cor nique correspondante à Mibrit, on peut supposer une 
graphie Mibret ou Mcbrit, ou plutôt Miprit, ou Méprit : à 
moins qu'une consonne n'ait disparu après /;//-. 

Mirel (saint) : en Plénée-Jugon (C.-du-N.). 

Modiern, dans Plo-modierii. On prononce Plo-di^rn. On a 
tait de Mahouarn ou Mai^loire, le patron de cette paroisse. 

Il est possible que le nom réel soit Maw-dieni = * Magii- 
tegerno-s : cf. Magii-rix sur une monnaie gauloise (Déchelette, 
Fouilles du mont Beuvray en 1 897-1 901, p. 91). Pour nio = 

I. En 10)2 : Jediùtlis iiNhis SiUicti Mei^uenni. 



148 /. Lof h. 

mao, cf. à côté de Kerarmao en Plozevet, Parc ar Mo, Parc ar 
Mohihan en Plounevez-du-Faou (Fin.). Cependant la forme 
Ploe-iiioiciicii que l'on trouve dans une vie de saint Corentin 
(Soc. arch. Fin., i88é, p. 122), ne laisse guère de doute, que 
la forme sincère ne soit Mordieru. 

Galles : S^ Mordeyrn (= Mordieru) à Nantglyn en 
Denbigh {Myv. arch., p. 428). 

Moe : Moe-lan paroisse (Cart. Quimperlé 179) ; cf. monaste- 
riolum Moe en Luzanger, Loire-Inf. : charte de 868 du Cart. 
de Redon. Lan-voéen Plougonven ; Lan-voy en Hanvec ; Les-voé 
en Pouldreuzic, Landudec (Fin.). Pour la construction Moe- 
lan, cf. Doe-lan, tout à côté, Coci-lan, monasterium nemoris 
(vita Gildae,§§ 27) ; il y a d'autres Coet-lan, à côté de Lan-goet; 
cf. Gar-lan, Cat-lan (Cak») etc. 

Galles : Lan-Timoi et Lan-Tivoi (B. Llandav, 275) ; la 
forme Lan-voy a sûremement existé, car c'est aujourd'hui 
Foy (= Vo\) en Herefordshire. 
Tï'-mo/ serait 7}'-/it'v aujourd'hui : // := to- atone. 

Moedec : Plounevez-Moedec (C.-du-N.) ; 

Lan-voedec en Plougonven (C.-du-N.) : Foedec peut être 
pour Boedoc, mais la présence de Moedec dans la même région 
plaide en faveur de Moedec. 

Cf. Moydog, village en Castell Caereinion en Montgo- 
meryshire. 

Mogon (saint) : en Pleucadeuc, Morbihan de langue fran- 
çaise. Pour le nom cf. Ker-vaogûu en Plouzané. Le nom doit 
être différent de Maiigan (y. plus haut), mais la prononciation 
n'est pas assurée. 

Molff (saint) : auj. Saint-Nolff (Morb.), en 1421 S'-Molff, 
contre l'étonnant 5<îwc///5 Majohis de 1374). H y ^ ^ussi une 
paroisse de Saiut-Moljf dans la Loire-Inférieure. Le nom 
parait irlandais ; inohnha est, en irlandais, un participe signifiant 
loué, vanté, de la même racine qui a donné, en breton, nieidi 
et en gallois, nwli, louer. 

Mollien (saint) en Fouesnant : d. Mitllyon, en Cornwall. 
Il est possible toutefois que ce soit pour Moellien, paroisse 
(C. Landev., Moelian, 14) : v. Melon. 



Les noms des saints bretons I49 

Molvan (saint) : chapelle en Cléguerec (Morb.) : nom 
dérivé de Molv : on prononce Mol-wan, ce qui est régulier 
à Cléguerec : cf. er -luani, la mère. 

Moran (saint) : Saint-Morand (avec un d de trop) en Beno- 
det (Bull. C. D., 1906, p. 117); Lan-voran en Plozevet, en 
Saint-Jean-Trolimon, en Beuzec-Cap-Caval. Il est parfaite- 
ment absurde de voir dans ce saint, saint Moderan. 

CoRNWALL : paroisse de Laiiiorran (Oliv., Mon., 440) ; 
la mention la plus ancienne se trouve dans une charte de 
969 du roi Edgar : Lann-nioren (de Gray-Birch, Chart. 
Sax., III, p. 521). 

Morbret (saint) : cart. de Landevennec 37 : le nom est 
composé de mor, grand, et de bref ^= hrït- (pensée) : on aurait 
aujourd'hui Mor-vret. 

On l'a rapproché d'un saint Meubret dont la fête se célèbre 
à Cardinhàm en Cornwall : on l'appellerait Mybard : v. 
Mibrit. 

Morgant : Lan-morgani (C. de Quimperlé, 183) : la situa- 
tion de cette lan- n'est pas connue : cf. Lan-organt en Plou- 
vorn . 

Morgat : Plo-morcat apparaît dans le vila Gildae 40, mais la 
forme du nom n'est pas sûre, non plus que l'identification : 
cf. Morcat{C. Landev., 10), aujourd'hui Mo/o-^'/ en Crozon, 

Morvan (saint), en Guidel (Morb., d'après Luco, Poiiillé de 
Faunes). 

Le nom de Mnrnian, Moruian. en vieux-breton, est bien 
connu. 

Morven dans Lanorven pour Lan-vorven en Plabennec, 
rappelle i' Moriuenna à Morwinstow, Cornwall (Oliv., Mon., 
441). 

Movan (saint) : famille noble de Saint-Movan, d'après les 
titres du château de Nantes de 1260, 1374 (Dom Lobineau, 
Fies : catalogue de quelques saints inconnus). 

Très probablement Moimi représente Mowan ou Maivan. Or, 
il y a en Galles, un saint Maïuan dont on ne sait d'ailleurs rien 
(Rees, Essay, 207). 

Movor (saint), Mevor (saint) : ce saint est connu par le 
B. of Llandav. sous les deux formes Mimor et Movor, Merthir 



i$o /. Lot h 

Mimor 31, 43, 90, 212-3; Mertbic Movor app. I (xiv^ siècle) 
284; auj. Merthyr Mawr en Glamorgan ; Lan-))wvor, 321, 
aujourd'hui Llanover en Monmouthshire. 

Mevor est aussi le nom d'un saint homme qui octroie des 
terres, àSaint-GuâivaJ, en Camors, Morbihan (de la Borderie, 
Hist., 1, p. 495). 

Or, il y a un Lanover en Plouezoc'h, écrit Laimvert et un 
autre, écniLaneauvert en Plounevez-Moedec. J'avais pensé que 
le premier était un souvenir de Lady Llanover et du château 
de Llanover en Galles, d'autant plus que c'est : nianer Lanovot 
dans le cadastre pour Plouezoc'h, et je ne suis pas encore sûr 
que mes soupçons ne soient pas tondes. Pour Laucaiivcrte, 
c'est peu vraisemblable : car, d'après une communication de 
jM. Fr. Vallée qui le tient de source absolument certaine, on 
prononce Lanover. 

Je dois reconnaître que pour le breton, le passage de Memor 
à -ùver dans Lau-aver n'est pas sans difficulté. On peut suppo- 
ser que, comme pour le gallois, Mevor aura passé à Movor, 
puis Mover : Lan-over pour Lan-vover ? 

Il v a une chapelle de saint-Memor (forme littéraire?) en 
Gouesnac'h (Soc. arch. Fin.. 1904, p. 30). 

Munna : sancte Miinna, dans les Lit. de saint Vouga, 
paraît être le saitit irlandais Munna alias Fintanns dans le ms. 
de Bruxelles dit de Salamanque {Revue Celt., 1890, p. 375 ; cf. 
The niart. of Oenpis, p. 22e, 21 octobre). V. Onna. 

Neizan : Lan-)ici-anl : le / est de trop, comme le prouve 
Ker-)h'i~nn dans la même paroisse de Ploneour-Lanvern. 

Il est probable qu'on est en présence de saint Nechtan, honoré 
en Cornwall et en Devon : il est le patron d'Ashecombe, 
Hartland en Devon (Ol., Mon., 444, 449) : Nechtan est la 
forme gaélique, et Nei'^an en est la forme exacte correspondante 
en breton. 

Nenan : dans Te-7ienan ? 

Ninian, l'apôtre des Pietés, était appelé en Irlande Mo-nenn 
(ou Mo-nimi) : Metcalfe, Vitae Sanclorum Scotiae I, p. 14; cf. 
The mart. of Oengus, Index, p. 438, à Ninn). 

Il est cependant peu probable qu'il s'agisse de Ninian : on 
aurait eu Negnan : v. Ninian. 

Pour Nenan, cf. Ker-nenan en Ploerdut (Morb.). 



Les noms des sattils bretons I $ t 

Nenec (sainte) : Saint-Nenec en Lignol, Bubry ; Lmi-nenec 
en Plœmeur (Morb.) : dans le Cart. de Quimperlé 62, 95 : 
Lann Ninnoc. 

Nerin (saint) : Plou-nerin paroisse de l'ancien évêché de 
TrégLiier. Saint Nerin est honoré dans le pays de Tréguier, 
avec Efflam, Tudes, Kemo. 

Neven (saint) : Lan-neven, trêve de Botlezan, ancienne 
paroisse en Bégard (C.-du-N. ; cf. biv. soniiu. n° 1753). C'est 
le même nom qu'on retrouve dans Les-neven paroisse, et Lcs- 
neven en Château neuf-du-Faou, Neveu en Saint-Pierre-Quilbri- 
gnon, Lanrivoaré. 

Galles : S' Nevyn : Eglwys Nevyn en Carnarvonshire 
(Rees, Essay, 147). 

Nevyn et Neven remontent à Nûmin, forme vieille-galloise 
et bretonne, d'où dérive le célèbre nom de Nitmin-oe et 
Noinin-oe, devenu plus tard Nevenoe. 

Neventer (saint) dont le culte est associé â celui de saint 
Derrien ; Plou-neventer (Fm.^ ; Ecdes'ia sa ne ti Nwnenteri (Ane. 
Ev., 278, an II 67) : c'est le nom gallois Nevenhyr. 

Il est aussi honoré à Plouedern. 

Nevet : Ecclesia de Lan-nevet (C.-du-N.) (Ane. Ev., 14, 10, 
en 1198); chapelle de Nevet en Plonevez-Porzay. 

CoRNWALL : Nymet (Ol. Mon., 452) et Lanivet. 

Nie (saint), paroisse près Châteaulin (Fin.) ? 

Niel (saint) : famille noble de Lamhalle, en 1437 ; saint 
Niel près Pontivy, en 14 16 Saniel : v. lel, ludel. 

Ninian (saint) : sauctiis Ninianits, près Châtelaudren (^Anc. 
Ev., IV, 358, an 1148). C'est aussi le nom d'une rivière du 
Morbihan ; un témoin de ce nom signe au ix'-' siècle dans le 
cart. de Redon. 

Saint Ninian est l'apôtre des Pietés. 

Ninnoc (sainte) : v. Nenec. 

Ninon : Laninon en Saint-Pierre-Quilbignon ; cf. Ker-ninon 
en Cleden-Cap-Sizun. Il y a un Lannivon en Sainte-Brigitte 
(Morb.) qui est probablement pour Lan-nin-von : Nin-von 
plus anciennement Nin-mon est un nom connu. 

Ninuee : famille noble de Saint- Ninuee, d'après le Cart. de 
saint Sulpice, en 1254 (Tresvaux, Fies, I). 



Î52 ]. Lot h 

Nio (saint) en Candan ; en 1497 saint Nî:ylau : on prononce 
Zaniaiv. Il n'est pas impossible que n initial appartienne à la 
finale de sa7i pour sant. Dans ce cas, lâiaw serait pour ludiaw : 
V. plus haut. 

Nisien (saint) : v. Lanvenegen. 

Nizon (saint) en Malguenac ; on prononce Zanihôn. La 
forme en 1448 est Saint-Nuzon ; dans ces conditions, il est 
possible que le saint soit ludon : v. plus haut. Cependant, 
on peut aussi songer à une forme vieille-bretonne Neitboii, 
nom très connu dans les légendes galloises 

Noan : de Saint-Noan, famille noble de Lamballe en 1437; 
cf. Laiinoiiau en Landevan (Morb.), LcDunutn en Cleden-Cap- 
Sizun (Fin.). Saint Oan est honoré en Lanoau (Les saints du 
Cap-Sizun, Soc. arch. Fin., 1899, p. 401). La forme primitive 
est douteuse. 

Nonn (sainte) : Diri-iion, paroisse où elle est honorée , 
Lennon paroisse du Finistère ; Lan-non en Bannalec ; Crée h 
Nonn en Bégard (il y a une rivière Nonn dans le Cart. de 
Redon : cf. J. Loth, Contrib. à la kxicogr. et à la Vmg. cet., 
à Nonneif). 

CoRNWALL : Altar Non (autel de Non^, paroisse ; son 
culte est associé à celui de Dewi : au nord-est est 
Davidstow. 

Devon : s'^ Nonn à Bradstone. 

Galles : Lannon en Cardiganshire, Cape! Non en Ty 
Ddewi (maison de saint Dewi) en Pembrokeshire. 

Norgard (saint) en Crozon. Il faut lire san Orgar : on a 
prononcé Sanorgar pour san Norgar : le / a disparu ou s'est 
assimilé à « ; de la prononciation Sanorgar, on a tiré sant 
Norgar : v. Gorgar. 

Norvez (.saint) : en Begard (C.-du-N.). 

Le vrai nom doit être Orve:^ ou Gorve:^. 

Noyale (sainte) : Noyal-gnen en 1387; on dit aussi Gnen- 
noal ; or Giienn ne signifie pas seulement blanc, mais aussi 
bienheureux, saint, en breton comme en gallois. On a affaire 
â saint ou sainte Gnen de Noyai, ou simplement au saint ou à 
la saisit e de Noyai. 

Noyai est un nom de lieu gallo-romain bien connu : 



Les noms des siiiiils hreloiis 155 

Noyal-sur-Bruz, Noyal-sur-Vilaine, Noyal-sur-Sèchc (lUc- 
et-Vilaine). 

Nudec (saint) en Caudan (Morb.) : nom probablement 
déformé. 

Nuz : famille noble de Lan-nu^ (écrit Laii-nax) d'après de 
Courcy, Nobil., Nudd, en Galles, est le nom d'un dieu bien 
connu : v. Collen. Le nom se retrouve dans Ker-nui, près 
Pont-Labbé. C'est aussi un nom d'Iiomme breton (Chrcst., 
223). 

Oan (saint) : v. Noan. 

Ozvan : Plovan (près Quimper); en 1468 Ploe-oxvan; on 
prononce aujourd'hui Ploân. La valeur de ;^ n'étant pas 
établie, il est impossible d'être affirmatif; il est probable 
cependant que :^ représente une spirante dentale. Pour le v 
on peut hésiter; il foudrait une étude approfondie du breton 
de Plovan même pour permettre de se prononcer. 

Onna : Log-onna en Quimerc'h ; Z,o^-c);;;7fl-Daoulas. 

On a supposé, mais c'est totalement impossible, que Noniia 
était la sainte à laquelle ce loc était consacré. D'abord Nonna est 
une forme récente faite d'après les noms à terminaisons en a 
représentant soit des formes littéraires ecclésiastiques comme 
Maria, soit des formes françaises en -e féminin linal, lequel 
s'est traduit par -a : Perrine a donné Perrina ; Marianne, 
Maiianna etc. 

De plus Lûc-nonna eût donné Lonojina. 

Il n'est pas sûr le moins du monde que le nom soit fémi- 
nin. Il y a en Logonna-Qiii nierch, un village de Ker-onna. Je 
serais tenté de voir dans Onna le même nom que dans Mitnna 
qui se décomposerait en in'onna= mo Onna ou nw-Unna : 
V. Monna. 

Onneau (saint), patron d'Esquibien (Soc. arch. Fin., 1899, 
p. 417). 

Onenn (sainte) : écrit Onennc à la française en Tréhorenteuc 
(Morbihan); plus anciennement 5'^ Onen. 

Galles : Onen était la mère de saint Elaeth (^lolo ms., 
ICI ; Archiv., II, 195 : elle était fille de Gwallawc. 

Onet ? : Log-onet en Sauzon (Belle-Ile, Morb.). 

Onou (saint) : v. Donou. 

Revue Celtique, Xx\x. 11 



154 /• Loth 

Ourzal (saint): en Porspoder (Fin.); en Landunvez (Ep. 
préh., p. 159)- 

Le nom réel peut être soit saint Tourzal, soit saint lVr:;al 
{Gonrial = * GiurthaJ ?). 

11 y a, en Galles, un nom qui en est très voisin : c'est 
Wrthiul ou Gwrthwl qui a donné son nom à Llan-wrihiul en 
Brecknockshire et urnes Llan-iurthiul en Carmarthenshire(Rees, 
Essay, 308). 

Paban : Lan-haban, ancienne paroisse, auj. Lababan en Poul- 
dreuzic; cf. Lain-boban en Cleden-Cap-Sizun. 

Le patron de Pouldreuzic est, dit-on, saint Tudwal, qui est 
connu sous le nom de Vabu ; la terminaison -an est souvent 
un diminutif, peut-être une sorte de marque d'affection : 
cf. pour la terminaison baban en gallois, maban, petit enfant. 

Pabu : Saint-Pabu (Finist.), trêve de Ploudalmezeau ; saint 
Pabu en Erquy (C.-du-N.), Lan-babii en Ploumoguer, devenu 
Tre-babu; saint Pabu (écrit Pabut) en Pluherlin (Morb.). Lo- 
pabii en Granchamp (Morb.); Pabu en Trégrom (C.-du-N.); 
Loguel Pabu en Plouescat (la pièce de terre à Pabu) ; Liors 
sant Pabu en Briec (Fin.). Lan-babu en Plouhinec (Fin.). 

Tous ces noms paraissent être des surnoms de saint Tud- 
wal. 

Mousteir-Babu en Ploerdut était en 1426 Moustoer-Babae 
{Chrest. p. 222). Pabu a été probablement un cas, générale- 
ment le génitif, de Papa {Laii-Babu, xnousiOQX-Babu : le 
monastère, le moutier de Papa (Papac) ; c'est une évolution 
linguistique difficile à suivre, semi-littéraire, semi-populaire : 
c'est de Papa Tiuhval (cf. Papa Tigernomale dans la vie de 
saint Samson) qu'est venue la légende que Tudwal avait été 
pape à Rome. 

Il est justement remarquable que Pabiali, fils de Brychan, 
en Galles, porte le nom de Papai (Rees, Essay, p. 144). Cf. 
Llan-Baba en Monmonthshire. Pour le nom, cf. Llanfihangel, 
Bryn-Pabuari en Brecknockshire. 

Palay (saint) : Saint-Palais (sic) en Plouer (C.-du-N.) ; 
Plou-balay (C.-du-N.); Tre-balay, en Bannalec (Fin.), 
ancienne chapelle (Bull. C. D. 1902, p. 277). La forme 
avec to- existe : 

Trev Taballae dans le Cart. de Quimper. 



Les noms des saints bretons 155 

Pater : v. Lambader : cf. S* Père. 

Patern (saint) : Saint-Patern (prononcez Pedeni ou Padeni) 
en Malguénac, Meslan, Saint-Tudwal (^saint Tugdiial) dans le 
Morb. ; Lan-badern en Plabennec (Fin.) ; Saint-Patern en 
Plourac'h. 

Galles : il y a quatre grandes paroisses sous son nom 
et plusieurs chapelles. 

En Galles, comme en Bretagne, il y a eu sûrement plu- 
sieurs saints confondus sous ce nom (cf. Rees, Essay, 

2lé). 

J. LOTH. 

{A suivre.^ 



ENLÈVEMENT [DU TAUREAU DIVIN 

et] 
DES VACHES DE COOLEY 



SUITE DU CHAPITRE XVII, § 4. 

Cûchulainn tua cent trente rois au grand massacre de la 
plaine de Murthemne. En outre furent innombrables les 
chiens, les chevaux, les femmes, les jeunes garçons, les hommes 
de petite condition, les gens malpropres qui périrent aussi. Il 
ne resta sain et sauf qu'un tiers des hommes d'Irlande, les 
deux autres tiers avaient un os de la hanche brisé, ou moitié 
de la tête fracassée, ou un œil crevé, ou quelqu'autre lésion 
incurable qui dura toute la vie. 

5. Description de la personne de Cûchulainn. 

Le lendemain, Cûchulainn vint pour contempler l'armée et 
faire voir son aimable et jolie personne, aux dames, aux 
femmes mûres, aux jeunes femmes, aux filles, aux poètes et 
aux gens de science; car les formes merveilleuses d'art magique 
sous lesquelles il s'était montré la nuit précédente, ses con- 
torsions ne lui faisaient pas honneur et n'avaient rien de beau. 
Il vint donc se montrer sous sa forme aimable et jolie. 

Il était vraiment beau ce garçon qui vint montrer sa per- 
sonne aux armées, Cûchulainn, fils de Sualtam. Ses cheveux 
avaient trois teintes : bruns en bas, rouges comme sang au 
milieu, ils étaient jaunes au sommet et couvraient la tête d'une 
sorte de diadème; ils lui formaient trois cercles autour du creux 
de la nuque. Les cheveux qui tombaient par derrière sur le 
haut des épaules ressemblaient tous à des fils d'or, c'étaient des 



Enlèvement du taureau divin. 157 

fils minces, déliés, dorés, magnifiques, formant des boucles 
longues, distinguées, de belle couleur. Une pourpre fine aux 
tons d'or rouge, aux flammes d'or, faisait cent tours autour de 
son cou. Il avait sur la tête cent cordons semés d'escarboucles. 
On voyait sur chacune de ses deux joues quatre taches, une 
tache jaune, une tache verte, une tache bleue, une tache 
pourpre. Ses deux yeux, des yeux de roi, avaient chacun l'éclat 
de sept pierres précieuses. On comptait sept doigts à chacun de 
ses deux pieds, sept doigts à chacune de ses deux mains ; chacun 
de ses doigts pouvait séparément saisir la grifle d'un fltucon 
ou celle d'un hérisson. 

Ce jour-là il revêtit son costume de fête. Le vêtement qui 
l'enveloppa fut un manteau beau, bien ajusté, brodé, à cinq 
plis. Une blanche broche d'argent blanc, incrustée d'or, posée 
sur sa blanche poitrine, semblait être un flambeau lumineux 
d'un éclat si puissant et si pur que les yeux des hommes ne 
pouvaient la regarder. Sur sa peau, il portait une tunique de 
soie joliment garnie de bordures, de ceintures, avec des galons 
d'or, d'argent, de laiton. Cette tunique atteignait le sommet 
de son brun pantalon. 

Ce pantalon d'un brun rougeâtre, qui enveloppait le jeune 
guerrier, était fait d'un velours qu'aurait pu porter un roi. 
Son magnifique bouclier était de couleur pourpre foncée avec 
bordure d'argent bien blanc tout autour. A sa 2;auche se trou- 
vait une épée dont la poignée avait des entrelacs d'or. 

Dans le char, près de lui, on voyait une longue lance au 
tranchant bleu et un javelot plus court avec les cordes de lan- 
cement (^///^///m/;/) dont se sert le guerrier et avec rivet de bronze. 
Il tenait d'une main neuf têtes, de l'autre main dix têtes [d'en- 
nemis tués] et il les agita devant les troupes ennemies comme 
preuve de sa valeur et de son habileté guerrière. Medb mit son 
visage sous des boucliers qui formaient au-dessus d'elle une 
sorte de cuve renversée, elle fut ainsi à l'abri des javelots que 
ce jour-là Cûchulainn pouvait lui lancer. 

6. Jalousie de Dubthach. 

Ce fut alors que les jeunes filles demandèrent aux hommes 
d'Irlande de les élever sur le plat de boucliers posés sur des 



158 H. d'Arhois de Jubaiiiville. 

épaules de guerriers afin qu'elles pussent voir comment était 
fait Cûchulainn. Elles trouvèrent merveilleuses les jolies, les 
aimables formes qu'il avait ce jour-là en comparaison de 
l'orgueilleuse et magique laideur qu'elles lui avaient vue la 
soirée précédente. Alors jalousie, mauvais vouloir et envie 
s'emparèrent de Dubthach le paresseux d'Ulster, a cause de sa 
femme [qu'il crut amoureuse de Cûchulainn] et il donna con- 
seil aux troupes d'agir traîtreusement avec Cûchulainn, de lui 
dresser une embuscade qui l'envelopperait et où il périrait. 
Voici ce qu'il dit : 

1 « Si l'homme aux contorsions est quelque part, 
De là résulteront des cadavres d'hommes tués par lui ; 
De là des cris autour des forteresses, 

De là fondement de récits historiques. 
[De là nourriture aux corbeaux] '. 

2 De là des pierres dressées autour des tombes. 
Sera augmenté le nombre des martvrs des rois. 
Vous ne livrerez pas le bon combat ^ 

Sur le penchant de la colline contre ce fou. 

3 De ce fou, je vois la personne ; 
Il a neuf têtes sur ses coussins >. 

Je vois le butin qu'il doit au tranchant de son épée : 
Dix têtes qui pour lui sont un grand trésor. 

4 Je vois vos femmes dresser 

Leurs visages vers les grands exploits'». 

Je vois votre grande reine 

Qui ne se lève pas pour livrer bataille. 

5 Si c'était moi qui étais votre conseiller, 
Des guerriers envelopperaient cet homme 
Afin d'abréger sa vie ; 

Tel serait le sort du contorsionné. » 

Fergus entendit ce discours ; ce conseil de traître, donné 
par Dubthach aux troupes, l'indigna. 11 lui lança un fort 

1. Vers à supprimer. 

2. Ni maith ro fichid in cath. Lcbor na hUidrc, p. cSi, col. 2, 1. 5, 
O'Keeffe, p. 74, 1. 2059. 

3. Ina chuilcennaib. Lebor na hUidre, p. 81, col. 2, 1. 4; O'Keeffe; 
p. 74, 1. 2060. 

4. An gnûis tar snaergala. Lebor na hUidre, p. 81, col. 2, 1. 6. O'Keeffe, 
p. 74, 1. 2062. 



Enlèvement du taureau divin. 159 

vigoureux coup de pied, en sorte que Dubthach alla de son 
museau frapper la troupe en face '. Puis il raconta toutes les 
mauvaises actions, tous les actes iniques, les trahisons, les 
choses honteuses que Dubthach avait fait contre les Ulates. 
Voici ce qu'il dit : 

1 (( Si c'est bien Dubthach à la langue paresseuse, 
Q.u'il se retire derrière l'armée. 

Il n'a fait aucun bien 
Depuis qu'il a tué les filles-. 

2 II a fait un acte qui n'est pas glorieux, qui est triste, 
Le meurtre de Fiachna, fils de Conchobar 3. 

N'est pas plus beau ce qu'on a raconté de lui, 
Le meurtre de Carpre* fils de Fedilmid. 

3 Ce n'est pas la puissance des Ulates que s'eftbrce de soutenir 
Dubthach, fils de Lugaid et petit-fils de Casruba. 

Voici ce qu'il fait aux hommes : 

Quand il ne vient pas aux mains avec quelqu'un, il en parle mal . 

4 Elle ne plairait pas aux exilés d'Ulster 

La mort de leur fils qui n'a pas encore toute sa barbe '> ; 
Q.uand les habitants d'Ulster rassemblés vous atteindront 
Ils vous envelopperont. 

5 Vos troupeaux seront séparés et fort éloignés de vous 
Devant les habitants d'Ulster quand ils se lèveront ; 
De grandes histoires raconteront des exploits. 
Parleront de grandes reines. 

6 [Des cadavres seront sous les pieds. 
Des corbeaux s'y trouveront chez eux *] ; 

Des boucliers seront couchés sur la pente des collines, 
Il y aura plus que jamais des actes de cruauté. 

7 Je vois vos femmes élever 

Leurs visages pour regarderies exploits. 

1. A srub i freslige ra budin, Windisch, p. 399, note 10. 

2. Pour venger le meurtre des fils d'Usnecli. Longes mac ii-Usii/o', c. 
16, Windisch, /mi:/;*' Texte, t. I, p. 76,1. 19. 

3. Pour venger le meurtre des fils d'Usnech. Longes mac n-Usiiig, c. 16. 
L'ische texte, t. I, p. 76, 1. 15. Un autre texte dit que les meurtriers de 
Fiachna furent Illan et Conall, Irische texte, t. II, 2, p. 169. 

4. Pour la même raison que le meurtre de Fiachna. Carpre par Feidlimid, 
sa mère, était fils de Conchobar. Suivant le Longes mac n-Usnig, c. 16, IriscLv, 
texte, t. I, le fils de Feidlimid s'appelait Fiachna. 

5. Leborna hUidre, p. 81, col. 2, 1. 16. O'Keefie, p. 74, 1. 2072. 

6. Lebor na hUidre, p. 81, col. 2, 1. 21. 



i6o H. d'Arbois de Juhaim'iîle. 

Je vois que votre grande reine 
Ne se lève pas pour combattre. 

8 11 ne fera ni exploit, ni acte honorable 
Le fils de Lugaid, l'héroïsme lui fait défaut. 
Devant les rois, les pointes de lance ne se rougiront pas, 
Si celui qui les manie est Dubthach à la langue paresseuse. 

Ici se termine « Le char armé de faux ». 



CHAPITRE XVIII. 

I. Meurtre d'Oengus, fils d'Oenlam. 

Alors s'approcha des troupes d'Irlande un guerrier très hardi 
d'Ulster; il s'appelait Oengus, il était fils d'Oenlam Gabe. Il 
fit tourner devant lui les armées des Mod Loga qu'on appelle 
Lugmod [aujourd'hui Louth] jusqu'aux deux tombes sur le 
mont Fuaid. Voici ce que les savants racontent; si les guerriers 
d'Irlande lui avaient livré des combats singuliers successifs, il 
aurait tué les deux tiers de l'armée ennemie avant de succom- 
ber lui-même. Mais les guerriers d'Irlande ne procédèrent pas 
ainsi ; organisant une embuscade, ils l'enveloppèrent de toutes 
parts et il succomba au gué des deux tombes sur le mont 
Fuaid. 

2. Coup manqué de Belach Eoin (Passage d'Oiseau). 

Alors vint à eux Fiacha Fialdana d'Ulster. Il voulait avoir 
un entretien avec le fils de la sœur de sa mère, avec Mane le 
diligent de Connaught. Avec lui arriva Dubthach le pares- 
seux d'Ulster. Mane le diligent amena avec lui Doche, fils de 
Maga. Quand Doche, fils de Maga, vit Fiacha Fialdana, il lui 
lança un javelot qui traversa le corps de Dubthach le pares- 
seux, son ami. Fiacha Fialdana lança un javelot à Doche de 
Maga, mais ce javelot traversa le corps de Mane le diligent de 
Connaught, son ami. 

<f C'est un coup manqué, ce qui leur est arrivé », dirent les 
hommes d'Irlande ; « chacun d'eux a tué son ami, son parent. » 
De là le nom de ^ Coup manqué du passage d'Oiseau ». On 
dit aussi « L'autre coup manqué du passage d'Oiseau ». 



Enlèvement du taureau divin. i6i 



3. Déguisement de Tamon. 



Alors les hommes d'Irlande dirent à Tamon l'idiot de mettre 
sur lui les vêtements et le diadème d'or d'Ailill et d'aller au 
gué, cela sous leurs yeux. 

Tamon mit sur lui les vêtements et le diadème d'or d'Ailill 
et alla au gué qui était sous les yeux des hommes d'Irlande, 
ceux-ci plaisantèrent et applaudirent pour se moquer de lui. 
« Le vêtement que tu portes, Tamon », dirent-ils, « ô Tamon 
l'idiot! c'est le vêtement d'Ailill; tu as aussi son diadème 
d'or ». Cûchulainn vit Tamon, et n'étant pas au courant il 
crut que c'était Ailill lui-même ; il lui lança de sa fronde une 
pierre et Tamon l'idiot tomba sans vie sur le gué où il se 
trouvait. De la pour ce gué le nom de Gué de Tamon. 

De là aussi « Déguisement de Tamon » titre de cet épisode. 



CHAPITRE XIX. 

I. Combat de Fergus. 

Quatre des cinq grandes provinces d'Irlande prirent étape 
et campement cette nuit au pilier de pierre en Crich Ross. 
Medb demanda aux hommes d'Irlande un d'eux pour combat 
et bataille contre Cûchulainn le matin suivant. Chacun disait : 
« Ce ne sera pas moi, je ne sortirai pas de l'endroit où je suis, 
personne de ma famille ne doit rien à Cûchulainn ». 

Alors Medb demanda à Fergus de faire contre Cûchulainn 
le combat, la bataille refusés par les hommes d'Irlande. « Il 
serait inconvenant pour moi », répondit Fergus, « de me 
battre avec un jeune garçon imberbe, qui n'a pas de barbe du 
tout et qui a été mon élève. » Medb se plaignit fortement 
du refus par Fergus de s'engager à faire combat et bataille. 
|Elle lui fit donner du vin, l'enivra fortement et renouvela 
sa demande'.] 

I . Dobreth fin do ocus romesca cotrén ocus ro guded imdula isin corn- 
ac. Lebor na hUidre, p. 82, col. 2, 1. 6, 7; O'Keeffe, p. 79,1.2145, 2146, 
Winifred Faraday, p. 97. 



i62 H. iVArhoh de JahabivUle. 

Ils passèrent là cette nuit. Le lendemain matin, Fergus se 
leva de bonne heure et alla au gué du combat où se trouvait 
Cûchulainn ; Cûchulainn vit Fergus venir à lui. (f Ce n'est 
pas en grande sûreté », dit-il, « que mon maître Fergus vient 
à ma rencontre; il n'a pas d'épée dans le fourreau d'où 
sortaient de si grands coups. » C'était vrai. [Nous avons dit 
plus haut comment Ailill s'était emparé de cette épée'.J 
« Cela m'est tout à fait égal_, » répondit Fergus, « car si j'avais 
une épée, elle ne t'atteindrait pas, je ne l'emploierais pas 
contre toi; mais en reconnaissance des jouissances et de 
l'éducation que je t'ai données, que t'ont données les habitants 
d'Ulster et Conchobar, prends la fuite en présence des hommes 
d'Irlande. » — « Il me répugne », répondit Cûchulainn, 
« de fuir devant un guerrier dans YEnlèveinent des vaches de 
Cooley. » — « Cela ne doit pas te répugner, » répliqua Fergus, 
« car je fuirai devant toi au moment où tu seras blessé, 
ensanglanté, criblé de plaies, à la bataille de VEnUvcment. Et 
quand moi seul j'aurai pris la fuite, les hommes d'Irlande se 
mettront tous à fuir comme moi. » La perspective de ce 
futur succès des habitants d'Ulster fut très agréable à Cûchu- 
lainn ; il ht amener son char de combat, il y monta et au 
plus vite se mit à fuir loin des hommes d'Irlande. Ceux-ci 
le virent prendre la fuite. « Il a fui devant toi, » dirent-ils 
tous, « il a fui devant toi, ô Fergus ». — « Il faut le pour- 
suivre, » dit Medb, « il faut le poursuivre, ne pas le laisser 
s'éloigner de toi. » — « Non certes, » répondit Fergus, « je 
ne le poursuivrai pas davantage. Quoique cette espèce de fuite 
que je lui ai infligée soit peu importante, pareil succès n'a été 
obtenu par aucun des hommes d'Irlande qui l'attaquèrent 
dans YEnlèvement des vaches de Cooley. En conséquence, tant 
que les hommes d'Irlande n'auront pas cessé de lui livrer des 
combats singuliers, je ne recommencerai pas à combattre cet 
homme. » 

Ainsi finit l'épisode du combat de Fergus. 



I. Ar gat sai Ailill ass, ut priediximus. Lebor na hUidre, p. 82 b, 1. io ; 
O'Keeffe, p. 77, 1. 2149, 21 )0; Winifred Faraday, p. 97. 

Voir plus haut, chap. VIII, § 18; Enlève nient, p. 94; 95 , Revue Celtique, 
t. XXIX, p. 162, 163. 



Enlèvement du Itiiireaii divin. 163 

2. Place de tête de Fercliu. 

Ferchu l'exilé était de Connaught, cependant ses relations 
avec Ailill et Medb étaient celles d'un ennemi qui les combat- 
tait et les pillait. Depuis le jour où ils prirent possession de la 
royauté, il ne se rendit pas une seule fois dans leur camp, 
ni dans leur armée pour leur venir en aide dans les moments 
difficiles, en cas de nécessité, après convocation à une assem- 
blée indispensable ; il ne faisait que dévaster leur pays et leur 
terre après les avoir envahis derrière eux. Ce fut alorsqu'ilarriva 
à l'est d'Ai. Sa troupe était de douze hommes. On lui avait 
dit qu'un seul homme arrêtait, retenait quatre des cinq grandes 
provinces d'Irlande depuis le lundi commencement de l'hi- 
ver jusqu'au commencement du printemps, tuant au gué un 
homme chaque jour et cent guerriers chaque nuit. 
Alors il demanda à ses gens leur avis sur son projet. 
(( Pourrions-nous faire mieux, » dit-il, « que d'aller atta- 
quer cet homme qui arrête et retient quatre des cinq grandes 
provinces d'Irlande ? Emportant avec nous sa tête et ses armes, 
nous irons trouver Ailill et Medb. Quelque grands que 
soient les maux que nous avons fait subir à Ailill et à Medb, 
nous obtiendrons d'eux la paix pour avoir fait tomber cet 
homme sous nos coups. » Ce plan fut approuvé. Ferchu et 
ses compagnons allèrent dans l'endroit où se trouvait Cûchu- 
lainn et alors ils n'employèrent pas le procédé loyal du combat 
singulier. Tous les douze aussitôt se tournèrent contre Cûchu- 
lainn. Celui-ci se tournant contre eux coupa leurs douze têtes 
en un instant ; il dressa pour eux douze pierres et sur la 
pierre de chaque homme mit la tête de cet homme. Il mit 
aussi sur une pierre la tête de Ferchu l'exilé. On appelle 
« Place de tête de Ferchu » l'endroit où Ferchu l'exilé a laissé 
sa tête, c'est en Irlandais cenn-aitt Feirhoii. 

3. Combat de la famille Calatin. 

Alors chez les hommes d'Irlande, on se demanda qui serait 
capable de livrer combat et bataille à Cûchulainn, le lende- 
main matin, de bonne heure. Tous dirent que c'était Calatin 
le hardi avec ses vingt-sept fils et avec son petit-fils Glass, 



ié4 H. d' Artois de Jiibcnuville. 

fils de Delga. Voici ce qui les caractérisait : chacun d'eux 
portait du poison, chacun d'eux avait du poison sur chacune 
de ses armes, aucun d'eux ne manquait son coup, et si les 
hommes blessés par eux ne mouraient pas tout de suite, ils 
succombaient avant la fin du neuvième jour. On leur promit 
de grands présents, en récompense du combat et de la bataille 
à hvrer. Ils s'engagèrent à combattre et on convint que cette 
obligation serait contractée en présence de Fergus. 

Mais Fergus refusa d'intervenir, n'admettant pas que le 
combat livré par Calatin le hardi accompagné de ses vingt- 
sept fils et de son petit-fils Glass, fils de Delga, fut un combat 
singulier; la famille de Calatin soutenait que chaque enfant 
de Calatin le hardi était un membre du corps de Calatin, 
une partie de son corps, et que, venant avec eux, il n'amenait 
que la totalité de son corps. 

Fergus rentra dans sa tente près de ses gens, la fatigue 
causée par la douleur lui fitpousser très haut un gémissement. 
« On nous fera demain une triste action, » dit-il. — 
« Quelle action ? » demandèrent ses gens. — « On tuera Cùchu- 
lainn, » répondit-il. — « Hélas, » reprirent-ils, « qui le 
tuera ? » — « Calatin le hardi, » répondit Fergus, « Calatin le 
hardi avec ses vingt-sept fils et avec son petit-fils Glass, fils 
de Delga. Voici ce qui les caractérise : chacun d'eux porte du 
poison, chacun d'eux a du poison sur chacune de ses armes. 
Quand les hommes blessés par eux ne meurent pas tout de 
suite, ils succombent avant la fin du neuvième jour. Si à ma 
connaissance, il y avait quelqu'un qui irait assister au combat 
et qui viendrait m'apprendre comment Cûchulainn aurait été 
tué, je ne lui donnerais ni ma bénédiction ni mes armes. » — 
« J'irai », dit Fiachu, fils de Ferfébe. 

Ils ne bougèrent pas de la nuit. Le lendemain matin de 
bonne heure, Calatin le hardi se leva avec ses vingt-sept fils et 
Glass fils de Delga, son petit-fils. Ils allèrent à l'endroit où se 
trouvait Cûchulainn. Fiachu, fils de Ferfébe y alla aussi. Aussi- 
tôt que Calatin le hardi fut arrivé à Tendroit où se trouvait 
Cûchulainn, ils lui lancèrent leurs vingt-neuf javelots. Aucun 
des coups ne manqua le but, mais Cûchulainn fit avec son 
bouclier le tour d'adresse du tranchant. Les javelots attei- 



Enlcvcnienl du hiurcau divin. 165 

gnant le bouclier s'y enfoncèrent seulement dans une partie 
de leur longueur, en sorte que les coups, atteignant le but, 
n'avaient pas fait couler le sang et les pointes des javelots 
n'avaient pas rougi. Alors Cûchulainn, tirant son épée du 
fourreau que lui avait donné Bodb, déesse de la guerre, se 
mit à couper les javelots pour décharger son bouclier. Pendant 
qu'il était ainsi occupé, ses adversaires accoururent et tous 
ensemble mirent contre sa tête les vingt-neuf poings de leurs 
mains droites. Ils le maltraitèrent, le terrassèrent, en sorte 
que sa face, son visage, sa figure touchèrent le sable, le gravier 
du gué. Alors Cûchulainn poussa très haut son cri de guerre, 
cri provoqué par l'inégalité du combat; et, sauf les gens 
endormis, tous les habitants d'Ulster alors en vie entendirent 
ce cri. Fiacha, fils de Ferfébe, vint près de lui et le vit dans 
cette situation. Cette marque de sympathie rendit la force à 
Cûchulainn, il tira son épée du fourreau que Bodb lui 
avait donné ; d'un coup il trancha les vingt-neuf poings et 
les vingt-neuf guerriers tombèrent sur leurs dos avec une 
violence égale à l'intensité de l'effort qu'ils venaient de faire. 

Cûchulainn leva la tête et respira, la fatigue lui fit pousser 
un soupir, et il vit celui qui était venu à son aide. « Ton 
secours m'est arrivé à propos, cher frère nourricier, » dit Cûchu- 
lainn. — « Si mon secours t'est arrivé à propos, » répondit 
Fiacha fils de Ferfébe, « il ne fut à propos pour nous. Peut-être 
sommes nous les trois mille meilleurs guerriers de la tribu de 
Rudraige [en Ulster] venus à l'étape et au campement des 
hommes' d'Irlande, nous sommes tous exposés aux coups de 
tes javelots et de ton épée, et quoique tu ne nous donnes 
que de petits coups, nous saurons les reconnaître. » — « J'en 
donne ma parole, » répondit Cûchulainn, « si depuis que j'ai 
levé la tête et respiré, tu fais des exploits qu'un jour on 
racontera, aucun de ceux-ci n'en fera. » 

Et se tournant du côté de la fomille Calatin, Cûchulainn se 
mit à les frapper et à les hacher ; il coupa les corps en quatre 
et en plus petits morceaux le long du gué au levant et au cou- 
chant. Un seul homme essaya de lui échapper, comptant sur la 
rapidité de sa course, pendant que Cûchulainn décapitait les 
autres, ce fut Glass, fils de Delga. Cûchulainn se mit à courir 



i66 H. iVAihois de Jiihaiii ville. 

après lui; il l'atteignit près de la tente d'Ailill et de Medb ; Glass 
ne put que crier Fiach ! Fiach\ (dette! dette!), au moment où 
Cûchulainn, le frappant, lui coupa la tête. « Cet homme là 
va vite, » dit Medb, « de quelle dette Glass a-t-il voulu parler ? 
O Fergus ! » — « Je ne sais pas, » répondit Fergus. « Peut-être 
doit-il quelque chose à certains guerriers qui sont à l'étape et 
au campement. Est-ce à eux qu'il a pensé ? Cependant autre 
chose est possible ; il s'agit peut-être d'une dette de sang et de 
chair due par lui. Mais, » ajouta Fergus, « je donne ma parole 
que maintenant toutes ses dettes à la fois sont payées. » 

Ce fut ainsi que sous les coups de Cûchulainn, succomba 
Calatin le hardi avec ses vingt-sept fils et avec son petit-fils 
Glass, fils de Delga. 

Encore aujourd'hui subsiste au fond du gué la pierre 
autour de laquelle ils firent leurs, maladroits actes de bravoure 
et leurs combats. Là furent posées les poignées de leurs épées 
et leurs genoux, leurs coudes et les pointes de leurs lances. 

Voilà pourquoi à l'ouest du gué de Ferdéad, se trouve le 
gué dit Gué du fer de sang; de sang, parce que là, le tranchant 
d'une arme a été couvert de sang. 

Ici se termine le récit de la bataille livrée par la famille 
Calatin. 

CHAPITRE XX. 

COMBAT DE FERDEAD. 



Le combat de Ferdéad avec Cûchulainn est une addition à la rédaction 
primitive de VEiiIcvejneiil [du taureau divin et] des vaehes de Cooley dont il 
forme le chapitre XX. 

Au chapitre XXIV, Sualtam, père nourricier de Cûchulainn, se rend à 
Emain Mâcha dans le palais du roi d'Ulster Conchobar pour demander aux 
guerriers d'Ulster de venir en aide au héros qui depuis trois mois tient tête 
à une armée de trente-cinq mille hommes. Sualtam avait précédemment 
appris la situation difficile où Cûchulainn se trouvait pendant son combat 
contre Calatin le hardi que vingt-sept fils et un petit-fils accompagnaient. 
Il était alors allé voir Cûchulainn et l'avait trouvé vainqueur, mais couvert 
de blessures et incapable de continuer à combattre. Après avoir fait cette 
constatation, Sualtam be mit en route pour gagner Emain Mâcha, capitale 



Enlèvement du Uuiraiii divin. 167 

de rUlster. Quand a été rédigé l'exposé des causes qui décidèrent Sualtam à 
se rendre au palais du roi Couchobar, le combat de Ferdéad n'avait pas 
encore pénétré dans la composition épique que nous traduisons. 

La date relativement récente du combat de Ferdéad est aussi établie par 
ce fait que Ferdéad y porte un casque et Cùchulainn non seulement un 
casque, mais aussi une cuirasse ■. Des dix-neufs chapitres qui précédent, il 
n'en est qu'un seul où le casque et la cuirasse apparaissent, c'est le dix- 
septième chapitre et cela dans le morceau relativement récent composé par 
un auteur chrétien pour éliminer le dieu Lug, père naturel de Cùchulainn, 
l'empêcher de monter avec son fils dans le char armé de faux, lui ôter ainsi 
toute part dans la gloire du grand massacre de la plaine de Murthemne et 
attribuer toute cette gloire au seul Cùchulainn. Dans les dix-huit autres cha- 
pitres on ne rencontre ni casque ni cuirasse : le bouclier, un bouclier aussi 
haut que l'homme, est encore, comme aux temps les plus anciens, l'unique 
arme défensive du guerrier celtique. 

Le combat de Ferdéad est un morceau très émouvant à cause de l'amitié 
qu'ont l'un pour l'autre les deux adversaires qui cependant ne se ménagent 
pas et dont l'un finit par tuer l'autre. 

Expliquons le point de départ de cette amitié. 

Suivant le texte irlandais Sétanta est le nom primitif de Cùchulainn, c'est 
ce que dit son oncle le roi Conchobar % c'est ce que le jeune héros affirme 
deux fois lui-même >. 

Sétanta est la prononciation irlandaise de Setantios, nominatif singulier de 
Setantii, nom d'un peuple gaulois de Grande-Bretagne d'où vient un terme 
géographique, SsiavTi'fov Àt[J.iiv, port des Setantii, qui désigne une baie située 
en face de l'Irlande, sur la côte occidentale de la Grande-Bretagne +. On ne 
peut guère déterminer rigoureusement à quelle latitude cette baie se trouvait. 
Forbiger hésite là-dessus 5. Elton dans ses Origins of eiiglisb History la met 
près de Lancastre et pense que les Setantii formaient une tribu des Bri- 
gatiles ^. Les Brigautes étaient un des principaux peuples de la Grande- 
Bretagne 7, leur territoire touchait à l'est la mer du Nord et à l'ouest attei- 
gnait le canal qui sépare la Grande-Bretagne de l'Irlande; Elniracurn, York, 
paraît avoir été leur ville principale^; ils avaient une colonie en Irlande 

1. Le casque, calhbarr, et la cuirasse, lurecb, de Cùchulainn apparaissent 
dans l'édition de Windisch, p. 479, 1. 3310 ; le casque, cathbarr de Ferdéad, 
p- 535,1- 375. 

2. Tdin hô Ciialnge, p. 127, 1. 103 1. 

3. Tdin hô Ci'ialnge,p. 115, 1. 928; p. 129, 1. 1053. 

4. Ptolémée, 1. II, chap. 3, § 2, édition donnée chez Didot par Charles 
Mûller, t. I, p. 84, 1. S. 

5. Handbuch der allen Géographie, t. I, p. 297. Pauly, Real-Encydopaedie, 
t. VI, p. II 30. 

6. 2e édition, p. 237 et planche VI ; cf. J. Rhys, Celtic Brilain, 5e édi- 
tion, pp. 222, 223, 235, 236, et la carte, Map of Brilain, placée en tête du 
volume. Le Setantioruiii portus figure dans cette carte. 

7. Ptolémée, 1. II, chap. III, 5 10, édition Didot. t. I, pp. 96-99. 

8 Hùbner, chez Pauly-Wissowa, Real-Encyclopaedie, t. III, col. 844. 



î68 H. d'Arbois de Jiihaiiiville. 

dans la région sud-est de cette île aux environs de Wexford '. Ce sont eux 
qui ont apporté en Irlande le nom de Sétanta. 

Un autre peuple gaulois de Grande-Bretagne sous l'Empire Romain, ce 
sont les Duiinionii établis à l'extrême sud-ouest, là où sont aujourd'hui les 
comtés de Cornwall et de Devon ^. 

Les Dumnonii étaient gaulois, du rameau brittonique, gens Brittaïui, 
comme dit Solin, 22, 7; de ce que chez eux les Irlandais, passagèrement 
conquérants vers la fin de l'Empire Romain d'Occident, ont laissé par des 
inscriptions ogamiques la trace de leur passage, on ne doit pas conclure que 
les Diiinuonii appartinssent au rameau goidélique '. Ils eurent trois colonies : 
une dans la région septentrionale de la Grande-Bretagne +; une autre dans 
la région nord de la Bretagne continentale depuis Lanmeur (Finistère) jus- 
qu'à Dol (Ille-et-Vilaine), en comprenant ces deux localités ; de là le nom 
de Domnonée donné à cette région pendant le moyen âge à partir du 
sixième siècle k D'autres Dumnonii étaient allés plus anciennement s'établir 
en Irlande dans la partie septentrionale du Connaught, là où est aujourd'hui 
le comté de Mayo, région appelée à cause d'eux au moyen âge campus 
Doninon '' et Domnann 7. Dans cette colonie irlandaise dite Irros Domnann 
habitaient les Fir Domnann. 

Le dernier en date des guerriers qui suivant notre épopée livra à Cùchu- 
lainn un combat singulier, Ferdéad, appartenait à la tribu des Fir Domnann ^. 
Ainsi étant comme Cûchulainn d'origine gauloise et brittonique, il se trouvait 
appartenir à la même race que ce héros, être son parent : tu m\ucme, tu 
mfhine, dit Cûchulainn à Ferdéad. 

Tous deux gallo-brittons par leur naissance, Cûchulainn et Ferdéad étaient 
allés tous deux apprendre le métier des armes en Grande-Bretagne à l'école 
de l'amazone Scâthach '> où ils devinrent intimes amis et où deux jeunes 

1. Ptolémée, 1. II, chap. 2, § 6, 8 ; édition Didot, t. I, pp. 78, 79, cf. Hùb- 
ner, chez Pauly-Wissowa, Real-Encydopacdie, t. III, col. 844. 

2. Ptolémée, 1. II, chap. 5, § 15 ; édition Didot, t. I, pp. 103, 104, cf. 
Hûbner, chez Pauly-Wissowa, Real-Encyclopaedie, t. V, col. 1792. 

3. Rhys, Celtic Britain, 3e édition, p. 44, 

4. Ptolémée, 1. II, ch. 3, § 7; édition Didot. t. I, p. 92. Hûbner chez 
Paulv-Wissowa, Real-Encyclopaedie, t. V, col. 1792. Rhys, Celtic Britain, 
y édition, pp. 222,223, et Map of Britain. 

5. La Borderie, Histoire de Bretao-ne, t. I, p. 390 et suivantes, plus la 
carte intitulée : La Bretagne armoricaine et la marche franco-bretonne à 
l'époque mérovingienne. 

6. Tirechan's Collections, chez Whitley Stokes, The tripartite Lije of 
Patrick, t. II, p. 309, 1. 3, p. 326, 1. 13 ; Hogau, Fita sancti Patricii, pp. 64, 
84; Windisch, Tdin hô Cûalnge, p. 436, note i. 

7. Windisch, 'lain hé Cûalnve, p. 436, note i ; cf. Elton, Origins of 
english History, 2^ édition, p. 152, 228. 

8. Windisch, Tdin bô Ci'ialnge, p. 457, 1. 3004, 3005. 

9. Dans la pièce intitulée Tochmarc Einire, il est dit de Cûchulainn qu'il 
ne reçut pas d'instruction avant d'aller chez Scâthach,/;/ Alpaui anair, « in 
the east of Alba », comme traduit M. Kuno Meyer, Revue Celtique, t. XI, 
pp. 444, 445. 



Enll'venteiit du taureau divin. 169 

amazones Uathach et Aife, dont la première était fille de Scâthach, se trou- 
vaient avec eux comme élèves. Cùchulainn rendit grosse Aife et ainsi devint 
père de Conlaech que plus tard il tua, faute de l'avoir reconnu à temps. 

La liaison de Cùchulainn avec Ferdéad eut aussi un terme fort triste 
puisque Ferdéad fut tué par Cùchulainn. 

Le nom de Ferdéad comme celui de Cùchulainn n'est en réalité qu'un 
surnom épique sous lequel se cache le vrai nom, caché si bien qu'il a été 
oublié. Ferdéad veut dire « Fin des guerriers », parce que ce guerrier est le 
dernier de ceux qui, faisant partie de l'armée de Medb, livrèrent à Cùchu- 
lainn des combats singuliers. De métne le nom de Cùchulainn « chien de 
Culann » rappelle un épisode de la vie du jeune héros, quand, ayant tué 
le chien de garde du forgeron Culann, il consentit à remplacer ce chien 
momentanément et ainsi joua au service de Culann le rôle d'un chien. 

Alors les hommes d'Irlande se mirent à délibérer sur la 
question de savoir qui serait capable de livrer combat et bataille 
à Cùchulainn le lendemain matin de bonne heure. Tout le 
monde dit que ce serait Ferdéad, fils de Daman et petit-fils de 
Dare, le guerrier le plus brave des hommes de Domnann. 
Ses procédés dans les combats et les batailles étaient les 
mêmes que ceux de Cùchulainn. Tous deux près des mêmes 
institutrices avaient appris à faire acte d'habileté, de bravoure 
et de guerre. Ces institutrices étaient Scâthach, Uathach et 
Aife '. Il n'y avait qu'un point sur lequel un des deux eût la 
supériorité sur l'autre, c'était le javelot de sac- manié par 
Cùchulainn, il donnait à Cùchulainn la supériorité malgré la 
peau de corne dont Ferdéad était pourvu en combat et 
bataille contre guerriers au gué. 

On adressa des messagers, des envoyés à Ferdéad. Il refusa, 
repoussa, fit retourner ces messagers, ces envoyés sans venir 
avec eux. Il savait ce qu'on voulait obtenir de lui, livrer 

1. La modeste, la terrible et la belle. 

2. Je considère bulga comme un adjectif dérivé de boig « sac ». Suivant 
M. Kuno Meyer, bolga pour hiilgae est le génitif de bolg substantif, féminin 
signifiant ouverture. Le gac bolga était un javelot dont le fer avait une 
ouverture, c'esj-à-dire avait forme de fourche. On pourrait aussi supposer que 
le gae bulga était originaire d'une localité située dans le nord de la Grande- 
Bretagne, Blatiim Bulgiiuii, aujourd'hui Birren, près Middlebay, comté de 
Dumfries en Ecosse; c'aurait été la patrie d'Aife qui donna le gae bulga à 
Cùchulainn. CL Coi-pus inscriptionuni latinaruiii, t. VII, p. 186; Windisch, 
Tdiii bô Cûalnge, p. 327, 1. 2373. 



Revue Celtique, XXVC. 



170 H. d'Arhois de Jubainvillc. 

combat à un ami, à un camarade, à un frère nourricier. Alors 
Medb envoya à Ferdéad des filid, des gens de science, de 
rudes insulteurs, pour prononcer contre lui trois satires 
magiques faute d'avancer, et trois malédictions, afin de faire 
lever sur son visage trois boutons, bouton de honte, bouton 
d'opprobre, bouton de déshonneur, d'où résulterait sa mort ou 
immédiate, ou avant la fin des neuf jours suivants, s'il ne 
venait. Ferdéad vint avec eux dans l'intérêt de son honneur; 
il aimait mieux succomber frappé des javelots qui sont lancés 
par exploits de guerriers, par acte de guerre et de bravoure, 
que de périr, sous les coups des javelots que lancent les 
auteurs de satires magiques, d'insultes et d'outrages. Quand 
il fut arrivé, on lui fit honneur, on prit soin de lui, on lui 
donna un breuvage agréable à boire, beau, enivrant, en sorte 
qu'il entra dans une ivresse gaie ; on lui promit de grands 
présents en récompense du combat et de la bataille : un char 
valant quatre fois sept femmes esclaves, des vêtements de 
toutes couleurs de quoi habiller douze hommes, puis en 
échange de sa terre en Ulster, l'équivalent dans les fertiles 
champs d'Ai, sans avoir à payer rente, ni cens ; sans obliga- 
tion d'aller au camp, ni de faire service de guerre quelconque, 
sans charge aucune pour lui, pour son fils, pour son petit-fils, 
pour son arrière petit-fils, pour aucun de ses descendants 
jusqu'à la fin des temps; enfin il aurait Findabair pour unique 
épouse et par dessus le marché la broche d'or fixée dans le 
manteau dç Medb. Puis Medb prit la parole : voici ce qu'elle 
dit et ce que Ferdéad répondit : 

1. Medb 

« Tu auras grand salaire : ma broche 
Avec ta part de champs et de forêts ; 
Affranchissement de ta race 
D'aujourd'hui à jamais. 

O Ferdéad, fils de Daman ! 
Ce que tu obtiens est au-dessus de toute attente. 
Qiaelle raison aurais-tu pour ne pas accepter 
Ce que tout le monde accepterait ? » 

2. Ferdéad 

n Je n'accepterai pas sans une garantie, 
Car je n'ignore pas l'art de lancer les javelots. 



Enlèvcuient du taureau divin. 171 

Demain serait lourd pour moi, 
Serait puissant l'effort que je ferais. 

Le chien surnommé de Culann 
A une lance qui pique fortement. 
Il ne serait pas facile de supporter cette piqûre, 
La plaie serait forte. » 

3. Medb 

« Des guerriers seront garants ; 
Tu n'iras pas les chercher aux assemblées; 
De belles brides, de beaux chevaux 
Te seront donnés en garantie. 

O Ferdéad, homme de guerre. 
Tu es un brave ; 

Pour moi tu seras homme d'amour 
Au-dessus de tous sans avoir tribut à payer. » 

4. Ferdéad 

« Je n'irai pas sans cautions 
Au jeu qui se jouera au gué ; 

La mémoire de ce jeu durera jusqu'au jour du dernier jugemen t 
Avec le souvenir de son ardeur et de sa force. 

Je n'accepterai pas, qui que ce soit qui m'entende, 
Qui que ce soit qui compte sur moi ; 
Je n'accepterai pas sans serment par le soleil et par la lune ', 
Par la mer, par la terre. » 

5. Medb 

« Quelle raison as-tu pour retarder cette convocation ? 
Prends l'engagement : afin que tu sois content, 
La main droite de rois de grandes et de petites provinces 
Viendra se poser sur la tienne. 

Il y a ici quelqu'un qui ne t'ôtera rien ; 
Tu auras tout ce que tu désires, 
Car on sait que tu donneras la mort 
A l'homme qui vient à ta rencontre. » 

6. Ferdéad 
« Je n'accepterai pas sans six cautions ; 

Je n'exige pas moins. 

Avant que je fasse mes exploits 

Là où sont les armées. 

Si ma demande m'était accordée, 

I. Le soleil et la lune remplacent ici le ciel de 1 .lacienne tur.nule : 
serment par le ciel, la terre et la mer. 



1/2 H. cV Artois .de Jiihaùiville, 

Je consentirais malgré la chance inégale 
A entreprendre le combat 
Contre le cruel Cûchulainn. » 

7. Medb 

« Que les cautions soient Domnall ou Carpre, 
Ou le brillant Niamau du massacre, 
Ou qu'ils soient pris dans la troupe des bardes, 
Tu en trouveras sans 'aucun |doute. 

Prends pour caution Morann [le jugej. 
S'il t'est agréable d'avoir son concours ; 
Prends Carpre de la belle plaine de l'île de Man, 
Prends nos deux fils. » 

8. Ferdéad 
« O Medb, au langage plein de poison, 
Le mérite du fiancé [de ta fille] ne te retient pas ; 
Il est certain que tu es gardeuse de vaches 
A Cruachan que des remparts défendent. 
Haute gloire, force haute et sauvage, 
Je recevrais du satin de couleurs variées ; . 
Donne-moi ton or et ton argent, 
Car ils m'ont été 'offerts. » 

9. Medb 

« N'es-tu pas le héros suprême 
A qui je donnerai ma broche munie de crochets 
Pour la garder d'aujourd'hui au jour du seigneur ' 
Il n'y a pas d'espace de temps plus long. 

O puissant et célèbre guerrier. 
Tout bijou aimable sur terre 
Te sera ainsi donné, 
Tout sera à toi. 

Ne te mets pas en colère : Findabair 
Est reine de l'ouest de l'Irlande ; 
Quand tu auras tué le Chien du Forgeron 
Findabair sera à toi, ô Ferdéad ! » 

Alors Medb obtint de Ferdéad l'engagement de livrer le 
lendemain combat et bataille à six guerriers à la fois ou à 
Cûchulainn seul s'il le trouvait plus facile. A son tour elle 
avec Ferdéad l'engagement de faire en sorte que ces six 
guerriers seraient caution de l'exécution des promesses prit 

I. Domnach, « jour du seigneur », c'est-à dire « du jugement dernier ». 



Enlèvement du taureau divin. 173 

qu'elle lui avait faites, pour le cas où Cûchulainn serait tué 
par lui. 

Alors, on prit les chevaux de Fergus, on les attela à son 
char et Fergus se rendit à l'endroit où était Cûchulainn pour 
lui raconter ce dont Medb et Ferdéad étaient convenus. 
Cûchulainn souhaita le bonjour à Fergus : « Ta visite est la 
bienvenue, maître Fergus », dit Cûchulainn. — « Je considère 
cette salutation comme loyale, ô mon élève, » répondit Fer- 
gus, « mais je suis venu pour t'apprendre qui viendra te livrer 
combat et bataille demain matin de bonne heure. » — « Nous 
t'écoutons, » reprit Cûchulainn. — « Ce sera, » répliqua 
Fergus, « ton meilleur ami, ton camarade, ton frère nourri- 
cier, l'homme qui est ton égal en tours d'adresse, de combats 
et d'exploits, Ferdéad, fils de Danicân et petit-fils de Dare, le 
guerrier le plus redoutable des hommes de Domnann » — 
'( En conscience, » répondit Cûchulainn, « nous ne désirons 
pas que notre ami vienne à notre rencontre. » — • « Mais », 
répliqua Fergus, « je suis venu te prévenir de te mettre en 
garde, de te préparer, car Ferdéad, fils de Dare ne ressemble 
pas aux adversaires qui jusqu'ici t'ont livré combat et bataille 
dans l'enlèvement des vaches de Cooley, » — « Je suis ici, « 
répondit Cûchulainn, « à retenir et arrêter quatre des cinq 
grandes provinces d'Irlande depuis le lundi fin de Tété ' 
jusqu'au commencement du printemps-; pendant ce temps il 
n'y a pas eu d'homme devant qui mon pied ait pris la fuite, 
il est à supposer que devant Ferdéad je n'agirai pas autrement. ■> 
Voici comment Fergus parla et exposa le danger; il (.lit les 
paroles qui suivent et Cûchulainn répondit : 

I. Fergus 
« O Cûchulainn! une rencontre brillante! 
Je la vois ; il est temps de te lever ; 
Contre toi est arrivé en colère 
Le fils de Daman, Ferdéad au visac;c rouge. » 

2. Cûchulainn 
« Je suis ici, mon vo\-age n'a pas été mince. 
Avec force j'arrête les guerriers d'Irlande; 

1. ler Novenbre. 

2. Kr Février. 



174 H- (i'Arhois de Juhahiviîle. 

Jamais mon pied n'a reculé 

En combattant aucun homme. » 

3. Fergus 
« Terrible est le guerrier que la colère anime, 
Terrible à cause de son épée rouge de sang ; 
Et la peau de corne qui enveloppe le belliqueux Ferdéad 
Résiste avec succès aux combats, aux batailles. » 

4. CÙCHULAINN 

« Tais-toi, ne répète pas ce que tu viens de dire, 
O Fergus, redoutable guerrier : 
En nulle contrée, en nul pays 
Il n'y a pour moi combat inégal. » 

5. Fergus 
« Terrible est Ferdéad l'homme aux vingt exploits. 
Il n'est pas facile de le vaincre ; 
Il a la force de cent guerriers, ce brave ; 
Ni pointe ne le perce, ni tranchant ne le coupe. » 

6. CÛCHULAINN 

« Si nous nous rencontrons sur le gué 
Moi et Ferdéad qui avons la pratique de la guerre, 
On comprend comment nous nous séparerons 
Après avoir en colère combattu avec armes tranchantes. » 

7. Fergus 
« Ce serait pour moi mieux qu'un salaire, 
O Cùchulainn à l'épée rouge. 
Si c'était toi qui devais porter à l'est 
Le trophée conquis sur l'orgueilleux Ferdéad. » 

8. Cùchulainn 

<< Je donne ma parole et j'en suis garant, 
Sans être habile dans les combats entre orateurs, 
Ce sera moi qui triompherai de lui, 
Du fils de Daman, du petit-fils de Dare. » 

9. Fergus 
« C'est moi qui ai réuni les armées de l'est. 
En réparation de l'insulte à moi faite par les hibitants d'Ulster 
A moi sont venus d'Ulster 
Les héros, les guerriers de cette province. » 

10. Cùchulainn 
« Si Conchôbar n'était pas malade, 
Son voisinage serait dur à supporter ; 



Enlèvement du taureau divin. 175 

Medb de Mag in Scâil ne serait pas venue 

A une expédition qui produirait plus encore de douleur. » 

II. Fergus 
« Ta main produira exploit plus grand 
Au combat avec Ferdéad fils de Daman ; 
Une arme dure qui aura dure pointe ' 
Sera à toi, ô Cûchulainn. » 

Fergus retourna à l'étape et au campement. 

Ferdéad gagna sa tente et rejoignit ses gens. Il leur raconta 
l'excellent engagement obtenu de lui par Medb, combat et 
bataille le matin contre six guerriers à la fois, ou combat et 
bataille contre Cûchulainn seul, s'il le trouvait plus aisé. 

Il leur dit l'engagement obtenu par lui de Medb, faire cau- 
tionner par les six guerriers l'exécution des promesses faites 
par elle pour le cas où Cûchulainn succomberait vaincu par 
lui. Les gens abrités par la tente de Ferdéad ne furent ni 
gais, ni contents, ni sans souci, ni de bonne humeur, cette 
nuit là; ils furent tristes, soucieux, de mauvaise humeur; 
ils savaient en quel endroit se battraient les deux héros, ces 
deux hommes capables de briser cent barrières ; ils savaient 
qu'un d'eux succomberait là, ou que tous deux y périraient. 
Ils pensaient que si un seul était tué, ce serait leur maître, car 
il n'était pas tacile de livrer combat et bataille à Cûchulainn 
dans l'enlèvement des vaches de Cooley. 

Ferdéad dormit profondément au commencement de la 
nuit; quand arriva la fin de la nuit, le sommeil le quitta, son 
ivresse était terminée. La pensée lui vint du combat, de la 
bataille, il ordonna à son cocher de prendre ses chevaux et de 
les atteler à son char. Le cocher lui conseilla de changer de 
projet : « Cela vaudrait mieux pour vous, » dit ce garçon. 
— « Tais-toi, mon garçon, » répondit Ferdéad. Et il parla 
ainsi, voici ses paroles et ce que le garçon répliqua : 

I. Ferdéad 
« Allons à cette rencontre 
Pour combattre cet homme. 
Rendons-nous à ce gué 

I. Le javelot de sac. 



176 H. d'Arhoi<: de JuhainviUe. 

Sur lequel [la déesse de la guerre] Bodb poussera des cris ; 

Quand je rencontrerai Cùchulainn, 
Qiiand, frappant au travers de son petit corps, 
Je lui ferai blessure si profonde 
Que d'elle il mourra. « 

2. Le garçon 

« Mieux vaudrait pour vous rester ici, 
Contre vous la menace n'est pas douce. 
Il y aura quelqu'un qui se trouvera mal ; 
Votre séparation sera triste. 

Aller à la rencontre du plus noble des Ulates, 
C'est aller au devant d'un désastre ; 
Le souvenir en durera bien longtemps ; 
Malheur à qui fera cette expédition ! » 

3. Ferdéad 

« Ce que tu dis n'est pas juste : 
Être timide n'est pas se conduire en héros. 
Notre devoir n'est pas d'être modeste, 
Nous ne resterons pas ici à cause de toi. 

Sois sans inquiétude sur nous mon garçon ; 
Le moment est venu de nous conduire en braves. 
Mieux vaut fermeté que crainte 
Allons à la rencontre. » 

Les chevaux de Ferdéad furent pris et attelés à son char, 
il arriva au gué du combat quand il ne faisait pas encore 
plein jour, a Eh bien, mon garçon », dit Ferdéad à son cocher, 
« étends sous moi, dans mon char, les couvertures et les four- 
rures; je vais m'assoupir et m'endormir profondément. » 

Parlons maintenant de Cùchulainn. Lui ne se leva qu'en 
plein jour; il ne voulait pas faire dire aux hommes d'Irlande, 
que, s'il se levait plus tôt, la crainte, la terreur en étaient 
cause. Quiand il fit plein jour, il ordonna à son cocher de 
prendre ses chevaux et de les atteler à son char. 

« Eh bien ! mon garçon », dit Cùchulainn, « prends nos 
chevaux et attelle-les au char, car le guerrier qui est venu à 
notre rencontre, Ferdéad, fils de Daman, petit-fils de Dare, est 
de ceux qui se lèvent tôt. Le cocher prit les chevaux, les attela 
au char : « Montes-y », dit-il à Cùchulainn, « et que ta valeur 
guerrière n'en reçoive pas de honte ». 

Ce fut alors que monta dans son char le héros frappeur, le 



Enlèvement du taureau divin. 177 

faiseur de tours guerriers, le vainqueur à l'épée rouge^ Cûchu- 
lainri;, fils de Sualtam ; en conséquence les génies à face de 
bouc, les génies à visages pâles, les fées des vallées, les démons 
de l'air' poussèrent des cris autour de lui. En effet, les gens 
de la déesse Dana^ jetaient leurs cris autour de lui afin de 
rendre d'autant plus grand l'effroi, la crainte, l'épouvante, la 
terreur qu'il inspirait dans tous les combats, dans tous les 
champs de bataille, dans toutes les luttes belliqueuses, dans 
toutes les batailles où il allait. 

Avant d'avoir attendu longtemps, le cocher de Ferdéad 
entendit quelque chose: bourdonnement, fracas, bruit confus, 
tapage, sorte de tonnerre, vacarme, tumulte, bruit éclatant 
causé par le choc des boucliers, jeu et cliquetis de lances, sons 
divers produits par les épées qui s'entrechoquaient, par le 
casque, par la cuirasse, par les armes qui se heurtaient dans 
un maniement furieux, par les cordes, par les roues, par l'en- 
semble du char, par les sabots des chevaux, enfin par la puis- 
sante voix du héros, du guerrier batailleur qui arrivait au gué. 
Le cocher de Ferdéad s'approcha et posa la main sur son 
maître : « Eh bien », dit-il, « ô Ferdéad, lève-toi, ton adver- 
saire est près de toi au gué ». Et il prononça les paroles que 
voici : 

(c J'entends le roulem'ent d'un char 

Avec un joli joug d'argent. 

Un homme de haute taille 

Est assis sur ce char dur. 

Traversant Bri Ross, traversant Brane, 
Ce guerrier et son cocher suivent la route 
. Au delà du tronc d'arbre du lieu dit de l'arbre sacré. 
Leur supériorité est victorieuse. 

Le chien adroit qui a ordonné d'avancer 
Est un guerrier beau, conquérant, monté sur un char. 
Un noble faucon aiguillonne 
Ses chevaux à sa droite. 

Sa chair est couleur de sang. 
Il est certain qu'il arrivera près de nous. 

1. « Les démons de l'air » sont une glose chrétienne. 

2. Les dieux des Irlandais pavens. 



178 H. d'Arhois de Jiihai avilie. 

On sait, — inutile de le taire, — 
Qu'il vient nous livrer bataille. 

Malheurà qui sera sur la colline 
En face de ce beau chien ! 
J'ai prédit l'année dernière, 
Qu'il viendrait n'importe quand. 

Le chien d'Emain Mâcha, 
Chien de toute couleur, 
Chien de frontière, chien de bataille, 
Je l'entends, il nous a entendus. » 

« Eh bien! mon garçon », dit Ferdéad, « quel motif as-tu 
eu pour louer cet homme depuis que tu es venu de la maison ? 
Étant donné l'excès de ces louanges, je ne manque pas de rai- 
sons pour te quereller, Ailill et Medb ont prédit que cet 
homme succomberait sous mes coups; et comme j'en serai 
récompensé par eux, je le mettrai vite en pièces. Le moment 
est arrivé que tu me viennes en aide. » Voici les paroles qu'il 
dit et la réponse du cocher : 

I. Ferdéad 
« Le moment est venu de me donner ton concours, 
Tais-toi, ne le vante pas. 
N'agis pas avec lui en ami, 
Ne me trahis pas sur la frontière. 

Si tu vois le héros de Cooley 
Avec les tours d'adresse dont il est si fier. 
Pour la récompense à moi promise 
Il sera vite mis en pièces. » 

2. Le cocher 
« Si je vois le héros de Cooley 
Avec les tours d'adresse dont il est si fier. 
Il ne s'éloigne pas de nous en fuyant. 
Il se dirige vers nous. 

Il court, ce n'est pas lentement ; 
Quoique très adroit, il n'économise pas les efforts. 
Ainsi l'eau coule sur pierre. 
Ainsi le tonnerre s'élance impétueux. » 

3. Ferdé.\d 
« La cause de querelle entre toi et moi est petite : 
C'est l'excès des éloges que tu lui a donnés. 



Enlèvement du iauremi divin. 179 

Pourquoi as -tu choisi ce sujet 
Depuis que tu es venu de la maison ? 

Quand on élève un homme très haut, 
Quand on le vante, 
On ne se prépare pas à l'attaquer. 
Mais soyons des hommes forts. » 

Le cocher de Ferdéad ne fut pas long pour arriver au gué. 
Une fois arrivé, il vit quelque chose : un beau char à quatre 
angles pointus, allant avec une impétueuse rapidité, conduit 
avec une grande habileté, surmonté d'un pavillon vert; la 
caisse du char, faite de bois mince, sec, haut, long comme 
l'épée d'un héros^ s'avançait derrière deux chevaux rapides, 
sauteurs, aux grandes oreilles, taisant jolis sauts; ils avaient 
des narines aussi larges que des sacs, de larges poitrails, les 
cœurs vifs, les flancs élevés, les sabots larges, les pieds minces, 
très forts, agressifs. Un de ces chevaux était gris, à hanches 
larges, sautillant, à longue crinière. De l'autre côté du joug, 
était attelé au char un cheval noir à la crinière bouclée, à la 
marche rapide ; on pouvait le comparer à un faucon en chasse, 
un jour où le vent serait aigu, où un vent capable de tout 
déchirer soufflerait contre lui au printemps, en mars, sur une 
plaine. Au début la démarche des deux chevaux de Cûchu- 
lainn ressemblait à celle d'un cerf farouche à la première 
approche des chiens, au commencement de la chasse ; on aurait 
pu croire qu'ils marchaient sur une pierre rendue brûlante par 
le feu ; l'impétuosité de leurs mouvements simultanés secouait 
et soulevait la terre. 

Cûchulainn arriva au gué; Ferdéad s'arrêta sur la rive méri- 
dionale ; Cûchulainn s'assit sur celle du Nord. Ferdéad souhaita 
bienvenue à Cûchulainn. « Je te félicite d'être arrivé ici », 
ditFerdéad. — « Je ne considère pas comme loyale », répon- 
ditCûchulainn,« la salutation que tu m'adresses en ce moment, 
Je n'aurai désormais aucune confiance en elle. Je serais en droit 
de te souhaiter bienvenue plutôt que toi à moi. C'est toi qui 
viens dans mon pays, dans ma province m'attaquer, me com- 
battre, sans raison légitime; ce serait plutôt à moi à venir te 
livrer combat et bataille, car c'est toi qui t'es emparé de mes 
femmes, de mes fils, de mes gentils garçons, de mes chevaux. 



i8o H. cVArbois de JithainvUle . 

de mes nombreux chevaux, de mon bétail, de mes troupeaux, 
de mes vaches. » — « Fort bien », répUqua Ferdéad, « mais 
quelle est donc la raison qui t'a décidé à me livrer combat et 
bataille? Lorsque nous étions chez Scâthach, chez Uathach et 
chez Aife, c'était toi qui pour moi faisais fonction de domes- 
tique, qui armais mes lances, qui dressais mon lit. » — « C'est 
bien vrai », répondit Cûchulainn, « c'était à cause de ma jeu- 
nesse, et c'est parce que j'étais alors adolescent que je te ren- 
dais ces services, mais la situation n'est plus du tout la même 
aujourd'hui. Aujourd'hui il n'}^ a pas au monde un guerrier 
que je ne repousserais. « Alors chacun d'eux reprocha vive- 
ment à l'autre d'avoir renoncé à leur précédente amitié. Voici 
les paroles que dit Ferdéad et les réponses de Cûchulainn : 

I. Ferdéad 
« Quel motif, ô toi qui louches, t'a conduit 
Au combat contre un robuste guerrier. ? 
Ta chair sera rouge de sang 
Au-dess'js des haleines de tes chevaux. 

Malheureux le vovage que tu as fait ! 
Ce sera comme dans une maison un charbon ardent. 
De guérison tu auras besoin 
Si à ta demeure tu arrives. » 

2. Cûchulainn 
« Je suis venu au-devant des guerriers. 
Comme un sanglier sur mer orageuse avec quantité de vagues 
Pour combattre des centaines d"hommes. 
Pour te jeter sous l'eau. 

En colère contre toi, pour te mettre à l'épreuve 
En combattant de cent façons. 
Ce sera toi qui seras volé. 
Je prétends prendre ta tête. » 

3. Ferdéad 
« Il V a ici quelqu'un qui te broiera. 
Ce sera moi qui te tuerai ; 



Car c'est de moi qu'elle vient : 

La fuite de leurs meilleurs guerriers 
En présence du reste des habitants d'Ulster, 
Afin que le souvenir en dure longtemps 
Le souvenir de leur anéantissement. » 



Enlève ment du taureau divin. i8i 

4. CÛCHULAINN 

« La question est de savoir comment nous combattrons, 
Nos chairs blessées nous ferons gémir ; 
Qu'importe ? nous irons 
Au combat dans le gué. 

Sera-ce à coup d'épées dures, 
Ou de nos lances rouges ? 
Tu seras tué devant tes troupes. 
Si tu viens à l'heure convenue. » 

5. Ferdéad 
« Avant le coucher du soleil, avant la nuit. 
Puisqu'il faut que je t'attaque. 
Je te combattrai près du mont Bairche 
Au combat le sang ne fera pas défaut. 

Les habitants d'Ulster viendront à ton appel : 
Il l'a pris, écoute, [crieront-ils] ; 
Ce qu'ils verront leur sera désagréable. 
Leur fera impression profonde. » 

6. CÛCHULAINN 

« Tu es allé dans le gouffre du danger ; 
La fin de ta vie est arrivée ; 
Le tranchant de l'épée sera manié sur toi, 
L'habileté de ton adversaire ne sera pas mince. 

Ce sera un guerrier aux grands exploits qui te tuera ; 
Des guerriers seront venus par groupe de deux ; 
Tu ne seras pas le chef du groupe en marche, 
Toi d'aujourd'hui au jour du jugement [dernier]. » 

7. Ferdéad 

« Donne à d'autres ton avertissement. 
Tu es le plus grand bavard du monde. 
Tu n'auras ni salaire ni pardon. 
On ne peut te comparer à un buisson qui mis sur un autre 

[l'écrase. 

C'est moi qui te connais : 
Tu as le cœur que couvrent les plumes des oiseaux ; 
Tu es un garçon qu'on chatouille ; 
Tu n'as ni bravoure ni force. » 

8. CÛCHULAINN 

« Quand nous étions près de Scàthach 
Pratiquant nos exercices guerriers accoutumés, 



i82 H. d'Arbois de' Juhninvillc. 

Nous voyagions ensemble à l'entour, 

Nous allions à l'entour chercher occasion de combattre. 

Tu es mon camarade de cœur, 
Tu es de ma race, tu es mon parent ; 
Autrefois je n'ai rencontré personne qui me fut plus cher, 
Ta mort m'attristerait. » 

9. Ferdéad 
« Tu as grand tort de renoncer à ton honneur 
En me proposant de ne pas combattre. 
Avant que le coq chante, 
Ta tète sera posée sur un pieu. 

O Cûchulainn de Coolev ! 
Folie et trouble d'esprit se sont emparés de toi ; 
De nous te viendra tout le mal ; 
A toi la faute. » 

« Eh bien ! ô Ferdéad », dit Cûchulainn « il n'est pas bien 
à toi de venir me livrer combat et bataille à cause de la que- 
relle que nous font Ailill et Medb. De tous ceux qui sont venus 
m'attaquer, aucun n'a obtenu victoire ou avantage quelconque; 
tu tomberas sous mes coups. » Voici ce qu'il dit : il parla le 
premier, Ferdéad l'écoutait. 

1 . « Ne viens pas m'attaquer, ô héros accompli ! 
O Ferdéad, fils de Daman ! 

Pour toi le résultat sera pire que pour moi 
Et attristera beaucoup de monde. 

2 . Ne m'attaque pas ce serait contre le bon droit. 
Ce sera moi qui te coucherai dans ton dernier lit . 
Pourquoi de nous deux es-tu seul à manquer de jugement ? 
Mon combat est celui d'un grand guerrier. 

3 . De nombreux tours d'adresse ne manqueraient pas de bientôt 

te vaincre 
Malgré ta peau de corne pourpre ; 
La fille qui t'a été promise 
Ne sera pas à toi, ô fils de Daman ! 

4. Fiudabair, fille de Medb, 
Quelque splendide que soit sa beauté. 
Quelque gracieux que soient ses traits. 

Ne te sera pas acquise par ta première attaque. 



Enlèveineiil du laurcau divin. 183 

5. Findabair, fille du roi, 

A été offerte comme salaire ; on 'en dira la vérité ; 
Beaucoup ont été déjà trompés par cette offre, 
Et ont péri comme tu périras. 

6. Ne viole pas sans savoir cela le serment qui te lie à moi, 
Ne romps pas nos conventions, ne romps pas notre amitié ; 
Respecte la parole que tu m'a donnée. 

Ne m'attaque pas, ô guerrier accompli! 

7 . Elle fut offerte à cinquante guerriers 
Cette fille ; cette offre était insensée ; 

Je fis descendre au tombeau ces cinquante hommes. 
Ils n'avaient obtenu de moi que l'application du droit de la 

lance. 

8 . Quoique Ferbaeth passât pour brave. 
Quoiqu'il eût un cortège de bons guerriers, 

Il me fallut peu de temps pour abattre sa turcur. 
D'un seul coup de lance je le tuai. 

9. L'exploit contre Srubdare le fit péniblement dépérir. 

Il fut atteint dans un endroit qu'avaient connu des femmes. 
Quand le temps de sa grande gloire fut terminé, 
Ni or ni vêtement ne le protégèrent. 

10. Si c'était à moi qu'était fiancée la femme 
A qui sourit la reine des belles provinces. 
Je ne ferais pas rougir de sang ton corps 
A droite, ni à gauche, derrière ni devant. » 

« Eh bien Ferdéad », dit Cûchulainn, « voici pourquoi il 
n'est pas juste que tu viennes me livrer combat et bataille. 
Lorsque nous étions chez Scâthach, chez Uathach et chez Aife, 
c'était ensemble que nous allions à tous les combats, à tous 
les champs de batailles, à toutes les luttes, à toutes les guerres, 
à toutes les forêts, à tous les déserts, à tous les endroits 
obscurs, à tous les repaires. Et alors il parla ainsi : voici les 
paroles qu'il dit : 

« Cûchulainn et Ferdéad ont été amis de cœur 
Ils ont été ensemble dans les bois, 
Ils ont couché ensemble dans le même lit, 
Où nous dormions ensemble d'un profond sommeil 
Après de longs combats. 
• Dans de nombreux pays étrangers 



184 H. ifArbois de JuhainviUc. 

Nous voyagions ensemble, 
Nous parcourions tous les bois ; 
C'était renseignement de Scâthach. » 

Voici la réponse de Ferdéad : 

« O Cùchulainn, toi qui fais de si jolis tours d'adresse, 
Nous avons agi en braves avec un art égal ; 
Des conventions ont triomphé de notre amitié, 
Tes premières blessures ont été achetées. 
Tu ne te souviens pas de notre commune éducation ; 
O toi qui louches! elle ne te protège pas. » 

« Il y a maintenant », dit Ferdéad, « trop longtemps que 
nous sommes oisifs ici. Quelles armes emporterons-nous au- 
jourd'hui ? ô Cùchulainn !» — « A toi le choix des armes 
aujourd'hui », répondit Cùchulainn, « puisque c'est toi qui 
es arrivé le premier au gué. » — « Te rappelles-tu surtout », 
dit Ferdéad, « les premiers .principes de l'art de la guerre que 
nous pratiquions chez Scâthach, chez Uathach et chez Aife ? » 

— « Évidemment je me les rappelle », répondit Cùchulainn, 

— « Si tu te les rappelles, partons », répliqua Ferdéad. 

Ils se mirent en route, en se conformant aux principes de 
l'art de la guerre. Ils prirent leurs deux grands boucliers d'égales 
dimensions, leurs huit petits boucliers à bordure tranchante, 
leurs huit petits javelots, leurs huit épées avec poignées 
d'ivoire, leurs huit javelots aussi à poignées d'ivoire. D'abord 
éloignés l'un de l'autre, ils se rapprochèrent comme font les 
abeilles, un jour de beau temps. Chacun d'eux ne lança aucun 
projectile qui n'atteignit l'adversaire. Ils lancèrent leurs 
javelots avec cette habileté depuis le point du jour le matin 
de bonne heure jusqu'au milieu du jour à midi. Telle était 
leur grande habileté, qu'à l'aide des bossettes et des bords des 
boucliers, chacun repoussait les javelots lancés par son adver- 
saire. Autant l'attaque avait de supériorité, autant en avait la 
défense , ni l'un ni l'autre ne fit couler le sang de son adver- 
saire, et ainsi ne le tacha de rouge. 

« Maintenant cessons cet exercice, ô Cùchulainn! » dit 
Ferdéad, « il ne produira aucun résultat décisif. » — « Oui 
cessons », répondit Cùchulainn, « le temps en est venu ». Ils 



EiilcvcDiciil du laurcaii iliviii. 185 

cessèrent, ils jetèrent leurs javelots aux mains de leurs cochers. 
« Avec quelle arme, irons-nous maintenant au combat ? ô 
Cùchulainn ! » demanda Ferdéad. — « A toi le choix des 
armes jusqu'à la nuit «, répondit Cùchulainn, « car c'est toi 
qui es arrivé le premier au gué. » — « Prenons maintenant », 
répliqua Ferdéad, « nos javelots bien taillés, polis et durs 
qu'on lance avec de fortes cordes de lin. » — « Oui, il le 
faut », répondit Cùchulainn. Alors ils prirent pour leur 
défense deux boucliers forts, également solides, un pour 
chacun. Puis ils saisirent leurs javelots polis et durs qui se 
lancent avec de fortes cordes de lin. Chacun d'eux de midi au 
coucher du soleil lança des javelots à l'autre. Quelque 
supérieure que fût la défense, le jet des javelots fut encore 
plus habile, il fit couler le sang, produisit des taches rouges, 
des plaies chez les deux combattants. « Cessons maintenant, 
ô Cùchulainn ! » dit Ferdéad. — « Oui cessons, l'heure est 
venue >:, répondit Cùchulainn. En effet ils cessèrent, ils 
jetèrent leurs armes aux mains de leurs cochers. 

Puis chacun s'approcha de l'autre et mettant la main autour 
du cou de son adversaire lui donna trois baisers. 

H. d'ArBOIS de JUBAINVILLE. 



Revue CeUique, XXX. 



A NOTE ON THE WORD IRUATH 



In a folk-tale edited by D' Hyde in the first volume of the 
Irish Text Society's publications the following phrase occurs 
p. 52, 1. 14 : an iiiead riig an iornaidh os an canlaith. 

In his translation D"" Hyde merely repeats the word iornaidh, 
which was no doubt unfamiliar to him. 

A word, which is evidently identical with it, occurs in a 
precisely similar context in a poem in the Book of Hy Many 
(end of 13''' century) fo. 67^" 1. x : /;/ î-irualh os gach eon an. 
I think, that I can add a third " beleg-stelle " to thèse two. 

It was long ago pointed ont by D"^ K. Meyer in the intro- 
duction to his édition of the Alexander saga (Ir. Texte 11% 
p. 3), that the poem beginning : ceathrar dobhi air uaigh an 
fhir, which he there prints from Egerton 127, occurs in the 
Book of the Dean of Lismore, p. 84 of Skene's édition. 

He does not add, that there are there four stanzas, which 
do not occur in the Irish copies. 

In one of thèse stanzas occurs the phrase : in ninuoye ossin 
nane laithe, which M'Lauchlan translitérâtes, ani fireiin os na 
heunlaith. 

But irwoye cannot possibly be équivalent to fireun. 

It can however very well stand for irnaidh ; oy and oye 
are constantly used by the Dean to signify the collocation 
-naidh-, as the following examples shew. 

P. 27, 1. 23, arnir naidh = annroye. 

P. 17, 1. 23, and 28 cr naidh ^^= croye. 

P. 19, 1. 19, a ghrnaidh = a Tj'oye. 

The w is not so easy to parallel; but on p. 35, 1. 25 naith 
= luoa. It seems then tolerably certain, that we may trans- 
literate hère : 

An iruaidh os an canlaith. 



A iiolc ou Ihc Word Iruath, 187 

In ail thèse cases \ve hâve exactly the same context viz. as 
the leviathan exceeds ail fishes etc., so does the intath exceed 
ail other birds. It seems accordingly highly probable, that the 
Word means ' eagle '. At ail events it must be some large 
bird. 

It may be worth noting in this connection, that in the 
Egerton copy of the poem, printed by D' Meyer the 2"^ 
stanza runs : 

adubhaiit an chétfer dhiobh : 
do bhaththar anaen 'mun righ 
fir na talmhan — truagh a ndàl — 
ge ata aniugh 'na aonarân 

Hère ail the copies in the R. I. A. library, including Stowe 
F V 5, read ané instead oi anaen, as also in the second and third 
verses. This reading, which gives the required antithesis to 
the following aniugh, seems certainly right. It is supported by 
the Dean 's copy, where uey = ané, and indew = aniugh. 

Walter-J. Purton. 



Postscript : 

Since the above was written, mv friend, Mr Edward Gwynn, 
lias suggested to me, that « iruath » represents the late Latin 
« herodius », Greek àptosiô;. According to a quotation in 
Ducange s. v. this was a large and rapacious bird, « qui et 
aquilam vincit ». 

On the phonological side it will be remembered that 
« loruaith » is the Irish form of the personal name Herod. 

W.-J.-P. 



CORRESPONDANCE 



17 avril 1908. 
Monsieur, 

Voudriez-vous me permettre de placer une petite note au 
bas de la page loi de la Revue Celtique 1908? 

A propos du Pèlerinage de Laurent de Paszthô, vous 
fiiites remarquer que « le P. Delehaye ne dit rien du Pèleri- 
nage d'Owen en 11 53 » et vous renvoyez à Matthieu de 
Paris. Or à la troisième ligne de ma préface, je cite les « visions 
du chevalier Owain « avec rappel des n°^ 6510 et 12 de 
1 a Bibl'wtheca Hagiograpbica Latina où sont citées les éditions 
du Purgatoire, c'est-à-dire des visions du chevalier Owain. 

C'est de propos délibéré que j'ai exclu cette pièce célèbre de 
ma liste des récits de pèlerinage, à cause de la littérature 
considérable qui s'est développée autour d'elle et de la diffi- 
culté (qui subsiste toujours, malgré tant de travaux) de 
dégager l'élément historique qu'elle renferme. N'ayant rien 
de neuf à dire pour le moment, j'ai cru mieux faire en gar- 
dant le silence, et de réserver pour plus tard les éclaircissements 
que je ne suis pas encore en mesure de donner. 

Vous voudrez bien m'excuser de venir vous troubler pour 
si peu de chose. Cette petite note vous prouvera avec quelle 
attention nous lisons la Revue Celtique et quel prix nous 
attachons à ses jugements, toujours empreints de la plus 
grande bienveillance pour nos modestes travaux. 

Veuillez agréer l'hommage de mon respect. 

Hipp. Delehaye. 



CHRONIQUE 
DE NUMISMATIQUE CELTIQUE 



M. Camille Jullian a publié les deux premiers volumes d'une 
importante Histoire de la Gaule où il tait intervenir la monnaie 
dans de nombreux passages. Plusieurs pages du tome premier 
sont consacrées au monnayage massaliète * et l'auteur accepte 
en général les idées des spécialistes qui ont écrit avant lui. Je 
me contente donc de citer une hypothèse nouvelle et intéres- 
sante : les initiales qui se voient sur les drachmes de Massalia 
pourraient être celles des trois magistrats qui étaient à la tête 
des « Quinze premiers » ^, 

Avec le volume de La Gaule indépeiuiante, nous entrons 
dans la véritable numismatique celtique ' et M. Jullian cherche 
assez souvent des renseignements religieux parmi les types 
monétaires. Evidemment, au point de vue scientifique, tous 
les modes d'inquisition sont bons. L'avenir dira si le symbo- 
lisme peut nous éclairer de temps en temps au milieu des 
dédales de la numismatique gauloise. 

On a édité deux travaux généraux concernant les monnaies 
de la Gaule. Mais ils sont trop succincts et n'apportent rien 
d'utile +. 



1. T. I, 1908, p. 222, 437 à 442. 

2. Ihid., p. 435, n. 3. 

3. T. II, 1908, p. 334 à 355, et ^(755////. 

4. Robert Forrer, art. (^ Monnaies » dans le ReaUexikon der priihisto- 
rïscheii, klassischen uiid fruhchristUchi'u Altertùmcr. Berlin [1908], in-40, 
p. 504 et s., fig. 419-426, 2 pi. de m. gauloises. 

Kôcher, Das Mïni:{iuesen in; aUen Gallien. Ostern et Magdeburg, 1905- 
1906, in-40, 15 p. (contient des erreurs). 



ÎÇ)0 A. BJdllcI.H'f. 

Un autre mémoire récent ' eût pu donner des résultats inté- 
ressants. Mais l'auteur n'a qu'une connaissance superficielle 
de la Numismatique gauloise et plusieurs erreurs très nettes 
font douter de l'exactitude de beaucoup d'attributions . 

J'ai publié - une quinzaine de monnaies gauloises dont 
quelques-unes méritent, je crois, d'être signalées encore dans 
la Revue Celtique. C'est d'abord une série de pièces de bronze 
trouvées à Wimereux et Etaples, aux types du sanglier et du 
cheval et qui fournissent les premiers exemples d'un grènetis 
circulaire affectant la forme d'un torques terminé par des têtes 
d'animaux (bélier, bœuf, chien ; il est difficile de préciser). 

Une pièce d'argent (3 gr. 40) du Musée Hunter, à Glasgow, 
peut être considérée comme un des premiers échantillons du 
monnayage des Elusates. Une autre (4 gr. 53), du même 
musée, porte une tête de femme, imitée de celle des monnaies 
d'Emporia;; le revers représente un quadrupède mordant le 
dos d'un autre animal. D'autres imitations de la drachme 
d'Emporiie sont encore des preuves de la faveur que ce numé- 
raire obtint jusque dans le centre de la Gaule, sans doute vers 
le milieu du iii^ siècle avant notre ère. Deux pièces de la 
trouvaille de Bridiers (Creuse) ont une importance exception- 
nelle pour l'histoire du monnayage gaulois, car elles sont sur- 
frappées sur des pièces plus anciennes. L'une permet de con- 
naître l'ordre de succession de deux types de la trouvaille de 
Bridiers. L'autre pièce, frappée sur un spécimen des premières 
monnaies « à la croix », du poids de 4 gr. 30, démontre que 
ce monnayage « à la croix », ne gagna pas sans contestation 
la suprématie qu'il eut pendant deux siècles dans le bassin de la 
Gironde. Les types monétaires d'Emporii^ regagnèrent la faveur, 
pendant quelque temps au moins. Le problème mérite d'être 
étudié encore, car il doit se lier à une question de suprématie 
commerciale. 

La trouvaille de Mordelles (Arr. de Rennes, Ille-et-Vilaine), 

1. Léon Coutil, Inventaire des monnaies gauloises de lii Seine Inférieure. 
Caen, 1908, in 8°, 100 p. (Extrait de V Annuaire des cinqdép. de la Norman- 
die, publié par l'Association normande, 75e année, p. 141 à 235). 

2. Adrien Blanchet, Monnaies i^niuloises inédites ou peu connues, dans la 
Rev. nuniisni., 1907, p. 461 à 47s, pi. XIV. 



Cbrojilqiii' de iiiiinismalitjiic rclliijiie. 191 

faite en 1893, contenait des monnaies armoricaines associéesà 
des pièces de Togirix. Le nombre exact des exemplaires, con- 
tenus dans un vase de terre, n'est pas connu. Mais on a pu 
étudier quelques variétés intéressantes, parmi lesquelles un 
quart de statère portant le sanglier sous l'androcéphale, des 
statères et quarts avec un buste humain (ou plutôt un person- 
nage) couché sous le cheval, plusieurs statères avec la roue, 
un autre avec le foudre ou fleuron, un statère avec la tète bar- 
bue, un avec la lyre au revers et une autre lyre sur la joue de 
la tête du droit; enfin plusieurs exemplaires d'une variété 
inédite portant très nettement un bœuf à tête de face sous le 
cheval '. 

Des imitations du tétradrachme de Philippe II, spécimens 
des séries attribuées aux Coistoboci et aux Cotini, ont été 
recueillies dans la partie montagneuse de l'angle formé par 
les rivières Sajo et Tisza^. Mais la même région a fourni 
d'autres imitations, et l'on ne saurait conclure qu'elle devait 
appartenir à un peuple déterminé. 

D'ailleurs la question des imitations, au type de Philippe 
plus ou moins déformé, me paraît devoir être étudiée avec une 
grande prudence. La tendance actuelle est de s'attacher à la 
localisation dans l'espace, en négligeant trop le problème 
chronologique. 

Signalons encore la trouvaille de Tacs, près de Besztercze 
(comitat de Besztercze-Naszod, Hongrie), contenant 160 imi- 
tations de Philippe, en 14 variétés du type n° 9789 du Cabi- 
net de France 5 ; puis le dépôt de Brassô (Kronstadt, comitat de 
Brassé, frontière de Roumanie), composé d'imitations de 
Philippe (type n° 987^), mêlées à des imitations d'Alexandre 
et de Thasos -t. 

I. J. Harscouet de Kcravel, Moinuiies i^auhises, trouvaille île Mordelles. 
Rennes, 1908, gr. in-80, 5 p., fig. (extr. du Bulletin tle la Société archèoloi;. 
d'Ille-et-VilaUie,x.\y.\Vm). 

1. Andréas Leszih, dans le Niiiiii:;^iihiti];ai Ko~lôn\', 1908, p. 97 à loi 

3. Géza Supka, dans le Nitiiii:iin. A'o:^/., 1908, p. 71-74. — La princi- 
pale caractéristique de ces pièces est le Q qui termine la chevelure du cava- 
lier. 

4. E. Gohl, dans le même recueil, 1908, p. 9. 



192 A. BJaiichcl. 

M. Robert Forrer, qui continue ses études de numismatique 
celtique du Rhin et du Danube, a publié des pièces intéres- 
santes '. L'une, d'or pur, pesant 5 gr. 93, aurait été trouvée à 
Mayence. On y voit une tête casquée, imitée certainement de 
celle des statères d'Alexandre, et, au revers, un guerrier avec 
une longue épée au côté droit, qui paraît lutter contre un 
oiseau de proie aussi gros que 1" homme même. M. Forrer 
suppose que l'oiseau dévore le cou d'un vaincu sans tête. En 
rendant compte du travail de M. Forrer, j'ai déjà dit que la 
tête pouvait être figurée par trois traits et j'ai rapproché la 
coiffure de celles qu'on voit sur lessitules Zannoni, Arnoaldi, 
Benvenuti, et sur le ceinturon de Watsch, où la forme allon- 
gée, avec les extrémités relevées, est si caractéristique ^ 

Quoi qu'on puisse dire, le type du revers de cette monnaie 
est énigmatique, et c'est compliquer encore la question que 
de proposer l'attribution aux Hermundures, si mal connus et 
par le seul texte de Tacite. 

Dans le même mémoire^ M. Forrer publie une pièce d'or, 
aux types assez bien copiés du statère de Philippe et pesant 
trois fois le poids de ce statère. L'auteur n'hésite pas à recon- 
naître dans cette pièce exceptionnelle un spécimen des Geryo- 
iies, cités à côté des Pbilippos dans la lettre d'Ausone à Ursu- 
lus. Je crois avoir démontré que Geryones n'est pas un nom de 
monnaie, mais' un des termes d'une énumération fastidieuse 
du poète de Bordeaux, où une somme de six pièces d'or, 
romaines 5, est comparée à trois attelages de deux chevaux, 
aux Horaces et aux Curiaces, au nombre des pattes de 
l'abeille, etc. 

M. Forrer a fait connaître encore un intéressant statère^ 
trouvé dans le canton de Bâle et portant un sanglier man- 
geant un épi; au-dessus est un monstre à queue de serpent. 



1. Keltiscbe Numismatik der Rhehi- nnd Donauîaiide, VI Fortse^un^, dans 
le Jahrbuch der Ges.fi'ir lothringische Geschichte und AJtertitmshinde, t. XVIII, 
1906, p. 284 à 316, fig. 486 à 516, et dans l'ouvrage publié sous le même 
titre, en 1908, à Strasbourg. 

2. Rev. numism., 1908, p. 281 à 283 et 414. 

3. On sait, par plusieurs textes, que les aiirei des empereurs romains 
recevaient souvent le nom de philippi. 



Chronique de iiiiiiiisiiialitjiie ccUiqne. 193 

L'attribution aux Rauraci me paraît douteuse, aussi bien que 
celle aux Protohelvètes d'un statère trouvé près de Haguenau, 
imitation lointaine du statère grec, où l'on voit sous le cheval 
un coq très nettement dessiné. 

Il est prématuré aussi, de présenter un classement des 
monnaies dites des Helvètes. Ne savons-nous pas qu'en 58, ce 
peuple, chassé de Souabe et de Franconie, par les Germains, 
venait, depuis peu, de s'installer dans le territoire correspon- 
dant à la Suisse actuelle ? Par conséquent, la plupart des 
monnaies attribuées aujourd'hui aux Helvètes doivent avoir 
été émises par d'autres peuples. 

Une des monnaies les plus intéressantes de la région du 
Rhin est celle qui présente un triqitelrnvi dans une couronne 
de laurier et, sur le revers concave, sept cercles entourés 
d'une ligne dentelée'. On en connaît en or, en argent, en 
cuivre et ces dernières peuvent être considérées comme les 
plus récentes, car j'ai déjà démontré que la teneur du métal 
précieux diminue à mesure que les monnaies celtiques s'éloi- 
gnent de leur type primitif. Une trouvaille faite, en 1907, à 
Bochum (district d'Arnsberg, prov. de Westphalie), contenait 
538 pièces de billon plus ou moins bon, dont plusieurs varié- 
tés portant des signes qui n'avaient pas encore été étudiés^. 
Il y avait 54 exemplaires, portant un A sous le triqitetrum, 
dont le métal contenait surtout du cuivre; de plus ces exem- 
plaires étaient mieux conservés que tous les autres du dépôt. 
La règle dont je parlais plus haut est donc confirmée une fois 
de plus. 

M. Victor Tourneur ^ s'est attaché à réunir tous les ren- 
seignements possibles sur la petite pièce à la légende ANNA- 
ROVECI', dont quatre exemplaires sur cinq connus^ sont 
fourrés et le cinquième est de mauvais argent. Ce dernier 



1. Cf. mon Traite des iinviinn'es gaul., p. 474, fig. 536. 

2. H. Buchenau, Fiiiid von RegenbogmscJnïsseln in Bocimni, dans BliUter 
fi'ir Mùu::^freunde, 1908, c. 3935-36, pi. 175. 

3. L'origine des Tongrois et une monnaie d'Anuarovecos, Louvain, 1908, 
gr. in-80, 16 p., fig. Extr. de La Ga:^ctte numismatique, Jîruxcllcs, 1907, 
p. 33 à 46. 

4. J'en connais un sixième dans une collection de Bruxelles. 



194 ^4. Blanche!. 

(Cabinet de Bruxelles, i gr. 59) et deux autres ont été trou- 
vés à Tongres ; un avait été recueilli à Pierrefonds. Cette 
monnaie porte un buste assez grossier, imité certainement de 
celui d'un denier romain ; au revers, on voit un cheval semblable 
à celui des bronzes qui portent le légende AVAVCIA '. Ce 
rapprochement indique qu'il y aurait un réel intérêt à étu- 
dier simultanément toutes les pièces celtiques de la province 
actuelle du Limbourg. M. Tourneur pense que les Tungri 
(mot qui signifierait « fédérés ») sont une nouvelle appellation 
des Germani, peuple dont les Eburons étaient un rameau. 
C'est une idée analogue à celle qu'on a déjà admise ^ 

On a publié une curieuse imitation, trouvée peut-être dans 
le département de l'Oise, et, en tout cas, originaire sûrement 
de la Gaule proprement dite. D'un côté est le type de l'élé- 
phant avec CAESAR ; au I^. on voit deux carnyx accompa- 
gnés d'un bouclier rond et d'un bouclier long, et de l'inscrip- 
tion retournée ALBINVS BRVTI F, légende et type emprun- 
tés au denier de D. Postumius Albinus Bruti f., frappé en 44- 
43 av. J.-C. La contrefaçon gauloise est à rapprocher aussi du 
bronze à l'éléphant émis par A. Hirtius, propréteur de la 
Gaule-Belgique, vers 44, et encore du bronze trévire à légende 
retournée, qui fournit peut-être le nom de C. Albius Carinas, 
successeur de Hirtius, en 31. Le type des deux carnyx, bien 
qu'emprunté à un denier romain, donnait une apparence très 
gauloise à l'imitation >. 

Une monnaie d'argent, trouvée dans les environs de 
Chartres, est analogue à d'autres provenant de Vernon et de 
Jersey. Intéressante à cause du type du cavalier armé sans 
doute du gœsuin, la pièce est encore incertaine ; mais il est 

1. Pour ces derniers bronzes, j'ai admis dans mon Traite (p. 557) l'at- 
tribution aux Aduatici qui est généralement acceptée. M. Tourneur dit que 
« cette attribution est certainement inexacte » et qu'il faudrait donner 
ces pièces aux Eburons. Mais les Eburons, tribu germaine (cf. C. Jullian, 
Hist. Gaule, II, 465-466), presque sauvages, ont-ils frappé monnaie ? Loin 
de leur attribuer la pièce Avaucia, je suis tenté maintenant de leur retirer les 
pièces d'or qui leur ont été données. En tout cas, la question est fort obscure 
et personne ne saurait la trancher définitivement aujourd'hui. 

2. Cf. Louis Will, dans la Grande Encyclopédie, t. XV, p. 241. 

3. A. Blanchet, dans Rev. belge de nmn., 1908, p. 423-425, fig. 



Cbrojiiijiir de iiiiinisiHiiliijiic ccUique. 195 

probable qu'elle a été fabriquée dans l'Ouest par uu peuple 
qui était en relation avec les Véliocasses \ 

Sir John Evans avait attribué à la Bretagne des statères au 
cheval désarticulé. M. Bernard Roth étudie le trésor, décou- 
vert en 1905, dans le département de la Marne, et que j'ai 
signalé précédemment. Il est d'avis que ces pièces, dont des 
exemplaires sont recueillis souvent en Angleterre, ont dû être 
frappées sur le continent ^ Sir John Evans pensait, dans les 
derniers temps de sa vie, que ce numéraire avait été émis 
simultanément en Bretagne et en Gaule et que la présence de 
nombreux exemplaires en Bretagne ne pouvait pas être expli- 
quée uniquement par une importation de numéraire. 

C'est encore une question dont la solution ne sera donnée 
peut-être qu'à la suite de nombreuses découvertes. 

Je disais, dans ma précédente chronique, ci propos des 
monnaies gauloises trouvées à Alise, que la circulation de ces 
espèces pouvait s'expliquer facilement, car les monnaies ne 
disparaissent pas des transactions commerciales, du jour au 
lendemain. Un fait analogue à celui d'Alise vient d'être con- 
staté en Angleterre. A Timsburg, près de Romsey, à 10 kil. 
nord-ouest de Southampton, en février 1907, on a trouvé un 
vase de terre contenant un sesterce de Domitien et 42 as 
d' Agrippa, de Claude, Néron, Vespasien et Domitien. Avec ces 
bronzes romains étaient 18 monnaies bretonnes, de bronze, du 
type qui est originaire de cette région et qui a été recueilli en 
particulier à Hod Hill,près de Blandford (tête laurée, dégéné- 
rée; ]^. Cheval dégénéré, entouré de globules) '. Cette asso- 
ciation de monnaies permet d'admettre que certaines pièces 
bretonnes avaient cours encore vers 90 de notre ère. 

1. A. Blanchet, dans les Proccs-verb. de la Soc. fr. de iiiiuiismatique, 
1908, p. LXXVI. fig. 

2. Bernard Roth, A hoard ofshiters and « gold bullets » recentJy discovered 
in France. . ., London, 1908, in-4'^, 8 p., i pi. Extr. de The British Nninis- 
niatic Journal, t. IV. 

3. Cf. John Evans, dans Kuin. Chronicle, 1908, p. 80 et 81. — Sir John 
Evans, qui avait beaucoup étudié les antiquités de l'Angleterre et publié un 
livre remarquable sur les monnaies de la Bretagne insulaire (1864 et 1890), 
est mort le i^r juin 1908. Il laisse une très belle collection de monnaies 
romaines et de monnaies de l'Angleterre depuis les Bretons. 



196 A. Blaiicbct. 

A South Ferriby, dans le Lincolnshire (Angleterre), on a 
fait, en 1906, la découverte d'un dépôt de 65 statères d'or et 
de 45 pièces d'argent. Les pièces d'or portent une tête défor- 
mée dont le modèle est évidemment celle des statères de Phi- 
lippe ; mais sur beaucoup d'exemplaires, on distingue à peine 
le type. Au revers, le cheval, très mal dessiné, est accompa- 
gné d'étoiles, de roues, de croissants, de globules. Les pièces 
d'argent, de trois divisions différentes, pesant respectivement 
I gr. 10, o gr. 52 et o gr. 26, sont d'un meilleur travail, du 
moins pour le côté représentant un cheval, car le sanglier, 
sur l'autre face, est généralement assez peu distinct. Ces types 
sont accompagnés de croissants, rosaces et points '. 

On peut attribuer les monnaies de cette série à la première 
moitié du premier siècle avant notre ère. Mais l'attribution 
aux Brigantes, acceptée jusqu'ici pour les pièces semblables, 
a été contestée pour la raison qu'elles sont trouvées seulement 
sur les confins du Yorkshire et du Lincolnshire. Sir Henry 
Howorth propose donc de les attribuer aux Coritani ou aux 
Parisii (Frisii ?), qu'on peut localiser dans la région susdite-. 

M. Pompeo Castelfranco, dont on connaît les excellents tra- 
vaux sur l'archéologie préhistorique dans le nord de l'Italie, a 
repris l'étude des imitations de la drachme de Massalia, émises 
dans la région des Alpes et le bassin du Pô '. 

Après avoir rappelé les diverses trouvailles de ces pièces, en 
particulier les trois exemplaires avec DIKO, pesant en moyenne 
I gr. 47, recueillis dans la plus ancienne des deux nécropoles 
d'Ornavasso, l'auteur signale quelques exemplaires intéres- 
sants du Musée numismatique de la Brera, à Milan. Deux 
variétés portent deux C à la place des V qui simulent souvent 
la légende MA12A; les poids de ces pièces sont 2 gr. 50 et 



1. Bernard Roth, A large hoarâ 0/ gold and silvcr aiicieut British coins 0/ 
thc Brigantes fojind at Sottth Ferrihv, Lincolnshire, in n)o6, dans le Niiniistn. 
Cbronicle, 1908, p. 17 à 55, pi. 

2. Proceedings of tlie Royal vuni. Society, 1907-1908, p. 6. 

3. Moneie galliche délia Transpadana, dans le Fascicolo-oniaggio al Sotto- 
scrittoriper il primo centenario del R. Gahinetto mimismatico . . . eper le ono- 
ran:;[e a Solone Anihrosoli, publié par le Circolo numismatico milanese, 
1908, p. 5 à 9, et BoUettino di Ktin.isniatica, 1908, p. 61 à 65 (T. à p.). 



Chronique de i/iuiiisiiidliijiie ccUiqac. l'^'j 

1 gr. 64. Une autre monnaie du même musée, au type mas- 
saliète déformé, paraît être d'or, mais ne pèse cependant que 

2 gr. 70. Une autre porte la légende OIQIXAQ. Enfin une a 
l'inscription incomplète . . .>l3an. 

Il y a aussi des imitations de la drachme massaliète dans 
les collections Francesco Rosa et Pompeo Castelfranco de 
Milan. Le poids de ces pièces varie entre i gr. 90 et 3 gr. 25. 

Les pièces avec DIKO, dont l'auteur a aussi recueilli un 
exemplaire dans une sépulture à incinération du Soldo, près 
d'Alzate, dans la Brianza ', ont un poids variant entre i gr. 30 
et 2 gr. 45. M. Castelfranco croit pouvoir établir provisoire- 
ment, d'après les provenances connues de la série DIKO, 
que : ces pièces proviennent exclusivement de l'Italie septen- 
trionale ; que les rares exemplaires recueillis à l'ouest du Tessin 
(à l'exception de la région de Verceil) pèsent de i gr. 30 à 
I gr. 50 ; que ceux, plus nombreux, recueillis à l'est du même 
cours d'eau atteignent 2 gr. à 2 gr. 5. 

L'inscription DIKO (= Riko) doit appartenir au même 
alphabet que les inscriptions, très souvent rétrogrades, qui se 
trouvent surtout dans le canton du Tessin et dans la région de 
Novare -. Notons cependant qu'on ne connaît pas encore de 
monnaies avec DIKO rétrograder 

Adrien Blanchet. 



1. Voy. mon Traite des )iiointaies gaul., 1905, p. 5^1. 

2. Ces inscriptions ont été réunies par M. A. Giussani, dans la Rivista 
archeologicd délia prov. e dioeesi di Como, 1902, fasc.46. 

5. Dans mon Traité (p. 243), j'avais admis l'existence de pièces de ce 
genre, en fne référant à une lettre de M. Castelfranco. Celui-ci, dans son 
récent article, dit qu'il ne connaît pas ces pièces et qu'il s'agit d'un lapsus 
provenant de l'un de nous. J'ai retrouvé la lettre, du 14 mai 1903, que 
mon excellent confrère avait eu l'obligeance de m'adresser. Elle dit tex- 
tuellement : « surtout celles qui portent la tête de Diane très mal faite et 
l'inscription rétrograde DIKOI ou DIKO =, un alphabet que je crois 
ligure )). M. Castelfranco a reconnu, depuis la publication de son récent 
article, que le lapsus ne pouvait m'être attribué. — On remarquera l'hy- 
pothèse relative à l'origine ligure de cet alphabet des monnaies. M. Cas- 
telfranco paraît l'avoir abandonnée. 



BIBLIOGRAPHIE 



Sommaire. — I. The Poetry of Ihc Gogynfeirdd, from the Myvyrian Archaiology of 
Wales. — II. Les Ibères, étude d'histoire, d'archéologie et de linguistique par 
Edouard Philipon. — III. Holger Pedersex, VergJcichende Graminatik der Kel- 
tischen Sprachen. — IV. Mélanges de linguistique offerts à M. Ferdinand de 



Saussure. 



I 



The Poetry of the Gogynfeirdd from thc Myvvriiin Archaiologv of Wales, 
with an Introduction to the studv of Old Welsh poetry by E. Anwyl. 
Denbigh, 1909, 237 p., g. 8", 5 sh. 

La Myvyrian Archaiology of IVaJes, à laquelle collaborèrent Owen Jones. 
Edward Williams et William Owen Pughe, date de 1801. En 1870, parut à 
Denbigh chez l'éditeur Thomas Gee, dont le nom restera toujours cher à 
Térudition et aux lettres galloises, une réimpression de cette importante 
compilation. On sait en quoi elle consistait. Il s'agissait de présenter, en 
une sorte de Thésaurus, un répertoire des principaux textes de la vieille lit- 
térature galloise. 

Ces textes formaient trois catégories. La première comprenait les œuvres 
des « anciens bardes », Cynfeirdd, c'est-à-dire les poèmes que devait en 
partie republier W. F. Skene dans the Four ancient books (1868) et dont la 
composition tout au moins est bien antérieure au xiie siècle. 

La seconde, les oeuvres des « assez anciens bardes », Gogynfeirdd, poètes 
de cour et guerriers tout à la fois, appartenant à cette période prospère des 
xiie et xiiie siècles, dont la mort du roi Llewelyn ab Gruffudd (1282), 
fatale à la liberté du pays, marque la fin. La troisième partie, la plus consi- 
dérable, était consacrée à des œuvres en prose, textes de lois ou récits his- 
toriques. 

L'utilité pratique de l'ouvrage était de premier ordre. Aujourd'hui encore, 
si de nombreuses publications de manuscrits, et notamment les belles édi- 
tions de M. J. Gwenogfryn Evans, rendent en partie inutiles la première et 
la troisième partie de la Myvyrian Archaiology, celle-ci reste le seul réper- 
toires des poèmes des Gogynfeirdd et constitue par suite un instrument de 
travail indispensable. Malheureusement la préparation scientifique des 
auteurs n'égalait pas leur bonne volonté. Ils ne se préoccupèrent nullement 
de donner une édition critique des textes qu'ils publiaient et, au mépris de 



Bibruwraphic. 199 

toute saine méthode, prirent pour base justement de leur édition des 
Gog\nfeirdd le premier manuscrit venu (cf. J. Loth, Rev. Celt., XXIV, 13 
et ss.). Aussi devrait-on saluer avec joie une nouvelle édition de ce réper- 
toire, avec collation des manuscrits et établissement critique du texte. 

Ce n'est pas encore ce que fournit le volume publié aujourd'hui par la 
librairie Gee and Sons, mais bien une simple réimpression, qui reproduit 
exactement, en se bornant aux Gogynfeirdd, la disposition des pages et des 
lignes de l'édition de 1870. La pagination seule a été changée, en ce sens que 
la page 140 de l'ancienne édition est devenue la page 28 de la nouvelle. Mais 
après comme avant, le texte reste à établir, à élucider, à traduire. Dirai-je que 
cette tâche sera du moins facilitée par l'introduction de M. Anwyl ? Certes, le 
savant professeur d'Aberystwyth a toute la science qu'il faut pour mener à 
bonne fin cette entreprise difficile. Les renseignements historiques qu'il 
fournit sur les sources et la nature des poèmes sont des plus utiles, et ses 
observations grammaticales ont toute la justesse et la précision qu'on pou- 
vait attendre de l'auteur de la IVehb gramwar. Mais la place lui a été trop 
étroitement mesurée. Il v a 20 pages d'introduction pour 210 de texte. On 
serait tenté de souhaiter que la proportion fût renversée et qu'un texte aussi 
malaisé fût précédé d'une introduction dix fois plus longue. 

L'introduction grammaticale de M. Anwyl contient d'importantes listes 
qu'il convient particulièrement de signaler : p. 11 et suiv., les formations 
du pluriel dans les substantifs et dans les adjectifs ; p. 18, les formes de 
3= pers. du singulier, sorties aujourd'Iiui de l'usage; p. 19, les formes de 
l'aoriste sigmatique (types : cred-ivys « il crut », bendigas « il bénit », auuo- 
iies « il envoya », cediuis « il garda ») et p. 20 celles de l'aoriste en -th 
(cymertb « il prit »), de l'aoriste en -ssit (prynessit « il acheta »), et de l'ao- 
riste en -awd {adcilawd « il bâtit ») ; enfin, p. 21, les formes du plus-que- 
parfait. Mais ou consultera également avec profit ce qui est dit p. 15 et 16 
de la dérivation dans les adjectifs, p. 16 et 17 des différentes espèces de 
pronoms, p. 24 des prépositions, enfin, p. 25, delà structure de la phrase, 
de la phrase nominale sans verbe être et de l'ordre des mots. 

J. Vendryes. 

ÎI 

Les Ibères, étude d'histoire, d'archéologie et de linguistique, par Edouard 
Philipon, avec une préface de M. d'Arbois de Jubainville, membre de 
l'Institut. Paris, Champion, 1909, xxiv-344 pages pet. 8°. 

Un des peuples qui jouèrent les rôles les plus importants au sud-ouest de 
l'Europe pendant les siècles qui précédèrent l'ère chrétienne est sans contre- 
dit le peuple des Ibères. Les historiens anciens nous donnent d'eux une 
haute idée : leur domination en Espagne fut établie si solidement que les 
Romains eurent beaucoup de mal à les soumettre. Ils ont en outre laissé 
des traces d'un art très personnel, d'une civilisation très avancée. Enfin, leur 
portrait moral fait honneur à l'humanité : leur chef Viriath incarne les qua- 
lités les plus nobles, le désintéressement et le courage. Néanmoins, il ne 



200 BihUinn-iiphic. 

s'était pas encore rencontré d'historien pour résumer en un manuel tout ce 
que l'on sait des Ibères, pour réunir tous les documents que l'histoire four- 
nit à leur sujet, en les éclairant par l'archéologie et la linguistique. C'est 
chose faite aujourd'hui. M. Philipon consacre aux Ibères un livre commode 
et clair, bien documenté, auquel il v aura peu de faits à ajouter. L'érudition 
dont il témoigne est considérable ; et en outre, par l'agrément d'une 
exposition alerte et vivante, l'ouvrage est parfaitement digne du maître qui 
a accepté de le présenter au public, M. d'Arbois de Jubainville. 

Il ne faudrait pas croire cependant que l'auteur se borne à reproduire les 
idées de son illustre maître et que, sur la question des Ibères en particulier, il 
soit parfaitement d'accord avec lui. C'est presque exactement le contraire 
qui est le vrai. M. d'Arbois de Jubainville dit finement dans sa préface qu'il 
a l'habitude de ne considérer ses auditeurs comme ses élèves que le jour 
où ils sont devenus assez forts pour le contredire. M. Philipon est un de ses 
plus forts élèves, et ill'a beaucoup contredit. 

L'idée maîtresse du livre est dans son genre révolutionnaire. Depuis 
W. de Humholdt, on admet d'ordinaire une parenté linguistique entre le 
basque et l'ibère, et l'on considère les Ibères comme les ancêtres des 
Basques. M. Ph. s'inscrit en faux contre cette doctrine. Il soutient que l'ibère 
et le basque sont deux langues de type absolument diffèrent ; que l'ibère 
dans son vocabulaire, dans sa dérivation et dans sa flexion est une langue 
indo-européenne ; que les Ibères, venus d'Asie et notamment partis de la 
région du Caucase, traversèrent le nord de la péninsule balkanique et de 
l'Italie, où la toponomastique conserve des traces de leur passage, et 
entrèrent en Espagne par les deux extrémités de la chaîne pyrénéenne, 
après avoir conquis la Ligurie et l'Aquitaine sur les Libyo-Tartesses. 

Négligeant le côté historique et archéologique de la question, c'est au 
côté linguistique seul qu'on s'attachera ici. Aussi bien est-ce le plus impor- 
tant. Comme l'auteur le dit dans sa préface (page x), c'est par la linguis- 
tique qu'il a été amené à étudier l'histoire des Ibères. Ce sont des considé- 
rations de morphologie et surtout d'étymologie qui lui ont servi de point 
de départ. 

Dans la partie linguistique de son livre, M. Ph. ne fait en somme que 
développer avec plus d'ampleur des idées déjà exprimées par lui il y a trois 
ans dans un article des Mélanges cVArhois de Juhaiiiville, p. 237-269, sur 
« la Déclinaison dans l'onomastique de l'Ibérie ». Il est regrettable qu'il 
n'ait pas connu la réfutation très documentée qu'a faite de sa théorie 
M. Hugo Schuchardt dans un mémoire des Sii^ungsherichte de V Académie de 
Vienne (157e vol., 2te Abhandl., 1907), intitulé « die Iberische Declina- 
tion ». Il serait malséant d'écraser M. Ph. sous l'autorité de son éminent 
contradicteur. Mais il est permis de penser que devant les raisons de 
M. Schuchardt, il aurait tout au moins modifié sur quelques points ses 
théories ou atténué certaines affirmations. 

M. Ph. s'est fait trop beau jeu en discutant un bon nombre des étymolo- 
gies ibères de W. de Humboldt. La plupart ne sauraient être raisonnable- 
ment soutenues aujourd'hui ; quelques-unes nous paraissent franchement 
ridicules. C'est qu'elles datent du premier quart du xixe siècle, d'une 



Bibliographie . 201 

époque par conséquent où la notion même de la science du langage com- 
mençait à peine à s'éveiller dans les esprits. Mais il y a dans le fatras du 
livre de Humboldt quelques intuitions géniales, qui méritent de retenir 
encore l'attention. M. Schuchardt paraît dans le vrai en maintenant l'expli- 
cation de l'ibère lUkrris par le basque iri-herri » ville-neuve », malgré les 
objections de M. Ph., et de même en soutenant que le nom du pays de 
Bigorre (Philipon, p. 79) est le basque ibai-gorri « fleuve rouge ». Ces deux 
étymologies suiilïraient à établir le rapport du basque et de l'ibère (ou du 
tartesse). On peut v joindre, d'après M. Schuchardt lui-même, celle des 
noms de montagnes Orospcda et Idubcda, où M. Ph. cherche le correspon- 
dant du grec -iôiov « plateau » (p. 92) et que M. Schuchardt (p. 71) explique 
par le basque oros-pide, idi-bide, « Kalbsweg », « Ochsenweg' ». 

Après avoir critiqué, pas toujours avec bonheur, comme on le voit, les 
étymologies admises, M. Ph. oppose au rapprochement du basque et de 
l'ibère des arguments d'ordre linguistique dont la valeur est contestable. Un 
des premiers se trouve à la page 22. Il repose sur le fait qu'entre l'époque 
des documents ibères et les textes littéraires basques, il y a un intervalle de 
plus de 2.000 ans, et se résume en cette affirmation que « Tibère n'aurait pas 
manqué de varier avec le cours des siècles ». Mais cette affirmation n'est 
qu'une hypothèse, car il est impossible de décréter a priori qu'une langue doit 
se transformer ou bien rester stationnaire. Etpour vérifier cette hypothèse, 
les chartes et documents existant en pays basque et remontant jusqu'au viiic s. 
de notre ère fournissent une excellente méthode, que justement M. Schuchardt 
a employée contre M. Ph. pour maintenir l'ètymologie de Iliberris. Cette 
méthode consisterait à dépouiller ces documents et à en extraire les nom- 
breux mots basques qu'ils contiennent. Tant que ce travail ne sera pas fait 
d'une façon complète, il sera impossible de tirer argument des transforma- 
tions supposées du langage pour s'opposer à la comparaison directe d'un 
mot ibère et d'un mot basque. 

Un autre argument, non moins faible, et auquel M. Ph. revient avec 
insistance, se trouve nettement exprimé à la page 27 : « Depuis Hécatée 
jusqu'à Ptolémée, dit-il, il s'est écoulé six ou sept siècles durant lesquels 
les auteurs anciens ont transcrit les noms géographiques de la péninsule 
ibérique, sans toucher ni aux thèmes, ni aux suffixes, ni même à certaines 
désinences^.. Jamais aucun d'eux ne nous a dit que ces noms fussent plus 

1. Ce n'est pas que M. Schuchardt voie dans l'ibère l'ancêtre direct du 
basque. Il serait plutôt disposé à croire que le basque dérive de l'ancien 
aquitain, tant les deux vocabulaires ont de traits communs (v. p. 9-10). 
M. Philipon, qui ne peut méconnaître les rapports très étroits de l'aquitain 
et de l'ibère, en est amené à supprimer tout lien entre le basque et l'aqui- 
tain (p. 79). 

2. Sur ce point, il convient de faire toute réserve. Comme M. Schuchardt 
l'a montré (p. 14 et suiv.), là où Tibère semble présenter une dérivation ou 
une flexion comparable à celle du grec ou du latin, c'est sans doute que les 
Grecs ou les Latins ont aftublé les mots ibères des suffixes ou des dési- 
nences de leur propre langue. 

J^evue Celtique, XXX. . 14 



202 Bibliographie. 

malaisés à transcrire en latin ou en grec que ceux de la Thrace, de la Ligu- 
rie, de la Celtique ou de l'Illyrie. Si, comme on le prétend, les Ibères 
avaient parlé une langue agglutinante, la difficulté de plier les noms de cette 
langue à la déclinaison indo-européenne eût été si grande que les géographes 
anciens auraient renoncé à l'affronter, ou que du moins ils nous auraient 
fait part des efforts qu'il leur aurait fallu faire pour venir à bout de leur 
tâche. Et cela est si vrai que lorsqu'ils se sont trouvés en présence de noms 
véritablement étrangers à la langue indo-européenne, comme ceux de cer- 
taines régions du pavs des Cantabres, ils ont reculé épouvantés devant 

l'impossibiliic de les faire passer en grec ou en latin Pomponius Mêla 

transcrit sans témoigner le moindre étonnement un très grand nombre de 
noms de peuples ou de lieux ibériques, mais quand il arrive au pavs des 
Cantabres, sa plume lui refuse le service, et il nous déclare tout net qu'il y 
a dans ce pays certaines peuplades et certains fleuves dont les noms ne 
peuvent pas être prononcés par une bouche romaine. Peut-on imaginer 
rien de plus décisif? » Conclusion : l'ibère, langue réductible au grec et au 
latin, parce que flexionnelle, ne peut rien avoir de commun avec le basque, 
langue agglutinante. Cet argument est illusoire. Il serait trop long de 
rechercher pour quelles raisons le géographe Mêla jugeait les noms cantabres 
trop difficiles à transcrire. Il semble en tout cas que M. Ph. ait été induit en 
erreur par l'antique théorie, bien démodée aujourd'hui, qui oppose les 
langues agglutinantes et les langues flexionnelles. Il serait temps de renon- 
cer à cette conception surannée qui repose à la fois sur l'équivoque et sur 
l'arbitraire : on ne peut la maintenir qu'en jouant sur les mots et en bapti- 
sant de noms différents des éléments de formation au fond identiques. On 
voit des langues passer de la forme agglutinante à la forme flexionnelle, et 
inversement revenir de la forme flexionnelle à la forme agglutinante. Bien 
plus: dans^ne même langue, le départ est souvent impossible entre les 
deux systèmes. Le français moderne offre dans une certaine mesure un beau 
modèle de langue agglutinante (voir le spirituel article de M. Gaidoz, dans 
la Revue Celtique, tome VI, p. 88) ; il serait aisé de prouver que le basque 
est une langue flexionnelle, beaucoup plus voisine du latin que le français. 
La note 4 de la page 26, où M. Ph. illustre sa théorie de quelques exemples, 
est franchement incompréhensible ; elle est d'ailleurs reproduite à peu de 
chose près de l'article précité des Mélanges d'Arhois de Juhainville (p. 240), 
où M. Schuchardt ne la comprenait pas davantage . 

Ainsi, M. Ph. ne paraît pas avoir réussi dans la première partie de sa 
tâche, qui consistait à supprimer tout rapport entre l'ibère et le basque. 11 
lui restait à démontrer le caractère indo-européen de l'ibère. Sur ce point, 
une remarque préliminaire s'impose. A supposer que ce caractère fût 
démontré, cela conduirait simplement à établir un rapprochement, plus ou 
moins étroit d'ailleurs, entre le basque et l'indo-européen ; et cette conclu- 
sion ne serait sans doute pas pour déplaire aux linguistes qui ont touché en 
ces derniers temps au problème des origines du basque (voir notamment 
Uhlenbeck, Ituloi^n'nn. Fschg., XVII, 456 et ss.). Mais en fait, la démons- 
tration de M. Ph. n'est pas péremptoire. Et cela d'abord parce que la notion 
d'indo-européen manque à la fois dans son livre de clarté et de précision. 



Biblioi^rapbie. 203 

Il ne faut pas oublier que notre connaissance du ,s\ b'.énie linguisiique indo- 
européen est fort limitée, qu'elle se ramène à quelques lois phonétiques, à 
quelques rapports morphologiques, à quelques faits de vocabulaire, tous bien 
définis, en dehors desquels il n'y a que chimère et fantaisie. Un phénomène 
comme l'alternance vocalique par exemple, n'a de portée qu'à l'intérieur d'un 
système phonétique connu, où il joue un rôle morphologique dûment con- 
staté. Le rapport de Izir.Evj à Xt:û£ïv représente une alternance vocalique indis- 
cutable. Mais il est abusif de voir une alternance vocalique dans le rapport 
de l'ibère Taiitamos, de * Tmito- (!), de l'illyrien Tenta et du gaulois Toula 
(p. 25), ou d'imaginer une racine * kenip- dont on aurait la « forme normale » 
dans le nom de fleuve lydien K£|j.'|o: (d'ailleurs plus souvent écrit Kî;j.'|o;) et 
la « forme fléchie «dans Ko'fx'laro;, fleuve de Thrace, cela pour expliquer le 
nom des Kevipsi, peuples d'Espagne (p. 71). Car d'une part, nous ignorons 
tout de l'histoire phonétique de l'ibère, et d'autre part il est probable que 
les mots en question n'ont jamais comporté d'alternance vocalique au sens 
indo-européen du mot. Que dire des étymologies où l'indo-européen est 
mis sans cesse à contribution sans garanties suffisantes ? P. 25, Mandonios, 
nom d'homme ibère, appartient à la racine mand « être noir » ; cf. le per- 
san ?«an(/ « noir ». P. 24, le nom d'homme Biidares paraît remonter à un 
indo-européen */'oJ/;-;-ro-(( sourd » (cf. skr. badhirah, irl. bodar); et le nom 
d'homme Miimros dérive de la racine *tnei- du grec [jl'.vuoj. P. 70, le nom 
de la Tamise, Tamesis, dérive de la racine *tam-, qui est dans le sanskrit 
taniara- « eau ». P. 94, le nom de l'Isère, Isar, dérive de la racine indo- 
européenne * l's- qu'on retrouve dans le nom d'un grand nombre de 
rivières d'Europe. P. 96, le nom des Bebnices est « éminemment indo- 
européen » : il dérive du thème *hhebhru- « brun », puis u castor ». P. 114, 
sauf une variante dans le vocalistne de la racine, le nom certainement 
sicane des Morgetes est identique au latin nierges « gerbe de blé » et signi- 
fiait donc « les moissonneurs». On pourrait multiplier les citations de ce 
genre. Les pages 49 et suiv. sont remplies de listes de mots, dont le carac- 
tère indo-européen est des plus problématiques. Certes, M. Ph. a eu des 
devanciers dans l'étymologie onomastique, et qui n'ont pas toujours reculé 
devant les rapprochements hasardés et les aftîrmations imprudentes. Mais 
aujourd'hui les linguistes, même les celtisants, se montrent plus exigeants 
et plus scrupuleux : ils acceptent moins facilement qu'autrefois une ètymo- 
logie qui repose seulement sur une vague similitude extérieure, surtout 
lorsque cette étymologie doit servir d'appui à une hypothèse historique. 
Toute la partie étymologique du livre de M. Ph . paraît manquer de base 
et ne peut par suite que compromettre la solidité de l'ensemble '. 

1. Il arrive parfois à M. Ph., qui connaît pourtant à fond et cite souvent 
des traités de linguistique comme le Grundriss de M. K. Brugmann, de 
laisser échapper des affirmations singulières. Par exemple, p. xii, n. 2 : 
<< On sait qu'en grec I'titzoç pour *'.V.7:o; est un mot d'emprunt ». S'il y a des 
linguistes qui savent cela, il faut les renvoyer à l'article de M. Meillet, 
Mém. de la Soc. de linguistique, tome IX, p. 136. — L'impression du livre 
est en général très soignée, sauf pour les mots grecs, dont l'accentuation 
notamment laisse souvent à désirer. 



204 Bibliographie . 

Ce n'est pas à dire qu'il n'y ait ça et là des hypothèses fort plausibles, 
celle par exemple qui explique la fréquence de l'élément -hrica, -hriga dans 
les noms de ville de l'Ibérie par l'existence d'un mot /'/■/- « ville » en ibère 
(-ppta) ; et aussi en maint endroit d'utiles rapprochements, dont profiteront 
les historiens et les géographes de l'antiquité, entre les noms de lieux de la 
péninsule ibérique et ceux des régions voisines. Mais somme toute, malgré 
le talent et l'érudition de l'auteur, la thèse qu'il prétendait soutenir, paraît, 
pour les raisons exposées ci-dessus, manquer encore des preuves suf- 
fisantes. 

J. Ve.vdryes. 

III 

Holger Pedersen, professeur de grammaire comparée et de slave à l'Uni- 
versité de Copenhague, Vergleichende Graiiniiatik dcr ke]tischen Spraclmi. 
Erster Band, erster Teil. 256 p. 8". Gottingen, Vandenhoeck und 
Ruprecht, 1908. 

Il est superflu de présenter M. Holger Pedersen aux lecteurs de cette 
Revue. Ils connaissent tous le nom de l'éminent linguiste danois, qui, non 
content de ses remarquables travaux sur les langues slaves, l'albanais, l'ar- 
ménien, est en même temps l'un des maîtres de la philologie celtique; ils 
savent que ses recherches sur l'Aspiration n'ont pas eu seulement pour 
résultat de débrouiller en irlandais l'histoire si compliquée de la phoné- 
tique, mais encore d'y établir d'une façon définitive les principes de la syn- 
taxe (voir Revue Celtique, XIX, 236 et suiv.). Nul plus que l'auteur de ce 
compte rendu n'a plaisir à reconnaître ce que la philologie irlandaise doit à 
M. Pedersen. 

Aussi, l'annonce de sa Vergleiclieude Gravnnatik der keltischen Sprachen 
a-t-elle été accueillie avec un vif intérêt. Des deux volumes qu'elle com- 
prendra nous n'avons encore que la première partie du premier, c'est-à- 
dire environ le quart de l'ensemble. Cela suffit pour apprécier dès mainte- 
nant l'immense effort de l'entreprise et l'importance des résultats. Par la 
richesse de la documentation, l'abondance et la variété des discussions, et 
aussi grâce au talent de construction de l'auteur, si vigoureusement per- 
sonnel, l'ouvrage est de premier ordre. 

Tous les dialectes celtiques ont été appelés à comparaître et à fournir 
leur témoignage, depuis le gaulois jusqu'aux dialectes modernes de l'Irlande, 
dont M. P. a déjà maintes fois prouvé sa connaissance approfondie, jus- 
qu'à ceux du Pays de Galles et de Bretagne, qu'avec une rare conscience 
il est allé entendre parler sur place avant d'écrire son livre. On embrasse 
ainsi d'ensemble le développement des langues celtiques depuis leurs ori- 
gines indo-européennes, qui sont sans cesse présentes à l'esprit du lecteur 
grâce à la comparaison, poursuivie avec soin, des langues congénères. 
Aussi le livre est-il plein de rapprochements originaux et intéressants. Il 
fournira une mine précieuse aux auteurs futurs de dictionnaires étymolo- 
giques. Bien mieux ! il sera lui-même un excellent dictionnaire étj'molo- 



Biblioi^idphic. 205 

gique quand les Indices auront paru. Il est impossible d'énumcrer dans ce 
compte rendu les étvmologies nouvelles proposées par l'auteur ; toutes sont 
ingénieuses, quelques-unes vraiment séduisantes ; p. 31, irl. cathir « ville », 
cf. gall. cader « forteresse élevée » ; p. 33, inuiti- « cou » dans viiiinlorc 
« collier » rapproché de gall. mynydd, v. bret. -iiionid « montagne », d'après 
la comparaison de lat. colhtin et collis, gr. Xo'ço; « cou » et « colline », à 
quoi l'on peut joindre gr. oeipâ; « cou » et « colline » ; p. 50, is « en bas, 
au-dessous de y),isel «bas » rattaché au nom du « pied », soit i.-eur. * pêd- 
su ; p. 186, irl. liig, heureusement interprété par « lynx » et rapproché de 
gr. X'jyÇ, suéd. lo, etc. ; et beaucoup d'autres. Il y en a aussi de moins 
satisfaisantes : irl. lestar « vaisseau » par exemple ne semble pas pouvoir 
être rapproché de lat. linter (p. 81-82), car le groupe -voy. brève -\- nslr- 
aurait vraisemblablement subi en latin la même évolution que le groupe 
-voy. brève -\- nsll- qui a donné voy. longue ■\- 1 (Sommer, Handhuch, 
p. 272), et d'ailleurs linter, comme uenter, que M. P. fait intervenir, admet 
une explication différente (sur lestar, v. Thurneysen, /. F., XXI, 175); 
p. 96, le nom des Pays-Bas en gallois, Isalniaen, est interprété comme Isal- 
Maeu, d'où M. P. conclut au sens primitif de « terre, pays » pour niaen 
« pierre » ; mais, au moins dans le sentiment populaire, Isalinaen est cer- 
tainement compris comme Is-Aliiiaen « Basse-Allemagne », et cela suffit à 
infirmer la conclusion précitée; p. 105, il est douteux que lat. follis 
sorte de *hholghni- et par suite soit à comparer avec irl. holg « outre » ; 
quant à expliquer dïicd comme un composé d-ûcd (cf. irl. douccini « j'ap- 
porte » de to-ucc-, p. 151), peu de latinistes sans doute s'y mon- 
treront disposés. On pourrait relever ainsi quelques autres étymologies con- 
testables, ou estimer que l'arménien tient une bien grande place dans les 
comparaisons avec le celtique. Mais cela ne changerait rien aux conclusions 
de l'auteur sur la phonétique celtique et n'en atténuerait nullement la 
portée. 

M. P. a adopté pour cette phonétique une division en deux parties, qui 
répond à une conception très personnelle de l'évolution du langage (v. p. 
27 et suiv.). La première partie est consacrée à la « généalogie » et la 
seconde à la « psychologie » des sons ; toutes deux font une part à l'his- 
toire. La première seule est traitée dans le volume publié jusqu'ici. 
C'est celle qui comportait le moins de nouveautés; car le plan de l'exposi- 
tion était imposé par la nature même des faits et l'auteur n'avait qu'à 
se conformer sur ce point à des habitudes traditionnelles. II n'en a pas 
moins réussi à être souvent dans le détail personnel et original. D'abord il 
n'a pas manqué de reproduire à l'occasion ses idées sur la phonétique 
indo-européenne. On sait qu'il admet l'existence d'une spirante p en 
indo-européen et qu'il conteste la théorie du sclnua indogermaniciim (d 
renversé) pour la remplacer par une autre, au fond assez voisine (v. 
p. 177 et suiv.), destinée à rendre compte des sons que le Gn/«(f^m de 
M. Brugmann reconnaît issus de sonantes longues. Peut-être eùt-il mieux 
valu insister moins longuement sur ces théories, qui n'ont d'intérêt qu'au 
point de vue indo-européen et ne sont guère plus en état d'éclairer les ûiits 
celtiques que d'en recevoir quelque lumière. Toutefois, ce qui est dit, p. 52 



2o6 Ëihliooraphiv. 

et s. des liquides sonantes longues en celtique est de nature à ébranler 
sérieusement l'hypothèse ordinaire que ces sons ont abouti à râ et là. M. P. 
semble avoir raison d'admettre (p. 122) avec M. Zupitza que k devient cb 
en brittonique après r et / voyelles, et en revanche de contester (p. 167) la 
loi admise par M. Brugmann, suivant laquelle mn deviendrait un en cel- 
tique. Sur nombre de points, ses conclusions paraissent définitives. Ce 
qui est dit p. 154-155 des rapports des sons h et r, repris en partie du livre 
sur l'Aspiration en irlandais, p. 65, forme un intéressant chapitre de phoné- 
tique historique. P. 42 se trouve une ingénieuse hypothèse sur le passage 
de lui- à uni- d'où u- en brittonique, et une autre, p. 255, sur l'allongement 
dû à l'initiale : c'est en fait le meilleur moyen d'expliquer le cas si embar- 
rassant des mots gall. ugaint, iicher. On notera encore p. 127 une obser- 
vation sur les formes irl. macc, brit. viach et map « fils », et p. 42 une 
explication des formes gall. giuregys, bret. gonrii^ « ceinture », considérées 
comme issues d'un composé *oiue-gris qui se retrouve dans l'irlandais 
focbriis et dont le simple est en irlandais criss, en gallois crys (cf. aussi 
p. 124-125)-; ces faits toutefois auraient gagné à être rapprochés de ceux 
qu'a réunis M. Grammont, Mélanges d'Arhois de Juhainville, p. 92. M. P. a 
très complètement étudié le traitement de la sifflante i dans ses différentes 
positions, et en ce qui concerne l'initiale il a tiré un heureux parti (p. 84 et 
suiv.) de la phonétique syntactique, pour rendre compte d'une série de 
doublets jusque là inexpliqués ; il n'a pas cité toutefois (p. 74 et 78) 
les remarques de M. Loth sur les formes du nombre six en brittonique 
chiL'ech et chive (^Annales de Bretagne, XX, 537), et d'autre part il n'a pas 
mentionné le passage, accompli sur une partie du domaine breton, du 
groupe clnu à /(cf. Annales de Bretagne, XVI, 301). 

Quelques-unes de ses hypothèses peuvent prêter à discussion . P. 51, à 
cause de divergences d'orthographe dans des mots gaulois (Tmi-r/x : Bello- 
nesus, etc.), il suppose que l'évolution de (" en 7 n'a peut-être pas été géné- 
rale en toute position en préceltique, et signale à l'appui notamment la 
finale de subjonctif galloise -ivyf qu'il rapproche de lat. -êm (aniem de 
*am-êin) et le v. corn, ruy (à côté de ruif) « roi » ; mais il n'est pas sûr 
que -ît')/soit une finale d'anc. subjonctif (en partant d'unanc. optatif on 
l'expliquerait sans doute moins difficilement) ; quant à v. corn, rnif, gall. 
rhuyf, c'est sûrement l'équivalent du gaulois Rêml (nom de peuple), c'est-à- 
dire le représentant d'un préceltique * rc-mo- (de * prei-mo-), qui appartient 
à la série des mots latins snnimus, promus, dôiniiin, prlmiis (de * pris-nio-), et 
de l'irlandais rom (romh) « précoce, prématuré ». Ultérieurement le -/"final 
a pu tomber sous des influences analogiques (en breton sous l'influence du 
français). 

Le paragraphe 28, 7 (p. 38 et suiv.) est consacré à une intéressante dis- 
sertation sur le passage de e à a, qui se rencontrerait à certaines époques 
de l'histoire des langues celtiques. Les exemples demanderaient à être revus 
avec soin; quelques-uns ne paraissent pas probants. Ainsi gabim <( je 
prends » semble avoir le même a que habêre, ainsi que le note M. P. lui- 
même, et si gall. genni « être contenu » appartient à la même racine que lat. 
prae-hendo, il peut remonter à brit. "gand-i- et représenter le thème en -ye- 



Bibliographie. 207 

I -yp- correspondant. L'hypothèse de M. P. explique mieux le dat. irl. taig 
de iech « maison », et les mots aig,daig, graig ; mais il reste encore bien des 
difficuhés ; et dans le cas de saig- seg- « chercher », 1'/ pourrait être un i 
d'infection (cf. avec à long le lat. sâgïre). Or a suivi de / d'infection est 
dtvenu esous l'accent danser- eth-àe air-, aith-; et c'est de la même façon 
qu'on peut expliquer l'opposition de dorochair « il est tombé » et âocer « il 
tomba ». Ce fait a pu dans la suite provoquer des confusions de ai et de e 
dans des mots qui avaient un e ancien, comme c'est le cas sans doute de 
graig (cf. p. 98). 

Il est question pp. 112 et 135 de la chute des spirantes dentales à l'inter- 
vocalique. Dans le gali. vieivii « dans >> en face d'irl. medivi la chute s'ex- 
plique par la nature proclitique de la préposition. La même explication ne 
vaut pas pour rlwi à côté de rJmddi « donner » ; mais ne peut-on partir d'une 
ancienne flexion athématique comparable à celle de skr. rati « il donne », 
qui aurait subi l'influence d'un substantif correspondant à skr. râyih « don » 
et imaginer par conséquent que rlioi soit devenu rJjoddi sous l'influence du 
substantif rJ}odd ? à moins qu'on ne suppose une alternance de thèmes râ- 
et râv- (comme dans Ht. Jcybau à côté de pdsaJcoju) et qu'on n'explique 
rlmddi de la même façon que ioddi (cf. p. 68). En ce qui concerne 
l'amuissement du tJ] intervocalique, M. P. cite le cas de Ida à côté de laitlie, 
env. irlandais, où le phénomène s'expliquerait par l'emploi proclitique 
du mot dans les locutions comme laa in-brdtlM. C'est bien hardi ; et 
n'est-il pas plus simple d'admettre deux mots difl"érents ? Il est d'ailleurs 
indiscutable que tlj est devenu de botme heure en moyen irlandais un 
simple souffle; cf. les graphies clôitln pour clôi (K. Meyer, Contrib., 
p. 389), nâtbe pour me, à côté de noaih {Togail Troi, éd. Stokes, 11. 568 
et 580), que M. P. ne cite pas. 

Un des traits les plus originaux de 'ouvrage est l'importance qui y est 
accordée aux emprunts. Entre l'Irlande et la Grande-Bretagne ont eu lieu 
pendant plusieurs siècles d'incessants échanges dont les dialectes des deux 
pays portent la trace- Des mots brittoniques notamment ont passé en 
masse (massenhaft, p. 23) dans le vocabulaire irlandais. La question de 
savoir dans quelle mesure l'identité de deux mots en gaélique et en britto- 
nique suppose une origine commune préceltique ou un emprunt d'un dia- 
lecte à l'autre est ici traitée avec ampleur et souvent tranchée résolument 
en faveur de l'emprunt. P. 23 et suiv., M. P. dresse une longue liste de 
mots irlandais empruntés au gallois et il la termine par un double etc. ; 
elle peut en fait être aisément augmentée d'exemples mentionnés au cours 
même de l'ouvrage. Il pourra être utile aux lecteurs de la Revue Celtique 
de la consulter. 

La voici : 

irl. nos, coutume gall. naws, caractère 

(et amnas, sauvage). (et afnaws, imprudent). 

faihur, tranchant. gtvaeiu, id. 

cdin, beau . cain, id. 



2o8 



Bibliographie 



cair, grappe. 




cair, id. 


ymiirmôru. Sirène. 




morforwyn, id. 


Joilenn, mouette 




gwylan, id. 


cnai, toison. 




cnaif, id. 


hrôimxh, affligé. 




hrwyniog, id. 


goiQnac), fils adoptif. 




gorQieudad') , beau-grand- 
père. 


in-trenidid, postridie. 




trennydd, après-demain . 


Ihinna, goutte. 


vcorn. 


hanne, id. 


niilis, doux. 


gall. 


viehis, id. 


carraic, rocher. 




carrée, id. 


hhnac, lard. 




hloneg, id. 


faoch, pervenche. 




gu'ichiad, id. 


foich, guêpe. 


V. bret. 


, guohi, gl. fucos. 


Uathrôit, balle. 


gall. 


Uithred, glissement. 


dillat, vêtement. 




^î7/aJ, id. 


scatdn, harena;. 




vsgadan (pi.), id. 


écoss. hidcan, haie. 




/'/(//o, tailler les arbres. 


irl. dahitech, dentelé. 




c?fl«/, dent. 


niannt, gencive. 




mafit, mâchoire. 


sant, désir. 




clnvaiit, id. 


hès, mœurs. 




moes, id. 


cèl, gl. augurium, 




roc/, présage . 



Au cours de l'ouvrage, M. P. ajoute 

P. 66, og, œuf. 

P. 71, siitlhc, suie. 

P. 96, geilt, sauvage. 

P. iio, niaithim, je pardonne. 

P. 125, côinini, je pleure. 

P. 151, 160, (/n7///, amant. 

P. 161, hrothrach, couverture. 

P. 164, ce'lniaine, présage. 

P. 1S4 (avec doute), niôith, tendre. 

P. 184, gelbiaid, moineau. 



•117, id. 
huddygî, id. 
gwyllt, id. 
vmddeii, pardonner. 
cwyii, plainte. 
trvthyll, plaisant, 
v. bret. brothrac, gl. taxam. 
gall. coelfain, bonne aventure. 
mivydioii, parties molles. 
golfan, id. 



Sur la plupart de ces rapprochements, on ne peut qu'être d'accord avec 
M. P. Toutefois pour certains mots l'hvpothèse de l'emprunt paraît arbi- 
traire ou ne se justifie que malaisément. Par exemple les mots hês, og, 
suithe devraient être retranchés de cette liste. En revanche, la liste pour- 
rait être facilement augmentée : sans parler de claideh qui semble un 
Qm^xuntk cleddyf {àt * Jiladyo-; cf. Mélanges F. de Saussure, p. 309) on 
peut y ajouter : ddin « joli, agréable » (gall. dain) ; faut (« hollow » gall. 
paiU; cf. R. Celt., IX, 15); robod, robhud « avertissement» (gall. rby- 
h'.dd, écrit rybydd dans Dafydd ab Gwilym, 121, 56), dont le b a été 
;.sj>iré en irlandais parce qu'on \- sentait la composition avec le préfixe ro-. 



Bibliographie. 209 

L'apport irlandais dans le vocabulaire brittoniquc a été beaucoup moins 
considérable. M. P., p. 24, n'en cite qu'une douzaine d'exemples, auxquels 
on pourrait toutefois joindre quelques mots cités p. 72 (§ 48, 2), qui pré- 
sentent en brittouique un s initial. 

L'influence du vocabulaire brittonique sur l'irlandais a servi surtout à la 
transmission des mots latins. M. P. consacre une division spéciale de son 
livre (p. 189 et ss.) à l'étude des emprunts latins. Ce procédé, qui a l'in- 
convénient de ramener le lecteur à une foule de questions déjà étudiées, a 
toutefois l'avantage de faire ressortir l'importance des mots d'emprunt pour 
l'étude chronologique de la phonétique irlandaise. 

Ils apparaissent groupés et classés dans un chapitre vigoureusement coor- 
donné qui forme à lui seul un ensemble et qui pourra être utilement con- 
sulté parles latinistes et les romanistes. Dans le détail, M. P. n'ajoute que 
peu de faits à ceux qu'ont recueillis ses devanciers. Il a certainement raison 
en rayant rccht (p. 123) et cuach (p. 212) de la liste des emprunts latins, et 
en expliquant essid comme un composé de sid « paix » (p. 218). En 
revanche, il semble mal inspiré en considérant (p. 219) v. bret. oitsor gl. 
opllio comme un emprunt au lat. hapsiis « bande de laine » (qui n'est que 
le grec â'}o;, n., « nœud ») ; et quant au mot a)iim « âme « qu'il traite 
(p. 170) comme indigène, on ne peut guère ne pas songer à un emprunt, 
étant donné que les Irlandais avaient déjà pris aux Latins le nom du corps, 
corp. 

L'ouvrage se termine par l'amorce de la « Phonétique psychologique », 
dont les bases seulement sont posées et s'arrête à l'étude de l'accent. La fin 
du ler volume est annoncée pour le courant de 1909. Il faut souhaiter que 
M. P. soit exact à l'échéance et aussi qu'il puisse rapidement publier le 
second volume, qui contiendra la Morphologie, la Syntaxe et les Indices. 

Ci-joint quelques observations de menu détail qui n'ont pas trouvé place 
dans les développements précédents : 

P. 13. Intéressante observation à l'appui de l'hypothèse de M. Loth 
{Rev. Celt., XIV, 70), suivant laquelle les gloses de l'Oxoniensis posterior 
sont galloises et non comiques. 

P. 35. Le vocalisme ou au lieu de dans bret. oniineiiii « frêne », oumier 
(( génisse », pourrait bien être un fait de prononciation dialectale, qui n'au- 
rait rien à faire ici. 

P. 34. Au cas de fo-irahim, iii-fagba'uii ne "pourrait-on joindre celui de 
do-lnur, ni-tabur} Les deux réunis contrediraient l'hvpothèse présentée ici 
d'un passage de à a devant a. 

P. 37. Irl. liitd « masse liquide » est rattaché à la famille de got. flôdiis, 
au moyen de l'hypothèse qu'il reposerait sur un thème de présent (à 
nasale). On peut rappeler l'exemple tout à fait comparable de lat. unda (cf. 
skr. undttï) et irl. iiisa' (cf. "c. h. a. ■waskaii) en face de gr. ClSo;, skr. ùtsah . 

P. 63, § 42, Anni. 4. A l'exemple gall. caivod, cafod, pouvait être joint 
tafod « langue » (cf. p. 107). Le passage inverse de z' à w est fréquent, au 
moins dans l'écriture : scjyll écrit seivyll (Pen. 4 au lieu de seiiyll dans le R. 
B., p. 1 1, 1. 14). 



210 Bibliographie. 

P. 65, § 43. L'adjectif iiiedh existe aussi en irlandais; cf. Erhi, II, 12. 
En breton moderne, on prononce i)ieo. 

P. 65. Il paraît difficile de considérer comme un seul et même mot iidn 
(c prêt » (Ml. 28 d 12, dat. tiaiii, Wb. 31 c 5) et Jidin « occasion, moment 
favorable » (Wb. 14 a 25, Ml. 100 a 3). Le premier appartient à la racine 
du verbe oidiiii « je prête » et doit remonter à *od-nâ- (cf. Sarauw, Irshc 
Studier, p., 87) ; le second peut être comparé, comme fait M. Zupitza, au 
sanskrit yôni-, 

P. 66. gemred est en v. \x\a.nàA\s gaiinred, Wb. 31 d 14. — A gall. clatmr 
joindre corn, clor (clour); d. J. Loth, R. Celt., XXIII, 249. 

P. 68. La métathèse de defnydd en dciifvdd est également courante en 
gallois moderne ; cf. aussi p. 167. 

P. 72. Gall. gorsedd est un mot féminin. — Suivant J. Loth, R. Celt., 
VII, 198 n., m. bret. si:^l serait un emprunt au latin. — Aux verbes irl. 
sùgitn, gall. sitgno, joindre les substantifs, v. irl. sùg (Ml. 44 d 8), gall. sug. 

P. 81. Dans quelle mesure le mot stniliu gl. antiquam (gentem) dans le 
manus;rit de Juvencus est-il gallois? cf. Thurneysen, /?. Cf//.,XI, 91. 

P. ICI. Ascoli, qui avait d'abord donné l'irlandais d'igaJ « punition, ven- 
geance » comme l'infinitif régulier de do-frchiin (de * di-fech-), a fait obser- 
ver depuis (Gloss., p. ccccxxxiv) que le mot avait pu subir l'influence du 
simple f'ii/ (cf. gall. dial). M. Pedersen considère franchement dioal comme 
un composé de giil ; ne peut-on toutefois maintenir l'hypothèse d'une 
influence analogique du verbe dofechim, dont certaines formes (par ex. sg. 3 
-dig) sont très voisines de digal ? 

P. 103. Seol est en v. irl. séol Sg. 14 a 15, et grdnna est grande Ml. 40 c 
ry, 46 c 18. 

P. lie. La graphie dd pour la spirante d est en Galles antérieure au 
xives. ; on lit dans le ms. Peniarth 7, qui est du xiii^ s., ar oheiiydd pâli 
(col. 610, 1. 18), yn ymoddiiued (col. 621, 1. 14), etc. — Pour l'hésitation 
entre cf et / en celtique, v. J. Loth, Airh.f. Celt. Lex., I, 41 1 et cf. R. Ccll., 
XXIX, 205. 

P. 112. Bret. oiac'h « maître de maison, mari » n'est pas traduit. 

P. 152, 1. 29. A propos de nbr. traonit, il faut un renvoi à la page 155. 

P. 133. Irl. jiiadae paraît avoir été expliqué par M. Thurneysen, /. F., 
XIV, 133. 

P. 199. ClainiKii, cliVigauaf sont même prononcés souvent iS^/(/HWrt/, o-/<7w- 
gaiiiif, comme s'ils contenaient le mot glati « bord ». • 

P. 207. Irl. indossa peut sortir à la fois de ind-âr-sa et de iiid-foss-sa ; 
c'est ind-foss-sa qui explique sans doute que la locution n'ait pas gardé trace 
de voyelle longue (cf. imlassa dans Ml.). 

P. 222. Un rappel du mot gordd (p. 1 14) eût été utile. 

P. 223, 1. 6, lire 3. Lat. 

P. 233. Bret. be:^venn « bouleau » pi. /'qo pourrait aussi devoir son :( à 
une ancienne forme à double // (soit *hettv-), comme bret. fou^aff (de 
*futtv-). 

P. 245-246. L'explication proposée pour le mot ni « quelque chose » est 
un peu risquée ; l'hypothèse, déjà ancienne, de M. Zimmer, K. Z., XXX, 



Bibliographie. 211 

456, est toujours la meilleure. — A irl. I}ed= lat. /</, joindre irl. cid = lat. 
(jiiid. 

J. Vendryes. 

IV 

Plus haut, p. 97, nous avons parlé d'un mémoire de M. Vendryes, 
tirage à part des Mélanges de linguistique offerts à M. Ferdinand de Saussure, 
en 1908. Depuis nous nous sommes procuré un exemplaire de cet impor- 
tant recueil, où nous avons remarqué deux autres mémoires concernant 
les études celtiques. 

Le premier, p. 123-152, est intitulé: Gciieliv iind Adjectiv; nous le 
devons à la plume du professeur J. Wackernagel ; il traite de l'origine de la 
désinence / au génitif singulier des thèmes en du groupe italo-celtique et 
l'explique par certains adjectifs en /du sanscrit'. Cette doctrine a été 
acceptée par M. Karl Brugmann en 1909 dans les corrections et additions 
qui terminent, p. 429, la seconde livraison du tome II du Grundriss 
der vergleicheiiden Gravimatik der indogernmnischen Sprachen, comme M. A. 
Meillet me l'a fait remarquer. 

L'autre article, p. 191-208, a pour objet la formation du prétérit en 
irlandais moderne; l'auteur est M. G. Dottin. C'est une histoire du sort 
qu'ont eu en Irlande le prétérit sigmatique, le prétérit en / et le parfait que 
l'auteur, d'accord avec M. Vendryes, Grammaire du vieil irhiudais, appelle 
prétérit radical. 

H. D'A. DE J. 



I. Voir la grammaire sanscrite de Whitnev, traduction de H. Zimmer, 
1879, P- 3^*^' 3^1' § 1093- 



PÉRIODIQUES 



Sommaire. — I. Sitzuugberichte der Koeniglichpreussischen Akademie der Wissen- 
schaften. — II. Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et 
Belles Lettres. — III. Bulletin de la Société polymathique du Morbihan. — IV. 
Zeitschrift fiir celtische Philologie. — V. The Journal of the Gypsy Lore Society. 

— VI. Giornale storico e letterario delhi Liguria. — VIL Romania. — VIII. 
Revue des études anciennes. — IX. Revue internationale des études basques. — 
X. The celtic Review. — XL Revue archéologique. — XII. The Journal of the 
Royal Society of Antiquaries of Ireland. — XIII. Revue des traditions populaires. 

— XIV. Folklore. — XV. L'Anthropologie. 



I 

Au vue siècle de notre ère, il y avait deux routes pour aller de Gaule en 
Irlande : l'une consistait à s'embarquer dans un port de la Gaule occiden- 
tale, à Bordeaux, Nantes, ou tel autre de la même région et de là gagner un 
port de l'Irlande méridionale sans traverser la Grande-Bretagne. L'autre 
route passait par Boulogne où l'on s'embarquait et d'où l'on arrivait d'abord 
en Grande-Bretagne, puis de Grande-Bretagne en Irlande. 

Quand, en 656, le maire du palais Grimoald voulut se débarrasser du jeune 
Dagobert II, fils de Sigebert II, roi d'Austrasie, il lui fit couper les cheveux 
et l'envoya en Irlande, /« Scotiaiii, par l'entremise de Didon, évêque de Poi- 
tiers, qui évidemment fit suivre la première route au pauvre enfant, alors 
âgé de quatre ans'. Poitiers alors faisait partie du royaume d'Austrasie •". 

Mais, quand en 674 les grands d'Austrasie rappelèrent l'exilé pour le 
faire monter sur le trône, ils s'adressèrent à Wilfrid, évêque d'York, qui fit 
venir Dagobert II d'Irlande à York, et d'York le renvoya en Gaule. Ainsi, 
à cette date on suivit la seconde des deux routes qui faisaient communiquer 
entre elles la Gaule et l'Irlande. Antérieurement à l'ère chrétienne, Labraid 
l'exilé avait pris aussi cette seconde route pour gagner en Gaule le pays 
habité par les Menapii ou, comme disaient les Irlandais, les Menai, là où 
est aujourd'hui en France le département du Nord. « Il partit dans la direc- 
tion de l'est, atteignit l'île des Bretons, puis il alla chez les jeunes gens à 
chevelure mouchetée qui habitent la terre des hommes de Menia ; et il mit 

1. Gesla regitm Fraiicorum, § 43, Recueil des historiens des Gaules et de la 
France, t. II, p. 368 D; Liber historiae Franconim, autre titre du même 
te.xte, § 43, chez Krusch, Scriptores reruni Merovinc[icanun, t. II, p. 316. 

2. Longnon, Atlas historique de la France, pi. iv. 



Pénpdi(]iies. 2 1 3 

ses gens au service du roi des hommes de Menia » '. « Les Galiaiii », c'est- 
à-dire les habitants de la Gallia, « le nourrirent pendant son exil dans les 
terres des Gall », c'est-à-dire des Gaulois ^. 

M. H. Zinimer vient de publier dans les Sitzungsberichte der Kœnig- 
LicH-PREUssicHEN Akademie DER WissENSCHAFTEN de l'année 1909, 
1° p. 365-400, une étude sur les textes de l'antiquité et du haut moyen âge 
qui, de Tacite en l'an 98 de notre ère à Giraldus Cambrensis, 1 198, con- 
cernent les relations de la Gaule occidentale avec l'Irlande; 2" p. 430-476, 
un mémoire sur le commerce des vins de la Gaule occidentale en Irlande 
du premier au vii'-' siècle de notre ère. Ces deux articles renferment un 
ample recueil de documents pour servir à l'histoire de la première des deux 
routes par lesquelles l'Irlande et la Gaule furent en rapport l'une avec 
l'autre pendant les premiers siècles de l'ère chrétienne. 

En l'an 98 de notre ère, Tacite, Agricola, 24, dit que « l'intérieur de 
l'Irlande est peu connu, mais que, grâce au commerce et aux négociants, 
on en connaît mieux les abords et les ports 5». Ce commerce devait se faire 
avec la Gaule occidentale, et les négociants par lesquels les abords et les 
ports de l'Irlande étaient connus des Romains devaient être des Gaulois 
habitant sur les côtes occidentales de la Gaule. C'est grâce à ces Gaulois 
que Ptolémée vers le milieu du second siècle de notre ère put écrire une 
description détaillée des côtes de l'Irlande, non seulement des côtes orien- 
tales qui regardent la Grande-Bretagne, mais aussi des côtes occidentales et 
méridionales +. 

En 1186, Giraldus Cambrensis, dans sa Topographia Hibernica, dit que le 
Poitou envoie a l'Irlande du vin en abondance et reçoit des cuirs en 
échange 5. De nombreux textes'irlandais concordants s'intercalent dans l'in- 
tervalle qui sépare du xii« siècle, date de Giraldus Cambrensis, le premier et 
le second siècle où écrivaient Tacite et Ptolémée. 

Ainsi, la première des deux routes dont nous avons parlé a été ancienne- 
ment très fréquentée. Mais on aurait tort d'en conclure que personne ne 
passât par la seconde. La seconde a dû, par exemple, être suivie par les 
Belges qui sont venus s'établir en Irlande vers le 11= siècle avant notre ère. 

1. Dochuaid soir co rainig inis Bretan ocus in breacmacraid thiri Arme- 
nia (//5f;j; fear Menia). Ronaisc sium a munter iar-sin a n-amsaiue for rig 
Armenia (va riait te fer Menia). The Amra Choliu'mb Chilli, publié par 
Wh. Stokes, Revue Celtique, t. XX, p. 430. 

2. Gaileoin roalsat Labraid fora loinges i tirib Gall. Tlic Renucs Dindseu- 
chas, publié par Wh. Stokes, Revue Celtique, t. XV, p. 299. 

3. [Interiora paruin] melius aditus portusque per commercia et negotia- 
torescogniti. Tacite, 4e édition de K. Halm, t. II, p. 260. 

4. Livre II, ch. 11, 5 3-6; édition donnée chez Didot par Charles Mùller, 
t. I, pp. 75-78. 

5. Topoi^raphta hibernica, I, 6, chez Dimock, Giralâi Cauibreiisis opéra, 
t. V, p. 28. 



214 Périodiques. 

II 

Les Comptes rendus des séances de l'année 1909, publiés par l'Aca- 
démie des Inscriptions et Belles-Lettres, Bulletin de janvier, contiennent, 
pages 16-28, un mémoire fort intéressant de notre savant collaborateur, 
M. J. Loth. L'auteur y donne une explication très satisfaisante de l'inscription 
de Géligneux, Ain, publiée par M. Hirschfeld, Corpus iiiscriptionum latina- 
ruiii, t. XIII, no 2494. Cette inscription affecte une petite maison et une 
vigne à la fondation perpétuelle d'un repas, cenavi, annuel, auquel sont 
invités tous les triconti et qui se fera petrudecanietn. Triconti est gaulois et 
s'explique par le breton tregont, « trente « ; petnuiecameio, ablatif de petru- 
decametos, est également gaulois, c'est le breton pevardekved, quatorzième, 
et ce mot désigne le quatorzième jour d'un mois de l'année. Il s'agit de 
trente convives qui se réuniront tous les ans le quatorzième jour de ce 
mois. Dans l'Inde ancienne, le quatorzième jour d'un mois était également 
consacré aux repas funèbres. Reste à savoir de quel mois il s'agit dans l'in- 
scription de Géligneux. M. Loth suppose qu'il s'agit du mois appelé Kiu- 
ros dans le calendrier de Coligny. Suivant lui, ce calendrier ne peut être 
ligure. La présence des mots gaulois tricoitti et petnidecanwtos dans l'in- 
scription de Géligneux prouve qu'on parlait gaulois dans la région, donc 
la langue du calendrier de Coligny est le gaulois. Je ne suis pas convaincu. 
Le calendrier peut, comme la liturgie, garder une langue archaïque. Dans 
l'usage courant delà Bretagne continentale, on trouve deux langues comme 
dans l'inscription de Géligneux ; au lieu du latin et du gaulois, ce sont le 
français et le breton ; il serait un peu hardi d'en conclure que la langue dont 
les prêtres se servent pour célébrer la messe, la langue du bréviaire, soit le 
breton. Un calendrier peut avoir conservé comme la liturgie une langue 
archaïque. 

Le calendrier dont se servent les prêtres catholiques, Vordo, est écrit en 
latin comme le missel et comme le bréviaire. 



III 

Dans le Bulletin de la Société polymathique du Morbihan, M. P. 
Le Nestour a inséré une notice sur les fouilles qu'il a récemment faites dans 
un tertre artificiel sis à Mané-Vengueu, commune de Baden, Morbihan. Il a 
tiré de ce tertre entre autres objets une pointe de flèche en silex avec aile- 
rons et pédoncule. A cette notice M. J. Loth a joint un mémoire où il 
expose que cette pointe de flèche a la même forme que certaines flèches de 
bronze et paraît leur être contemporaine, appartenir par conséquent à l'âge 
du bronze. 

IV 

La première livraison du tome VII de la Zeitschrift fur celtische 
Philologie est occupée principalement (265 pages) par une étude détaillée 



Périodiques. 215 

de M. L. Chr. Stem sur Davydd ab Gwilym, célèbre poète lyrique gallois 
du xive siècle, contemporain des rois d'Angleterre Edouard II, 1 507-1 327, 
Edouard III, i 527-1 377, et mort au plus tôt en 1359 ; la bataille de Crécy, 
1346, a été livrée de son vivant. Il faisait peu de cas des Anglais et des 
Irlandais, il semblait préférer la France et ses produits, notamment son vin, 
o^iuin Ff raine (p. 11), et il paraît avoir connu la littérature provençale 
(p. 241). Il aimait les femmes et n'avait que de l'aversion pour les religieux 
mendiants, Dominicains, Franciscains, Augustins et Carmes que M. Stern 
confond avec les moines (p. 142). M. Stern (p. 246) évalue à 13.000 le 
nombre des vers compris dans les 262 pièces qui nous restent de ce poète, 
et malgré de savantes recherches, il conclut que la vie de Davydd ab Gwi- 
lym nous offre beaucoup de points obscurs. Si, par exemple, il parait cer- 
tain que, pour avoir enlevé une femme mariée, le poète gallois fut con- 
damné à payer une forte somme, dut subir la prison, la souscription qui lui 
aurait fourni cette somme et rendu la liberté ' peut être considérée comme 
légendaire (p. 114). 

Suivent de courts articles dûs à MM. Lindsay, Kuno Meyer, Zimmer et 
Stern. Nous signalerons un recueil de maximes versifiées tirées par 
M. K. Meyer du ms. Stowe B. IV. 2 de la bibliothèque de la Royal Irish 
Academy, écrit par Michel O'Clery en 1628, et dont M. K. Meyer a déjà 
publié huit extraits dans Archiv fur ceUische Lexicographie, t. III, p. 303- 
311. Le même auteur donne une explication nouvelle du nom antique du 
lac de Garda: lacus Benacus, signifierait non « lac aux nombreux caps », mais 
« lac cornu » ; sa corne serait le long golfe qui le termine au nord. 

M. Zimmer propose quelques leçons nouvelles du ms. de Wi^irzburg, et il 
explique par un primitif air-œn-di-guide le substantif vieil irlandais irnigde, 
« prière ». 

M. Stern donne une liste de noms d'homme gaéliques relevés dans les 
épitaphes des cimetières du comté de Gallowav en Ecosse ; après avoir rap- 
pelé « les services rendus à l'étude du Folklore par M. H. Gaidoz, il repro- 
duit le texte d'une lettre adressée à Jacob Grimm en 1848 par le folkloriste 
anglais W. J. Thomas, lettre conservée à la Bibliothèque royale de Berlin. 
Il cite un exemple de l'abréviation Ag pour Augustinus qui en bas latin 
s'appelait Agustimts. Il aurait pu dire que le nom de mois français août tient 
lieu d'un bas latin agiisium = augiistnm, accusatif singulier du nom propre 
d'homme Aiigustus. 

V 

Dans The Journal of the Gypsy Lore Society, janvier 1909, 
M. Kuno Meyer traite des langages secrets d'Irlande. Après avoir dit un 
mot du jargon pédant des Hiiperica famina \ il donne l'indication des pro- 



1. Robert Williams, A biographical Dictionary of eminent Welshmen, 
p. 114. 

2. Ct. Revue Celtique, t. XVI, p. 553. 



21 6 Périodiques. 

cédés au moyen desquels ont été créés vers le x^ siècle de notre ère les dia- 
lectes bizarres dont deux sont appelés l'un shelta et l'autre Bearlagar na 
5ao/' '; ainsi : emploi des mots dans un sens figuré : araid « escaliers » 
pour « saints « parce que les saints sont les escaliers du ciel ; emprunt au 
latin, cast de castus ; placement des lettres dans l'ordre inverse, gré pour 
érg, « se lever » ; addition ou retranchement de lettres : ciilti pour cid, « cha- 
riot », Co/r/' pour le nom d'homme au génitif Coirpri, etc. Un procédé fort 
curieux est le remplacement de consonnes et de voyelles par les noms qui 
les désignent dans l'alphabet oghamique. Des exemples de cette façon de 
faire sont fournis par le morceau intitulé Diiil laithne que M. Whitley 
Stokes a publié avec traduction latine en 1872 dans Gôidelica, 2^ édition, 
p. 75-79, d'après le manuscrit H. 2. 15, p. 116, 117, du collège de la Tri- 
nité de Dublin ; c'est la copie terminée en 1643 P^f Dudley Mac Firbis, 
d'un manuscrit plus ancien. M. Kuuo Meyer donne un f:'c-similé photo- 
graphique des deux pages 116 et 117^. 

VI 

M. Ubaldo Mazzini a fait paraître dans le Giornale storico e lettera- 
Rio DELLA Liguria, t. IX, 1908, un mémoire intitulé MoniiDientl Celtici 
in val di Magra. Les monuments qui sont l'objet de ce mémoire sont au 
nombre de cinq représentés sur deux planches. Ce sont des stèles sculptées 
grossièrement et représentant plus mal que bien autant de personnages. La 
première a été trouvée dans la vallée de la Vara, affluent de la Magra, com- 
mune de Zignago, province de Genova, les quatre autres dans la vallée de 
la Magra, communes de Villafranca et de Mulazzo, province de Massa e 
Carrara. Sur la première on lit une inscription en caractères étrusques, que 
l'auteur lit Me:^ii Ncvnisus dont il compare le second ternie au nom de 
lieu gaulois Nenumsiis . Il aurait pu citer le cognomeii Nemausus qui appa- 
raît dans deux inscriptions chez A. Holder, Allceltischer SprachsckUi, t. 
II, col. 707 : Mc~u est plus difficile à expliquer. 

VII 

Dans la Roiiiaiiia, t. XXXVIII, n° de janvier 1909, p. 129-151, M. G. 
Huet rapproche d'un passage du Tdiii ho Cûalnge, un épisode des aventures 
de Perce val sur le « Mont Dolorous ». Perceval attache son cheval à un 
pilier merveilleux placé par Merlin ; seuls les bons chevaHers pouvaient le 
faire sans y perdre l'esprit. M. Huet compare ce pilier à la pierre levée 
dressée sur la pelouse du château des fils de Necht. Sur cette pierre était 



I. Cf. Revue Celtique, t. XIII, p. 505. Sur l'argot dans la Bretagne con- 
tinentale, voir les articles de M. Ernault, Revue Celtique, VII, 41 ; XIV, 
267; XV, 337; XVI, 213. 

2. Une étude sur ce texte par M. Thurncysen a paru dans la Revue Cel- 
tique, X. VII, p. 369-374. 



Périodiques. 217 

gravée une inscription ogamique : « A tout Iionmie armé qui viendra sur la 
pelouse, défense d'en sortir avant d'avoir demandé combat singulier. » Les 
fils de Necht sortent du château l'un après l'autre et sont tués par le petit 
Setanta plus connu postérieurement sous le nom de Cûchulainn '. 

VIII 

La Revue des études anciennes, t. XI, no de janvier-mars 1909 con- 
tient une note de M. C. JuUian sur l'âge de Vercingétorix. C'était en l'an 
52 avant notre ère un siimiiiae poteiitiac adolescens ' : donc il ne devait pas 
alors avoir accompli sa trentième année, et il était né au plus tôt en l'an 82. 
On lira avec intérêt la chronique gallo-romaine du même auteur. 

IX 

M. le cte de Charencey a extrait de la Revue internationale des 
ÉTUDES BASQ.UES, 1908, un article de sa façon intitulé Neuf elymoloi^ucs 
basques. Quatre mots basques sont suivant lui empruntés au celtique : 
d'abord horiv jaune», en irlandais »r « vert », en gallois ir « vert, florissant, 
jeune » ; puis liir « terre », semble identique à l'irlandais Idr « sol », au 
breton leur, au gallois îlaïur qui ont perdu un p initial ; vienasta « pierre » 
serait dérivé d'un m^t celtique, en breton tueti, mean « pierre », en gallois 
maen; tira « eau », peut être comparé à l'irlandais tiaran « source ». Sur 
ce dernier mot il faut observer qu'une Ura fous située près d'Uzès (Gard) 
apparaît dans une inscription latine du temps de l'empire romain. Corpus 
iiiscriptionu})i Jatiiiaruni, t. XII, n° 30765. Nous livrons ces rapprochements 
à l'examen des celtistes. 

X 

La Celtic Review de janvier 1909 contient comme toujours de fort 
intéressants articles. Nous signalerons seulement ceux qui nous ont le plus 
frappé. D'abord les pages 202-224, intitulées A celtic Poet, et consacrées à 
M. Anatole Le Braz par M. Frances M. Gostling; puis le conte du Grand 
Taureau, Tarhb Môr, pp. 259-266, tiré des mss. de feu le R. P. Allan Mac- 
donald ; enfin, pp. 273-280, l'article où M. Dominick Daly recherche ce qu'il 
peut y avoir de réel dans les voyages fantastiques de saint Brendan. 

XI 

Dans la Revue Archéologiq.ue, 4e série, t. XIII, janvier-février 1909, 
M. A. J. Reinach, continuant un article intitulé Les mercenaires et les colo- 
nies militaires de Perganie, commencé dans les nos de septembre-octobre et 
de novembre-décembre 1909, a, p. 402-408, inséré un paragraphe intitulé : 



1. Tdin hô Cûaluge, édition Windisch, pp. 148-159; Revue Celtique, 
t. XXVIII, pp. 255-258. 

2. De hello gallico, VII, 4, i. 

3. Cf A. Holder, Altceltischer Spracbschat:^,x.lU, col. 34. 



2i8 Périodiques. 

Les Galates, en tête duquel sont reproduits deux bas-reliefs du sarcophage 
de la Vigna Amendola représentant une bataille entre Pergaméniens et 
Galates. 

XII 

Parmi les intéressants articles contenus dans The Journal of the 
Royal Society of Antiquaries of Ireland, n" du 31 mars 1909, nous 
signalerons d'abord celui de M. Henry S. Crawford sur des monuments de 
la vallée d'Aherlow, et les observations qu'y a jointes M. R. A. Stewart 
Macalister ; on y lit les noms d'homme Fiud-ltigh, Flaithcrtach aujourd'hui 
noté Flaherty, Baedaii, Caelrach. M. Joseph Meehan donne ensuite une note 
accompagnée de deux planches qui représentent deux dolmens situés dans 
le comté de Cavan. 

XIII 

M. Job Le Ny a inséré dans la Revue des TRAorriONs populaires, 
t. XXIV, n° de janvier-mars 1909, quatre légendes de Langonnet, Morbi- 
han, « Le lutin de Toul-ar-Bimp », « Le cheval diabolique », « Le chat 
qui étrangle son maître », « La panique au pardon ». 

XIV 

Le vol. XX, no i du Folklore, 30 mars 1909, nous offre, p. 64-70, un 
article de M. E. Lov^et sur les superstitions des bergers, des Downs, près 
de la Manche en Angleterre; on y remarque l'usage celtique de compter 
par vingtaines. 

XV 

Nous regrettons vivement que M. A. J. Reinach ne nous ait pas donné 
pour la Revue Celtique son savant article intitulé : La flèche en Gaule, ses 
poisons et ses contrepoisons, dont la première partie vient de paraître dans 
I'Anthropologie, t. XX, no i, janvier-février 1909, p. 51-80. 

H. d'Arbois de Jubainville. 



NECROLOGIE 



Un coup bien douloureux vient de frapper la rédaction de 
la Revue Celtique, c'est la mort d'un de ses plus anciens et de 
ses plus actifs collaborateurs, M. Whitley Stokes. Le premier 
volume de la Remie Celtique, 1 870-1 872, contient déjà trois 
articles de lui, et depuis il n'y a pas un des vingt-huit 
volumes suivants auquel il n'ait donné sa coopération 
savante. Parmi les articles que nous lui devons, certains comme 
The second battle of Moylura, The prose Taies in the Rennes Dind- 
senchas, The Annals of Tigernach sont d'une importance 
exceptionnelle. Il a aussi inséré des travaux érudits dans plu- 
sieurs périodiques, les uns spécialement celtiques : Zeitschrift 
Jïir celtische Philologie, Archiv der cellische Lexicographie, Eriu, 
les autres s'occupant de linguistique d'une façon plus générale 
comme les Philological Society Transactions et Proceedings, les 
Beitraege :(ur vergleichenden Sprachforschung, la Zeitschrift fur 
vergleichende Sprachforschung, les Indo-germanische Forschungen. 

Whitley Stokes, bien que défunt, vivra encore longtemps 
par ses écrits. 

On a pu voir annoncer dans \^ Revue Celtique les nombreux 
ouvrages du savant celtiste dont le dernier, Thésaurus palaeo- 
hibernicus, deux volumes grand in-8°, xxviii-727 et XL-722 
pages, ont paru, l'un en 1901, l'autre en 1903, avec la col- 
laboration de John Strachan décédé aussi peu de temps après 
l'apparition de cette importante publication. 

La mort a frappé Whitley Stokes le 13 avril. Il était âgé de 
soixante-dix-neuf ans. 

Peu de jours après ce triste événement, le 24 avril, mou- 
rait à l'âge de quarante-cinq ans Max Ihm, ' professeur à 



220 Nécrologie. 

l'Université de Halle-sur-Saale, auteur de nombreux articles 
qui traitent de questions celtiques dans la nouvelle édition par 
Wissowa de Pauly Real-encvclopaedie et dans le lexique mytho- 
logique de Roscher. Ce jeune professeur donnait de grandes 
espérances, que sa fin prématurée nous enlève. 

Le professeur Kuno Meyer nous écrit que la santé de 
de M. L. Chr. Stern et du professeur Osthoff inquiète leurs 
amis. Dieu veuille que nous apprenions bientôt le rétablisse- 
ment de ces précieuses santés ! 

H. D'A. DE J. 



ERRATUM 

P. 78, note I, 1. 8, au lieu de roi terrestre, lise^ dieu ter- 
restre. 



Le Propriétaire-Gérant, H. CHAMPION. 



MAÇON, PROTAT FRERES, IMPRIMEURS. 



LE LIBER EX LEGE MOYSl 

ET LES TENDANCES BIBLIOUES 
DU DROIT CANONIQUE IRLANDAIS ' 



Au cours des recherches auxquelles je me suis livré sur les 
recueils canoniques de l'époque carolingienne, j'ai rencontré 
une collection brève et fort peu connue, faite exclusivement 
d'extraits du Pentateuque et, pour cette cause, intitulée Liber 
ex legc Moysi. Elle se place parmi les recueils canoniques 
d'origine irlandaise, et constitue, à mon avis, un témoignage, 
qu'il faut rapprocher de beaucoup d'autres, de la tendance 
biblique qui caractérise l'œuvre des canonistes irlandais. Telles 
sont les idées qui sont brièvement développées dans les pages 
qui suivent. 

I 

Le Liber ex lege Moysi contient exclusivement des préceptes 
moraux et légaux tirés de l'Exode, du Lévitique, des Nombres 
et du Deutéronome -. Il était répandu sur le continent au 
ix"^ siècle, et peut-être au siècle précédent. Nous en connais- 
sons quatre manuscrits, à savoir : 

I . Le manuscrit 3 1 82 de fonds latin de la Bibliothèque Natio- 
nale, des x^ et xi" siècles, provenant de l'abbaye de la Trinité 



1. Le texte du présent mémoire a fait l'objet d'une communication à l'Aca- 
démie des Inscriptions et Belles-Lettres, le 14 mai 1909. 

2. En voici le début : 

Ego sum Dominus Deus tuus qui eduxi te de terra Egypti, de domo ser- 
vitutis, dixit Dominus Moysi. Non habebis deos alienos coram me. Ces 
fragments sont les deux premiers versets du chap. xx de l'Exode. Notre 
recueil donne ensuite les versets 3-17, 23-26 du même chapitre. 

Revue Celtique, XXX. 1% 



222 P. Fournier. 

à Fécamp, à laquelle il fut donné, sans doute peu après sa 
fondation au xii* siècle, par un Godofredus sacerdos dont le nom 
est mentionné sur l'un des feuillets ' ; 

2. Le manuscrit Otho E XIII, du fond Cottonien du British 
Muséum, qui date du x^ siècle ou du xi^ et provient du mo- 
nastère de Saint-Augustin de Canterbury; 

3. Le manuscrit 221 de la Bibliothèque d'Orléans, datant 
des ix'^-x'^ siècles, et provenant de l'abbaye de Fleury- sur-Loire ^ ; 

4. Le manuscrit 279 du Corpus Christi Collège de Cam- 
bridge, signalé par M. d'Arbois de Jubainville' ; ce manuscrit, 
des IX'' et x"-' siècles, provient de la cathédrale de Worcester. 
Feu M. Bradshaw, bibliothécaire de l'Université de Cambridge, 
après Tavoir examiné, a émis l'avis qu'il fut transcrit, au moins 
en partie, par un scribe dont la nationalité n'était pas irlan- 
daise +. 

Les textes insérés dans ce recueil > peuvent être ramenés à 
trois catéofories : 



1. Ce manuscrit a été connu de Martène qui lui a fait des emprunts alors 
qu'il était conservé à Rouen dans la bibliothèque des Bigot; il a passé 
ensuite à la Bibliothèque du Roi. (Cf. Maassen, Bihliothcca latina jurh 
canonici manitscripta, I, dans les Sitiungshrichte de l'Académie impériale de 
Vienne, classe de philosophie et d'histoire, t. LIV, p. 223 et s.) Le Liber 
ex lêge Mûysi occupe les pages i à 12 de ce manuscrit; mais le relieur en a 
dérangé l'ordre. Voici comment il faut le rétablir : pages 1-4, pages 11- 
12, pages 7-10, pages 5-6. 

2. Le Liher ex lege Moysi en occupe les pages i à 15, ainsi qu'il semble 
résulter des indications données par M. Cuissard dans son catalogue inséré 
au tome XII du Catalogue général des manuscrits des Bibliothèques publiques de 
France, p. 115. De même le Liber ex lege Moysi occupe les premières pages 
(1-14) du manuscrit de Fécamp. Ce n'est pas la seule analogie qui se 
découvre entre ces manuscrits. Les pages 16 à 22 du manuscrit de Fleury 
répondent par leur contenu aux pages 14 à 19 du manuscrit de Fécamp. 
Viennent ensuite dans l'un et l'autre manuscrits, ['Hibcrnensis,\QS Excerpta 
de libris Romanoruni et Fra)icorum et les Canones Adomnani (ces deux der- 
niers textes ont été publiés, le premier par Martène et Durand, Thésaurus 
novus anecdotorum, t. IV, col. 13 et s., et l'autre par Wasserschleben, Die 
Bussordnungen der abendlàndischen Kirche, p. 120 et s.). Avec les Canones 
Adomnani s'achève le manuscrit de Fleury; le manuscrit de Fécamp se 
continue par de nombreux textes. 

3. Essai d'un calalocrue de la littérature épique de V Irlande, p. 20. Ce 
manuscrit a été décrit sommairement dans l'écrit cité ci-dessous de H. Brad- 
shaw, p. 24 et s. 

4. H. Bradshaw, The early Collection of canons hiown as the Hibernensis, 
p. 26. 

). Ces textes sont extraits des chapitres suivants : Exode, ch. xx à 



Le Liber ex lege Moysi. 225 

1° Préceptes de morale générale, et en première ligne le 
Décalogue ; 

2° Règles sanctionnant les faits portant atteinte à ces pré- 
ceptes, par exemple édictant des peines contre l'homicide, le 
vol, l'inceste, l'adultère et les autres délits contre les mœurs, 
ou déterminant la responsabilité en cas de dommages causés 
par les animaux ; 

3° Règles propres à la législation mosaïque, concernant la 
distinction entre les aliments purs et impurs, la valeur des 
témoignages, le rachat des vœux, ou encore l'obligation 
de payer les dîmes et les prémices, et le privilège des villes de 
refuge. 

Le caractère irlandais de cette collection ne me paraît point 
douteux. Il résulte notamment de ce fait que les quatre 
manuscrits précités sont des recueils composés exclusivement 
ou principalement de textes canoniques irlandais. Dans les 
manuscrits de Fécamp, de Canterbury et de Fleury, le Liber 
ex lege Moysi est le voisin de la collection canonique dite Hiher- 
nensis^; quant au manuscrit de Worcester, l'analyse qu'en a 
donnée M. Bradshaw montre le Liber ex lege Moysi juxtaposé 
aux canons de saint Patrice et à des recueils étroitement 
apparentés à Y Hibeniensis ^. 

Non seulement nous n'hésitons pas à attribuer une origine 
irlandaise au Liber ex lege Moysi ; un autre fait nous semble 
jeter un peu de lumière sur son histoire. Trois des quatre 
manuscrits qui le contiennent proviennent de la Bretagne 



XXIII et XXXI (sur les textes de l'Exode, voir ci-dessous, p. 230); Lévitique, 
ch. v, VI, XI, XII, XVII, XVIII, XIX, XX, XXII, XXIV, XXVII ; Nombres, ch. 
xxvii, XXXV ; Deutéronome, ch. i, vi, vu, xiii, xiv, xvii, xix, xxii, 
XXIII, XXIV, xxvii. — Les extraits sont rangés d'après l'ordre du livre 
auquel ils appartiennent. 

i. Wasserschleben, Die irische Kanoneiisainmlung (2^ édh. , Leipzig, 1885), 
p. xxxret XXXII pour les manuscrits de Fécamp et de Canterbury, p. lxv- 
Lxvii pour le manuscrit de Fleurv. 

2. H. Bradshaw, op. cit., p. 24 et s. M. Bradshaw fait remarquer (p. 19 
et s.) que le manuscrit 576 de la Bibliothèque publique de Cambrai, actuel- 
lement réduit à un état fragmentaire, fut à l'origine un autre exemplaire de 
l'important recueil, où figurent beaucoup de textes de droit canonique 
irlandais, qui est conservé dans le manuscrit de Fécamp (Bibl. Nat., Latin, 
3182), cité ci-dessus. 



224 ^- Foin-nier. 

armoricaine (manuscrits de Fécamp, de Canterbury et de 
Fleury-sur-Loire) ; ce fait est attesté par la présence de gloses 
bretonnes insérées dans chacun d'eux '. Quant au quatrième, 
celui de Worcester, M. Bradshaw pensait que, s'il a pu être 
transcrit dans le nord de la France, c'est probablement d'après 
un prototype venant de l'Armorique -. Il y a donc beau- 
coup de chances pour que le Liber ex lege Moysi ait pénétré 
dans l'Empire franc par la péninsule armoricaine. Il n'est pas 
inutile de placer ce fait en regard d'une opinion récemment 
exprimée dans un savant mémoire où est exposée l'œuvre des 
missionnaires irlandais '. L'auteur de ce mémoire, le béné- 
dictin dom Gougaud, estime que les émigrés irlandais avaient 
coutume de passer par la Grande-Bretagne, d'où ils venaient 
débarquer sur les côtes du Boulonnais ou du Ponthieu et que 
fort peu nombreux étaient ceux qui se rendaient directement 
d'Irlande dans la péninsule armoricaine, pour pénétrer ensuite 
dans l'intérieur du continent. Une opinion différente avait été 
déduite, par le très regretté Samuel Berger, de l'examen d'un 
groupe de manuscrits bibliques irlandais qui proviennent de la 
province ecclésiastique de Tours, dont dépendait l'Armorique; 
à son avis, ces textes avaient été d'abord apportés dans la 
Bretagne armoricaine, d'où ils ont rayonné sur les pays voi- 
sins^. Il semble certain, en tout cas, que trois au moins de 
nos manuscrits du Liber ex lege Moysi ont suivi cette route ; 
aussi je suis tenté d'en conclure, avec Samuel Berger, que si, 
à l'époque carolingienne, les missionnaires irlandais sont 
souvent venus en Gaule par la Grande-Bretagne et le Pas-de- 
Calais, ils n'ont pas abandonné pour cela la voie qui les con- 
duisait des rives de leur pays aux côtes de notre Bretagne. 

Que le Liber ex lege Moysi soit une œuvre d'origine irlan- 
daise, c'est un fait qui n'est pas pour nous étonner ; il 
témoigne, avec beaucoup d'autres, de l'importance particulière 

1. Bradshaw, op. cit., p. 33-34. 

2. Ibid . , p. 32. 

3. Dom Gougaud, O. S. B., L'Œuvre îles Scott i, 2'^ article dans Revue 
d'histoire ecclésiastique, t. IX, ann. 1908, p. 267 et 268; voir aussi, du même 
auteur : Un point obscur de Fitinéraire de S. Colomban venant eu Gaule, dans 
les Annales de Bretagne, t. XXI, ann. 1907, p. 327-343. 

4. Histoire de la Viilgate, p. 49. 



Le Liber ex lege Moysi. 225 

qu'avait la Bible aux yeux des Irlandais. Dans son Introduc- 
tion à r histoire de la littérature celtique S M. d'Arbois de 
Jubainville a mis en lumière quelques récits, dont l'un était 
déjà connu au x^ siècle, qui attestent un vif désir de faire con- 
corder avec la Bible les origines de l'Irlande, et de donner à 
la science des jurisconsultes d'Irlande une source biblique ; 
c'est ainsi que le plus ancien file irlandais dont on prétend 
conserver quelques œuvres aurait reçu les enseignements d'un 
autre irlandais, Caé Au-beau-jugement, qui en Egypte avait 
fréquenté Moïse, et qui était élève de Fénius-Fersaid, contem- 
porain et témoin de la confusion des langues à la tour de 
Babel'. Les Irlandais aiment d'ailleurs à donner une valeur 
juridique à divers préceptes de l'Ancien Testament. Pour s'en 
convaincre il suffirait de relever les textes bibliques analogues, 
quand ils ne sont pas identiques, à ceux du Liber ex lege Moysi, 
qui figurent dans la collection canonique dite Hibernensis, 
composée vers l'an 700, dont une recension, qui n'est peut- 
être pas la plus ancienne, a été publiée en 1885 par Wasser- 
schleben ' ; cette œuvre contient l'exposé d'un droit qui porte 

1. P. 291-295. 

2. J'emprunte quelques expressions au livre de M. d'Arbois de Jubainville. 

3 . Wasserschleben a cru que la recension de V Hibernensis par lui publiée 
et désignée sous le nom de recension A devait être considérée comme la plus 
ancienne forme de cette collection. Dans un méinoire publié en 1906 (Sedii- 
lius Scottus, fascicule ler des Ouclleii und Uiitersuchnngen ^ur lateinischen 
Pliitotocrie des Mittelalters, recueil dirigé par M. L. Traube, p. 141 et s.). 
M. S. Hellmann a combattu cette opinion, et, pour des raisons qui semblent 
sérieuses, il a proposé de considérer comme plus ancienne la recension dite 
B ; cette forme de V Hibernensis a été conservée dans un manuscrit d'Oxford, 
Bodleienne, Hatton, 42, provenant de Glastonbury, et aussi dans le manu- 
scrit de la Vallicellane T, 18 (et non A, 18 suivant une désignation fréquem- 
ment employée, quoique erronée), que Wasserschleben a connu. Au sur- 
plus le mémoire de M. Hellmann contient des aperçus très dignes d'atten- 
tion sur la place qu'il convient d'assigner à VHiberne)isis parmi les recueils ca- 
noniques d'origine irlandaise. L'impression qui s'en dégage est que l'édition 
de Wasserschleben ne suffit pas à faire connaître Y Hibernensis ; il serait im- 
portant de posséder le texte de la recension B. Il serait intéressant aussi de 
savoir quelle est la recension de V Hibernensis contenue dans un manuscrit 
italien de la fin du xi^ siècle ou du commencement du xii^ récemment 
signalé par M. Gaudcnzi (Ouellen und Forscljuiig^eniiits Ilatienisclien Arcliiven, 
t. X, ann. 1907, p. 370 et s.); ce manuscrit, où V Hibernensis est juxtaposée 
aux Fausses Décrétales, provient du monastère de S. Pierre in Oliveto et est 
conservé, sous le n» 10, à la Bibliothèque communale de Livourne. 

Ainsi que le fitit remarquer M. Hellmann, il existe des recueils apparentés à 



22é P. Fournier. 

nettement l'empreinte irlandaise, encore que l'auteur se 
préoccupe de concilier les usages celtiques avec les usages 
romains. Or, on y rencontre plusieurs centaines de citations 
de la Bible, sans compter celles qui sont empruntées à des 
commentaires des Pères sur les Livres saints. Nous y retrou- 
vons des règles, dont bon nombre proviennent de l'Ancien 
Testament, sur le mariage, sur les vœux, sur la valeur des 
témoignages, sur l'obligation de payer des dîmes ', sur la 

ÏHibeineiisis, mais qui n'en procèdent pas ; ils semblent provenir d'une source 
qui est commune à eux et à r///7v/-W(7;j>-/i. Au nombre de ces recueils, je citerai 
les deux collections signalées par M. Hellmann d'après le manuscrit, conservé 
à Cues, du ColhrtiDicu))! de Sedulius Scottus (op. cit., p. 136 et s.) et aussi 
la collection contenue aux fol. 6 à 55 du manuscrit de Cambridge déjà 
c\té(Corpiis Christ! Collecte, 279, provenant de Worcester; cf. Wasserschleben, 
p. xxiii), dont M. Bradshaw a écrit qu'elle était certainement indépendante 
de VHihernensis, mais tirée des mêmes sources (op. cit., p. 25). Une étude 
comparative de ces recueils serait nécessaire pour déterminer nettement 
l'origine et l'objet de VHibcnioisis. 

En outre, il y aura sans doute lieu détenir compte des divers recueils extraits 
de VHiberueiisis, notamment de l'extrait contenu dans le manuscrit de 
l'Université de Wurzbourg, du viiF siècle, Theol.,in-4, 31, étudié en 1888 
par M. Nûrnberger (Archiv fi'ir hatholisches Kirchcnrecht, t.LX, p. 5 et s.); 
de l'extrait, non moins important, contenu dans le manuscrit 4592 de la 
Bibliothèque Royale de Munich, datant du ix^ siècle, et dans le manuscrit 
522 de la Bibliothèque Impériale de Vienne (voir, surtout pour le manu- 
scrit de Munich, l'écrit précité de M. Nûrnberger ; cf. Wasserschleben, Die 
irische Kanonensammhmg, p. xxvii). M. Nûrnberger estime que ces deux 
extraits, celui de Wurzbourg et celui de Munich, sont indépendants l'un de 
l'autre, mais ont été composés d'après des sources communes, et que la recen- 
sion de VHiberueiisis qui y a été utilisée n'est pas la recension publiée par 
Wasserschleben (p. 15). Enfin il faudra rapprocher de ces extraits la seconde 
collection contenue dans le manuscrit de la Bibliothèque Nationale de Paris, 
Latin 12444, «ii-i i^^*^ siècle (ancien S'-Germain 938, provenant de Corbie); 
cette collection occupe les feuilles 75-96, 105-1 36 du manuscrit ; elle est appa- 
rentée à celle du manuscrit de Wurzbourg, mais ne se confond pas avec elle 
et me paraît, au moins pour certains titres, sensiblement plus complète. 

Je suis heureux de constater que M. S. Hellmann continue ses études 
sur les recueils constituant le groupe dont est sorùcVHtbeiiieiisis. lia donné 
récemment une édition de l'apocrvphe de saint Cyprien intitulé De XII 
ahtsivis sœciili, qu'il estime composé dans le sud de l'Irlande, entre 630 et 
700 ; cet ouvrage provient, à son avis, des mêmes cercles où a été composée 
i'Hibernensis, dont l'auteur a utilisé cet apocryphe (Te.xteii iiiid Uiitersii- 
chufigen :{ur Geschichle der aitchi istlicben Literatur, t. XXXIV). 

I. Sur les dîmes on trouve deux ou trois textes, non dans la recension A, 
mais dans la recension B (Wasserschleben, Die irische Kauoneiisammluiig, 
p. 53, note 2). On en rencontre un plus grand nombre dans la recension 
de VHibernensis contenue dans le manuscrit no 2178 du chapitre métropoli- 
tain de Cologne, datant du viiic siècle ; ce manuscrit a conservé une forme 



Le Liber ex lege Moysi. 227 

distinction à établir entre les aliments suivant qu'ils sont purs ou 
impurs, sur le privilège des villes de refuge et sur beaucoup 
d'autres objets. Parfois ces textes s'accordent mal entre eux, 
il n'importe : l'auteur a voulu satisfaire son désir de rechercher 
dans la Bible des règles morales et juridiques, sauf à laisser 
aux intéressés le soin de les concilier. La préoccupation de 
multiplier les citations bibliques se révèle aussi chez les auteurs 
d'un certain nombre de recueils manuscrits du viii'^ et du 
ix'' siècles étroitement apparentés à VHiberiicnsis, si bien qu'il 
faudrait les étudier pour déterminer la place et le rôle de 
cette collection '. 

Le même caractère se dégage d'autres collections d'origine 
irlandaise : ainsi le texte du second des conciles attribué à 
saint Patrice- qui a joui sur le continent d'une certaine auto- 
rité, ainsi encore la petite collection sur les dîmes contenue 



particulière de la collection irlandaise qui pourrait bien être la recension A 
fortement modifiée sous l'influence de la recension Q{d. Bradshaw, o/). cit., 
p. 17 ; Wasserschleben, p. xxv). Le rédacteur a inséré un chapitre spécial 
de decimis composé d'un certain nombre de fragments (Wasserschleben, 
p. 52, note p.p.). 

1. Je signalerai parmi ces recueils, la première collection contenue dans 
le manuscrit 12444 du fonds latin de la Bibliothèque Nationale de Paris, 
manuscrit du ix"^ siècle avant appartenu à Corbie et avant passé ensuite à 
Saint-Germain-des-Prés (Saint-Germain, no 938). Cette collection a été 
signalée par Maassen dans quelques pages de sa Geschichte der Onellen und 
der Literatur des canonischoi Rechts (p. 836-841) : elle v est désignée sous le 
nom de collection de Saint-Germain. Malheureusement l'auteur, qui ne l'a 
étudiée que très sommairement, n'a pas mis en évidence l'importance des 
emprunts faits à Y Hiberiiensis. Cette collection a été analysée en détail par 
M. Nûrnberger, Uber cine uiiç^cdrfichte Kaiioictisanniiliing ans deiii S labrbniidert 
travail publié dans le Fhnfund:;tvaiig:{isîer Bericht der zvisseiiscbaftlicben 
Geselhcbaft Pbiloniatbie in Neisse, 1888-1890; Neisse, 1890, p. 1 18-197. Il 
y a un extrait de cette collection dans le manuscrit 14508 de la Bibliothèque 
rovaie de Munich, qui date du ix^-x^ siècles et provient de Saint-Emmeran 
(Maassen, p. 840; Wasserschleben, p. xxvii-xxviii). J'en ai découvert un 
autre extrait dans le manuscrit 73 de la Bibliothèque publique de Vesoul, 
datant du xi^ siècle, dont j'ignore l'origine; je sais seulement qu'il apparte- 
nait au xviiie siècle à l'abbave de Faverney. Cette collection se trouve aux 
fol. 81-88 du manuscrit. (Ce manuscrit, qui porte le no 73 dans le catalogue 
publié au tome VI du Catalogue général des manuscrits par M. Gauthier, 
était coté à Vesoul sous le n° 3.) 

2. Les canons de ce concile ont été plus d'une fois utilisés, notamment 
dans le Pénitentiel qui porte le nom de dom Martène et dans la collection 
en 400 chapitres. Ces deux recueils sont d'ailleurs apparentés, 



228 P. Foiiniicr. 

dans le manuscrit de Fécamp '. Ajoutez à cela que les préceptes 
bibliques inspirèrent directement nombre de dispositions des 
Canones Hibernenses et des Canones Adomnani publiés par 
Wasserschleben -, et que les pénitentiels de source irlandaise, 
notamment celui qui porte le nom de Cummean % sanc- 
tionnent diverses règles empruntées à la loi mosaïque. 

Ainsi les fragments tirés de la Bible tiennent une place 
importante dans les recueils composés sous l'influence irlan- 
daises, où ils figurent à côté d'un certain nombre de textes 
proprement canoniques et de très nombreuses citations tirées 
des Pères de l'Eglise. Il n'en va pas de même des collections 
dont se servait couramment l'Église latine à l'époque méro- 
vingienne et au début de l'époque carolingienne, et en parti- 
culier de la Dionysiana et de V Hispana. Il suffit de rapprocher 
ces collections de VHiherneiisis pour apercevoir le contraste qui 
se dégage de cette comparaison. La Diouysiana, VHispana et 
les collections analogues sont composées de textes émanant 
de l'autorité ecclésiastique officielle et toujours vivante, c'est- 
à-dire des conciles et des Papes. C'est que l'Eglise d'Occident 
est munie d'organes, disposés sur les degrés d'une hiérarchie 
régulière, au fonctionnement desquels les fidèles sont accou- 
tumés ; aussi suivent-ils la direction d'une autorité qui a 
qualité pour ordonner et qui a conscience de sa mission. Au 
contraire, dans l'Eglise irlandaise, cette organisation, fondée 
sur l'épiscopat territorial, n'est pas arrivée à sa pleine maturité; 
les conciles n'y tiennent qu'une place secondaire, comme les 
évêques dont le rôle est singulièrement effacé; la machine 
législative fonctionne mal. De même que dans l'ordre 
civil, le Celte, réduit à des institutions rudimentaires, aime à 
appuyer les décisions qui constituent le droit sur l'autorité 



1. Bibl. nat., Latin, 3182, p. 273 et s. De dcciiuis et priniogeuilis el prititi- 
tivis il! kge.C'estune suite de textes bibliques. Cette série se termine (p. 279) 
par la dispittatio de deciniis publiée par Wasserschleben, Die Bttsaordnimgcn 
der ahendlàndischen Kirche, p. 143, et antérieurement par Martène et Durand, 
Thésaurus noz'iis, t. IV, col. 11 et s. 

2. Dans l'ouvrage cité à la note précédente. 

3. Sur ce pénitentiel, voir l'édition, dégagée des alliages postérieurs, 
qu'en a donnée M.Zettinger, d'après un manuscrit du Vatican (Palat.Lat. 485, 
fol. ICI ets.)dansr^/r/;n' Jiir kathoUschcs Kircheiirechl ,t.LXXX\l,a\m. 1902. 



Le Liber ex legc Moysi. 229 

d'un personnage puissant ou d'un juriste fameux, de même, 
dans les collections canoniques qui lui sont propres, il ne 
cesse de citer, non seulement les Pères de l'Église et les saints 
de sa race, mais encore Moïse, les prophètes et les Apôtres. 
Ainsi s'expliquent la physionomie particulière des collections 
du droit canon d'inspiration irlandaise, et, du même coup, le 
rôle qu'a pu jouer dans cette société un recueil comme le 
Liber ex lege Moysi. 

II 

Cette tendance biblique, si fortement accusée chez les 
Irlandais, exerça-t-elle une influence réelle sur le développe- 
ment du droit de l'Église latine? Je le crois; qu'il me soit 
permis d'indiquer en bref quelques-uns des faits qui me 
semble le démontrer. 

En premier lieu, non seulement la collection dite Hibenieiisis 
a engendré plusieurs recueils qui ont circulé dans l'Empire 
franc à l'époque carolingienne, et toute une famille de collec- 
tions dans l'Italie du x*" et du xi^ siècles % mais encore il s'est 
produit une infiltration de textes tirés de VHihernensis et 
d'autres sources celtiques dans de nombreuses collections 
faites principalement de matériaux non celtiques, depuis la 
collection d'Angers au viii'' siècle jusqu'au Décret de Burchard 
de Worms qui, au xi^ siècles, insérait une cinquantaine de 
textes d'origine irlandaise, et, par Burchard, jusqu'aux recueils 
célèbres d'Yves de Chartres et de Gratien -. En second lieu. 



1. Voir mon étude : De Tiiifluenœ de la collection canonique irlandaise sur 
la formation des collections canoniques, dans k Nouvelle revue historique de droit 
français et étranger, t. XXIII, ami. 1899, p. 27 et s. 

2. Ainsi on reconnaît dans la collection dite d'Angers et datant vrai- 
semblablement du viiie siècle quelques emprunts à VHihernensis. J'ai 
rencontré dans le titre xliv, de nionachis, les textes suivants qui figurent 
dans l'Hiberjiensis et que je cite en renvoyant à l'édition de Wasserschleben, 
sans tenir compte des variantes: xlii, 14, b ; xxxix, 10, a et b; xxxix, 4,bet c; 
xxxix, 5. Dans le titre lxvi de la collection d'Angers on trouve les 51 
canons du second synode de S. Patrice. Je connais la collection d'Angers 
par le manuscrit de la Bibl. Nationale, Latin, 1603, du ix^ siècle; cf. 
Maassen, Geschichte der Quellen, p. 821 et s. Le savant canoniste cite, à la 
p. 826, des fragments dont il ne connaît pas la provenance et qui sont 



230 p. Fournier. 

les dispositions extraites des pénitentiels celtiques ou appa- 
rentées à ces pénitentiels sont devenues, et malgré des résis- 
tances très vives sont demeurées partiellement un élément 
constitutif de nombreux pénitentiels employés dans l'Empire 
franc '. Par ces divers canaux nombre de textes tirés de la 
Bible ou inspirés par elle ont pu passer des recueils irlandais 
dans les collections du moyen âge. Il y a plus : les lois 
anglo-saxonnes d'Alfred le Grand contiennent un prologue, 
datant de la fin du ix'^ siècle, qui est fait en grande partie 
d'une série de textes législatifs empruntés à l'Exode ^ ; or si 
l'on ne tient pas compte d'omissions peu nombreuses, c'est 
la même série de textes de l'Exode qui figure dans le Liber ex 
lege Moysi, certainement antérieur aux Lois d'Alfred '. Aussi 
n'est-il pas invraisemblable de penser que l'auteur du prologue 
anglo-saxon s'est largement inspiré du Liber ex lege Moysi. 

simplement des textes de YHiberneiisis, XLi, i4,bet xxxix, 10. Dans la 
collection en 400 chapitres (Maassen, op. cit., p. 842 et s.), on trouve 
quelques traces d'emprunts à Y Hibe?iiensis et aussi (cap. 260-264) des textes 
empruntés au second concile de S. Patrice. Dans une collection canonique 
du ixe siècle, dont je connais deux manuscrits provenant, l'un certaine- 
ment, l'autre vraisemblablement du Nord de la France (Laon, n" 201, 
et Saint-Pétersbourg, II, 4, m. 5 des manuscrits Dubrowsky, cf. l'article 
où M. Halban Blumenstock fait connaître les manuscrits canoniques de ce 
dépôt : Die civioiiiscboi Handschriften der kaiserUcJien ôffentlicbeii Bibliotbek 
in Saint-Petersburg , Zeitschrift fur Kircheiirccht, 3e série, t. V, p. 226 et 277- 
287), on rencontre un certain nombre de textes tirés de VHihertiensis. On 
pourrait multiplier ces exemples. Je me borne à ajouter qu'en examinant 
de près le Décret de Burchard de Worms, qui date du premier quart 
du xie siècle, j"v ai reconnu une cinquantaine d'emprunts à VHibeniensis ; 
c'est à la même conclusion qu'à abouti M. Ed. Diedrich dans sa disserta- 
tion inaugurale présentée à la Faculté Je théologie catholique de l'Univer- 
sité de Breslau : Das Dekret des Bischofs Burchard von Worms, Beitràge :^ur 
Geschichtc seiner Quellen, lena, 1908, p. 32. 

1 . Je me permets de renvover à diverses études sur les pénitentiels publiées 
dans la Revue d'histoire et de littérature religieuses, t. VI à IX, ann. 1901 à 
1904. 

2. Cf. F. Liebermann, Die Geset^e der Angelsachsen, t. I, p. 27 et s. 
5. Les listes suivantes permettent de comparer les deux recueils. 

Liber ex lege Movsi Préface d'Alfred le Grand 

Exode Exode 

xx; 1-17 XX; I à 5 ; 7-17; 23. 

25-26 XXI ; jusqu'à la fin. 

XXI ; 2 jusqu'à la fin. xxii ; i-ii; 16 jusqu'à la fin. 

XXII ; tout le chapitre. xxiii ; i, 2, 4, 6-9, 15. 
xxiii ; 1-19. 

XXXI ; 14. 



Le Liber ex lege Moysi. 231 

S'il en est ainsi, il faut reconnaître qu'un recueil irlandais 
a influencé un document anglo-saxon. Ce ne serait pas 
d'ailleurs un fait isolé; c'est ainsi qu'il ne serait pas impossible 
de faire apparaître des traces d'influence irlandaise dans le 
célèbre pénitenciel composé au vii'^ siècle par l'archevêque de 
Canterbury, Théodore. Enfin, sans doute à l'imitation des 
Irlandais, les canonistes du haut moyen âge se sont mis a 
accueillir en grand nombre, dans leurs écrits, des textes 
empruntés à la Bible. Cette mode a gagné même les auteurs 
des canons disciplinaires de plusieurs conciles ; autrefois (voyez 
la série des canons disciplinaires des conciles mérovingiens) 
les textes des Livres Saints n'y apparaissaient que très rare- 
ment ', tandis qu'après le viii^ siècle c'est chose fréquente de les 
rencontrer, parfois semés à profusion ; voyez certains canons de 
conciles germaniques du x'-" siècle. Cet usage s'impose même 
à des auteurs d'ailleurs absolument rebelles à l'influence irlan- 
daise^ tels que le faux Isidore et ses compagnons. Il est à 
remarquer que certaines décrétales apocryphes d'Isidore ne 
sont qu'un tissu de citations de la Bible -. Bien plus, le IP livre 
des faux Capitulaires de Benoît le Diacre s'ouvre par une 
cinquantaine de textes législatifs tirés du Pentateuque; il y a 
même lieu de remarquer que les chapitres 2 à 37 de ce livre 
de Benoît, extraits de l'Exode et du Lévitique, se retrouvent, 
disposés d'après le même ordre, dans le Liber ex lege Moysi; 
si j'hésite à admettre que Benoît a fait un emprunt direct au 
recueil d'origine irlandaise, c'est à cause des diff'érences qui 
se peuvent constater dans les versions employées de part à 
d'autre. En tout cas ces faits démontrent sufiisamment qu'à 
l'époque carolingienne, de toutes parts les textes bibliques 
envahissent les collections canoniques; or ce sont, à mon avis, 
les missionnaires irlandais qui ont été les premiers auteurs de 
cette invasion. 

Les eff'ets ne s'en devaient pas faire sentir seulement dans 

1. Quelques canons du concile tenu à Tours en 567 font exseption à 
cette règle. 

2. Voyez, par exemple, la fin de la troisième décrétale apocryphe de 
Pseudo-Fabien, dans Hinschius, Décrétâtes pseudo-isidorianx,-ç. 168-170. J'ai 
eu l'occasion de signaler un emprunt du faux Isidore à ÏHtbemensis ; il 
s'agit d'un texte définissant la province ecclésiastique. Cf. i^lutie sur les 



732 p. Fouruier. 

la composition des recueils canoniques; les institutions elles- 
mêmes en subirent l'influence : il me suffira d'énoncer 
quelques faits qui me paraissent en fournir la démonstration. 
|e tiens pour certain qu'à l'influence irlandaise est due la 
diff"usion dans l'Empire carolingien des règles, fondées sur la 
Bible, qui distinguaient les aliments suivant qu'ils étaient 
purs ou impurs; on consultera utilement sur ce point les 
récentes études de M. Bôckenhoff", professeur à la Faculté de 
théologie catholique de l'Université de Strasbourg '. Il semble 
aussi que l'influence irlandaise n'ait pas peu contribué à déve- 
lopper et à généraliser l'institution de la dîme. Sans doute la 
dîme n'a pas été imaginée par les Irlandais ; pour s'en con- 
vaincre il suffirait de lire la vie de saint Séverin par Eugippius 
et les prédications populaires de saint Cesaire d'Arles - ; mais 
c'est seulement dans la seconde moitié du viii^ siècle qu'elle 
devient une institution générale, sanctionnée par des textes 
juridiques. Or, dès le début du viii'^ siècle, les recueils irlan- 
dais contenaient des textes relatifs à la dîme; voyez, par 
exemple, ceux qui sont contenus dans la recension B de VHi- 
beniensis, considérée par M. Hellmann comme la plus ancienne; 
il n'est peut-être pas téméraire d'en rapprocher la collection, 
non datée, de dcciinis, transcrite plus tard dans le manuscrit de 

Fausses Dccrélales, dans la Revue irhistoire ecclésiastique, t. VII, ann. 1906, 
p. 48, note 2. 
Ben. Lcv., 11, 2 -- Exode, xx, 7 

5 12 

4 XXI, 7 et 8 

5 12 

6 14 

7-29 sont des extraits de Exode, xxi et xii, qui figurent 
dans le Lilier (Voir ci-dessus, p. 230). 

De même les chap. 31 à 37 de Benoît sont empruntés aux chap. xviii. 
XIX et XX du Lévitique (xviii, 6-10 ; xix, 26, 32, 35-36 ; xx, 10 et 1 1) qui 
figurent dans le Liber. Il faut remarquer que les séries du Liber sont plus 
riches que celles de Benoît. 

1. Cf. notamment la dissertation de M. Bôckenhoff", Speisesat-ungen 
mosaischer Art in luitleJalterlicheu KirchenrechlsqueUen. Munster, 1907. 

2. Cf. c. VI, n" 26 de la Vita sancti Severini par Eugippius, et le sermon, 
œuvre de saint Césaire, qui porte le n" 277 dans l'appendice au tome V 
des œuvres de saint Augustin, éditées par les Bénédictins de la Congré- 
gation de Saint-Maur. joignez-y la lettre des évêques de Tours, d'Angers, 
de Nantes et du Mans écrite en 567, le c. 6 du concile tenu à Mâcon en 
58s (Maassen, Concilia a-vi Meroi'ingici, p. 137 et 166); Grégoire de Tours, 
Historia Francoruvi, VI, c. 6, etc. 



Le Liber ex lege Moysi. 233 

Fécamp '. Au surplus les écrits de Césaire d'Arles ont incon- 
testablement exercé quelque influence sur les Irlandais, qui, 
dépendant de la Gaule pour la liturgie, en ont sans doute 
dépendu dans une certaine mesure pour le droit canon. Ainsi, 
quand des missionnaires du viii^ siècle rapportaient dans l'Em- 
pire franc des textes concernant l'obligation de payer la dîme, 
c'étaient vraisemblablement des règles empruntées à la Gaule au 
débutdel'époquemérovingienne, qui, conservées et augmentées, 
étaient alors renvoyées à leur pays d'origine. En tout cas l'in- 
fluence des Irlandais a contribué à préparer et à faire accepter en 
matière de dîmes la législation des princes carolingiens, fort aises, 
peut-être, de trouver un moyen pratique de reconstituer le 
patrimoine ecclésiastique si amoindri par les sécularisations de 
Charles Martel -. De même le principe de la rédemption ou 
de la commutation des pénitences, introduit par les recueils 
d'origine insulaire et accueilli dans tout l'Occident, était en 
quelque façon légitimé par les règles du Lévitique sur la 
commutation des vœux, que les recueils irlandais n'avaient pas 
manqué d'insérer 5. Aux mêmes recueils il semble que nous 
devions la diff'usion de la règle si chère aux canonistes des 
temps postérieurs : In ore duorum aut trium testium stat 
omne verbum^. Faut-il ajouter que la tendance biblique des 

1. Voir ci-dessus, p. 228, note i. Wasserschleben (p. 53) dit bien 
que la recension B de ÏHibeniensis, d'après le manuscrit de la Vallicellane, 
contient des textes sur les dîmes, mais il ne les fait pas connaître; il se borne 
à renvoyer au c. 78 du livre III delà collection du Vatic. 1349, qui est 
habituellement conforme à la recension B. J'ai trouvé dans ce chapitre (qui 
en réalité est le c. 77) les textes suivants : Lex : Décimas tuas et primitias 
tuas. . . (Exode, xxn, 29) ; Augustinus : Décime ex debito requiruntur... 
(passage tiré du sermon mentionné à la note précédente) ; Recte decitne 
et primitie pecorum et frugum... Ces divers textes se trouvent aussi dans la 
collection de deciiiiis (Bibl. Nat., Latin, 3182, p. 275 et s.); le texte de 
l'Exode figure dans le Liber ex lege Moysi, avec des textes du Lévitique sur 
les dîmes (xxvn, 25-33). 

2. Voir, sur ce sujet, un travail intéressant de M. Ulrich Stutz, Das 
karolingiscbe Zehnlgebot, dans la Zeitschrifl der Sarigiiy-Stiftung, Gernnviis- 
tische Abteilitng, t. XXIX, ann. 1908, p. 180 et s. 

5. Sur le rachat des pénitences voir le texte irlandais publié par 
Wasserschleben, Die Bussordiiungen, p. 159 et s. ; cf. Kuno Meyer, An old- 
irish treaiise de Arrels, dans Revue Celliqiie, t. XV, ann. 1894, p. 485 et s. 
Les passages du Lévitique sur le rachat des vœux se trouvent au c. xxvii 
de ce texte. 

4. Hibenieiisis, xvii, 7b; xvii, 3. Au surplus VHibenieiisis contient 



234 P- Fournier. 

Irlandais a été un facteur, non seulement des institutions 
juridiques, mais encore des institutions liturgiques ? Ainsi 
Mgr Duchesne, parlant du rituel des ordinations, a pu écrire : 
« L'onction, propre au rit gallican, aura été suggérée par 
l'Ancien Testament, où il est si souvent question de l'onction 
des prêtres. Elle ne paraît pas très ancienne; quelques indices 
porteraient à en chercher l'origine dans les églises de Bretagne, 
qui la pratiquaient dès le vi^ siècle '. » 

Tels sont, à mon avis, les principaux vestiges qu'a laissés 
cette poussée biblique dont le Liber ex lege Moysi est une 
manifestation caractéristique, et qui me paraît avoir été 
une des conséquences principales de l'action des Irlandais. 
Au surplus, il faut se garder de penser que cette action 
n'eut d'autre effet que de ressusciter quelques usages de 
l'Ancien Testament ; elle a provoqué d'autres résultats 
qu'attestent d'une part l'histoire de l'administration de la 
pénitence, d'autre part celle des règles monastiques et de 
l'immunité des monastères; ce n'est pas le lieu d'étudier ici 
ces graves questions. Si d'ailleurs l'influence des Irlandais a 
été réelle, il importe de l'apprécier sans l'exagérer ; elle ne 
s'est fait sentir que par certains points, et bientôt elle perdit 
une large part du terrain qu'elle avait gagné, contrariée qu'elle 
fut par la résistance de l'esprit romain, organisateur et pratique, 
dont l'Église franque était pénétrée. Ce serait une grande 
erreur de croire que l'histoire du christianisme occidental au 
viii'' siècle se résume dans celle de la lutte entre les tendances 
celtiques et les tendances romaines; mais, en revanche, qui 
méconnaîtrait l'importance de cette lutte s'exposerait à mal 
comprendre l'évolution du droit ecclésiastique à l'époque caro- 
lingienne. 

Paul Fournier. 

(xvi) divers textes destinés à montrer et à corriger les inconvénients de 
cette règle. Les Irlandais aiment aussi à rappeler la règle qui fut ensuite 
exprimée par l'adage Teslis uniis testis iiullus, règle à la fois biblique et 
romamti (Hibeniensis, XVI, 7, a, b et c). 

I. Les orii^Hiies du culte chrétien, 5e-édit., p. 378. Je n'ai pas cru devoir 
imputer à l'influence celtique une tendance qui se fit sentir en Gaule, et qui 
poussait à l'observation sabbatique du dimanche; le c. 31 du concile 
d'Orléans tenu en 538 (plus tard répété par Benoit le Diacre) dut réagir 
contre cette tendance. Mais les Irlandais ne semblent guère s'en être occupés; 
les prédications de Césaire d'Arles et de ses contemporains sur l'observation 
du dimanche ont peut-être engendré des exagérations chez certains fidèles 
trop zélés. 



ENLÈVEMENT [DU TAUREAU DIVIN 
et] 
DES VACHES DE COOLEY 



SUITE DU CHAPITRE XX 

Leurs chevaux passèrent cette nuit-là dans le même enclos, 
leurs cochers se mirent auprès du même feu, et de joncs frais 
ils firent une litière pour servir de matelas aux deux blessés. 
Des gens capables de guérir des malades, des médecins vinrent 
les traiter, les guérir ; ils mirent des herbes, des plantes médi- 
cinales, sur les excoriations, les plaies, les articulations, les 
nombreuses blessures ; ils prononcèrent sur elles les formules 
magiques qui guérissent. Les herbes, les plantes médicinales, 
les formules magiques, employées pour les excoriations, les 
plaies, les articulations, les bosses, les multiples blessures 
de Cûchulainn, furent portées en même quantité à Ferdéad 
au delà du gué à l'ouest. Il ne fallait pas que les hommes 
d'Irlande pussent attribuer la défaite de Ferdéad à la plus 
grande abondance des soins donnés à Cûchulainn. De chaque 
aliment, de chaque breuvage bon à boire, salutaire, eni- 
vrant apporté à Ferdéad par les hommes d'Irlande, une part 
égale fut envoyée par lui à Cûchulainn au delà du gué au 
Nord. En effet, les gens qui nourrissaient Ferdéad étaient 
plus nombreux que ceux qui nourrissaient Cûchulainn : tous 
les hommes d'Irlande nourrissaient Ferdéad, comptant qu'il 
les débarrasserait de Cûchulainn. Les hommes de Breg appor- 
taient de la nourriture à Cûchulainn; ils venaient chaque 
nuit causer avec lui. 

Cûchulainn et Ferdéad restèrent là cette nuit. Le lende- 
main matin ils se levèrent de bonne heure et allèrent au gué 



23e H. ifArhois de Jubaiiiville. 

du combat. « De quelles armes nous servirons-nous aujour- 
d'hui ? ô Ferdéad ! » demanda Cûchulainn. — « A toi le 
choix évidemment », répondit Ferdéad, « puisque c'est moi 
qui ai choisi les armes hier ». — « Prenons nos lourdes et 
grandes lances », dit Cûchulainn, « nous les emploierons 
comme piques et sans les lancer comme nous faisions hier. 
Que nos cochers saisissent nos chevaux et les attèlent à nos 
chars ; nous combattrons avec nos chevaux et sur nos chars 
aujourd'hui ». — « Oui, partons, il le faut, » répondit Fer- 
déad. Alors ce jour-là ils prirent deux larges et très forts bou- 
cliers ; ils emportèrent aussi leurs grandes et lourdes lances. 
Du matin de bonne heure, du lever du soleil à son coucher le 
soir, ils firent chacun des etîorts pour percer, perforer, renver- 
ser, terrasser l'adversaire. Il y a des oiseaux dont la coutume 
est de venir en volant sur les cadavres ; ces oiseaux venaient 
sur les corps des deux guerriers pour emporter en l'air, et 
jusque dans les nuages, des gouttes de sang, des morceaux de 
chair sortis des blessures et des plaies. 

Quand au soir arriva le coucher du soleil, leurs chevaux 
turent épuisés, leurs cochers accablés de fatigue; les deux 
héros, les deux vaillants guerriers étaient eux-mêmes exténués. 
« Maintenant cessons le combat, ô Ferdéad ! » dit Cûchulainn, 
« nos chevaux sont épuisés, nos cochers fatigués; et, puis- 
qu'ils se trouvent dans cet état, pourquoi n'y serions-nous pas 
nous-mêmes ? » Voici comment il parla et quel langage il 
tint : 

«Il uefaut pas que nous soyons terrassés », dit-il ; 

Cela exigerait un effort digne des Fomôre^. 

Q.u'on mette aux pieds des chevaux leurs entraves 

Puisqu'ils ne font plus si grand bruit. » 

« Oui, cessons », dit Ferdéad, « l'heure est venue ». Ils 
cessèrent; ils jetèrent leurs armes dans les mains de leurs 
cochers, et chacun, s'approchant de son camarade, lui mit la 
main au cou, lui donna trois baisers. 

Leurs chevaux furent au même enclos cette nuit-là et leurs 
cochers au même feu; leurs cochers firent une litière de frais 
joncs pour servir de matelas à ces hommes blessés. Des méde- 

I . Adversaires mythologiques des dieux dits gens de la déesse Dana. 



Enlèvement du taureau divin. 237 

cins habiles dans l'art de guérir vinrent les garder, les exami- 
ner, veiller sur eux cette nuit. A cause de la gravité des exco- 
riations, des plaies, des nombreuses blessures, les médecins 
n'employèrent que breuvages magiques, paroles magiques et 
prières ' pour arrêter le sang qui coulait, qui jaillissait ; les breu- 
vages magiques, les paroles magiques, les prières dont on se 
servit pour guérir les plaies et les blessures de Cûchulainn 
furent en égale quantité portés à Ferdéad au delà du gué à 
rOuest. Tous les aliments, tous les breuvages bons à boire, salu- 
taires, enivrants, apportés à Ferdéad par les hommes d'Irlande, 
furent en égale quantité transmis à Cûchulainn au delà et au 
nord du gué. Car ceux qui donnaient la nourriture à Ferdéad 
étaient plus nombreux que ceux qui nourrissaient Cûchulainn : 
tous les hommes d'Irlande apportaient de la nourriture à Ferdéad 
comptant sur lui pour éloigner d'eux l'ennemi ; les gens de 
Breg étaient seuls pour fournir nourriture à Cûchulainn. Les 
deux guerriers causèrent ensemble cette nuit comme les précé- 
dentes. 

Cette nuit ils restèrent là. Le matin suivant, ils se levèrent 
de bonne heure et allèrent au gué du combat. Ce jour-là 
Cûchulainn vit que Ferdéad avait mauvaise mine et l'air 
sombre : « Tu vas mal aujourd'hui, ô Ferdéad », dit Cûchu- 
lainn, « ta chevelure s'est assombrie; ton regard est somno- 
lent ; tu as perdu ta mine, ton aspect, tes façons ordinaires. » — 
« Ce n'est pas certes que tu m'effraies », répondit Ferdéad, 
« ce n'est pas que tu m'inspires une terreur quelconque aujour- 
d'hui ; il n'y a pas en Irlande un guerrier que je ne serais 
capable d'arrêter. » Cûchulainn se mit à gémir et à se plaindre ; 
voici ses paroles et ce que Ferdéad lui répondit : 

I. Cûchulainn 

« O Ferdéad ! quand à toi, 
Pour moi certainement tu n'est plus qu'un malheureux 

[cadavre nu. 
Comment as-tu pu sur conseil de femme 
Aller combattre ton frère nourricier ? » 



I. ArttMua, accusatif pluriel, à'arUia, orttia qui n'est autre chose que la 
forme irlandaise du latin oralio, -onis, sans assibilation du /, comme dans le 
français oraison. 

Revue Celtique, XA'lX. 16 



238 H. d'Arbois de JubainviUe. 

2. Ferdéad 
« O Cûchulainn, sage accompli, 
vrai héros, ô vrai guerrier ! 
Chacun va forcément 
Au gazon sous lequel est son dernier gîte. » 

3. Cûchulainn 

« Findabair, fille de Medb, 
A beau être très belle, 

Si on te l'a donnée, ce n'est point par amour pour toi, 
C'est pour mettre à l'épreuve la supériorité de ta force. » 

4. Ferdéad 

« Ma force est depuis longtemps éprouvée, 
O chien si bien conformé ! 

On n'a pas entendu parler d'un plus brave que toi, 
Jusqu'aujourd'hui je n'en ai pas trouvé. » 

5. Cûchulainn 

« Tu seras cause du résultat prochain 
O fils de Daman, ô petit fils de Dare ! 
Aller par conseil de femme 
Échanger des coups d'épée avec ton frère nourricier ! » 

6. Ferdéad 

« Si je me séparais de toi sans combat, 
Quoique, ô gentil chien ! nous soyons frères nourriciers. 
On ferait peu de cas de ma parole, de ma réputation 
Chez Ailill et chez Medb de Crûachan. « 

7. Cûchulainn 

.' S'il a été donné nourriture aux lèvres de Cûchulainn, 
S'il n'est pas né de plus grand guerrier 
Ni à roi ni à reine en bonne santé, 
Ce n'est pas pour que jeté fasse du mal. » 

8. Ferdéad 

« O Cûchulainn, auteur de nombreux exploits! 
Ce n'est pas toi, c'est Medb qui nous a trahis. 
Tu obtiendras victoire et gloire. 
Nos fautes ne retombent pas sur toi. » 

9. Cûchulainn 

« Mon bon cœur s'est gonflé de sang, 
Il s'en est peu fallu qu'il ne perdît la vie. 
J'ai fait trop d'exploits pour qu'en force tu sois mou égal, 
Quand je combats contre toi, ô Ferdéad ! » 



Enlèvement du taureau divin. 239 

« Aujourd'hui, tu me plains beaucoup », dit Ferdéad ; 
«quelles armes emporterons-nous aujourd'hui? » — « A toi, 
aujourd'hui, le choix des armes », répondit Cûchulainn, « car 
c'est moi qui les ai choisies, le jour passé. » — « Partons 
aujourd'hui », répliqua Ferdéad, « avec nos lourdes épées qui 
donnent de forts coups ; au combat nous serons plus près l'un 
de l'autre pour nous frapper avec nos épées aujourd'hui, qu'hier 
avec la pointe de nos lances ». — « Allons, il le faut », répon- 
dit Cûchulainn. Ils prirent ce jour-là, deux boucliers longs, 
très grands. Ils partirent avec leurs épées lourdes aux forts 
coups; chacun entreprit de frapper et d'abattre, de renverser 
et de terrasser, de faire tomber et de tuer son adversaire. 

Tous les morceaux que du tranchant de l'épée chacun 
d'eux enlevait aux épaules, aux hanches, aux omoplates de son 
adversaire, étaient aussi gros que la tête d'un enfant à l'âge d'un 
mois. 

Les deux guerriers se mirent à se frapper réciproquement 
de cette façon depuis le matin de bonne heure au point du 
jour jusqu'à ce qu'au soir arrivât le coucher du soleil. « Main- 
tenant cessons cet exercice », dit Ferdéad. — « Oui certes 
cessons, puisque l'heure est venue », répondit Cûchulainn. 
Ils cessèrent et jetèrent leurs armes dans les mains de leurs 
cochers. 

D'ordinaire les deux combattants étaient des guerriers 
joyeux, gais, sans souci, de bonne humeur; mais à leur sépa- 
ration ce soir là, tous deux furent tristes, soucieux, de méchante 
humeur. Leur chevaux ne passèrent pas la nuit ensemble dans 
le même enclos, ni leurs cochers au même feu. 

Cûchulainn et Ferdéad restèrent la nuit en cet endroit. Le 
lendemain Ferdéad se leva de bonne heure et alla seul au gué 
du combat. Il savait qu'était arrivée la journée décisive du 
combat, de la bataille, et qu'un des deux guerriers succombe- 
rait ce jour-là, où que même les deux périraient. Avant d'aller 
à la rencontre de Cûchulainn, il revêtit son équipement belli- 
queux de combat, de bataille et de guerre. Nous allons dire en 
quoi consistait cet équipement belliqueux de combat de 
bataille et de guerre. Ferdéad mit sur sa blanche peau un 
brillant pantalon de soie avec bordure à la fois d'or et de 



240 H. iVArhois de JiihaiiiviUe. 

beaucoup de couleurs. Par dessus, il revêtit un pantalon de 
cuir brun bien cousu. Sur ce second pantalon, il plaça [devant 
lui] une bonne pierre aussi grande et grosse que la meule 
d'un moulin à bras. 

Puis il s'enveloppa d'un troisième pantalon fort et profond, 
en fer refondu, qui couvrait la bonne pierre aussi grande et 
grosse que meule de moulin à bras. Il mit autour de sa tête 
son casque noir de combat, de bataille et de guerre, garni de 
quarante escarboucles, orné d'émail rouge, de cristal, d'escar- 
boucles et où étaient représentées de brillantes plantes d'orient. 
Il saisit de la main droite la lance avec laquelle il frappait et 
frappait si fort. Il mit à sa gauche son épée courbe de bataille 
avec sa poignée ' d'or, d'or rouge, sur toutes les faces. Il plaça 
sur la courbe éminence de son dos son grand et beau bouclier 
de peau de buffle, orné de cinquante bossettes, sur chacune 
desquelles pouvait s'ajuster l'image d'un sanglier, sans compter 
la grande bossette du milieu en or rouge. Puis Ferdéad se mit 
à faire très haut des tours d'adresse brillants, nombreux^ 
étranges, variés, que ne lui avait précédemment enseigné 
personne, ni institutrice, ni instituteur, ni Scàthach, ni Uathach, 
ni Aife; sans les avoir appris de qui que ce soit, il les fit ce 
jour-là en face de Cûchulainn. 

Cûchulainn arriva aussi au gué. Il vit les tours d'adresse 
brillants, nombreux, étranges, variés, que faisait très haut Fer- 
déad. « Tu vois là, maître Lôeg », dit Cûchulainn, « les tours 
d'adresse, brillants, nombreux, étranges, variés que Ferdéad 
fait très haut. Je vais sur l'heure venir à bout d'imiter ces 
tours-là ; si je cours risque d'être vaincu, tu te mettras à me 
surexciter en te moquant de moi, en disant du mal de moi le 
plus possible afin de provoquer d'autant plus mon irritation 
et ma colère-. Puis, si je cours risque d'être vaincu, renseigne- 
moi, donne-moi des louanges, dis-moi de bonnes paroles 
afin que j'aie d'autant plus de courage, » — « Oui, il sera fait 
comme tu le demandes, mon petit Cûchulainn », répondit 
Lôeg. 

1. Eltaih, datif pluriel d'r//, emprunté aux vieux Scandinave hjalt, en 
anglais /;/// « poignée. ». 

2. Fhir =: latin ira. 



Enlèvement du taureau âivhi. 241 

Et alors Cûchulainn prit son équipement belliqueux de 
combat, de bataille et de guerre. Il fit très haut des tours 
d'adresse, brillants, nombreux, étranges, variés, que jusque-là 
ne lui avait enseignés personne, ni Scâthach, ni Uathach, ni 
Aife. Ferdéad vit ces tours d'adresse et comprit qu'un moment 
viendrait où ces tours d'adresse l'atteindraient. 

« Quelle arme emporterons-nous ? ô Ferdéad ! » demanda 
Cûchulainn. n — « A toi le choix des armes », répartit Fer- 
déad. — « Allons faire au gué nos tours d'adresse », répondit 
Cûchulainn. — « Oui, allons-y », répliqua Ferdéad. En dépit 
de cette réponse, il lui était tort pénible d'y aller, car il savait 
que le triomphe était assuré à Cûchulainn sur tout guerrier, 
sur tout héros contre lequel il ferait ses tours d'adresse au 
gué. 

Un grand exploit fut accompli sur le gué ce jour-là. Les deux 
héros, les deux grands guerriers, les deux combattants en char 
de l'Europe occidentale, les deux flambeaux ' de l'art de la 
guerre chez les Gôidels, les deux bienfaiteurs dont la main dis- 
tribuait la faveur et les salaires au nord-ouest du monde, les 
deux vétérans de la bravoure qui avaient la clef de l'art de la 
guerre, combattaient loin de chez eux à cause de l'expédition 
belliqueuse entreprise par Ailill et Medb. 

Ils firent l'un contre l'autre des tours d'adresse depuis le 
matin de bonne heure au point du jour jusqu'au milieu de la 
journée à midi. Quand arriva le milieu du jour, la colère des 
deux guerriers devint féroce, et ils se trouvèrent très rappro- 
chés l'un de l'autre. 

Alors Cûchulainn, dépassant la rive du gué, atteignit la bos- 
settedu boucher de Ferdéad, fils de Daman; il allait au-delà du 
bord supérieur de ce bouclier frapper son adversaire à la tète. 

Mais du coude gauche, Ferdéad donna un coup à son bou- 
clier qui repoussa Cûchulainn et le renvoya comme un oiseau 
sur la rive du gué. Alors de nouveau Cûchulainn, dépassant 
la rive du gué, atteignit le bord du bouclier de Ferdéad, fils de 
Daman ; il pouvait au-delà de ce bouclier frapper Ferdéad sur 
la tête ; mais d'un coup de genou à ce bouclier Ferdéad envoya 
Cûchulainn comme un petit enfant sur la rive du gué. 

I. CaUidit —z X'iûn candeliv. 



242 H. d'Arhois de Juhaiirviïle. 

Lôeg remarqua cela. « Hélas! » dit-il, « le guerrier qui est 
en face de toi t'a infligé une correction ainsi qu'une aimable 
femme en donne à son fils ; il t'a lavé comme dans l'eau on 
lave une coupe ; il t'a moulu, comme un moulin moût le bon 
grain ; il t'a transpercé, comme une hache transperce un chêne; 
il t'a lié, comme le liseron lie les arbres ; il s'est élancé sur 
toi ainsi qu'un vautour sur de petits oiseaux. Par conséquent 
c'en est fini de tes prétentions, de ton droit, de ta bravoure, 
de ta capacité .guerrière jusqu'au jour du jugement dernier ' et 
de la vie éternelle, ô lutin contorsionné ! ». 

Alors Cûchulainn se leva une troisième fois, rapide comme 
un coup de vent, prompt comme une hirondelle, impétueux 
comme un dragon en l'air dans les nuages, et il atteignit le 
bord du bouclier de Ferdéad, fils de Daman, voulant parvenir 
à le frapper à la tête de l'autre côté du bouclier. Mais Ferdéad 
donna à son bouclier une secousse qui rejeta Cûchulainn sur 
la rive du gué, en sorte que celui-ci se trouva dans la même 
situation que s'il n'avait pas fait le saut immédiatement précé- 
dent. Alors Cûchulainn fit sa principale contorsion : son 
corps enfla et devint boufii comme une vessie dans laquelle on 
soufile ; il prit la forme d'un arc terrible, effrayant, varié, 
étrange ; la taille de ce guerrier si brave devint aussi grande 
que celle d'un Fomôre ou d'un honmie de mer - dépassant ainsi 
en ligne droite la tète de Ferdéad. 

Les deux adversaires se rapprochèrent tellement qu'ils heur- 
tèrent en haut leurs têtes l'une contre l'autre, de même en bas 
leurs pieds l'un contre l'autre, leurs mains se rencontrèrent au 
milieu sur les bords, sur les bossettes de leurs boucliers. Dans 
cette rencontre, les deux guerriers furent si rapprochés que 
leurs boucliers s'entr'ouvrirent et se fendirent des bords au 
centre ; ils furent si rapprochés que des pointes aux rivets, 
leurs lances se courbèrent en arc et se creusèrent ; ils furent si 
rapprochés que des bordures de leurs boucliers, des poignées 
de leurs épées, des bouts de leurs lances, les génies à face de 

1. Expression chrétienne. 

2. Foviôre est le nom de personnages mythologiques analogues aux Titane 
de la mythologie grecque. Leur nom ne veut pas dire hommes de mer, 
puisque le second est long. Voir sur eux La seconde bataille de Moytura 
publiée par Whitlev Stokes, Revue Celtique, t. XII, p. 52-130. 



Enlèvement du taureau divin. 243 

bouc, les génies à visage pâle, les fées des vallées, les démons 
de l'air ' poussèrent des cris; les deux guerriers furent si rappro- 
chés que leurs corps puissants déplacèrent la rivière ; il y 
eut à côté d'eux dans le gué assez d'espace vide pour qu'on eût 
pu y installer un roi ou une reine; il n'y eut plus là une 
goutte d'eau sauf celles que les deux héros, les deux guerriers, 
piétinant et glissant, faisaient jaillir du sol. Dans cette ren- 
contre, les deux adversaires furent si rapprochés, qu'effrayés par 
leur choc les chevaux des Gôidels se mirent à sauter comme 
fous furieux, brisèrent leurs liens, les entraves de leurs pieds, 
les cordes qui les attachaient, et qu'ils écrasèrent des femmes, 
de gentils enfants, des nains, des gens débiles et idiots parmi 
les guerriers d'Irlande dans le camp nu sud-ouest. 

Pendant ce temps les deux adversaires jouaient du tranchant 
de l'épée. A un moment, Ferdéad mit Cûchulainn en danger; 
de l'épée à poignée d'ivoire il lui donna un coup qui fit bles- 
sure, le sang de Cûchulainn tomba dans la ceinture de ce guer- 
rier, et de ce sang qui sortait du corps du blessé le gué fut for- 
tement rougi. Cûchulainn ne supporta pas que Ferdéad lui 
donnât des coups si forts, si destructeurs, si longs, si vigou- 
reux, si grands ^ 

A Lôeg fils de Riangabair, il demanda le javelot de sac ; ce 
javelot était dans le cours d'eau et il fallait le lancer au moyen 
de deux doigts d'un pied. Le coup de ce javelot dans le corps 
d'un homme y faisait pénétrer trente pointes, et, pour l'arra- 
cher, il fallait tout à l'entour couper le corps de cet homme. 

Ferdéad attendit qu'on parlait du javelot de sac ; pour proté- 
ger le bas de son corps il fit descendre son bouclier. Cûchu- 
lainn saisit son court javelot ; il le lança du plat de sa main 
sur le bord du bouclier et sur la face de la peau de corne de 
Ferdéad, de sorte qu'une moitié du corps de ce dernier aurait 
été visible après que le javelot lui aurait percé le cœur. 

Ferdéad, pour protéger le haut de son corps, donna un coup 
à son bouclier qu'il fit remonter, mais il prit cette précaution 
trop tard. Lôeg ayant préparé le javelot de sac dans le cours 

1. Démons de l'air est une glose chrétienne. 

2. Ici, comme ailleurs, nous supprimons une addition faite par M. Win- 
disch au Livre de Leinster et empruntée par lui à. un autre manuscrit. 



244 H. ifArhois de Jiihaiiiville. 

d'eau, Cûchulainn le saisit, et, le tenant entre deux doigts 
d'un pied, le lança à la distance où se trouvait Ferdéad. Le 
javelot de sac traversa le pantalon solide, profond, de fer refondu, 
il brisa en trois morceaux la bonne pierre, grande comme 
meule de moulin, et à travers les vêtements il pénétra jus- 
qu'au corps ; les pointes de ce javelot remplirent toutes les 
articulations, tous les membres de Ferdéad, « C'est assez main- 
tenant », dit Ferdéad, « je suis terrassé par ce projectile; de 
ton pied droit tu m'as vigoureusement frappé; il n'aurait 
pas été régulier que je succombasse par un coup de ta main. » 
Voici comment il parla; nous reproduisons ses paroles : 

1 « O chien qui fais de beaux tours de guerre ! 
Il n'était pas légitime pour toi de me tuer. 

A toi la faute dont je suis victime, 
C'est sur toi qu'est retombé mon sang. » 

2 « Le succès fait défaut aux malheureux, 

Il sont précipités dans les abîmes qu'a creusés la trahison. 
J'ai la faible voix d'un malade ; 
Hélas! de moi a été séparée la fleur. » 

5 « Mes côtes, dépouilles d'un moribond, sont brisées ; 
Dans mon cœur le sang est figé ; 
Je n'ai pas bien livré la bataille, 
Je suis terrassé, ô chien ! » 

D'un saut Cûchulainn l'atteignit, et, joignantes deux mains 
derrière lui, le souleva avec ses armes offensives et défensives, 
avec ses vêtements, et le porta au delà du gué au nord ; il vou- 
lait que ce témoignage de sa victoire fût au nord du gué [en 
Ulster] et non à Touest du gué [en Connaught] chez les 
hommes d'Irlande. 

Cûchulainn laissa le cadavre de Ferdéad à terre, puis il lui 
vint sur les yeux un nuage, il sentit un malaise, il s'évanouit 
à cause de ce mort. Lôeg vit Cûchulainn dans cet état, et tous 
les hommes d'Irlande se levèrent pour venir attaquer le héros. 
« Eh bien ! mon petit Cûchulainn », dit Lôeg, « lève-toi 
maintenant ; les hommes d'Irlande viendront t'attaquer et ce 
ne sera pas un combat singulier qu'ils livreront pour venger 
sur toi la mort de Ferdéad, fils de Daman, petit fils de Dare. » 

— « Pourquoi me lèverai-je ? mon garçon », répondit 
Cûchulainn. « Ce serait parce que c'est sous mes coups que 



Enlèvement du laureau divin. 245 

cet homme a succombé. « Voici ce que dit Lôeg, nous repro- 
duisons ses paroles et les réponses de Cûchulamn : 

I. Lôeg 

« Lève-toi, chien de guerre d'Emain, 
Un grand courage est plus à propos pour toi que pour tout autre ; 
Tu as terrassé le belliqueux Ferdéad ; 
Par le jugement de dieu ', dur est ton combat. » 

2. CÛCHULAINN 

« Pourquoi aurais-je grand courage ? 
Délire et douleur m'ont étreint, 
A cause du meurtre que j'ai commis 
En frappant ce corps si durement de l'épée. » 

3. Lôeg 
« 11 n'y a pas lieu pour toi d'en gémir ; 
Il est plus à propos de t'en glorifier ; 

Celui qui, par ses pointes de lance faisait rougu" ton corps, 
T'a laissé gémissant, blessé, sanglant. » 

4. CÛCHULAINN 

« Pourquoi ne m'a-t-il pas coupé mon seul pied sain ? 
Pourquoi ne m'a-t-il pas aussi coupé une mam ? 
11 est triste que Ferdéad ne soit pas au-dessus de ses chevaux 
Pour toujours, à jamais en vie. » 
5. Lôeg 
i. Mieux vaut pour elles, ce qui a été fait de lui ; 
Je parle des filles qui fréquentent la salle du Rameau rouge ^ ; 
Mieux vaut que lui soit mort et que tu restes ; 
Pour elles la mort qui vous sépare à jamais n'est pas un petit 

[événement. » 

6. CÛCHULAINN 

« Depuis le jour où je vins de Cooley 
Pour combattre Medb la hautement brillante. 
Il y eut glorieux massacre de ses hommes, 
De ses guerriers que j'ai tués. » 

7. Lôeg 

« Tu n'a pas dormi en repos. 
Depuis que tu luttes contre le grand Eiilèvenwiil. 
Ta troupe consiste en un seul guerrier ; 
De bonne heure, de grand matin, tu te lèves. » 

1. Juron de saint Patrice. 

2. Salle des fêtes dans la capitale de l'Ulster. 



246 H. d^Arhoh de Jubaînvîlle. 

Cûchulainn se mit à gémir et à plaindre Ferdéad et voici 
ce qu'il dit : « Eh bien, ô Ferdéad, il a été malheureux pour 
toi qu'avant notre recontre au combat, à la bataille, tu n'aies pas 
eu d'entretien avec quelqu'un des gens qui connaissent mes 
corrects actes de bravoure et de guerre. » 

« Il a été malheureux pour toi que Lôeg, fils de Riangabair, 
ne t'ait pas rappelé comme un reproche notre commune édu- 
cation. » 

« Il a été malheureux pour toi de ne pas mieux accueillir 
l'avertissement si sage de Fergus. » 

« Il a été malheureux pour toi que l'aimable Conall riche en 
trophées, triomphant, victorieux, ne t'ait pas donné l'aide de 
ses conseils en te rappelant notre commune éducation. » 

« Car ces hommes-là ont su que jusqu'au jugement der- 
nier ' et à la vie éternelle, il ne naîtra personne qui fasse contre 
les habitants du Connaught et contre toi des exploits sem- 
blables aux miens, aussi grands que les miens. » 

« Car ces hommes-là n'auraient point parlé de messages, 
de désirs, de rendez-vous, de promesses mensongères concer- 
nant des femmes à belle tête de Connaught, en mêlant cela 
avec le maniement des écus et des boucliers, des javelots et 
des épées, avec le jeu des corbeaux noirs et des échecs, avec 
la conduite des chevaux et des chars. » 

« Il n'y aura pas désormais une main de guerrier qui tranche 
la chair des héros, comme l'a tait Ferdéad, qui aujourd'hui ne 
vit plus qu'en forme de nuage ^. » 

(' On n'entendra plus Bodb aux lèvres rouges hurler comme 
sur une brèche, près des magasins où Ton dépose des boucliers 
à l'ombre qui les tache de couleurs variées. » 

« Maintenant, ô fils à visage rouge de Daman », ajouta 
Cûchulainn, « il n'y aura jusqu'au jugement dernier et à la 
vie éternelle personne qui àCrûachan essaie de faire des conven- 
tions semblables à la tienne. » 

Alors s'étant levé et regardant la tête de Ferdéad, Cûchulainn 
dit : « Eh bien, ô Ferdéad ! les hommes d'Irlande t'ont gran- 
dement trahi et abandonné, quand ils t'ont décidé à me livrer 

1. Expression chrétienne. 

2. Comparez Cûchulainn après sa mort. Cï. Revue celtique, t. III, p. 185. 



EuU'vemeui du taureau divin. 247 

combat et bataille : il n'était pas aisé de me livrer combat et 
bataille, à V Enlèvement des vaches de Cooley. » Voici comment il 
s'exprima et quelles furent ses paroles : 

1. « O Ferdéad ! la trahison t'a vaincu ; 
Combien triste a été ta rencontre dernière ; 
Tu es mort ; moi je reste en vie ; 
Longuement triste sera notre longue séparation. » 

2. « Si nous étions restés de l'autre côté de la mer 
Chez Scâthach, Bûadach, Bûanann, 

Au-delà de l'eau jusqu'au grand jugement ', 
Nous n'aurions pas renoncé à notre amitié ! » 

3. « Chère est à moi la très noble rougeur de tes traits, 
Chers à moi ces traits aimables et parfaits, 

Cher à moi ton œil d'un bleu si pur et si beau, 
Chère à moi ta sagacité, ton éloquence. » 

4. « Jamais n'alla au combat trancher la peau des guerriers, 
Jamais contre eux ne se mit en colère, 

Jamais ne porta bouclier sur un vaste dos, 
Ton pareil, ô fils rouge de Daman ! » 

5. « Jamais je n'ai rencontré, 
Depuis la mort du fils unique d'Aife - 
Ton égal en exploits de guerre ; 

Non je ne l'ai pas trouvé, ô Ferdéad ! » 

6. « C'est en vain que Findabair, fille de Medb, 
A une beauté si distinguée ; 

Une baguette d'osier autour d'un tas de sable 

Aurait valu autant qu'elle quand on te l'a montrée, ô Ferdéad !» 

Alors Cûchulainn se mit à regarder le cadavre de Ferdéad ; 
(( Eh bien ! ô mon maître Lôeg » ! dit-il, « maintenant dépouille 
Ferdéad et prends lui son équipement, ses vêtements; je veux 
voir la broche [donnée par Medb] et pour laquelle il a livré le 
combat, la bataille. » Lôeg alla dépouiller Ferdéad, il lui ôta 
son équipement, ses vêtements. Cûchulainn vit la broche, se 
mit à gémir, à se plaindre, voici les paroles qu'il dit : 



1. Expression chrétienne. 

2. Conlaech, fils de Cûchulainn et d'Aife. Cûchulainn ne l'avait pas 
reconnu et l'avait tué en combat singulier. Cf. Revue Celtique, t . XVI, p. 1 3 . 



248 H. iV Arhois de JnhniuviUe. 

1 . « Triste est ta ^ broche iVor, 
O belliqueux Ferdéad ! 

Toi qui donnai<; de bous ei forts coups, 
. Ta main fut victorieuse . » 

2. « Ta grande et blonde chevelure 
Etait bouclée, te faisait un joli ornement. 

Ta ceinture, qui semblait formée de molles feuilles. 
Enveloppa tes flancs jusqu'à ta mort. » 

3. « Notre aimable camaraderie ! 
La longue vue de ton œil noble ! 
Ton bouclier bordé d'or ! 

[Ton épée '] qui fut si belle ! » 

4. « [Ton bracelet d'argent blanc 
Autour de ta noble main ! 

Ton échiquier qui valait un trésor ! 
Ta belle joue pourpre ! ' »] 

5. « Ma main, en te terrassant, 

Fit acte incorrect, je le comprends ; 
Ce ne fut pas un beau combat. 
Triste est la broche d'or de Ferdéad. » 

6. « Triste est ta broche d^or, 
O belliqueux Ferdéad ! 

Toi qui donnais de bons et forts coups. 
Ta main fut victorieuse. » 

« Eh bien, mon maître Lôeg », dit Cûchulainn, « entaille le 
corps de Ferdéad et tires-en le javelot de sac ; car moi je ne 
puis me passer de mon arme. » Lôeg alla trancher le corps de 
Ferdéad et en tira le javelot de sac. Cûchulainn vit son arme 
toute rouge de sang à côté du cadavre de Ferdéad ; voici les 
paroles qu'il dit : 

1. « O Ferdéad ! triste est notre rencontre : 
fe te vois à la fois rouge et très pale, 

Je ne puis me servir de mon arme jusqu'à ce qu'elle soit lavce, 
Toi tu es couché sur un lit sanglant. » 

2. « duand nous passions nos journées à l'Est, 
Prés de Scâthach et de Uathach, 

Il n'y avait pas de lèvres blanchies par la mort 

Entre nous et les armes destinées à tant de combats, u 



1. Au lieu de as, lisez da. 

2, et 3. Livre de Lecan. 



Enlèvement du taureau divin. 249 

3. « Voici ce qu'a dit Scâthacli à la lance aiguë : 
Sa recommandation fut énergique et très précise : 
Leve:^-vous, alle:^ vite au combat : 

Le Germain ■ rude, d'un gris-bleu, l'a venir. » 

4. « J'ai dit à Ferdéad 

Et à Lugaid plein d'honneur 

Et au fils de Baetan le blanc 

D'aller avec nous se mettre en face du Germain. » 

5 . « Nous sommes allés au rocher du combat 
Sur la pente de Loch Lind Formait ; 

Nous avons emmené quatre cents guerriers, sortis 
Des îles de l'Athissech. » 

6. « Quand j'ai été avec le belliqueux Ferdéad 
A la porte de la forteresse du Germain, 

J'ai tué Rind, fils de Nêl ; 

Ferdéad a tué Rûad, fils de Fornel. » 

7. « Sur la pente Ferbaeth a tué 
Blath, fils de Colba à l'épée rouge ; 
Lugaid, l'homme furieux et rapide a tué 
Mugairne de la mer Tyrrhénienne '. » 

8. « Quand nous y sommes allés, j'ai tué 

Quatre fois cinquante hommes à la colère sauvage ; 

Ferdéad a tué une troupe de furieux 

En selle, aussi nombreux que les eaux du déluge. » 

9 « Nous avons dévasté la forteresse de Tadroit Germain 
Au delà de la mer large à l'eau bigarrée ; 
Nous avons emmené captif le Germain en vie 
Avec nous chez Scâthach au large bouclier. » 

10. « Notre institutrice avait mis glorieusement lien 
Entre nous de forte alliance et d'union, 

Pour empêcher que chez nous il ne surgît de colère 
Entre les races de la belle Irlande. » 

11. « Triste matinée cette matinée de mars, 

Où fut frappé, restant impuissant, le fils de Daman ! 

Hélas ! il est tombé l'ami 

A qui pour breuvage j'ai donné un rouge sang. » 

1. Dans le texte irlandais Gennan et non Gall. 

2. Ici le texte porte Torrian qui suppose un primitif latin Turrhemim 
par u et non Tyrrhenum par v grec prononcé /. On trouve aussi Torrian 
dans Togail Troi, 1. 23, 504, 555, 1117, 1621, et dans l'hymne de Fiacc en 
l'honneur de saint Patrice : Bernard et Atkinson, The irisJi liber liyninornni, 
p. 99. 



2 50 H. d'Arbois de Juhaiiiville. 

12. « Si je t'avais vu succomber 

Au milieu des guerriers des grands Grecs ', 
Je ne serais pas resté en vie après toi, 
Nous serions morts ensemble. » 

13. « Triste est l'ctat où nous a mis )wtye coiiihat. 
Nous, élèves de Sciithach ; 

Moi blessé, rouge de sang ; 

Toi qui ne voyageras plus en char. » 

14. « Triste est V état où nous a uiis notre combat, 
Nous, élèves de Scdthach ; 

Moi blessé, couvert de sang figé, 
Toi mort tout entier. » 

15. « Triste est l'état où nous a mis notre combat, 
Nous, élèves de Scdthach ; 

Moi vivant, actif, toi mort ! 

Le rôle des hommes est d'être en colère et de se battre. » 

16. (( Ferdéad! triste est notre rencontre, 
Je te vois à la fois rouge et très pâle ; 

Je n'ai pas mon arme qu'il faudra laver ; 
Toi tu es couché sur un lit sanglant. » 

« Eh bien! mon petit Cûchulainn », dit Lôeg, « mainte- 
nant partons du gué ; voilà bien longtemps que nous y 
sommes ». — « Oui nous partirons, ô mon maître Lôeg », 
répondit Cûchulainn ; « mais tous les combats, toutes les 
batailles que j'ai livrés, n'étaient que jeu et plaisanterie, en 
comparaison du combat et de la bataille soutenus contre Fer- 
déad. « Et voici ce qu'il dit, nous reproduisons ses paroles : 

1 . « Tout a été jeu, tout a été plaisanterie 
Jusqu'à ce que Ferdéad arrivât au gué : 

« Nous avions trouvé la même instruction, 
La même générosité puissante, 
La même et si douce institutrice, 
Qu'on nomme avant toute autre. » 

2. « Tout a été jeu, tout a été plaisanterie 
Jusqu'à ce que Ferdéad arrivât au gué : » 

I. A comparer dans le Togail Troi « Destruction de Troie », publié 
d'après le Livre de Leinster par Whitle}' Stokes à Calcutta en 1882 : ôcbaid 
rochahnai na Grecl « les valeureux guerriers de la Grèce », 1. 206; d'autre 
part le nominatif pluriel Greic, 1. 43 ; le génitif pluriel Grec, 1. 45, 53, 61 ; 
le datif pluriel Grecaib, 1. 42, 352; l'accusatif pluriel Grecu, 1. 64, etc. 



Enlèvement du taureau divin. 25 1 

« Nous produisions chez l'ennemi la même terreur, 
Nous avions coutume de faire la guerre de la même façon ; 
Scâthach nous avait donné deux boucliers, 
L'un à moi, l'autre à Ferdéad. » 

3. « Tout a été jeu, tout a été plaisanterie 
Jusqu'à ce que Ferdéad arrivât au gué : 

« Cher ami, colonne d'or, 
Que j'ai terrassé au gué ! 
Il était le taureau des peuples ; 
Il était plus brave que tous les autres guerriers. » 

4. « Touta été jeu, tout a été plaisanterie 
Jusqu'à ce que Ferdéad arrivât au gué ; 
Ferdéad comparable à un lion enflammé, féroce, 

A une vague insensée, colossale comme le jugement dernier '. » 

5. « Tout a été jeu, tout a été plaisanterie, 
Jusqu'à ce que Ferdéad arrivât au gué ; 

« Il me semblait que l'aimable Ferdéad 
Serait à ma suite jusqu'au jugement dernier =. « 
Hier il était aussi grand qu'une montagne. 
De lui il ne reste plus aujourd'hui que son ombre. » 

6. « Trois fois, à ÏEnlcveiueut, des troupes innombrables 
Ont succombé par mes mains ; 

Une foule de bêtes à cornes, d'hommes, de chevaux 
Ont été de tous côtés frappés par moi. » 

7. t< En dépit du nombre des troupes. 
Qui vinrent de Crûachan si dur. 

Plus d'un tiers, un peu moins que moitié, 

A été tué par les armes que rudement je maniais. » 

8. « Il ne vint à champ de bataille, 
L'Irlande n'a nourri de ses mamelles, 
Il n'arriva ni de mer, ni de terre 

Aucun des fils de rois qui ait acquis plus de gloire. » 

Tout a été jeu, touta été plaisanterie. 
Jusqu'à ce que Ferdéad arrivât au gué. » 

Ici se termine l'épisode intitulé : Meurtre de Ferdéad. 
I. 2. Expression chrétienne. 



L'IBÈRE NARBU 



De ce que M. Holder a enregistré dans son Trésor du Vienx- 
Celtiqite, le nom de Narbô on aurait tort de conclure que ce 
mot soit d'origine celtique : d'une part, en eftet, ce nom 
appartient à un mode de formation inconnu des langues cel- 
tiques, et de l'autre, il se rencontre dans des pays où jamais 
les Celtes n'ont pénétré, alors qu'on ne le trouve ni dans les 
Iles Britanniques, ni dans la Belgique, ni dans la Celtique. 

Le féminin Narbô ou mieux Narhfi, était originairement un 
nom de rivière'. Hécatée paraît Tavoir transcrit par Napi3w 
ou Nap^â, comme le montre l'ethnique grécisé NapJÎ-avoi 
qui dérive nécessairement d'un thème vocalique-. Les Celtes, 
et après eux les Latins, qui ne faisaient pas usage de thèmes 
en /(- (ô-), ont fait rentrer Narbil dans la déclinaison des thèmes 
consonnantiques en -;/, par suite, sans doute, de la confusion 
qui s'est opérée dans leur esprit entre les thèmes féminins en 
û-, (ô-) du type Narbil-, Diiriasn-, et les noms du type latin 
CatûQi), Catôn-is, ou du type gaulois EpilQi), Epôn-os. Ce 
qui prouve que les choses se sont bien passées comme on 
vient de le dire, c'est que les Grecs qui ne laissaient pas 
tomber Xn étymologique au nomin. sing. des thèmes en -on-, 
ont transcrit les féminins en -il par des féminins en -m ou en 
-y. : Nap;3o)' ou NapiSâ, Touptaaaw pour un ibère Duriasu 
(Hûbner, Nummi, n° 60), en regard de l'adaptation latine 
Tui'iassô(n)-, Kapxa^fo à côté du latin Carcasô{n)-. 

1. Polybc, 3, 37, 8. 9; 34, 10, I, dans Athénée, VIII, 2. 

2. Sur le suffixe -aio- {= * -310-) voy. Brugmann, Grnndriss, t. IP, 
§ 63, remarque 2. C'est ce même sufixe (formans) qui apparaît dans 
AixT-aïô-; de àiy.xri et dans <i)rjy-a{a de oïiyo-? « chêne ». 

3. C'est la forme qui nous a été conservée par le nis. A d'Etienne de 
Byzance. 



V ibère Narbu. 253 

J'ai constaté l'existence de féminins en -û ' en thrace : 
Naracil l'une des bouches de l'Ister, At<ju-irr, ville de Thrace 
(//. 8,304), et probablement aussi t^scu (=*vediï) «eau », 
en regard du v. slave vodâ « eau ))^ ; en illyrien : Cauru 
Blendonis filia (C. III 4842), Dresiû nom de femme, à côté de 
l'adaptation latine Dresià (C. III 4908-% 11740), * Dassarû 
fille d'Illyrios, adaptations grecques Aajaxpo) et Aa^câpr,, 
d'où l'ethnique Aaaaapr^-Tai, var. Aaaffapri-Tii'.; en ibère : 
Duriasû ville, grec Toupiao-ao), Urcilû ville (Hùbner, Niinimi, 
120.21), Hilaucù Qbid. 75), adaptation latine *Silauca, 
cf. espagnol Xiloca, rivière du bassin de l'Ebro, Clouniû, 
var. Clouniô, d'où l'ethnique Clouniô-q-es (Hùbner, 77). 

Comme il ne peut être question ici, ni du thrace, ni de 
l'illyrien, force nous est de reconnaître dans Narbil un nom 
ibère. Sur ce point d'ailleurs, l'histoh'e, comme nous allons 
le voir, est en parfait accord avec la linguistique. 

A la vérité, il semble que le ligure possédait également le 
féminin en -û, mais si, comme je le crois, le nom du fleuve 
Narbil dérive, au moyen du suffixe *-bho-, de la racine nr 
qui explique Nàrô, fleuve de Dalmatie, et Nâr, affluent du 
Tibre, ce nom ne peut pas être ligure, puisqu'en ligure Vr 
voyelle était rendue par er. 

Les preuves historiques de l'origine ibère du nom de Narbil 
abondent. Disons tout de suite que le fleuve Narbil avait 
donné son nom à une ville construite sur ses bords, et que 
c'est là un procédé toponymique extrêmement répandu dans 
l'onomastique de l'Ibérie, tandis qu'il parait inconnu de 
l'onomastique celtique ^ 

Aussi bien, nous avons vu que Narbonne existait déjà au 
temps d'Hécatée, c'est-à-dire deux siècles et demi environ 
avant l'établissement des Gaulois dans le pays connu par la 

1. Sur ces féminins, voy. Brugmann, 11% 208-211. 

2. Cf. P. Kr etschmer, Einleitting in die GeschichtederGriechischen Sprache, 
p. 225. 

3. On sait que dans la région même de Narbonne, le fleuve Ruscinon 
avait donné son nom à une ville qu'il traversait, tout comme le fleuve Illi- 
beris : jzoraaoù; 'IXé^Seoiv xaî 'Poazuvov (corr. Po'jj-cîvwva) pÉovTot; ncupx 
-oXetç 6[xtovjij.oy;, Polybe XXXIV, 10, r ; cf. Strabon IV, i, 6, et mon livre 
sur les Ibères, p. 17 et suiv. 

Revue Ccllùjiie, A'Xl.\. 17 



2 54 ' E- Philipon. 

suite sous le nom de Languedoc '. D'un autre côté, le périple 
d'Himilcon qui paraît avoir été rédigé entre 500 et 480 avant 
J.-C, nous donne Narbonne comme la ville principale des 
Elisyces ou Helisyce<;, peuple ibère qui fournit des mercenaires 
au Carthaginois Hamilcar, au temps de l'expédition de Xerxès 
en Grèce (480 av. J.-.C)-, époque à laquelle les Ligures 
n'avaient pas encore atteint le Rhône, ainsi que le prouve 
le passage des Héliades où Eschyle nous apprend qu'au com- 
mencement du v^ siècle avant notre ère, les deux rives de ce 
fleuve étaient encore habitées par des populations d'origine 
ibérique K Un siècle et demi plus tard, vers l'an 337, date à 
laquelle le géographe grec Scylax écrivait son périple de la 
Mer Intérieure, les Ligures avaient franchi le Rhône et s'étaient 
mêlés aux Ibères, dans le pays situé entre ce fleuve et les 
Pyrénées, mais il n'y avait pas encore de Gaulois dans cette 
région^. C'est seulement vers l'an 280 av. J.-C, que les 
Gaulois pénétrèrent pour la première fois, dans le pays d'entre 
le Rhône et les Alpes, et ce n'est que plus tard encore qu'ils 
traversèrent le fleuve pour s'étendre, par étapes, jusqu'aux 
Pyrénées '>. 

Après avoir ainsi mis hors de conteste l'origine ibérique 
du nom de Narbonne, il me reste à indiquer quels sont les 
pays où ce nom a été en usage. Je commencerai par la Sicile, 
l'ancienne Sicania des temps homériques ^. Il y a dans la 
province de Girgenti, deux localités dont le nom dérive du 

1. C'est par inadvertance que les Mûller ont attribué à Hécatée le frag- 
ment où Narbonne est qualifiée de T,6\\t \\{kz\y.ri ; Etienne de Byzance 
nous dit expressément que ce fragment est tiré de Strabon, liv. IV, i, 6. 

2. Avienus, Ora, v. 584 et suiv. ; cf. Hérodote, 7, 165. 

3. Teubner-Dindorf, Poetanim sceniconim graecormii Jabiihe, t. I, p. 105, 
fragm. 65 b ; Didot-Dindorf, ^Eschyli tragoediae septem et pcrditarum frag- 
vwntd, p. 234-235; Pline, Hist. Natttr., XXXVII, 32; cf. d'Arbois de 
Jubainville. Les premiers babitaiits de l'Europe, t. I, p. 39. 

4. Scylacis periphis, § 2 et 3, dans les Geographici graeci minores, t. I, 
p. 16 et 17. 

5. D'Arbois de Jubainville, ]oc.cit.,t. I, p. 378; C. Jullian, Histoire de 
la Gaule, t. I, p. 310 et les autorités citées à la note 2. Ce dernier savant 
reconnaît que c'est sur les Ibères que les Volcae Tectosages s'emparèrent de 
Narbonne, et il croit qu'en l'année 218 av. J.-C-, cette conquête était 
de date récente. 

6. Odyssée, XXIV, 306-307 ; Hérodote, VII, 170 ; cf. d'Arbois de Jubain- 
ville, loc.cit., t. I, p. 31 et suiv. 



Vihère Narhu. 255 

thème Narbn- ou Narbâ-, ce sont Narbone et Narbonello. 
Cette constatation est d'autant plus intéressante, au point de 
vue où je me place, que la région de Girgenti ' est précisé- 
ment celle où se retirèrent les Sicanes après l'invasion de 
l'île par les Sicules. Apollodore nous apprend même que cette 
région s'appelait Sicania, du nom du fleuve Slcanos, en ibère 
* Scquanos, qui la traversait-. 

La Sardaigne a été également occupée par des populations 
d'origine ibérique : j'y relève, dans la province de Cagliari, 
une localité du nom de Narbolia. 

En Espagne, on peut citer les Narba-soi ou Narb-asoi, peuple 
de Galice; dans l'onomastique moderne, je relève le nom de 
Narbonda qui désigne une localité de la province de Cuenca. 

En Italie, dans la province de Cuneo, je trouve deux loca- 
lités du nom de Narbona^ et je signale dans la province de 
Perugia, les noms ligures de Nerbone et de Ncrbisci. 

En Aquitaine et dans le bassin du Rhône, régions ancienne- 
ment occupées par des populations ibères, les noms de 
Narbon- et de Narbona appartiennent au glossaire hydrony- 
mique. C'est ainsi qu'un acte du xv^ siècle mentionne une 
fons Narbona qui a laissé son nom à une métairie de la com- 
mune de Saint-Félix-de-Villefranche, Dordogne. Il faut sans 
doute expliquer de la même manière, les noms des quatre 
autres Narbones de ce département. Je relève, en outre, dans la 
Haute-Garonne et dans le Tarn, deux localités du nom de 

I. On sait que Girgenti se nommait primitivement Acragas, génit. 
Acragaiitos; ce nom lui venait du petit fleuve sur les rives duquel cette ville 
avait été construite. Comme ce procédé toponymique paraît complètement 
inconnu de l'onomastique grecque, on doit apparemment reconnaître dans 
Acragas un nom ibéro-sicaue ; cf. pour le suffixe, Mitrgantia, nom d'une 
ville de Sicile fondée par les Sicanes, en regard de Miirg't fém. ville d'Es- 
pagne. Le correspondant ligure de l'ibère -aiit- (= *-iit-) étant -ent- 
(cf. Argentins l'Argens, à côté à'Argdutia, l'Arganza rivière de l'Espagne), 
on peut se demander si Agrigeiitl fém. auj. Girgenti, ne serait pas l'adap- 
tation liguro-sicule de l'ibère Acragant-. 

2 Apollodore, frag. 140. Sur l'origine ibérique des Sicanes, voy. d'Ar- 
boisde Jubainville, loc. cit., t. I, p. 26 et suiv. Sur l'origine ibérique du 
nom dcSëqnanos, gr. St/cavd;, voy. mon livre sur les Ibères, p. 128. C'est 
dans le voisinage d'Agrigente que se trouvait la ville de Caniiâ, capitale 
du roi Sicane Kôhalos ; cf. Hérodote, VII, 170 et Diodore de Sicile, IV, 
77-78. 

5. De Gourgues, Z)/c://t'HHi;//t' topographique Je la Dordogne, p. 215. 



25e E. PhïUpon. 

Narbonne. Un titre de l'an 909 place au comté de Riez, une 
villa du nom de Narbona ', et ce même nom est donné, en 
1378, à un château de la commune de Montélimar, Drôme -. 
Il ne sera pas sans intérêt d'observer qu'une commune de ce 
département porte le nom certainement ibère de Barcelonne '. 

Le nom de Narbonne est également porté par une localité 
de l'Isère, arrond. de Grenoble, et par une localité du Puy-de- 
Dôme, arrond. d'Ambert. Un village du département du 
Rhône est designé sous le nom de Narbonnet, diminutif qui 
rappelle le nom espagnol de Narboneta. 

Dans mon Dictionnaire topographique du département de F Ain, 
j'ai inscrit deux fois le nom de Narbon- et deux fois celui de 
Narbona. Une source de la commune de Seillonnaz est 
appelée Fons de Narbone dans un titre de 1429, et un acte de 
[410 appelle au cas oblique Narbonan, un petit affluent de 
la Bienne. Le pré de la commune de Polliat nommé Pratum 
de Narbone, en 1464, et le territoire de la commune de Veyziat 
qu'un titre de 1412 appelle en Narbonan , étaient évidemment 
redevables de leurs noms à des sources appelées Narbon ou 
Narbonna. 

Malgré l'extrême pénurie de nos informations sur les 
noms de hameaux, de « climats », de ruisseaux ou de sources, 
j'ai pu réunir vingt-trois exemples de l'emploi du thème 
hydronymique Narbii- ou de ses dérivés, sur un territoire 
qui s'étend depuis les rives du fleuve Sequanos, dans la 
Sicile méridionale, jusqu'à celles de la Garonne ou de l'Ain. 
Si nous avions pour l'Aquitaine, pour le Languedoc et pour 
le bassin du Rhône un plus grand nombre de Dictionnaires 
topographiques, et si ceux que nous avons avaient tous mis à 
profit les noms de climats, de ruisseaux ou de sources qui 
dorment encore dans les titres du moyen âge ou dans les états 
de sections du cadastre, je ne fais pas de doute que l'on 

1. A. Bernard et A. Bruel, Recueil des chartes île l'abbaye de Cluiiy, t. I, 
no 106. 

2. Brun-Durand, Dictionnaire topographique de la Drôme, p. 244. 

3. Ibidem, p. 19 : Barcinona, dans un acte de 1 171. Il n'est pas besoin 
de dire que ce nom de Barcinona n'a rien à démêler avec le carthaginois 
Barca ; on en peut rapprocher le nom d'homme Barcinus qui se lit sur une 
inscription d'Ivosevzi (CIL., III, 2824. 20). 



V ibère Narbu. 257 

pourrait compter par centaines les exemples de l'emploi du 
thème hydronymique Narbu- ou de ses dérivés, dans la 
nomenclature géographique de la France méridionale. Ce que 
je viens de dire de la France, il flmt le dire, à plus forte raison, 
de l'Italie et de l'Espagne, pour lesquelles il n'existe que des 
dictionnaire géographiques absolument insuffisants. 

En dépit les conditions défavorables dans lesquelles je me 
trouvais pour dresser l'inventaire des emplois de la forme 
toponymique qui fait l'objet de cette note, je crois avoir 
démontré que le thème hydronymique Narbu- appartient à 
l'onomastique de toutes les régions qui ont été occupées, à 
l'aurore de l'histoire, par des populations de race ibérique. 
J'ai montré, en même temps, que ce thème, dont l'origine 
ibérique ne saurait être contestée, était un nom indo-euro- 
péen. 

E. Philipon. 



NOTES 

ÉTYMOLOGIQUES ET LEXICOGRAPHIQUES 

(Suite.) 



10. Gallois HEFYD = vieil-irl. emith. Il est depuis long- 
temps reconnu que le gallois hefyd, aussi, était à séparer com- 
plètement du breton ivei, moyen-breton eve:^ et ive^, vannetais 
ehué (pron. eiOç), tant au point de vue du vocalisme que du 
consonantisme, et que le breton £t'^:^ (^= eweâ) est identique au 
cormqut yn weth {yn weâ). Hefyd paraît donc isolé. Il ne me paraît 
pas douteux qu'il ne soit identique au vieil-irlandais evùth. 
Emith seul est traduit par Ascoli, Gl. palœohib., LXVII, par 
tanquam, quasi, pêne. Répété, emith a le sens de tam, quam. Le 
sens primitif de hefyd et emith a dû être celui de sembJahJe- 
ment. La seule différence dans l'histoire des deux mots, c'est 
que emith est devenu proclitique en irlandais, ce qui a amené 
régulièrement la chute de s initial (cf. amal, Cambr. 38 a é 
amail, et samail; cf. l'article imi. an). Au contraire, le gallois 
hefyd est adverbe et se place après le nom ; il conserve son 
indépendance et sa valeur au point de vue de l'accent. Le 
sens de semblahlement est certainement le sens primitif. Les 
deux mots sont tirés de la même racine que samail, hafal, à un 
degré différent. Il est possible que pour l'irlandais (peut-être 
aussi pour le gallois), il y ait eu une évolution de sens sem- 
blable à celle que l'on constate, en latin, de similis à simul. 

Quant à la forme primitive vieille-celtique, on peut hésiter. 
On peut songer à un rapprochement avec le latin simitû, 
semblahlement (Walde, Lat.-etym. IVôrt.), mais la quantité 
est différente. Une forme semï-lû, avec û long conviendrait 
parfaitement au gallois : ce serait un instrumental ; semï-tfi 



Notes étymologiques et Icxico^raphiques. 259 

pourrait aller aussi : il faudrait supposer que l'adverbe a d'abord 
été un substantif. L'étymologie de Strachan pour eiiiith dans 
Archiv f. Celt. Lex., I, p. 159, est des plus invraisemblables : 
de plus, il n'a pas vu la parenté avec hefyd. 

II. Haeddu, cyrhaeddu ; breton dirhaes, direza ; irl. 
SAiGiM, ROSAIGIM. Le breton direza, moyen-breton dirhaes, 
atteindre, a été rapproché avec raison par M. Ernault (Dict. 
étyniol.) du gallois cyrhaeddu, même sens, mais il a eu le tort 
d'adopter l'étymologie donnée par M. Whitley Stokes, qui 
fait venir haeddu de * seid : skr. sîdhyati, atteindre le but. En 
effet seid n'eût donné en gallois que hwydd. La forme faible 
sid- ne vaudrait pas mieux. Une diphtongue galloise ae Ça -\- 
spirante : diphtongue amenée par spirante gutturale ou chute 
d'une consonne) ne provient jamais de ei ancien-celtique ni 
de ei néo-celtique. Ae, en vieux-gallois, a le plus souvent la 
forme ai (Jais - llaes ; cimmaithures , cenitolaidon^, et quelque- 
fois déjà ae. En moyen-gallois, on a ae qui reste, si la forme 
est accentuée (au moins dans l'écriture, car la prononciation 
varie beaucoup suivant les dialectes). Dans le cas d'infection, 
ai vieux-gallois est ei en moyen-gallois : Seis Saxon = Saxî 
ÇSaxû, Saxô). Cet ei se confond en moyen-gallois avec ei 
provenant de e -\- spirante ou ei provenant de e infecté : teir, 
trois. En gallois moderne, ces deux ei s'écrivent ai en mono- 
syllabes, mais dans la dérivation ou la composition, ei reste : 
bai, mais beiau; baich, mais beichian; baidd, action aventureuse, 
mais beidd-gar, aventureux. Les grammairiens gallois, par 
fausse étymologie et analogie, ont commis, de ce chef, de véri- 
tables barbarismes. Zimmer, qui met une certaine coquetterie 
à user d'aphorismes gallois, s'est associé à un barbarisme de ce 
genre (C. Z. 1898, p. 118). Pour dire conclusion, il a employé 
l'expression diwedd glo araeth (diwedd-glo, fermeture en dernier 
lieu). Or araeth est une invention d'Owen Pughe, comme le 
dit très bien Silvan Evans (^Welsh Dict.), qui d'ailleurs donne 
du mot une détestable étymologie. Le gallois areith est iden- 
tique à l'irlandais airecht, fém., assemblée = * aÇp^o-Çp^rektâ 
(Stokes, Urk. Sprachsch., p. 40). Le groupe -ect-, ne donne 
jamais que -eith- (moderne, dans les conditions exprimées ci- 
dessus, -aith-). 



2éo /. Lolh. 

Dirhaes et cyrhaedd-u sont à rapprocher du vieil-irl. ro-saigini, 
j'atteins; dirhaes ^= di-ro-sag-; cyrhaedd- = co-ro-sag-. C'est la 
particule ro qui donne à ces verbes l'idée d'achèvement. Le 
g2i\\o\shacâdii, certainement par l'influence de ro {Livre noir de 
Carm, ap. Skem, p. 5, v. 25 : ry-bait), est arrivé au sens de 
atteindre, mériter ; mais son sens de chercher à atteindre, très 
net dans l'irlandais saigiui, est également clair dans ce passage 
du Livre de Taliesin (Skene, T. A. R., II, p. né, 13) : mal 
haedii aiuyr a bach « comme essayer d'atteindre l'air avec un 
croc ». Dyhaeddu a aussi ce sens, ainsi que l'autre, il est vrai. 

12. Breton kenan, gallois cynna, kynnan. 

On n'a pas trouvé ni même, je crois, tenté, d'étymologie du 
breton lenan. Ce mot a le sens de extrêmement : îuad kenan, 
très bon ; dies kenan, tout à fait incommode. Ce mot est iden- 
tique au gallois cynnan et cynna = con-dag-, aussi bon, si 
bon : 

Myv. arch. 193. i : ny weled 

y gynna 

« on n'a pas vu son pareil. » 

P. 213.2: Dyn hynna nys gwna nys gwnaeth 

« Une fait pas, il n'a pas fait d'homme aussi bon. » 

L. Taliesin, 118. 30 : 

ni dyfu yma 
gwledic dy gynna 

« Il n'est pas venu ici, prince, ton pareil. » 

Myv. arch. 202. 2 : 

Kynna hwn neus gwn nas gweleys 

« Aussi bon que celui-ci, je sais maintenant que je n'en ai 
pas vu. » 

Cf. ibid. 202. 17. 

Le passage suivant montre bien comment l'évolution de 
sens a pu commencer : 
Myv. arch. 235. i : 

Ket del y Ruffut vud gynnan o dda 
a ddyglut mor y lan 



Notes étymologiques et le.xicogniphiques. 261 

« Quand même viendrait à Gruffudd un gain aussi abon- 
dant de bien qu'en apporte la mer au rivage. » 

De aussi bon, on a pu arriver à si bon, tellement ; cf. français 
si bon = tellement bon. 

Pour le doublet cynna, cynnan, cf. ynia, yman; comique 
alfa, breton gouelvan. 

13. Irl. cocuNG, opi\\o\s cynghwng . Le glossaire d'O 'Davoren 
(Whitley Stokes, O' Davoren s Gloss. Arch.f. C. L. II, n° 355) 
porte : cocitng ./. : slabrad [ut est] cocitm^ draine décbon. M. Whit- 
ley Stokes traduit : cbain, an enibroidered leash of two hounds. 

Silvan Evans (Welsh-Engl-Dict.') a confondu ciugn et cyn- 
ghwng, qui ont à peu près le même sens. Il ne s'est pas rendu 
compte de la composition de ce mot qu'il a trouvé sous une 
forme qui l'a dérouté . Cynglnung se trouve dans le Livre de 
Taliessin (Skene, F. a. B. II, p. 182, vers 14) sous la forme 
Kygiung pour kyngiung ou plutôt, à cette époque cyghivng, et à 
l'époque moderne cynglnung : cette orthographe n'est pas rare: 

ny wdant wy yr ych brych bras y penrwy. 
Seith ugein kygiung yn y aerwy. 

« Ils ne connaissent pas eux, le bœuf tacheté, au gros 
penrwy ' : 120 nœuds (ou articulations) dans son collier. » 

On trouvera d'autres exemples de kygiung, avec le même 
sens, sous cwgn dans Silvan Evans. La prononciation cwgn, 
est ancienne, car on trouve le mot sous la forme kukyn, avec 
y irrationnel dans les Lois : cf. drogn, Gl. Luxembourg, pour 
drong. Cocang signifie proprement série d'articulations ou joints, 
chaîne ou laisse articulée. Cung est sans doute à rapprocher de 
l'irl. cuing, joug, mais il faut renoncer à l'étymologie, cuing 
= co-iungi-. 

12. Caogad gallois cuch : câogad na sill, winking of the 
eyes (77jj glossary in Egerton 158: Archiv. f. celt. Z,. III, 
p. 181). Le gaélique d'Ecosse fflfo^ paraît assurer la lecture; 
quoiqu'il y ait dans le même glossaire caocha pour caochadh. 



I. Penru'y est composé de pen, tête et de riuy, anneau (cf. modrwy, 
bague), lien. Le mot est très rare : c'est peut-être une expression désignant 
le joug avec ses attaches. 



262 /. Loth. 

winking. Phonétiquement câog paraît identique au gallois 
cuch, froncement des sourcils, ciichio, froncer, contracter les 
sourcils. Caôg, cuch, supposent en vieux-celtique coicc-. 

Caochadh me paraît dû à un rapprochement avec caoch, 
vieil-irl. caech, gall. coeg; ce qui est confirmé par le sens donné 
ï caochadh dans les Lois : act ofblinding (Stokes, Glosa, in Eger- 
tin 158, Archiv.,Uî, ip. 181). 

13. Irl. cocar, gallois cynghor. Cocar apparaît dans le Dict. 
d'O 'Davoren et est glosé pzraireacht {Archiv , II, n° 541), Dans 
le Glossary in Egerfon, 158, p. 183, cogar est traduit par 
ivhispcr. M. Whitley Stokes (O'Davoren's Glossary, Archiv., II, 
n° 54 ') fait venir cocar de com-karo- et le rapproche de cechras, 
which will sing : car serait parent de cor A. ceol. La forme 
du moyen-irlandais que cite M. Whitley Stokes (^Glossary in 
Eg. p. 183) est coeur. Le sens habituel est conférence, conseil 
(Kuno Meyer, Contrih.^. C'est exactement le sens du gallois 
cynghor, conseil, avis, conférence. Cynghor, comme coeur et 
cocar dont 1'^ est pour 0, remontent à * con-coro-. 

On suppose habituellement que cynghor est composé de 
con -(- cor, du latin chorus : cor, seul, a, en eflet, le sens de 
chorus et il n'y a aucun doute que par la langue de l'église, 
chorus (corus^ n'ait pénétré en gallois, mais il s'est sûrement 
confondu avec un autre mot celtique, identique comme son, 
et de sens parfois analogue. 

13. Le gallois hueJ, troupeau de bœufs ou vaches, n'a pas 
de correspondant en breton, comme nom commun. Il est resté 
dans un nom du lieu de la commune de Scrignac, Finistère : 
Buel-hars, mot à mot V enclos au troupeau de bœuf ^ huel -j- 
garth : cf. gTiWois bu-arth, même sens. 

14. FROMVEUR : c'est le nom du courant violent qui existe 
entre Ouessant et le continent. 

J'ai vérifié la prononciation : on prononce frôvor avec 
nasal : m n'existe pas. Il ne me paraît guère douteux que/mwr 
ne soit pour froud-meur, frou-meur, fron-veur, le grand cou- 
rant; froud, en effet, est féminin. La nasalisation de la 
voyelle précédant t; = m est constatée partout en pareil cas : 
Roscanvel, près Brest =: Ros-catmael; Guipronvel = Gwic- 
Brochtnacl etc. 



Noies étymologiques et lexicographiques. 263 

15. Gallois : tradiuy. Parmi les formes du mot jour, en cel- 
tique, il y en a une que je ne trouve pas citée (je me trompe 
peut-être), c'est dwy dans tra-diuy, le jour après demain. Dwy 
remonte à * deiuo-s qui signifie donc, à la fois, comme on le 
supposait d'ailleurs, divinité et joii?- . Les traductions données à 
ce mot varient suivant les dictionnaires. 

Owen Pughen le traduit par th?'ee days hence, mais le 
rapproche du grec ty) xpix-^ et a vu sûrement dans tradiuy, 
quelque chose comme trat- où il aura supposé trois. Davies le 
traduit par postridie. Walters (JVelsh-Engl. Dict. à day^ le donne 
d'abord comme équivalent à tranoeth, le lendemain, mais plus 
bas, le traduit plus exactement par tiao days hejicc. Tradiuy 
signifie, en effet, par dessus le jour qui suit, et indique par con- 
séquent non pas le lendemain du jour où on parle, mais le 
surlendemain. J'avais d'abord pensé à une abréviation possible : 
iradwy pour tradiuy nos, par dessus les deux nuits (qui suivent), 
mais cela paraît forcé. 

16. ACHES, flots; ACHES, œuvrc surtout poétique et reges. 
M. Anwyl, a deux reprises (Prologomena to the sttidy of Wehh 
Poetry ; Zeitschrift fur celt. Philologie^ a tiré les mots gallois 
aches et reges du latin accessus et reccessus. J'ai fait justice de 
cette étymologie, à tout point de vue insoutenable, dans les 
Mélanges d'Artois de Juhaiuville, pp. 195-198. Comme je l'ai 
vue cependant reproduite ailleurs, je ne crois pas inutile d'y 
revenir, d'autant plus qu'un des sens à' aches a besoin d'expli- 
cation. 

Aches est un dérivé de la même racine que ach qui existe 
dans des noms propres et est identique à l'irlandais aiss A. 
ahann, et suppose aq-s- ou ap-s. Il est donc parfaitement super- 
flu de recourir à un emprunt. 

De plus, M. Anwyl ne paraît pas se douter que la quantité 
de Ve en position dans accessus et recessus peut être discutée et 
que c'est là une question essentielle. Je le renvoie à ce sujet à 
mes Mots latins, p. 130, à propos dugallois achwys. Il est même 
très probable que ces deux mots ont e long, par suite de l'in- 
fluence de accèdo et recêdo et de certaines confusions. C'est l'avis 
de Kôrting dans les trois éditions de son Lateinisch-roman. 
Wôrterbuch : il renvoie particulièrement à Ascoli, Archivio 



264 /. Lot h. 

GlottoL, I, 18, rem. I, p. iio, § 231). Or accêssus et recêssus, 
avec ê long, donneraient, en gallois, achiuys et regwys. 

De plus, cet emprunt est tout ce qu'il y a de plus invrai- 
semblable au point de vue du sens. Accessa et recessa (plutôt 
que accêssus et recessiis) se trouvent avec le sens de flux et 
reflux, mais outre qu'ils sont généralement opposés, ils sont 
toujours accompagnés par inaris ou clairement expliqués par 
le contexte (v. Thésaurus linguae latiuae, à açcessa^. Ces 
expressions d'aillleurs n'apparaissent pas avant la seconde 
moitié du W siècle. Or 1° aches et reges ne sont jamais opposés 
l'un à l'autre ; 2° ils ne sont jamais accompagnés de mots 
explicatifs 3° jamais aches n'a le sens à-'accessus, ni reges le sens 
de recessiis. 

Aches a deux sens : 1° le sens de flots, flots impétueux, luer; 
2° le sens d'œuvre en parlant de poésie. 

Le premier sens est trop bien établi pour que les exemples 
soient nécessaires. 

Pour le second sens, deux explications sont possibles, Joyce, 
a social history of IreJand, tome II, p. 525, nous montre Nede 
fils d'Adna, le chef Ollave d'Irlande, venu en Ecosse pour 
compléter son éducation, allant vers la fin de son séjour 
sur le bord de la mer pour y chercher l'inspiration : « car, 
dit le vieux Livre (LL. i8é, a, 15), les poètes croyaient que 
la place où la poésie était toujours révélée était le bord de l'eau . » Les 
poètes gallois ne faisaient donc en employant aches flots, pour 
l'inspiration poétique, que se conformer à la tradition poétique. 
Il y en a une seconde qui se lie curieusement à celle-là. 

Le mot htm ops, opis est rattaché, avec grande vraisemblance 
par Frôhde (cf. Johansson, Indogerm. Forsch. IV, 136) au 
sanscrit àp-, eau, àpa-vant-, abondant en eau, Wzq, sève, abon- 
dance (Walde, Lat. Etym. Wôrierb. à ops et opimus). Ach-es, 
flots, eau, a aussi le sens de abondance, richesse en inspiration, 
œuvre brillante : ach-es est un dérivé de ap-s- : ap-s-remome à 
une forme indo-européenne <'/?- qui existe à côté de op- (et. 
Johansson, /. F. IV, p. 13e, 138). Ces deux sens de aches 
confirment le rapprochement de op-s, skr. ap-, eau. 

Pour reges, M. Anwyl en cite quatre exemples : pas un seul 
n'a un sens approchant de recêssus. Deux seulement ont besoin 



Notes étymologiques et lexicogmphiques . 265 

d'explication : B. Tal: (Skene, F. a. 5., II, p. 119, vers 27) : 
M. Anwyl ne cite que le vers : Dijjiirn dyd reges : il n'explique 
pas Diffnni et cependant traduit dyd reges par the ebbing of the 
day. Dans la plupart des exemples, d'ailleurs, il ne tient pas 
compte du contexte. Dans ce poème de Taliessin, qui est assez 
clair, le sujet est le jour du jugement général et d'abord les 
prodiges qui le précèdent : tremblement de terre, vent_, mer, 
feu. 

Llwyth byt lloscetawr 

Hyny vwynt marwawr, 

Lloscawt ynyal ran 

Rac y vawr varan. 

Ef tynho aches 

rac y varan r es. 

Diffurn dyd reges 

Gwae ae harhoes. 

Dans un vers précédent il est dit que Dieu le Père descen- 
dra et que la mer prendra feu, 

« Les tribus du monde seront brûlées si bien qu'elles ne 
seront plus que charbons. Il brûlera (ou brillera au neutre) la 
partie déserte du monde ' devant l'apparition de son grand 
cortège ; la mer se retirera devant sa troupe ^ ; le jour de 
mort (littéralement de cendres^ malheur à qui l'a attendu 
sans crainte. » 

Le mot diffurn a été mal transcrit par le scribe : il fout lire 
difwrn. La graphie ff pour -w = v n'est pas rare : cf. Livre 
noir: dyffod(Aiic. B. II, p. 19, vers 28) au lieu de l'ordinaire 
dyiuod Çdyfod); ibid. dyffii^ dyiuu; dyfridavc ^omx dyiurid a ne 
(p. 28, vers 22), Le sens de dijwrn paraît sûr : c'est un com- 
posé de di- et de iiiiuni, traduit dans les Leges Wallicae par 
timor injectiis : cf. 

L. Aneurin (Ane. B. II, p. 83, 23). 



1. Anial, ynyal a aussi parfois un sens métaplioriquc : v. Silvan Evans à 
aniaV). 

2. Ef 2. ici, comme c'est bien souvent le cas en moyen-gailois, le sens 
du moderne /e : il introduit le verbe en tête de la proposition et 'n'a nulle- 
ment le sens de ef, il ou lui. •>■> 



266 /. Loth. 

Diwsadwrn bu divwrn eu kyt weithret « le samedi, leur 
œuvre en commun fut sans peur ». 

Il paraît avoir le même sens dans le Livre noir (ibid. p. 17 
vers 10). 

mad dodes y mortuit ar merchin marchlluid 

Kadeir deur am diwurn.asich heul a gulich Maelgun 

« Il est heureux qu'il ait mis sa cuisse sur Merchin le 
coursier gris, siège vaillant pour l'homme sans peur : ce que 
le soleil sèche, Maelgwn le rend humide. » 

Le second exemple est également emprunté au livre de 
Taliessin (Ane. B., II, p. 125, vers 4). Il s'agit d'une série de 
prophéties. Dans le passage en question, il s'agit plus préci- 
sément de l'époque de la domination des Danois. 

Le poète émet le vœu que la Trinité détournera le coup 
que l'on médite pour détruire le pays des Bretons et il ajoute : 

Poet kynt eu rcges yn alltuded 
no mynet Kymry yn diftVoed 

« Qu'ils périssent plutôt en terre étrangère plutôt que les 
Kymry ne deviennent sans vaillance. » Littéralement diffroed 
peut s'expliquer par di -\- ffrow. — On pourrait supposer une 
faute de scribe : diffroed pour di-froed, (di-froedd), qui est bien 
connu dans le sens d'exil, bannissement, mais ce serait inexpli- 
cable avec alltuded dans le vers précédent. 

Dans les deux autres exemples, reges a nettement le sens 
de mort. 

Reges a proprement le sens de cendres et a pris le sens de 
mort par habitude de l'incinération. L'incinération a été en 
usage en Armoriquedepuislaiinde l'époque néolithique jusqu'à 
l'époque chrétienne avec quelques exceptions. L'incinération 
se montre dans le sud de l'Angleterre et dans le pays de Galles 
dès l'époque de bronze et persiste aussi jusqu'à l'avènement 
du christianisme '. Reges est identique à l'irlandais richis, char- 
bons et feu : le breton rege^, braise, charbons ardents a sans 

I. J'ai déjà donné cette ctymologie dans la Revue Celtique, tome XXI, 
p. 97. 



Noies étymologiques et lexicogrciphiques . 267 

doute la même racine, mais peut remonter à regeth, comique 
regihten. Le gallois rhysyu, au singulatif, même sens, me paraît 
emprunté à l'irlandais richïs avec accent sur la première syl- 
labe, à un moment où le ch palatal était peu marqué : Rbysyii 
nhs-in. 

J. LOTH. 

{A suivre.) 



LATIN (D'IRLANDE) : BALLENIUM « BALNEUM » 



Il convient de signaler aux auteurs du Thésaurus Linguoe 
Latinae la forme singulière que présente le mot balueiim dans 
des textes du moyen âge d'origine irlandaise ou bretonne, et 
dont voici quatre exemples : 

libes .i. fiund caire À. cocquet mihi carnes siue ballenium 
faciet mihi. Palat. 68, 28 b (ad Psalmum 107, 10) in Thesaur. 
Palacohib., tome I, p. 3. 

Vespere psalmus codidie cantatur post prandium uel balle- 
nium. Note du ms. T (f° 21) à la fin de la Lamentatio 
S. Ambrosii, dans le Liber Hymnorum, éd. Atkinson, tome I, 
p. 143 (cf. tome I, p. XXIX et tome II, p. 213). 

Mulier ueni cito laua cappam meam de sapuna clique 
lixam quam diu fuero in ballenio. Oxoniensis Posterior (pen- 
sum discipuli), 44b, dans la Gramiiiatica Cellica, 2" édition, 
p. 1063, et le Vocabulaire vieux-breton de J. Loth, p. 102. 

ballenium, Annales d'Ulster, 750, ap. Wh. Stokes B. B., 
XVIII, 67. 

Cette forme ne semble avoir été relevée par aucun lexico- 
graphe, 

J. Vendryes. 



UNE DIVINITÉ CELTIQUE INCONNUE 



J'ai fiiit récemment Tacquisition, chez un marchand d'anti- 
quités des quais, d'une petite base en bronze que j'ai rétrocédée 
au musée de Saint-Germain-en-Laye (fig i). Cette base toute 
unie porte gravée sur sa face antérieure une courte inscription 
latine dont voici la transcription : 

OGL- AVG- SAC 
ATEVRITVS 
SEPLAS- V-S-L-" 

OglÇ ) Aug(jisto ou -aé) sacÇrtwi). Ateuritus seplas{iarms) 
v^otuni) s(olvit') KJkens) m(erit6). 

Les deux dernières lignes n'ont rien qui puisse embarrasser 
le commentateur. Le nom propre Ateuritus doit se décomposer 
en Ate-, préfixe ampliatif et Uritiis, nom celtique déjà connu 
en épigraphie. Ateuritus s'est déjà rencontré sur une tuile 
de Poitiers et sur deux inscriptions lapidaires, à Turin 
(C.I.L., V, 6957), et à Bordeaux (C./.L., XIII, 656). 

La forme féminine Ateurita figure, à ce qu'il semble, dans 
une inscription de Bordeaux ÇC.I.L., XIII, 837). 

La profession de seplasiarius ou de parfumeur est fort rare 
en épigraphie, mais l'on en connaît des exemples' et il semble 
impossible de trouver une autre explication au mot SEPLAS 
de la troisième ligne. 

La première ligne OGL'AVG-SAC* est moins facile à 
expliquer car nous ne connaissons pas, dans le panthéon cel- 
tique, de divinité (dieu ou déesse) dont le nom commence 
par Ogl . . . Bien plus, nous n'avons retrouvé ni nom 

1. C.I.L., XII, 5974; III, 150S8; V, 7454, etc. 




UNE DIVINITE CELTIQUE INCONNUE 



Une divinité celtique inconnue. 269 

d'homme, ni nom géographique dans la composition duquel 
pourrait être entré le nom de cette divinité '. Et comme nous 
ignorons jusqu'à son sexe, nous ne savons s'il faut restituer 
AugQisto) ou Aiig{itstae^. 

Le seul nom divin qui rappelle de près ou de loin cet Ogl . . . 
mystérieux est le célèbre Ogiiiios, l'Hercule gaulois cité par 
Lucien. Faut-il croire qu'il s'appelait en réalité Oglios ? 

La paléographie de notre inscription montre qu'elle n'est 
pas postérieure au i'^' siècle de notre ère. N'est-ce pas d'ailleurs 
à cette époque que remontent la plus grande partie des in- 
scriptions où sont nommées les divinités indigènes? 

A en croire le vendeur de notre bronze, ce petit monument 
aurait été recueilli aux environs de Reims par un officier 
actuellement en garnison à Versailles. Nous recommandons 
donc cette divinité nouvelle à l'attention des archéologues 
champenois : c'est à eux de nous dire si elle a donné son nom 
à quelque source, quelque lieu dit du département de la 
Marne. 

Seymour de Ricci. 

I. Cf. pourtant le nom de lieu Oglaiida ou Ogîenda (Holder, s. v.). 



Revue Celtique, XA^Y i8 



CONTRIBUTIONS A L'ETUDE 

DES 

ROMANS DE LA TABLE RONDE 



LE DRAME MORAL DE TRISTAN ET ISEUT 
EST-IL d'origine CELTIQUE ? 

Dans sa remarquable édition du poème de Tristan de Tho- 
mas, M. Bédier est amené à se demander si le drame moral 
qui domine le roman et en fait l'unité, est d'origine celtique 
(tome II, p. i6o et suiv.). « Le conflit douloureux de l'amour 
et de la loi, c'est toute la légende. Or, est-on fondé d croire 
que les Celtes, outre leurs fabliaux sanglants, aient inventé 
encore ce sans quoi la légende, peut- on dire, n'existe pas, cette 
conception centrale : un couple de héros liés à jamais par 
l'amour, mais sentant encore sur eux la pression de la loi 
sociale qui soumet la femme à l'époux, le vassal à son seigneur, 
et subissant cette loi en telle guise que chacune de leurs 
voluptés se mêle d'horreur? » M. Bédier cite ensuite un cer- 
tain nombre d'articles du code gallois d'Howel da ', d'où il 
résulte que le divorce peut avoir lieu par consentement mutuel 
ou pour des causes en apparence peu importantes, et aussi 
que l'adultère peut se racheter par des compensations pécu- 
niaires. Puis, il conclut en ces termes : 

« On le voit r l'amant ne risque jamais rien, que de payer 
des amendes. Le mari peut, s'il lui plaît, répudier sa femme 

I . Ces articles sont du code de Dyvet ou Sud-Galles (Aneurin Owen, 
Ancient Lcnvs, I, Dimetian Code, p. 524-526). 



Romans de la Table ronde. 271 

sans motifs, pourvu qu'il lui rende sa dot, et pareillement 
sous la seule condition qu'elle renonce à sa dot, la femme peut 
quitter son mari sans motifs... Selon les coutumes galloises, 
le mari a droit sur la dot d'Iseut, mais non sur sa vie. Elle 
peut le quitter. » Plus loin, M. Bédier conclut en ces termes : 
« La légende est fondée tout entière sur la loi sociale, recon- 
nue comme bonne, nécessaire et juste. Elle est fondée sur le 
mariage indissoluble. Peut-elle avoir été conçue par un peuple 
qui a considéré le mariage comme le plussoluble des liens? » 

L'argumentation de M. Bédier paraît d'abord spécieuse, 
mais elle ne résiste pas à un examen sérieux. Il s'est abusé 
sur la valeur du texte des lois galloises qu'il cite, et, s'il lui 
a attaché tant d'importance, c'est qu'il ne connaît pas autre 
chose du droit celtique, qu'il ne s'est inquiété ni du temps, 
ni des circonstances dans lesquelles ce code a été élaboré, et 
surtout parce qu'il a négligé de le contrôler et l'éclairer par 
l'étude des mœurs et des coutumes des Celtes, telles que leur 
histoire et leurs traditions écrites nous les présentent dans la 
vie réelle. 

La partie qu'on peut appeler celtique est d'ailleurs, malgré 
les louables efforts qu'il a faits pour se documenter, le point 
faible de son œuvre, si brillante et, en général, d'une érudi- 
tion si sûre. 

Le droit celtique est fondé sur les mêmes principes que le 
droit qu'on peut appeler indo-européen, car il se retrouve tel 
anciennement chez toutes les familles ethniques de ce groupe, 
et il s'est même conservé plus longtemps avec ses traits 
primitifs chez les Celtes que chez les autres peuples apparen- 
tés. Il y a cà la base le talion et le droit à la vengeance, mais 
avec cette restriction essentielle qu'en dehors de certains atten- 
tats, par exemple, contre ce qu'on peut appeler improprement 
l'État, le crime ou délit pourra être racheté, payé par le cou- 
pable, ou sa famille, ou son peuple. Ce droit existe chez les 
Indous, les Grecs, les Germains ' ; il est inscrit dans la loi des 
XII tables : on y lit expressément que l'offensé ou sa famille 
a le choix entre la vengeance et la composition (d'Arbois de 

I. Les lois anglo-saxonnes sont très nettes à cet égard, par exemple les 
lois d'Athelstan. 



272 /. Loth. 

Jubainville, Étude sur le droit Celtique I, p. 78). En dehors 
des crimes contre l'Etat, il n'y avait pas de vindicte publique : 
la vengeance privée seule s'exerçait avec l'appui de la famille 
de l'offensé. C'est assurément, comme l'a fait remarquer très 
justement Summer Mzme {Ane. Tnst., 23), un grand progrès 
sur l'ancien droit du talion. D'ailleurs, malgré tout, le talion, 
le droit au meurtre, en cas d'homicide, n'était, pas, en principe, 
aboli : s'il manquait la moindre parcelle de la composition 
consentie entre les deux parties, la valeur d'un penny, dit la 
loi galloise (Ane. Laws, I, p. 600), le coupable peut être mis 
à mort ; il en est de même, en Irlande, en cas d'insolvabilité 
(d'Arbois, Eludes, p. 81). Il y a mieux : dans le droit irlandais, 
il y a des cas où le meurtre est nécessaire ; par exemple: tuer 
le meurtrier d'un parent jusqu'au degré de cousin germain est 
si bien considéré comme un meurtre nécessaire, qu'aucune 
indemnité n'est due pour le second meurtre, à moins que la 
famille du meurtrier n'ait prévenu l'exercice de la vengeance 
en payant l'indemnité fixée par la coutume : les deux meurtres 
sont considérés comme se compensant (/Z'/W., p. 66^. Chez les 
Gaulois, si on ne paye pas les compositions, on peut échapper 
au châtiment par l'exil. On avait aussi, chez les Irlandais, 
recours, dans des cas particuliers, à un autre moyen de résoudre 
les conflits que la compensation : au duel conventionnel. Il a 
existé aussi chez les Gallois ; il y en a au moins deux exemples 
dans les Mabinogion (J. Loth, Mahinogion, I, p. 129; p. 224, 

270); 

D'après un curieux passage des Anomalous Laivs galloises 
(Ane. Laïus, II, p. 622 ; livre XIV, chap. xiii, 4), le duel con- 
ventionnel, ainsi que l'épreuve par le fer rouge ou l'eau bouil- 
lante, aurait été supprimé par Hywel dda et ses législateurs, 
comme injuste, et remplacé par la compensation. 

Si nous envisageons en particulier les lois concernant le 
mariage et les atteintes qui peuvent y être portées, nous nous 
trouvons en présence des mêmes principes. 

Tout d'abord, chez tous les peuples indo-européens, le 
mariage est un simple contrat, on peut même dire un achat 
d'un côté, et une vente de l'autre, entre deux familles de rang 
égal. Le fait est tellement connu que je crois inutile d'insister. 



Romans de la Table ronde. 273 

Chez les Indo-Européens, l'homme n'est pas tenu à la fidélité 
conjugale; il peut à côté de sa femme avoir des maîtresses et 
des concubines. La femme légitime, en revanche, est obligée 
à la fidélité envers son mari. Pour le cas d'adultère, la légis- 
lation chez les différents peuples s'est lentement modifiée. 

Primitivement en cas de flagrant délit, la femme était punie 
de mort, avec son complice : c'est la loi chez les Romains, les 
Germains(une partie d'entre eux), les Slaves du sud(v. Schrader, 
Realkxicon der indogenn. Altertitutskundc à EhehrucJj). Un pre- 
mier adoucissement à cette loi, c'est tout en maintenant la 
peine de mort pour l'amant, d'épargner la vie de la femme ; 
on la frappe de mort morale, d'atiniie. A Kyme, en Asie-mineure, 
elle était exposée sur une pierre et promenée sur un âne par 
la ville. Chez Tacite {De moribus Germaii., cap. 19), le mari 
chasse la femme adultère de chez lui, devant ses proches, et la 
mène par la bourgade, en la fustigeant, les cheveux coupés et nue. 

Du temps d'Homère, la compensation est admise pour 
l'adultère, comme il ressort d'un passage bien connu de VOdy- 
sée, VIII, 261-366. Hephaistos fait constater par les dieux le 
flagrant délit d'adultère entre sa femme Aphrodite et Ares. Il 
réclame à Ares, comme dans la loi galloise en pareil cas, la somme 
qu'en se mariant il avait payée à Zeus, père d'Aphrodite. Comme 
Ares se trouve dans l'impossibilité de payer, à ce moment, Poséi- 
don est obligé de se porter caution pour lui. La compensation est 
également admise pour l'amant dans la loi de Gortyne. Schrader 
(Realkxicon à Ehchrudi) a jusqu'à un certain point raison, en 
disant que l'adultère, chez les Indo-Européens, ne constitue pas 
un cas particulier ; il rentre dans la catégorie des transgressions 
intéressant le droit de propriété du chef de maison : c'est une 
irruption sur un terrain réservé ; c'est, suivant son expression, 
labourer sur le champ d'autriii. Et à l'appui, il fait remarquer 
que l'amant de la fille, de la sœur ou même d'une des proches 
parentes est passible, s'il est surpris, des mêmes peines que 
l'amant de la femme mariée. Il y a cependant un point impor- 
tant qu'il oublie et qui donne à l'adultère une gravité parti- 
culière; c'est qu'il peut introduire dans la famille un élément 
étranger et nuire à la pureté de la race familiale, ce qui, sur- 
tout chez les Celtes, avait une extrême importance. 



274 /• Loth. 

Chez les Celtes^ on paraît, à l'époque au moins où nous 
mènent les lois irlandaises et galloises, en être arrivé, en ce 
qui concernent l'adultère, au point d'évolution que nous avons 
constaté dans l'Odyssée : la compensation est inscrite dans la 
loi ; mais, pas plus que chez les Grecs, l'adultère n'était con- 
sidéré comme une faute légère, facilement réparable, comme 
on semble autorisé à le croire par les articles du code gallois 
cité par M. Bédier. Pour donner à ces articles leur valeur 
réelle, il faut se rendre compte de l'organisation sociale des 
Celtes, en particulier des Irlandais et des Bretons insulaires. 

On a remarqué avec raison que le droit à la vengeance 
avec son rachat légal a perdu de son importance pour 
s'éteindre finalement, au fur et à mesure que se dégageait 
la conception de l'État. Avant la constitution d'un pou- 
voir central suffisamment fort, la famille seule exerçait ce 
droit : elle seule pouvait arrêter le bras du vengeur en admet- 
tant ou proposant une compensation : or, chez bien peu de 
peuples indo-européens, la notion de l'Etat a été moins nette 
que chez les Celtes ; et, nulle part, l'État n'a eu moins de force : 
c'est la cause réelle de la chute de la puissance celtique. On 
comprend dès lors l'extrême importance du droit de compen- 
sation chez eux et l'extension excessive même qu'il a prise. 
Il n'y avait pas, en effet, de race plus violente et plus vindi- 
cative. Giraldus Cambrensis, normand par son père, gallois 
par sa mère, nous dit que ses compatriotes « sont vindicatifs 
et cruels dans leur colère; qu'ils sont prêts à venger non seu- 
lement les injures récentes, mais même les anciennes et 
comme si elle venaient d'être commises » '. Dans son Itinera- 
riuni Kamhriae (lib. II. cap. vu), il répète que les Gallois 
et les Irlandais sont plus que tout autre peuple prompts à la 
colère et à la vengeance; il ajoute même cette curieuse 
rema.rque que les saints d' Irlandesont de tempérament vindicatif. Il 
y a un autre point sur lequel il insiste, c'est que les Gallois aiment 
par dessus tout leur race, et qu'il punissent âprement les 
dommages faits à leur sang et toute atteinte à leur honneur ^ 
Ce trait expHque la disposition la plus curieuse de la législa- 

1. Descriptio Kamhr'uu, lib. I, cap. xvn. 

2. /W., même livre, même chapitre. 



Romans de la Table ronde. 275 

tion des Irlandais et des Bretons, la principale innovation 
qu'ils aient fait subir au droit primitif indo-européen. Outre 
le dommage matériel fait à la personne, le iuergeld germa- 
nique, la loi chez eux envisage le tort fait a rhomieur, et ce 
tort donne droit à une compensation spéciale. Il paraît cer- 
tain que si le législateur a été amené à cette institution, c'est 
que la réparation pour le dommage matériel ne suffisait pas 
pour arrêter la vengeance, lorsque le Celte croyait son hon- 
neur atteint. En reconnaissant publiquementt devant les deux 
famille intéressées le tort fait à l'honneur et en le rachetant 
par une réparation spéciale, on donnait satisfaction dans la 
mesure du possible à l'orgueil de race et on prévenait de san- 
glantes querelles.. 

La législation galloise du x^ siècle n'a fait que pousser à 
l'extrême limite ces principes, même jusqu'à l'abus, et on 
comprend que ce soit à ce moment que cette extension 
logique se produise; à cette époque, et depuis longtemps déjà, 
le pays de Galles est perpétuellement en état de guerre ; 
guerre avec les Angles, avec les Saxons, avec les Scandinaves ; 
guerre acharnée entre les différents chefs et luttes à mains 
armée, vengeances sanglantes entre les familles importantes. 
C'est, la plupart du temps, une véritable anarchie. A l'habi- 
tude de se faire justice soi-même ou par son clan, à main 
armée, la loi répond par des moyens relativement faciles 
d'arrêter l'effusion du sang. Jamais on n'a donné une telle 
extension à la compensation ; jamais on n'a autaut facilité le 
rachat du droit de vengeance parce que jamais on n'en a usé 
avec autant de facilité et de cruauté. La loi n'est souvent 
qu'une réaction contre les mœurs, un obstacle trop souvent 
impuissant contre les passions, surtout lorsqu'il n'y a pas de 
pouvoir central assez fort pour en imposer le respect et aussi, 
point des plus importants, lorsque l'usage n'en est souvent 
que facultatif. Aussi bien des usages abolis dans le code n'en 
persistent pas moins dans la réalité. 

Je citais plus haut un passage des Anornalous Laïus d'après 
lequel Hywel Dda aurait aboli l'épreuve du fer rouge. Or, 
au XII* siècle, nous en avons un exemple dans un poème 
de la Myvyrian Archaeology of Wales (p. 205 col. 2). 



276 /. Loth. 

Un barde guerrier. Llywarch ap Llywelyn (surnommé Pry- 
dydd y Moch^, accusé du meurtre de son chef, doit se disculper 
par l'épreuve du fer rouge. Le court poème qu'il a composé 
au moment de la subir est une éloquente invocation au juge 
d'acier, à la lame d'épée rottgie à laquelle il demande de le dis- 
culper. 

Arrivons au mariage. Ici encore les lois ne nous donnent 
que le point de vue juridique du x'' siècle, mais ne nous ins- 
truisent pas sur les moeurs réelles du temps. C'est du droit 
spéculatif fondé sur un principe unique poussé à ses consé- 
quences extrêmes ; mais ce n'est pas le droit coutumier natio- 
nal, accepté en tout cas et par tous. 

Le mariage est resté chez les Celtes, en plein christianisme, 
ce qu'il était à l'époque de l'unité indo-européenne. Le 
mariage est un contrat chez les Irlandais et les Bretons, et un 
contrat naturellement soluble à de certaines conditions ; il peut 
l'être par consentement mutuel. Il n'y a pas lieu de s'en éton- 
ner, étant donné le principe. Aussi trouvons-nous le divorce 
par consentement mutuel inscrit dans les lois romaines '. Quant 
au droit personnel de la femme de rompre le contrat, In loi 
galloise, en l'accordant après un troisième adultère du mari, 
a évidemment altéré le droit ancien. En droit indo-européen, 
non seulement la femme légitime était tenue à la fidélité 
envers son mari, mais même elle ne pouvait en aucun cas vo- 
lontairement l'abandonner. Schrader (Reallexicon, Ehebriich), 
après Marquardt, explique par cette indissolubilité absolue du 
mariage les nombreuses tentatives de meurtre commises à. un cer- 
tain moment par les matrones romaines contre leurs maris ; 
en 329 avant J.-C, 190 matrones empoisonnèrent leurs maris. 
Les mêmes faits ont dû se produire, ajoute-t-il, chez les Gau- 
lois. C'est ainsi sans doute qu'il faut expliquer le passage où 
César (^De hello gallico VI, 19) nous dit qu'en cas de mort sus- 
pecte d'un chef illustre, on mettait à la torture ses femmes et 
ses esclaves, et que, si le fait était prouvé, on les brûlait ; il 
s'agit sans doute, comme à Rome, d'accusations de tentatives 



I. Viollet, Histoire du droit civil fiançais, 3e éd., p. 444; cf. d'Arbois de 
Jub., Lafamille celtique, p. 179. 



Romans de la Table ronde. 277 

de meurtre de la part de la femme mariée, accusation que la 
fréquence de ces crimes rendait plausible. 

Comme chez tous les Indo-Européens, le mari, chez les 
Irlandais et les Gallois, n'était pas tenu, en droit, à la fidélité. 
Il y avait chez les Irlandais des mariages annuels entre un 
homme riche et une femme pauvre : le mariage était d'un an 
et non d'un an et un jour, ce qui eût entraîné le droit de pro- 
priété. Il y avait aussi, comme chez les Gallois, le simple 
concubinat. Mais la femme légitime, chez ces deux peuples, 
avait une situation à peu près égale à celle de son mari. Elle 
jouissait même de privilèges supérieurs à ceux de la femme 
mariée de nos jours. Nulle part_, elle n'a joué un rôle aussi 
considérable \ Il est donc évident qu'une faute grave de sa 
part portant atteinte à l'honneur conjugal ne pouvait être 
considéré comme une peccadille. C'était d'autant plus sérieux, 
que, comme je l'ai dit, l'adultère blessait au vif un de ses sen- 
timent les plus profonds chez les Celtes, surtout chez les Gal- 
lois : l'orgueil de race et de plus la pureté de la race à laquelle 
ils tenaient extrêmement était également compromise. C'est 
par l'exagération de ces sentiments que Giraldus Cambrensis 
explique surtout la fréquence des unions consanguines chez 
eux ainsi que chez les Bretons armoricains ÇDescr. Kambriœ, 
lib. II, cap. vi). On peut donc être sûr que dans la réalité 
l'adultère était autrement châtié que les lois du x'-" siècle ne 
permettent de le supposer. Il y en a déjà un indice dans un 
court passage des Leges Wallicae {Ane. Laïus II, p. 88 r, lib. 
II, cap. I, 2) : c'est le droit suivant la coutume de Powys ; le 
manuscrit où a été pris le texte est du commencement du xiv= 
siècle. Parmi les naivaffeith gnlanas traduit par novon affinia 
houiicidii figure guereictra (pour gtureic-lra) traduit par adiilte- 
-rium ; le neuvième cas est le meurtre même. Quant au châti- 
ment au cas où il n'y a pas compensation, et l'offensé peut la 
refuser, nul doute que ce n'ait été le feu. Nous avons vu que c'est 

I. Voir les différents ouvrages de M. d'Arbois dans le cours de littéra- 
ture celtique : Etudes sur le droit celtique. Li civilisation des Celtes et celle de 
V épopée homérique. Cf. La famille celtique. — Joyce, ^ Social history oj Ire- 
laiid,2 vol. 1903 : on y trouvera de nombreux textes juridiques et autres 
cités. 



278 /. Lot h. 

ainsi que les Gaulois faisaient périr les femmes convaincues 
d'avoir donné la mort à leurs maris. En Irlande, une étymo- 
logie absurde d'ailleurs du Glossaire de Cormac, au mot drûth, 
femme impudique ou prostituée, prouve qu'au x^ siècle, si ce 
supplice avait disparu, on en avait conservé le souvenir : 
driith serait composé de dir, droit, et aod, feu, parcequ'il était 
légal de la briller. Il .s'agit sans doute ici uniquement de la 
femme adultère, comme le prouvent d'autres textes assez 
copieux tirés tant des vies de saints que de la littérature pro- 
fane et mentionnés par Joyce {Social history, I, p. 21 3). Le mor- 
ceau épique connu sous le titre de Bataille de Cniicha, publié 
Revue Celtique, II, p. 9 1 , par Hennessy, nous en conserve un 
exemple. Le héros Cumal est tué dans la bataille; il laisse 
enceinte sa femme Murni qui s'est enfuie de la maison pater- 
nelle avec lui ; son père ne reconnaissant pas le mariage presse 
ses gens de la faire périr par le feu ; s'il renonce à les y forcer, 
ce n'est que par crainte de Conn aux cents Batailles chez qui 
elle s'est réfugiée. A l'appui de ce trait, Hennessy rappelle un 
passage de l'histoire de Corc mac Lu?dach qui suffirait à prou- 
ver que c'était bien l'habitude chez les anciens Irlandais de 
brûler la femme adultère. 

Un curieux contre-sens des Anomaloiis Laws du pays de 
Galles (^A)ic. Laws II, p. 624, livre XIX, chap. 14, i et 2) ren- 
force le court passage des Leges Wallicae cité plus haut et prouve 
indubitablement que le supplice du feu a également existé, 
dans le même cas, anciennement en Galles. Dans le para- 
graphe I, on lit : de trois façons une personne doit subir la 
peine capitale : par suite d'un vol entraînant la pendaison ; 
par trahison envers son chef; par acte féroce d'homicide. Les 
mots gallois pour ce dernier cheisontffyrnic lueitbret llazurud- 
dyaethei ne semblent pas pouvoir se traduire autrement, llaiurud- 
dyaeth signifiant à coup sûr meurtre par effusion de sang (action 
de rougir les mains). Le paragraphe 2 prouve que le rédacteur 
n'a pas compris le troisième cas et a ajouté à tort le mot llaiv- 
ruddyaeth k Jfyrnic weithret. En voici la traduction : « il y a trois 
exécutions capitales légales : la pendaison pour le vol ; la ven- 
geance et le meurtre pour l'homicide; le supplice du feu pour 
ffyrnignvydd. » Le mot laiuruddyaeth s'applique au second cas 



Romaus de la Table ronde. 279 

et a le sens d'homicide : c'est le meurtre qui le venge. II est 
donc sûr que le feu est réservé pour un autre crime qualifié de 
ffyniigrwydd : le traducteur Aneurin Owen ne l'a pas compris 
et, trompé par le paragraphe i, le traduit en anglais par /tro- 
cious acl. C'est d'ailleurs le sens le plus ordinaire du mot, 
mais le dictionnaire de Salesbury, de la fin du xvr^ siècle, donne 
à ffyrnic le sens (à tort suspecté par moi dans mes Mois latins^ 
de débauché, à' adultère. C'est donc bien l'adultère, en gallois ' 
ffyrnig-nuydd, qui est puni par le supplice du feu. D'ailleurs 
à quoi bon multiplier les exemples : Tristan et Iseut, con- 
vaincus d'adultère, ne sont-ils pas condamnés à périr dans les 
flammes ? 

Si nous interrogeons la littérature galloise, la plus intéressée 
dans la question, elle achève de nous éclairer. Tout le monde 
reconnaît que les vrais mabinogion gallois, Pwyll prince de 
Dyvet; Branwen fille de Llyr ; Manawyddan fils de Llyr; 
Math fils de Mathonwj, sont de pure provenance galloise, 
sans influence étrangère et qu'on peut sans crainte y chercher 
le reflet des mœurs des Bretons insulaires. Tout d'abord, ces 
mabinogion témoignent, à côté d'actes féroces et barbares, d'un 
sentiment élevé de l'honneur, du respect de la femme, du 
parent ou de l'ami, et chez la femme mariée, dans un cas nota- 
ment, d'une haute idée de ses devoirs conjugaux. 

Par suite de circonstances qu'il serait trop long et inutile 
d'exposer, Aravv^n, roid'Annwvyn, demande à Pwyll de Dyvet 
de prendre ses traits et sa place à sa cour, même dans le lit 
conjugal. Pwyll accepte et, an bout d'un an, rend intacte à 
Arawn sa femme, remarquable cependant par toutes les quali- 
tés du corps et de l'esprit, renouvelant ainsi pendant une année 
avec succès l'épreuve supportée volontairement mais rarement 
par un saint romain du xi'^ siècle, le bienheureux Robert 
d'Arbrissel (V. Loth, Mabinogion, I, p. 31-37). 

Kicva, son mari Pryderi ayant disparu, reste seule au monde 
avec Manawyddan ap Llyr. Elle en conçoit tant de douleur 

I. ffyniic est dérivé de foniicius i/Our foniiceiis ; -nvydd ancien mot gallois 
indépendant, sert à former des mots abstraits avec notion de renforcement 
et d'abondance. Fornix indiquait la chambre de prostitution et même la 
prostituée ou le prostitué. 



28o /. Loth. 

que la mort lui semble préférable à la vie. Manawyddan 
devine et lui dit : « Tu as tort assurément si c'est à cause de 
moi que tu es si affectée ; je te donne Dieu comme caution 
que je serai pour toi le compagnon le plus sûr que tu aies jamais 
eu. Je serais au début de la jeunesse que je garderais ma foi 
envers Pryderi » (Jbid., p. 107). 

Le Mabimgi de Math ab Mathonwy nous offre un cas très 
instructif d'adultère: Llew Llaw Gyffes a été tué par Gronw 
Pebyr de Penllynn, grâce à la trahison de sa femme dont 
Gronw est l'amant. Transformé au moment du meurtre en 
oiseau, il recouvre sa forme humaine par les enchantements 
de son oncle Gvs^ydyon ab Don. Aussitôt il songe à la ven- 
geance. De son côté Gronw lui envoie une ambassade pour lui 
offrir, pour prix de son outrage, terre, domaines, or et argent. 
Llew refuse. Il exige que Gronw se place devant lui, à l'en- 
droit même du meurtre, exactement dans la situation où il a 
reçu le coup mortel, sans aucune défense. De son côté, Gwy- 
dyon avait rassemblé les troupes de Gwynedd et s'était mis 
à la poursuite de la femme adultère Blodeuwedd '. Il l'atteint 
et lui dit : « Je ne te tuerai pas, je ferai pis. Je te laisserai aller 
sous la forme d'un oiseau. Pour te punir de la honte que tu as 
faite à Llew Llaw Gyffes, tu n'oseras jamais montrer ta face à la 
lumière du jour par craintede tous les autres oiseaux. Leur ins- 
tinct les poussera à te frapper, à te traiter avec mépris partout où 
ils te trouveront. Tuneperdras pas ton nom, on t'appellera tou- 
jours Blodeuwedd. » Le Mahinogi ajoute : « on appelle en 
effet le hibou, Blodeuwedd, aujourd'hui encore. C'est ainsi 
que le hibou est devenu un objet de haine pour tous les 
oiseaux. «Cette tradition fait le sujet d'un remarquable poème 
de Dafydd ab Gwilym, barde du xiv-^ siècle, le plus grand poète 
du pays de Galles, et sans doute aussi de l'Europe et du moyen 
âge (J. Loth, Mahinogion I, p. 151 note). En somme Gwy- 
dyon renonçait au droit de meurtre et frappait Blodeuwedd de 
mort morale, d'atiniie, par des moyens dont un enchanteur 

I. Blodeu-îuedd sigmûc forme, aspect Je fleur. Par leurs enchantements. 
Math et Gwydyon l'avait fait naître de fleurs, comme la fleur du chêne, du 
genêt et la reine des près : ils avaient sans doute oublié de lui donner un 
cœur. 



Romans de la Table ronde. 281 

seul peut disposer. C'est le châtiment par lequel plusieurs 
peuples indo-européens avaient remplacé la mort pour la 
femme adultère. 

Il me paraît superflu de poursuivre cette démonstration . 
Des amants dans la situation de Tristan et Iseut pouvaient, 
sans aucun doute, chez les Celtes aussi bien que chez tout 
autre peuple, dans des conditions analogues de civilisation, 
sentir peser sur eux, suivant l'expression de M. Bédier, la pres- 
sion de la loi sociale qui soumet la femme à l'époux. Le drame 
moral, le combat entre le devoir et la passion dans le poème 
de Tristan et Iseut a dû dominer, chez les Bretons, tous les 
épisodes de ce dramatique roman : il est aussi celtique que le 
reste. J'ajouterai que, cbe^^ aucun peuple, le combat moral qui se 
livre chez Tristan, ne pouvait être aussi violent que les Celtes. 
Si M. Bédier est excusable de s'être mépris sur la valeur de 
l'honneur conjugal chez les Celtes, il commet une erreur 
beaucoup plus grave et beaucoup plus inexplicable en mettant 
en doute qu'un couple de héros celtiques sentent peser sur eux 
la pression de la loi sociale qui soumet le vassal au seigneur. Le 
dévouement absolu au chef de clan est la loi fondamentale de 
la tribu et de la famille celtique, et tout manquement à cette 
loi est considéré comme un crime inexpiable. Ce dévouement 
est même poussé jusqu'à la folie. Je me contenterai d'un 
exemple, pris dans le Mabinogi dé Math ab Mathonwy (J. Loth, 
Mabinogi, I, p. 152-154). 

Gronw Pebyr ayant vu sa proposition de compensation 
rejetée par Llew, est, en conséquence, obligé de subir la peine 
du talion, c'est-à-dire de s'offrir sans défense à la lance enchan- 
tée de Llew. Il s'adresse aux gens de son clan : « Nobles fidèles, 
gens de ma famille, mes frères de lait, y a-t-il quelqu'un de 
vous qui veuille recevoir le coup à ma place ? » Tous refusent, 
et le refus paraît justifié, non seulement parce que la mort 
est certaine, mais parce que le meurtre commis par Gronw l'a 
été dans des circonstances particuhèrement odieuses. Or l'au- 
teur du Mabinogi ajoute textuellement : « Cest à cause de cela 
parce qu'ils ont refusé de souffrir un coup à la place de leur sei- 
gneur, qu'on na cessé de les appeler, depuis, la troisième famille 
déloyale. » Et, en effet, les Triades galloises mettent, parmi les 



282 /. Lofh. 

trois principales/cïm/7/^i déloyales de l'île de Bretagne, la famile 
de Gronw Pebyr de Penllynn dont les hommes refusèrent à leur 
seigneur de le remplacer en face de la lance empoisonnée de Llew 
Llawgyffes (J. Loth, Mabin., p. 152, note). Tout commen- 
taire serait superflu. Le combat de Tristan entre sa passion 
pour Iseut et son devoir envers son chef de clan et son bien- 
faiteur est donc tout ce qu'il y a de plus celtique. 

Il y a quelque chose qui n'est pas celtique dans le roman, 
comme M. Bédier l'a supposé, c'est le philtre d'amour. L'amour 
chez les Celtes a régulièrement un caractère foudroyant : 
point n'est besoin de philtre. Je croirais volontiers cette inven- 
tion d'origine anglo-saxonne. Le philtre prend d'ailleurs le 
nom saxon de lovendrinc. On a prétendu que les Anglo-Saxons 
n'avaient pas pu connaître les traditions bretonnes ni par con- 
séquent les transmettre aux Franco-Normands à cause de la 
haine inexpiable qui les séparait des Bretons. Si les Bretons 
restés indépendants étaient ordinairement en état de guerre 
contre les envahisseurs ', il ne faut pas oublier que dans tout le 
reste de l'Ile, notamment dans le royaume de Wessex, les deux 
nations s'étaient mêlées. J'ai prouvé par une charte authen- 
tique du roi de Wessex Centvv'ini, que les deux langues, le 
breton et le saxon, étaient parlées concurremment à la fin du 
vii^ siècle, dans le comté de Somerset. Il devait en être de 
même, à la même époque, dans d'autres parties du royaume. 
En Cornwall, à l'époque de la conquête normande, les pro- 
priétaires étaient, en général, Saxons. En Cumberland, à cette 
époque, le breton devait encore subsister. Epris de poésie et de 
musique comme les Bretons insulaires, les Anglo-Saxons ont 
dû subir le charme des traditions celtiques, plu9> fortement 
même que les Franco-Normands. Aussi suis-je persuadé que 
la part des Anglo-Saxons ou plutôt des Anglo-Celtes dans la 
transmission de ces traditions a été plus grande qu'on ne 
le pense généralement. 

J. Loth. 

I . A citer, entre autres exemples du contraire, l'alliance de Penda de Mer- 
cie avec Catwallon, alliance qui permit aux Bretons, en 633, de s'emparer 
d'York et de détruire momentanément le royaume de Northumbrie. 



LES NOMS DES SAINTS BRETONS 

ÇSuite) 



En Cornwall, saint Patern est honoré à Petherwyn (Ol. 
Mon., 442). 

Paul (saint) ; Paol en Léon ; Pal ailleurs. Il y a peu de saints 
plus honorés que ce saint qui, pour les Bretons, est le fonda- 
teur de l'évêché de Léon : Mcspaul, par. en Léon ; Lampaul- 
Guimiliau; Lampaul-Plouarzel; Lampaul-Ploudalmezeau ; 
Lampaul en Ouessant ; Caslel-Paol (Saint-Pol-de-Léon); Bas- 
paoïd en Batz ; Feunteun-Baol en Landunvez ; Pors-Paol en 
Lampaul-Ploudalmezeau ; Pors-Paol en Ouessant ; Bourg-Paul 
en Muzilllac; Lapaul en Melrant: en 1292, c'est, il est vrai, 
Loch-Paull; mais il y a un autre Lapaiil en Locoal-Mendon. 

Il y a dans les Côtes-du-Nord en Cornouaille, une paroisse 
de Paul, exactement comme dans la Cornouaille anglaise. 

Paulan : est une section de Plusquellec et rappelle Peulan 
qui a donné son nom à Llaii-beulau en Anglesey. 

Paulennan (saint) : il est question des reliques sancti Paii- 
lennaui dans le Cart. de Quimperlé (p. 46, vie de Gur- 
thiern). 

En Galles, on a confondu avec Paulinus d'autres saints et 
probablement le nôtre : par exemple, un certain Pawl Hcn 
(Paul le Vieux) qui avait une chapelle à Llangors en Breck- 
nockshire (Rees, Essay, 187, 191). 

Peaule : v. Eol, Ewl. 

Peaux (saint) en Hennebont (Morb.); ce nom existait en 
1277. 

La prononciation ne m'est pas connue. Si la graphie est 
française, comme c'est probable, il serait possible qu'on eût 
affaire à un saut Peo pour saut Bco ; si la phonétique actuelle 



284 J. Loih 

triomphe, le / sourd final peut assourdir la sonore suivante 
(cf. hciupras pour hmt bras ; pein Kiueiiec =: Pemp-gwenec). 
II y a des saints de ce nom en Irlande. 
Pebliau (saint) : capellanus sancti Pchliau en Ploec-Goilou 
{Auc. El'., IV, 121 en 1245). 

et. saint Peblic ? en Galles, patron de LIaii-bebJig en Car- 
narvonshire. 

Per, Pezr : v. Petr. 

Peran (saint) : Dans la plupart des cas, on a vraisemblable- 
ment affaire à saint Petran, forme vieille-bret. qui devient en 
moyen-breton Pe:;^raii ÇPediaii) et Peran. Cependant ce n'est 
pas sûr. 

Saint Peran ' trêve de Pain pont (Morb.). Lo-peran en Saint- 
Malo-des-Trois-Fontaines ; Sahit-Perran (sic) en Plédran ; 

Prat sant Peran en Paul ; saint Peran en Glomel ; Plounevez- 
Quintin (C.-du-N.). 

CoRNWALL : Peran (ou Perran) Arwarthal; Perran- 
Uthno et Perran-Zabulo (Ol. Mon., 422). 
Peran = Petran : Loc-peiran 1423; Lopéran 1446, auj. 
Port-Louis (Morb.); cf. Tribus Petrani (G. Landev. 51). 

Le nom Petran est brittonique ; il apparaît aussi dans le 
B. Llandav. 168. 

Perec (saint), Saint-Perreuc : saint Perech (Perec) en Plu- 
neret; Loperec, en 1468 Lorns Petroci ; en 1576 Lûc-pe:^rec, 
paroisse du Finistère ; Lo-paerec en Treboul (est pour Lo- 
perec)', saint Perreux, en 1398 saint Perreuc, appelé aussi Renac 
trêve de Saint- Vincent-sur-Out ; Sancti-Petroci de Tregon en 
1 163 {Ane. Ev., IV, 278); Saint-Petreuc en Plerguer (C.-du-N. 
de langue française). 

CoRNWALL : saint Petroc, patron de Padstow ; saint 
Petrock ou Petherill minor ; église de saint Petroc près 
Trevalga. 

Devon : Eglise dédiée à 5* Petrock à Leigh, 
5' Petrock patron de Brent, et Dartmouth New Ghurch ; 
S'-Petrock, paroisse d'Exeter; patron de Hollacombe; 
patron de Lidford, de Petrockstov/ ; d'Anstey (Ol., Mon., 

1. C'est en zone française ; on devrait avoir Pedraii si c'était Petran. 



Les noms des saints bretons 285 

449, 444, 445, 447. 448, 450, 452, 442-443-444 ; siippl. 

37)- 

Galles : s^ Petrox en Pembrokeshire (Rees, Essay, 

T^io) ; Llan-Pedrog en Carnarvonshire. 

Pedrauc aurait été fils de Clemens, chef de Kernyiv (Cor- 
nwall : Myv. Arch., 41e, i). 

Pern (saint) : paroisse de l'ancien évêché de Saint-Malo ; 
Saint-Pern en Langourlay ; Ker sant Pern en Saint-Mayeux 
(C.-du-N.). 

Saint-Pern en Prinquiau (Loire-Inf.) ; Lan-bcrn en Quimerch . 

On a identifié ce nom avec celui de saint Patern, ce qui est 
purement absurde pour la Bretagne. Le nom de Pern est bien 
breton ; il y a une pointe de Pern à Ouessant. C'est aussi un 
nom picte ; Pern = irlandais Cern, victoire = * vieux- 
celtique Oiterno-s (Whitley Stokes, On the ling. value of the 
irish Annals, p. 108). 

Peron ? : Lam-peron en Serignac. 

C'est très probablement le patron de Lan-debaeron, paroisse 
des C.-du-N. On trouve Lan-dcba::j-on, mais c'est une mau- 
vaise graphie pour Lan-deberon d'où on aura tiré Lan-deba^ron, 
d'après l'analogie de peron (^paenvi) sortant de patron. Te-beron 
= To-petron. 

Galles : S^ Petrwn, frère de Tyssul, Pedr et Tyrnog 
(Jones, Cymrii, II, 401 ; Rees, Essay, 211). 

Petheloc ? dans Lain-be:(eJIec (Fin.). 

Le père de Leonorius s'appelait Beteloc plus probablement 
PetÇjyioc (L3. Borderie, Hist., p. 366). 

Petr (saint) devenu Pe:(r en moyen-breton, et Per : Plou- 
bezj'e (e final est de trop) : on prononce Ploii-bej. 

C'est le patron de plusieurs paroisses bretonnes; on l'a con- 
fondu avec saint Pierre (Petnis^. 

Galles : Il y a un 5' Pedr, frère de Tyssul, impossible 
également à distinguer de saint Pierre. Il y a plusieurs 
Llan-bedr. 

Petran : v. Peran. 

Petroc : v. Perec. 

Pever (saint) : en Plésidy (C.-du-N.) ; on prononce Pever. 
Il est possible que Pever soit pour Bever à cause de l'influence 

E^evue Celtique, XXX. 19 



286 /. Loth 

possible de / du saut : sant Bcver sera devenu régulièrement 
sant Pcvcr. La Trinité-Langonnet (Morb.) s'appelait au 
xvi^ siècle, la Trinité de Bc:{iur (cf. gallois Bedwyr ? : Pour t 
donnant et, cf. he::;p = betuo-.) 

Pipo (saint) : en La Feuillée ? (Fin.). 

Pleder : v. Eder. 

Pleguien : v. Cian. 

Plelo (C.-du-N.) : Ploeelo} ci. Elwy dans Llaii-chuy en 
Flintshire. 

Plerguer : ancien évêché de Dol : le patron serait Arcar 
(La Borderie, vie de saint Meven, vila Maclov., I, 1-62 et 103). 

Je crois que le vrai nom doit être Aer-car. 

Plerin (C.-du-N.) : v. Rin. 

Plerneuf (C.-du-N.) : v. Erneuc 

Plestan (C.-du-N.) : pour Ploe-Iestan ? un lustan apparaît 
dans la vita s" Melarii (D. Morice, Rennes, \, 225). 

Dans la vie de saint Gundleius, apparaît un serviteur du 
nom de Istan = lus fan ; le nom peut être différent. 

Estan a pu exister : Ker-estanen Vieux-Marché (C.-du-N.). 
O'Hanlon, Lifes, vu, 29 juillet, cite saint Justan de Lene, du 
temps de saint Patrice (Mart. de Donegal). 

Plestin (C.-du-N.): PJoe-Iestin : en 1163 Ple-^^estin (Ane. 
El'., IV, 278). 

Galles : Llan-Ieslyn en Carnarvonshire et en Angle- 
sey : v. lestin. 

Pleven (C.-du-N.) : v. Guen et Meven. 

Plevin (C.-du-N.) : v. Ewin. 

Pleuven : v. Guen. 

Ploeven : v. Mewen. 

Tloagat- Moxsau ; Plouagat-Châtelandren, Plouegat-Guer- 
rand, autrefois Ploagat-vallon (C.-du-N.). En 1198 PJoe-adgat 
(Ane. Eu., IV, 12) : Adgat = * ate-catu-s : qui renouvelle le 
combat ? 

Ploemel (Morb.) : Ploeymer en 1572 : prob. pour Ploe 
enier, avec ni spirant ou Ploe-mer : Mer = gall. Meir -= 
Marin ? 

Ploeren (Morb.) : v. Meren. 

Plogoff : v. Cov. 



Les noms des saints hnioiis 287 

Plogonnec : v. Conec. 

Plomelin : v. Merin. 

Plomodiern : v. Modiern. 

Plozevet : v. Démet. 

Plouec et Plouezec : Ploho:(ec-Go'ûou en 11 84 ÇAîic. Ev., 
IV, 9); Plii-biiduc en 1066-1082 (Chrest. 137). 

Le nom ho:::^ec = cornique budic, hôâic dérive de hôd {heiL~ 
eu^, en breton), gall. haïudd, facile, paisible : même racine que 
hedd, paix. 

Plouedern : v. Edern. 

Plouegat : v. Ploagat. 

Plouenan : v. Appendice. 

Plouescat : malgré la forme Ploercsgat le nom paraît être 
leicat = ludcat. Ploercsgat est probablement à corriger en 
Ploeicsgat : v. ludcat. 

Plouezoc'h, ancien évêché de Tréguier. 

Pour le nom, cf. Abcr-Soch, hameau sur la baie de Saint- 
Tudwal près Carnarvon. 

Plougar : v. Car. 

Plougasnou : v. Catnou. 

Plougonvelin : v. Conmelen. 

Plougonven : v. Conven. 

Plougoulm : v. Coulm. 

Plougras : pour Ploe-groas. 

Plouguiel : v. Ciel. 

Plouguin (Fin.) ? 

Plouha : v. Afla. 

Plouhinec (Fin. et Morb.) : Plebs Ithinuc (Cart. Quimperlé); 
Ploe-y:{incnc 1820 (Chics t., p. 136). 

Cf. Trev-Eithinauc (B. Llandav., 126, 366) en Menechi, 
Pembrokeshire. Il est très probable que Ithhiuc = * Eithinoc 
signifie endroit couvert d'ajoncs, mais cependant ce n'est pas sûr : 
Eithin apparaît comme nom propre dans le B. Llandav, p. 268. 

Ploujean (Plon-iaiui) : sous le vocable de saint Jean ; ancien- 
nement Plo-jehan. 

Ploulan : Poiilan est en 1468 Ploe-lan; Gniclaii s'appelle 
aussi PlouJmi : la paroisse du monastère ou le monastère de 
la paroisse. 



288 /. Loth 

Ploulech : peut-être pour Ploii-iulech : cf. Tref-zulech, paroisse 
du Carmarthenshire. 

Plou-magoar (cf. Plou-moguer) : paraît signifier la paroisse 
de la muraille. Cependant, cf. Plwyf magwyr en Monmouth- 
shire (Myv. arch., 749); Ecclesia de Magor en Netherwent 
(B, Llandav, 322). 

Plounerin : v, Nerin. 

Plouneventer : v. Neventer. 

Plou-nez (C.-du-N.) : cf. paroisse de Nedd (Neath), en 
Glamorgan. Il est vrai que la valeur du ^ de Ne:( ne m'est 
pas connue. 

Plouray : pour Ploii-wroe (cf. Truro en Cornwall, en 1294 
Trewroe\ ou mieux Plou-wrai : cf. Givrai ou Gzurhai en 
Galles (Rees, Essay, 231). 

Plourhan (C.-du-N.) : pour Plou-ourhant : Ourhant pour 
Gouriuant. 

Plourin : v. Gourin. 

Plourivo (C.-du-N.) : cf. Lan-rivaiix en Saint-Connec : 
V. Rivo. 

Plouvara : v. Bara. 

Plouvien : v. Gouien. 

Plouvorn : en 15 16 Ploe-mahorn : cf. Mavwrn, en Hereford- 
shire (B. Llandav, p. 162, 373). Plouvorn = Plou-vovorn. 

Plouyé : v. lé. 

Plouzevédé appelé aussi Guitévcdé (gibic- -dévédé) : Guitevedé 
désigne aussi spécialement une partie de Plouzevédé, proba- 
blement l'ancien bourg : La forme de 1 5 1 6 est Ploe-:ievode. Le 
saint est donc Devode = Devodoe. 

Pluduno (C.-du-N.) : cf. Llan-dudno, v. Tutno. 

Pluguffan : v. Cuvan. 

Plumaudan : Maudan et Meldan. 

Plumieux : v. Maeoc. 

Plurien : v. Rien. 

Plussulien : v. Sulien. 

Pluzelec en Plusulien : v. Selec. 

Pluzunet (C.-du-N.) ; cf. Llan-ddiimuyd en Glamorgan : 
v. Dunot. 

Potan (saint), paroisse des C.-du-N. en zone française ; 



Les noms des saiiifs bretons 289 

saint Pôtan en La-Motte (C.-du N.) ; plus anciennement Saint 
Postan. 

Il n'est pas impossible, quoi qu'il n'y ait pas de raison phoné- 
tique apparente, que Postan, soit pour Prostan, nom bien connu : 
Loin Prostan dans le Cart. de Redon ÇÇhrest., 15, 8, note 3). 

Cf. Lan-Brestan en Ploudalmezeau. Prost, en composition, 
est connu non seulement en Armorique, mais encore en Galles 
et Cornwall. 

Poupaia (sainte) : mère de saint Tutwal. On prononce 
plutôt Coiipaya. La terminaison est évidemment littéraire; 
mais le nom est ancien et a été répandu chez les Bretons 
insulaires, comme le montre la forme Piinpeins des Inscr. 
chrétiennes de Grande-Bretagne. Poupaia a passé par Pounpaia. 

Preden : Loc-Preden en Plouenan (Fin.). 

En Galles, Prydein non seulement désigne la Prctania des 
anciens, mais est aussi un nom d'homme. 

Premel (saint) : patron de Primclin (Fin.), menei sant Premel 
(montagne de saint Premel), en Pleuven (Fin.). Le Bréviaire de 
Quimper a Priniael. La forme Premel tendrait à prouver que 
/ est bref dans Priniael ; la première syllabe n'a rien à voir 
avec prini prompt : on prononce'd'ailleurs Prevel = Prït-mael 
(Soc. arch. Fin., 1899, P- 424)- 

Prêtre (saint) : en Leuhan (Fin.). Ce nom extraordinaire 
doit cacher quelque bévue : peut-être Preder. On est en effet 
à Leuhan dans une zone de la haute Cornouaille où l'accent 
est très intense et où la syllabe finale est extraordinairement 
réduite. 

Primel : v. PremeL 

Pudic (saint) ? : en Malguenac (Morb.) : mauvaise transcri- 
ption d'une forme littéraire saint Budic ? 

Qu-:v. C.,(K.) 

Ratian (saint) : sanctus Ratianus dans le Cart. de Landev., 
22. Comme pour plusieurs saints on a affaire probablement à 
une double forme : Rat-gen et une forme dérivée Ratian : cf. 
TutgeU'Qt Tntian. Ratian a donné son nom à Larrajoi (C- 
du-N.) = Lan-Raticn (C. Landevenec, 22). 

Riagat (saint) : c'est le saint dont le nom est mutilé dans 
les anc. Litanies : sancte Racate. Son nom est conservé dans le 



290 /. Loth 

nom de la paroisse de Trejfiagat (Fin.), au xiv' s. Tref-riagat. 
Il y a une statue de saint Riagat à Treffiagat (Bull. C. D. 
1901, p. 117). En Loperec, il y a un village de Larriegat. Riagat 
remonte à Rigo-catu-s que l'on trouve dans Sidoine Apollinaire 
sous la forme Riocatus {Chresî. 50). 

Rial : Lan-rial en Plouescat : Rial, dans cette zone, ne peut 
être Rhual qui eût donné R'ivoal. Cf. Lan-ria en Pleucadeuc 
(Morb. français). 

Pour Rial, cf. Rialo-braui dans les Inscr. Chrét. de Grande- 
Bretagne. 

Riaval : Moustaer-Riaval en Malguénac (Morb.) v. ÇChrest. 
228). Il est possible que le Rawale des anc. Lit. soit pour Ria- 
vale comme Racate pour Riacate. 

Riec (saint) : sant Rioc (C. Landev, 21); Lan-Rioc (ih'xà.'), 
au). Lan-riec, paroisse; Riec autre paroisse près Quimperlé ; 
Lan-riec, village en Pouldergat ; saint Rieux (Rieu = Rieiic) en 
Henanbihen, saiiit Rieiil pour saint Rien (en 15 16, saint Rieux 
anc. Ev., IV, p. 425) en Saint-Cast (C.-du-N. de langue 
française). Ce saint a donné son nom à Roz-Landrieux (lUe- 
et-Vil.) ; en 11 90, Ro^-Landrioc (de Corson, Poiiillé, IV, 
p. 710) : Landrioc = Lann-rioc. 

Suivant une légende, saint Rioc était le fils d'Elorn qui a 
donné son nom au fleuve de ce nom (Bull. C. D. 1902, 

199- 
Ce qui est plus intéressant, c'est qu'il y a un saint Rioch, 

Breton insulaire, parent de saint Patrice (O'Hanlon, VIII, août). 

En Cornwall, il y avait, d'après le Domesday Book, un ma- 
noir de Tre-rihoc. Rioc = Rigâco-s : c'est un dérivé de rig-, roi. 

Rien : PJii-rien (C.-du-N.): Ecclesia de S^° Rihen en 1181 
{Anc. Ev., II, p. 136); Lan-rien en Landudec. On pourrait 
supposer que Rien est pour Riveii, mais outre que ce n'est pas 
sûr, il y a un nom de saint en Galles qui répond exactement 
à Rien : c'est Riain, dans Llan-Riain et Pembrokeshire (Myv. 
arch., 746); on trouve aussi la forme Llan-rian ; d'ailleurs 
Rien peut être pour Rian. 

Rigan : Lan-rigan dans l'ancien évêché de Saint-Malo. Cf. 
Bod-rigan en Cornwall (Oliv. Mon., Suppl. 6). 

Rigan suppose Ri-can en vieux breton. 



Les noms des saints bretons 291 

Rimael : Ploe-rimael, auj. Plonivel (Chrest., 225). 

Rin : Plourin, paroisse du Fin.; cf. Plen'n ; Lan-mi en 
Mahalon. 

Rin signifie vertu, secret, mais il n'est pas impossible qu'on 
ait affaire à un nom d'homme et même de saint. 

Rinou ? dans Làn-rinou en Pencran : dérivé de Rin ou com- 
posé : Ri-gnou? 

Rion (saint) : île Saint-Rion en Plourivo (C.-du-N.), saint 
Rion en Paimpol. Cf. Tref-Rion en Towyn Merioneth (Jones, 
Cymru, II, 545). 

Riour (saint), frère de Rivanon, mère de saint Hervé, a donné 
son nom à Lan-rioiil (par dissimilation pour Lan-rioitr) en 
Plouzévédé : c'est Lanna Rignrii dans la vie du saint (Albert-le- 
Grand, Vies des saints, p. 242 ; vita Hervei, Soc. Emul. C.-du-N. 
1891, p. 228). Pour le nom, cf. Ri-tiiir (^Chrest., p. 160). 

Ritian, Rijen (saint) : sant Drigent en Crozon, pour sand 
Rijen (cf. Sandrenan pour sant Renatt) ; Lan Ritian (Cart. 
Landev., 16). Pour le nom, cf. Ritgen (Chrest., léi). Il y a 
Ritgen et Ritgent. La forme Ritian est un dérivé. 

La forme avec To- se retrouve dans le saint Herijen de Pen- 
venan (C.-du-N.) : il faut évidemment lire sant Terijen. 

Galles : Llan-ridian en Glamorgan ; ce saint apparte- 
tenait à la congrégation de saint Cenydd (Rees, Essay, 
309). 

Rivain : v. Riwen. 

Rivalain : v. Ri wallon. 

Rivannon (sainte) : mère de saint Hervé. 

Riwal (saint) : saint Rivoal, patron de Trezelan en Bégard 
(Le Braz, Les saints bretons, Ann. de Bret., VIII, p. 225-226); 
Saint-Rivoal, paroisse du Fin. 

Riwallon (saint) : Saint Rivalain en Melrand (Morb.). 

Galles : Rhi wallon, fils d'Urien, honoré comme 
saint (lolo mss., 153). 

Rivinen : Lan-rivinen, famille noble (de Courcy, NohiL) : 
Rivinen est pour Rivilen (Chrest. 158). 

Riwalatr (saint) : sanctus Rigualadrus (Cart. Landev., 124) : 
au). Trelivalaire (Chrest. 207). 

Riware (saint) : frère de Rivannon et oncle de saint Hervé; 



292 /. Loih 

a donné son nom à Lan-Rivoare (Tribus Lmi Riuiioroe dans 
le cart. deLandev, : Chrest. 160). 

Riwalt : Lan-rivaidt en Saint-Connec (C.-du-N. : Inv. 
somm., n° 2617). 

Riwen : Lau-rucn en Erquy (il y a échange continuel en 
-rilu et rii- : cf. Rivalan et Rnellaii) ; Lan-ruen en la Chapelle- 
Saint-Melaine (Ille-et-Vil.) ; Lan-rivain (C.-du-N.), en Lan- 
loup ; cf. Ros Riiiuen (Cart. Landev., 18) : v. Chrest. 228, 
M. Tempier le savant archiviste des Côtes-du-Nord m'apprend 
que Lan-rivain est en 1695 Larriven, en 1720-33 Lanriven. 

Riwole : Lan-Riiiuole (Cart. Landev., 39) : cf. Kaer-Riolae 
{Chrest., 228). 

Rodec : Lan-rodec, paroisse ; Croas Rodoc en Saint-Ségal 
(Fin.). 

Ronan, Renan (saint) : Saint-Renan, par. : Ecclesia sancti 
Ronani (^Cart. Landev. 138). Locronan près Quimper ; Locor- 
imn (Locrnan =- Locrenan^ en Plounevez-Porzay ; Locornan en 
Pluguffan; Saint-Drenan (sand Renan) en Persquen (Morb.). 
Prat saint Reunan en Plounevez-Porzay. 

Saint Ronan est invoqué dans les litanies de Dunkeld 
(Haddan and Stubles, Connais and ceci. Doc. II, Part I, 
p. 280). 

Rumel (saint), en Plémet (C.-du-N. de langue française) ; 
V. Run. 

Rumon (saint), patron d'Audierne : église de saint Ru mon 
en 1633 (Bull. C. D. 1902, 184). Le nom est sous une forme 
littéraire et archaïque. Saint-Jean-Trolimon, Fin., était anc. 
Treff Rnmoii (Soc. arch. Fin. 1904, p. 22). 

CoRNWALL : saint Rumon a donné son nom à Ruan- 
Lanyhorne (dédiée à saint Rumon), à Rnan major et 
Rtian minor (Oliv., Mon., 442). i^z/aw représente Ruvon 
en comique. 

Devon : saint Rumon est patron de Ruinonsleigh (Oliv., 
Mon., 452). 

Galles : Rhnfawn = Rùmawn = * Rôniâmis est donné 
comme saint dans les hJo niss., 122, qui, il est vrai, n'ont 
guère d'autorité. Un des fils du célèbre Cunedda, Rumaun 
a donné son nom au district de Rhufoniog en Galles. 



Les noms des saints bretons 293 

Run : Lan-rttn en La Malhoure (C.-du-N.). Le nom est 
bien breton : il y a un colon du nom de Run en Pleucadeuc, 
en 834(Cart. Redon, p. 16). 
' Saint-Riimel, en Plemet, peut être pour Run-macl. 

Galles : Rhun est honoré à Langorse Pool en Brec- 
knockshire (Rees, Essay, 145; cf. Myv. Arch., 429, i); 
à Ystumllwynarch d'après les lolo niss., p. 139. 

Par suite d'une prononciation particulière, ce nom a été, 
en Galles, confondu avec celui de RJjein (prononcé Rbyn). 

Salomon (saint) : en Guern (prononcé saut Selaiuen, cf. 
vieux-breton Salanmn, auj. Salami), en Langoelan (Morb.). 

Salot ? Lan-salot en Saint-Pol-de-Léon : il y a à se défier de 
cette graphie. Cf. Lansalloes en Cornwall (Oliv., Mon., 440) 
pour Lan-saloet. 

Samson (saint) : a donné son nom à plusieurs paroisses et 
chapelles. Ce qu'il y a de surprenant, c'est qu'il n'est honoré 
sous son nom breton que dans deux endroits : Samxun = 
Samsônem, en Locmaria-Belle-île, et Loc-sam^nn en Melrand : 
Sani2jin a ici échappé, parce qu'on ignore que c^est la repré- 
sentation exacte de Samson. 

Cornwall : S^-Sanipsons, paroisse. 
Galles : v. Rees, Essay, 228, 253. 

Sané (saint) en Camors (Morb.); Plou-sanc en Léon. 

Saudien (saint) : en Muzillac(Morb.). 

Ségal (saint), paroisse du Fin. : pour Saint-Segar, en 1468, 
dans le cart. de Quimper, S^-Seugar. Sengar est probablement 
le saint dont le nom hypocoristique est Senàn en Irlande. Il 
n'est pas du tout sûr que ce soit le saint qui a donné son 
nom à Llan-sannan, en Galles (Donbighshire): v. Senan. 

Seglin (saint), ancien évêché de Saint-Malo : en 1032. Eccl. 
sancti Siginnini (Pouillé, VI) ? Segnin a pu donner Seglin, ce 
qui ne nous avance guère. 

Seguo (saint) : v. Seo. 

Selec : Pluielec en Plussulien (C.-du-N.)? cf. SeJlack 
(^= SeJoc) en Cornwall. 

Sélédin ? Chapelle en Plusslien. 

Seleven (saint) : en Caudan (Morb.) : v. Salomon. 

Selin : v. Silin. 



294 /• Lolh 

Senan (saint) : calendrier de Tréguier : Fr. Senani, 6 mars. 
CoRNWALL : Sennen, anc. sanctus Senanus. 
Galles : Senan est un des maîtres de sainte Winifred 
(Rees, Essay, p. 321). Le nom est différent de Sannan 
dans LIansannan en Denbigh. 

Senoux (saint) : paroisse de l'ancien évêché de Saint-Malo. 
Il faudrait des formes plus anciennes pour en parler. On trouve 
cependant 5' Scnoiir : cf. Llan-sanmur en Glamorgan et Sennor 
en Cornwall. Senour est probablement le saint dont on trouve 
le nom latinisé : S^ Senatoris (x*^ siècle). 

Senny : v. Sezny. 

Seo (saint) : c'est sûrement la vraie forme du nom de sainte 
Sève : sent Segiio (^Seivo) est un des trois domaines de Saint- 
Tudwal justement en sainte Sève (La Border ie, Les trois anc. 
vies de saint Tiiiwal, p. 64; cf. Soc. arch. du Fin. 1876. 

Cf. Lan-:;eo, village en Plougonver (C.-du-N.). 

Cornwall : Lanâsev ÇLaii-sev) est un manoir figurant 
dans le Domesday Book. 

C'est le même nom que le suivant Seoc avec un suffixe de 
dérivation. 

Seoc (saint) : en zone actuellement française Saint-Sieu : 
Lawfzt'MvV (C.-du-N.), au xvi^ s., Lan-siu ; Ecclesia sancti Seoci 
en 1166 (^Anc. Ev., IV, 278). C'est un dérivé de Seo : Seoc = 
Sewoc. 

Avec le préfixe to-, on a To-seoc : Toseocus est un des saints 
compagnons de saint Paul Aurélien. Le nom se retrouve dans 
Laii-de-eoc en Guipronvel (Fin.). 

Serecin (saint) : sancte Serecine apparaît dans les anciennes 
Litanies (Revue Celt. 1890, p. 149). 

C'est probablement le nom qui se trouve dans Lan-gereguin 
(Jeregin pour Seregin) en Plomeur, si ce village est ancien. Le 
Rgs serechin du cart. de Landevennec 10 est douteux : / peut 
être bref, et dans ce cas^ Serechin représenterait le breton actuel 
Seregen, bardane, gloutteron. 

Serv (saint) : mieux Sant-Serw : Lancerf^, en 1271, Lan- 
serff en Plourivo {Ane. Ev., IV, p. 189) : saint Serve en saint 

I . Forme du xviiic s., m'apprend M. Tempier. 



Les noms des saints bretons 295 

Agathon. La graphie ser§ rappelle derjf pour derw, chêne, car]} 
^our carw, cerf. Cf. Roserf en Trégondern près Morlaix (Bull. 
C. D. 1901, p. 86). Serw, en Galles, est frère de Petroc 
et Gundleius (Rees, Lives, 22). 

Saint Serf a. sa fête le 20 avril. A Monkege en Ecosse, aujour- 
d'hui Keith-Hale, il y avait un autel de s^ Seriuc. 

Servan (saint) : Saint-Servan (Ille-et-Vil.) ; Saint-Servan 
(Morb.). 

Ce saint a été confondu avec saint Servais (abbé Campion, 
Annales de Bret.^. Mais il y a eu sûrement un saint national 
de ce nom. Servan (mieux Serwan^ est un dérivé de Serw. 

Servan est patron de Creich et Dysart Monivard, en 
Perthshire. V. Serv. 

Servel : Lan-servel en Servel, paroisse des C.-du-N. ; Lan- 
servel en Pleumeur-Bodou. On trouve Selvel pour Seruel. Si 
le V de Servel représente w, cf. Seruuel fils d'Ysai, fils de 
Keredic (Archiv, III, p. 98). 

Sever (saint)? commune des C.-du-N. : peut-être est-ce 
la forme composé de Sew : * Seiuo-maro-s : v. Seo. 

Sezny (saint);, Senny (saint) : Guisseny (Fin), en 1516. 
Ploe-se:(ny ; Lossefny (Lossesny) en Loguivy-Plougras ; Saint- 
Seny en Kernilis; cf. Tre^eny (C.-du-N.). Guisseny en Bouvron 
(Loire-Inf.). 

CoRNWALL : Sithney, paroisse] à laquelle on a donné 
comme patron un saint Sidiiinus ou Sithiiiniis qu'on a 
saxonisé ; Bosithney (Bot-Sithney) a été fondu avec Tinta- 
gel (Oliv., Mo//. 442). 

Il y a, en Galles, une paroisse de Senny en Devynnog Brec- 
knockshire : le nom est différent. 

D'après la légende, saint Se^riy serait irlandais. 

Silin : apparaît dans le cart. de Landevennec 43 : dimidiam 
partem Silin giienn ; cette expression est à rapprocher de 
Noyal-giien, désignant sainte Noyale et semble indiquer un saint 
Silin. Dans le même cartul., 1 1, on trouve Ti Ritoch Hansilin; 
je suppose que Han-silin est pour Lan-silin, à moins que ce 
ne soit une abréviation de Hanter, ce qui correspondrait à 
dimidiam partem Silin guenn. 



296 /. Loth 

Le Hœ siJin du 11° 43 est vraisemblablement une mauvaise 
lecture. 

Galles : LJan-siUn en Denbigshire, confondu à tort 
avec Sulien. 
Solenne (saint) : ancien évêché de Dol {e final est de trop). 
Cf., saint Solonius, compagnon de Palladius, en Wicklow 
(O'Hanlon, VIII, p. 29^). 

Sonett : Lan-sonett (Cart, Landev. 19) : Cf. Lan-solet} en 
Plouganou. 

Sterlin (saint) en Kervignac (Morb.). Il doit y avoir une 
faute de transcription. 

Sul (saint) : Lan-:(ul vras et vihan en Brélidy : peut-être 
mal compris pour Lan-deT^ul : cf. Tyssul en Galles : Llan- 
dyssiil en Cardiganshire et Montgomeryshire (Rees, Essay, 
209 : fête le 3 1 janvier) : v. Appendice. 

Sula (saint) : en Plomodiern : on prononce Siiliau. 
Sulan (saint) en Caudan (Morb.) : probablement saint Sul 
avec un suffixe de dérivation. Cf. Bossidaii, trêve de Ban- 
nalec(Bul. C. D. 1902, p. 277). 

Sulian et Sulien (saint) : Lan-Siilim en Fouesnant, Cleden 
(Soc. arch. Fin. 1883, 468, 434). Plussulien, en 1468, Ploe- 
sulian ; Lan-suJicu, famille noble (de Courcy, Nobil.^ ; Lossu- 
lien en Releq-Kerhuon ; saint Sulian (Ane. Év., III, 1164). 
Saint-Sullien, fief s'étendant en plusieurs paroisses des 
Côtes-du-Nord ; Sulien en Trébry. 

Corn WALL : Luxulien et Luxulyan, paroisse (Oliv., 
Mon., 44); 

Galles : Eghvys Sulien en Cardiganshire (Rees, Essay, 
220). 
Suliaw (saint) : Saint-Suliac (Ille-et-Vil.) : en zone fran- 
çaise : on prononce saint Sulia ou Selia : en 1256 5' Selya 
(Ane. Év., III, 98, 119); on trouve en 1156 Ecclesia saneti 
Suliani, mal lu pour Suliaui(\hid.,yi, 120). Saint Suliau est 
patron de Sizun (Fin.). 

Ce saint a été confondu avec le précédent plus d'une 
fois. 

C'est le même saint que le saint gallois Ty-silio ; cinq paroisses 
lui doivent leur nom, et il est honoré dans quelques autres. 



Les noms des sahits bretons 297 

Il apparaît avec le nom de Silio (^SuUaiu^ dans Llan-silio en 
Herefordshire (Rees, Essay, 278). Tysilio = * To-suliaiv. 

Suliou (saint) : goarem Sant-Sidiou et Dineault : var. de 
Sidiaiu. 

Sypher (saint) en Inzinzac (Morb.) ? 
Taballae : v. Palay. 

Tadec (saint) : contemporain de saint Jaoua (Albert-le- 
Grand, Vies, p. 53). 

Taiacus, Teiacus (saint) dans le cart. de Quimperlé, 124 : 
a donné son nom à Lothea : v. Lothea. 

Tallan (saint) : sanctiis Tallanus en Cornwall, patron de 
Talland(01iv,, Mon., ^43). Peut-être ce saint est-il réellement 
le même saint que notre sant Alan. 

Talouarn : de saint Dalouarn, capitaine à Concarneau en 
1395, d'après Tresvaux, Vies, I; cf. Alhouarn. 

Galles : s^ Talhaearn, de la confrérie de Cattwg (Rees, 
Essay, 168) : Llavfair Talhaiarn en Denbighshire . 
Tangi (saint) : écrit Tanguy, frère de s**" Haude {s'" Alt ?), 
d'après la légende (Albert-le-Grand, Vies^. 

Tanouarn (saint), chap. en Peumerit (Soc. arch. Fin. 1903, 
p. 167). 

Tanuoud (saint) : dans le cart. de Landev., 16. 
Taran (saint). Les paysans, m'écrit mon ami M. Fr. Vallée^ 
appellent sant Aran, le dieu au maillet du Rillan, village près 
de Plaintel, à gauche sur la route qui va de Saint-Brieuc à 
Quintin. M. Trévédy a publié une brochure sur ce dieu du 
tonnerre. 

Dans d'autres endroits, notamment en Tredrez on a tiré de 
Santaran un saint Haran. Comme taran signifie tonnerre et 
que le dieu au maillet personnifie Taranns, il n'y a guère de 
doute que nous n'ayons une fois de plus l'intrusion d'un dieu 
payen dans le ciel chrétien. 

La prononciation, dit-on, hésite entre sant Aran ou sant 
Aron. 

Or à Molènes, Aroun signifie bruit, tapage, d'après ce que 
m'apprend M. Cuillandre, étudiant à la Faculté des Lettres de 
Rennes et originaire de cette île : v. Appendice à Haran. 
Tariec (saint) : chapelle abandonnée près de Lannilis (Très- 



298 /. Loth 

vaux, Vies, I) : probablement pour Daricc par saut : sant Daric 
a amené Santariec. Or, Darioc est une sœur de saint Patrice. 
Tavayoc (saint) : chapelle en Landéda, existant en 1630 
(Soc. arch. Fin., 1904, p. 311) : v. Maeoc. 
Tebia : Lan-debia, ancien évêché de Dol. 

Galles : Llan-dyhie ou LIan-dybieu en Carmarthenshire; 
LJan-dehca (Owen, Pcnibrokcshire, I, 65). Tybieu serait un 
fils de Brychan. 
Teda : Lan-dcda, paroisse du Léon. 

Galles : sainte. Tydeii honoré à Capell Ogwr en Gla- 
morgan (Rees, Essay, 149 l'appelle Tydie; c'est Tydeu 
dans les lolo mss., 120). 
Pour le nom, cf. Tedei presbyter (Cart. Red. 70. en 860- 
8éi). 

Teffredeuc (saint) : sent Defridec en xii'= s. ; saint Teffredeuc 
ou saint Effredeiic au xW s., auj. saint Evarzec (Fin. ; Chrest. 
282). 

Galles : saint Tyfrydog a fondé Llan-dyfrydog en 
Anglesey (Rees, Essay, 27e). 
Tegarec (saint) : v. Hegarec. 

Tegonnec (saint), paroisse ; porte le nom d'un saint compa- 
gnon de saint Paul de Léon (Quonoc quem aliis sub addita- 
mento more gentis transmarinae Toquonocuni vocant); Saint- 
Tegonnec en Guerlesquin; saint-Tegonnec cXiz'^qWq. en Plogon- 
nec : chapelle de saint Egonnec à Lesconnec en Plouneour- 
Trez (Soc. arch. Fin. 1905, p. 192); v. Connoc. 

Teguennoc : v. Guenole (Locus sancti Uuingualoei qui voca- 
inr Lan-tennennoc, cart. Laiidev. 369. 
Teguezenoc : v. Guethenoc. 
Tei : v. Dei, Lothey. 

Teliaw (saint) et Eliaw : Ple-deliau auj. Pledeliac ' (Ane. Ev., 
III, 52 en 1219); Landeliau en Plevin (C.-du-N.); saint 
Thelo, en 1181 san Theliaiit {Ane. Év.,W, 141); saint Eliau^ 
en Bubry (Morb.); Landeleau, paroisse du Fin.; statue de 



1. Pledelia à la fin du xii»^ s. {Ane. Év., VI, 144). 

2. Cf. villa Eliau (B. Llandav), 227, Trev Eliau (ibid. 2553 257) ; cart. 
Quimpcidé2i6 : terra Numcnoe ûVùÉleau. 



Les noms des saiiils bretons 299 

saint Teleau sur un cerf (Bull. C. D. 1901, p. 117). En Lan- 
deleau dolmen dit Ty Sant Heleau (Ep. préh., p. 177). 

Dans cette paroisse, Goarem sant Elau, Gueen sant Elau 
(arbre de saint Elau); Parc sant Elau bras et bihan. Il 
semble qu'il y ait eu ici confusion entre deux saints peut-être 
différents : Landehi (cart. Coris. 1396; Bull. C. D. 154); 
Ecclesia sancti Dekui (ibid. 1220); Lan-telcau 1368 (Chrest. 
232); cf. Llan-elyw en Pembrokeshire ; Llan-elwy en Den- 
bigshire ; Llan-dyhuyf, qui est bien près de Lan-deloi, en Pem- 
brokeshire (Rees^ Essay, 348). 

En revanche saint Hilio en Saint-Pabu doit être lu Tilio 
pour Telio. 

Galles : Le Book of Llandav ne donne pas moins de 
25 Lan-Teliau, plus tard Llan-deilo. 
Pour la vie de saint Eliau et ses noms, v. J. Loth, Annal. 
Bret., IX, X. 

Tenenan (saint) : v. Nenan. Il est parlé dans le cart. de 
Quimperlé, p. 46, desreliquiae sancti Tenennani. C'est un saint 
gallois né à Vallis œquorea qui est très probablement ystrad Dwr 
(Istratour) en Ewyas. 

Saint Tenenan est devenu saint Telenan en 141 5 en Lan- 
guidic (Morb.), en 145 1 saint Enenan (Tenenan), en 1385 
saint Elenan et est aujourd'hui saint Eleran ! Le cal. de 
Tréguier porte au lé juillet Teuennarii ep. 

Te-nenan est composé et remonte à To-ncnan '. Pour 
s" Toinani (monasterium) dans le cart. de Redon, p. 223 en 
913, il faut lire Tonifiani. 

Teno (saint), en Guénin (Morb.); cf. Lan-deno en Corlay. 

Galles : Teneiu ou Toncu, mère de saint Kentigern 

(Metcalfe, Lives of thc Scottish saints, I, p. 12;. p. 100, 

Thanoy. 

Teo (saint) : Saint-Theo en Plouguenast (C.-du-N.) : v. Eo. 

Terethianus (sanctus) dans le cart. Quimperlé, 124; ce 

nom se retrouve comme nom de baptême dans un acte de 

1581 : There:^ien Thomas; There:{ien Boursul (Inv. somm. des 

C.-du-N., n° 256). 

I . Il y a un témoin du nom de 'Nennan en Siz dans le cart. de Redon, p. 3, 
en 854. 



300 /. Lofh 

C'est probablement le To-rithgen et To-riîJnen du cart. de 
Redon (Chrest. i68, note 2); le To-rithian du Bodmin Gospel. 

Terethian = To-reithian : La forme complète est Reith- 
gen = Rcctu geno-s . 

Telemer (saint) : écrit Saint-Thcleuier, ancien évêchc de 
Saint-Malo. 

Terijen : v. Terethian. 

Ternan (saint) : S' Ernan en Bubry (Morb.), cf. saint 
Ternan (Metcalfe, Lives of the Scott, saints, I, XXXII). 

Ternoc (saint) et Terneo ? : 

Les reliques de saint Ternoc sont à Tregarantec '. Tres- 
veaux {Vies, l}, nous parle, d'après le Bréviaire de Léon, du 
culte s^' Tcrnoci : c'est probablement le nom que contient 
Pcdcruec, paroisse de l'ancien évêché de Tréguier, plus ancien- 
nement Poderncc (C. Redon 559). 

Galles : Llan-dyrnog en Denbighshire. 
Somerset : Ternoc, d'après le Domesday Book. 

Ternoc serait le patron de Lan-derneau (prononcez Lan-dcrne) ; 
dans ce cas^ le suffixe serait différent : Ternoc = Ternàco-s et 
Ternew = Ternouio-s (cf. Kerné, Kerneo =Cornouia) . 

Pour Terne, cf. Parc Landerne en Bodilis. 

On a prétendu que Tenenan et Ternoc désigneraient un 
seul et même saint : rien ne le prouve. Il est très probable 
qu'on a mêlé et confondu diverses légendes. Il me paraît sûr 
en comparant Ernoc (Erneuc) et Ternoc qu'on est en présence 
du saint irlandais T-Ernoc (Martyr, of Oengus, p. 68). 

Tenenan a été également confondu avec Terenan (Toran- 
nan ferreolus) qui est devenu Ternan {Martyr. Oengus 149, 
note 6 ; cf. Bellesheim, Geschichte der Kath. Kirche im Schott- 
land, I, p. 20). 

Il y a en Landerneau un saint Ernel dont le nom a dû être 
fait sur Terne. 

Si Tenenan n'était attesté par des formes anciennes, on 
aurait pu supposer une évolution de Terenan. 

Tergat (saint) : a donné son nom à Pouldergat, en 1255 
Ploe-Tergat (Soc. arch. Fin. 1905, p. 332) : peut être le 

I. Sur les reliques on lit : sancte Ternocc orapronohis (Albert-lc-Grand), 
Vies, in- 



Les noms des saints bretons 301 

même saint que Ergat, avec préfixe to-, mais c'est très 
douteux. 

Tethwiw (saint) : c'est un saint de Redon (Cart. 420) : le 
nom dans ce document assez récent est mal écrit : il y est 
parlé des reliques de s^' Thetvii. 

La forme sincère est sûrement Tctb-wkv ÇChrcst., i6j). 

Tevé (saint): aujourd'hui Saint- Avé (Morbihan). En 1330 
56'«/t'i't' (Longnon, Pottillc, p. 314). 

Galles : Tyfei a donné son nom à la paroisse de Lani- 
pbey en Pembrokeshire, du temps de Giraldus Cambrensis 
Lan-tefei; il a une chapelle aussi auprès de Llandeilo Fawr : 
Llan-dyfei saut. Il est enterré à Penaly en Pembrokeshire 
(Rees, Essay, 252). 

Il y a dans le livre de Llandav un Lan-Tivei consacré au 
même saint (p. 312) que les auteurs identifient avec Lampbei, 
en Glamorgan, probablement par erreur. 

Tiern : v. Lantiern. 

Tiernmail (saint) : Ane. Litanies : sancte Tiarmaile : c'est 
le Tigernoinagliis de la vie de saint Paul AuréliQn (^Chres t., 
p. 100). 

Tezeoc (saint) : v. Seoc. 

Ticiawa (sancta) : Ane. Lit. : lire Titiawa. Tiliaiu z donné 
son nom à Saint-Igeaux (lire Saint-Tijo). Titiaw représente 
to -j- Itiaw : Itiaw se retrouve dans Saint-Gilles-Plijeau : Pli- 
geau = Ploe-Itiaw. 

Tinidic : v. Ginidic. 

Tinidor (saint) : ce saint ne ferait qu'un^ d'après certains 
hagiographes, avec Tenenan. Dans la vie de ce dernier, il est 
dit qu'à trois lieues environ en amont de l'embouchure de 
l'Elorn, il fonda un monastère du nom de Lan-Tinidor, sur 
l'emplacement de la ville actuelle de Landerneau (La Borderie, 
Histoire, I, p. 496). 

Il n'est pas sûr du tout que Tinidor soit un des noms de 
Tenenan : il a pu donner à sa Lann le nom d'un autre saint. 
Ce qui le confirme, c'est l'existence en Cornwall, de 5* Enoder : 
Eglos Enuder dans le Domesday Book; Ecclesia Enodoiir au 
xiii^ siècle (Ol., Mon., 462). 

Ce serait un saint irlandais mort en Cornwall (ibid. Suppl. 

Revue Celtique, XXX. 20 



302 /. Loi h 

37). Il me paraît vraiment difficile de séparer les deux noms ; 
la forme Tinidor n'est pas ancienne ni bien sûre. On peut 
supposer à la rigueur un plus ancien T-encdor ou T-înuior. 

Tivijen dans Lan-divijen, chapelle en Edern : =: * Towid- 
gen. 

Tiviziau (saint) : Lan-dm::iau, paroisse du Léon; saint 
Tivi::jau dans la paroisse même; Thivisiau hiaii et bras en 
Landivisiait . 

Rien de plus absurde que les dissertations fiiites sur ce saint^ 
qu'on a confondu même avec saint Turiaw, v. Guiziau. 

Toes (saint) : Saiiit-Thoix, paroisse du Fin.; en 1468 saine 
Toes : on prononce sankrs avec un c très réduit. 

Tofac (saint) : saint Aufac en Languidic : en 15 01 saint 
Offac. Ce nom ne m'inspirait aucune confiance lorsque je 
constatai que l'ile de Saint-Jacut (Saint-Jacut-de-la-Mer) s'appe- 
lait Lan-doac (monasterium Lan-doac) pour Lan-toac : Toac a 
sûrement perdu une consonne /ou v. 

Le document où il est question de Landoac est du xii^ siècle 
(La Borderie, Histoire, I, p. 568); à ma connaissance, il n'y 
a rien sur ce saint. 

Tohou (saint) ou Saint-Ohou en Primelin (Soc. arch. Fin. 
1899, P-429)- 

Tois : V. Toes. 

Tomin (saint) : écrit Thomin en Nostang (Morb.)? 

Tonan : v. Donan. 

Tonoy ? Lau-donoy en Ploumoguer ; et. Toniuy, femme de 
Dingad et mère de saint Lleuddad (Rees, Essay, 274). 

Touezec (saint) : a donné son nom à Lan-doueice en Plou- 
nez (C.-du-N.), où il avait sa chapelle'. C'est le To-wedoeus 
de la vie de Paul Aurélien : v. Goueznou. 

Toui (saint) : monasterium soit vel sint Thavi (cart. de Red., 
366, 371). Je crois qu'il faut Hre saint Howi : cf. s^ Hiini de 
Lan Cwm en Monmonthshire (B. Llandav, 274). 

Touzan : Lan-dou~a>i trêve de la paroisse du Drenec. Lan- 
dou~a?î est identique à Lan-diuythan en Cornwall (de Gray- 

I. M. Tempier m'écrit que le village et la fontaine de Lan-doueicc ainsi 
que la chapelle dépendaient de la seigneurie de Lanscrj} (\n\ . sornm. II, E 
2259-2264). 



Les noms des saints bretons 303 

Birch, Chart. saxon., II, p. 277, en 905). Ce Touethaii, Twy- 
than n'est pas autrement connu. (Pour ou = oue breton, cf. out 
tu es, gall. wyt.) 

Touredec (saint) : v. Gouredec. 

Treger : est le nom d'un pays de Cornwall et de Bretagne; 
Lan-dreger (Tréguier) est le monastère bien connu de saint 
Tutwall. 

J'en parle, à cause de Lan-dreger vian de Tredarzec et du 
Lan-dreger (écrit Lan-dregiier) de Theix (Morb.). 

Trehan (saint) en Radenae (Morb . de langue française) ; 
saint Trehen en Meslan (zone bretonnante). 

Tremeur (saint) : sancte Trecbmore dans la vie de saint Gildas 
et aussi dans la vie de saint Lunaire (Dom Lobineau Vies, 
p. 78). C'est un breton armoricain. Il est honoré à Bubry, 
Pluvigner (Morb.); à Langoat, Saint-Clet (C.-du-N.); à 
Guerlesquin {saint Tremeur^. C'est lui qui est honoré sous le 
nom de saint Treveul, pour Trevenr, forme régulière de Trech- 
iiiôr, en Cavan (C.-du-N.). 

Son culte est associé à celui de sainte Trefine ou Tripbyne, 
sa mère. 

Trevarn (saint) en Dirinon : v. Baharn. Il est probable 
que le saint est saint Baharn, honoré justement à Trevarn 
(^ Trev-vaharîi) en Saint-Urbain (Acte de fondation de 
Daoulas, Bull. Soc. arch. Fin. 1904, p. 217). 

Trillac (saint) en Tremuson (C.-du-N.). 

Ce nom est sûrement déformé. Il est possible que Trillac 
représente Trilla = Trillaiu (cf. Tiirial = Urial = Turiâiu). 
En Galles, Trillo (Trillaiu) a donné son nom à Llan-drillo en 
Dembigshire. 

Trimoë (saint) : paroisse ; peut-être pour Ri-nioel ; il est pos- 
sible quQRi-moel ait dû son / à une erreur, comme saint Thu- 
rial et que comme Turial est pour Turia, Riiiioel soit pour 
Ri-moe représentant Ri-inoet, nom bien brittonique : une 
inscription sur pierre du ix'' siècle à Plumergat porte Rimoete 
{Chrest., p. 84). Trimoet pourrait aller aussi. A la rigueur 
Triinoël peut se défendre, quoique -moel (chauve) soit ici assez 
extraordinaire. 

Triphyne (sainte) : v. Tremeur. 



304 /. Loih 

Truchau (saint) en Pont-Scorff (Morb.). 

Tuai (saint) : v. Tutwal. 

Tuder : Lan-duder, paroisse des C.-du-N. ; Tre-duder 
paroisse de l'évêché de Tréguier. 

Galles : s^ Tudyr est patron de Darowain en Montgo- 
meryshire. Mynydd Islwyn en Monmouthshire lui est 
dédiée (Rees, Essay, 276). 

Pour le nom, cf. Ros Tuder dans le cart. de Landevenec, 
12. La forme vieille-galloise sincère paraît être Tiith- (B. Llan- 
dav, 143) : c'est exactement notre Tuder. 

Tudec (saint), en Poullaouen (¥'m.); Lan-dudec, paroisse. 
Le diminutif r///orrt« apparaît dans Lan-Tiitocan (cart. Landev., 
19). Cf. Tref Tudoc (ibid., 48). 

Galles : Tiidwg sant : église en Glamorgan (lolo inss., 
107) c'est-à-dire Llan-dndiug . 

Tudès (saint) : saint Thudès en Plouedern (Fin.) (Soc. arch. 
Fin. 1604, p. 228). 

Tudguenn : v. Tutwen. 

Tudi : saint Tudy en Groix; Loc-tiidy, île Tiidy près Quim- 
per (cart. Landev., 50, monasterium de s^ Tndi); Loctudy à 
Palais en Belle-Ile, Lotudy en Groix, Port-Tudy dans la même 
île; sai?it Thudy en Ploesal. 

Cornwall : s^ Tudy, paroisse. 

Tudnou : v. Tutnou. 

Tudon (saint), honoré à Guipavas ; père de saint Gouesnou 
(Soc. arch. Fin. 1894, P- 233). 

Tudwal : v. Tutwal; Tugdual : v, Tutwal. 

Tunvez : sainte Thunvez serait patronne de l'ancienne 
église de Kerity ; Lan-duuvex^ en Léon lui doit son nom. 

La présence d'un nom de lieu Dunveth en Saint-Breock en 
Cornwall, pourrait faire supposer que la vraie forme serait 
Dunvcd. Il est vrai que le Dunveth de Cornwall n'est pas plus 
clair. 

Turiaw (saint) : Saint-Thuriau paroisse du Morb. ; Saint- 
Thurial (Ille-et-Vil.) : en 1201 ecclesia ^û'nf// Tiiiiavi (Cart. de 
saint Georges, p. 200); saint Uriac en Corseul (C.-du-N. de 
langue française). C'est un saint breton armoricain (v. La Bor- 
tlerie, Hist., I, pp. 486-492). 



Les noms des saints bretons 305 

Tutel (saint) en Mauron (Morb,) : pour Tut-hael (Iconogr. 
bret.). 

Tut-gen, Tutian (saint) : Lan-tiitian(c2.n. de Landev., 171)^ 
Lmidugen en Callac; Landiigen en Primelin, Mahalon, en 
Duault ; Landujan paroisse de l'ancien évêché de Saint-Malo ; 
saint Ugean (Tnjan) en Brelevenez ; sanî Susan, transformé 
en saint Eugène en Locmalo (Morbihan) a passé par santujan, 
sansujan pour aboutir Sansusan. 

Tutnou : prieuré de Lo-Tu^nou en Lannilis (Soc. arch. Fin. 
1904, p. 307); Pluduno (C.-du-N.). 

Galles : Llan-diidno, Carnarvonshire (Arcii. Cambr. 
1900, p. 167). 

Tutuarn : prieuré de l'île du même nom, en Douarnenez ; 
s'"^ Tutuarnus (Soc. arch. Fin. 1905, p. 251), 

Tutwal (saint) : Tuai est une forme plus française que bre- 
tonne. 

Tutiual est devenu en zone bretonnante, ou Tiidal, ou 
Tii:(;vàl; cependant par la forme Tudival on est arrivé, en 
certains endroits, semble-t-il, à Tiiiual et Tuai. 

Tiigdiial est un barbarisme dû à une erreur de lecture de la 
forme régulière du x^ siècle Tnt-gual. Saint-Tugduûl, par. du 
Morbihan (on prononce Tudaiy, Parc saut Tiidal en Guisseny. 
Lan-diidal, paroisse et Lan-diidal en Briec, Sainl-Tugdiial (zant 
Tuai), en Plounevez-moedec, en Brélidy. Plu-dual (C.-du-N.); 
Lan-diial Qn Menéac (Morb. de langue française); Saint-Thual 
(Ille-et-Vil.). Ponlu'^val (Fin.) paraît contenir Tutival : cf. 
Bron-dasval en Plouider. Saint Lunaire (Ille-et-Vil.) s'appelait 
Pontual. 

Galles : S^ Tudiual près Pwllheli (Jones, Cymru, II, 
131, Rees, Essay, 133-134) en Carnarvonshire. 

Tutwen (saint): Loc-tudguenne en 1282, aujourd'hui Lor-///^ 
en Kervignac (Morbihan). 

Galles: Llan-dudiuenen Lleyn, Carnarvonshire (Rees, 
Essay, 3097; Arch. Cambr. 1900, p. 311). 

Sainl-Usven est à lire Saint-Tusven (cf. Tusval) dans Liorz 
Sant-Usven, en Ploudalmezeau. 

Tuzec : saint Dii:(ec en Pleumeur-Bodou (C.-du-N.). Il me 
paraît sûr qu'il faut lire Sant-Uzec : v. ludoc. 



3o6 /. Loth 

Uhel (saint) : v. Uvel. 

Urbain (saint) paroisse du Fin. : dans cette paroisse /omwoc 
(prairie à foin) Lan-nrban. Je ne connais pas la prononciation 
de ce nom. 

Urban, nom connu des Bretons et qui peut être d'origine 
celtique, eût donné Urvan. 

Saint-Urbain en Saint-Gonnery (Morb.) était en 1270 saint 
Druman (cf. Riimon) : il se peut qu'on prononçât à cette 
époque sand urvan ? 

Urfol (saint), chapelle à Lanrien en Landouzan, commune 
du Drénec (Bull. G. D. 1903, p. 358). Ge nom est curieux. 
On a aussi la variante Urfoed qui se comprend mieux, pour 
Urtnoet. 

Urielle (sainte) : sœur de saint Judicael et saint Judoc; 
S*^-Urielle en Trédias, autrefois paroisse (Iconogr.). 

Urien (saint), paroisse : écrit aujourd'hui Saint-Thurien, 
(Finist.); Saint-Urien enPlogonnec; Lan-urien en Plouescat, 
en Tourc'h. 

Galles : Urien aurait été honoré comme saint, mais 
ce n'est pas sûr (Rees, Essay, 203). 
La forme la plus ancienne est Urbgen (Chrest., 179). 
Urlo (saint) en Lanvenégen. Je crois la forme inexacte. 
Dans la même région, j'ai entendu prononcer, ainsi qu'en 
bas-vannetais Zand Ourlpw : v. Gourlow et Gurloes. Gepen- 
dant il y a une chapelle de saint Urlou en Glohars-Garnoët 
(Bull. G. D. 1906, p. 23). 

Urnan (saint) en Kerpert (G.-du-N.). 
Urnel (saint) en Plomeur (Ep. préh. p. 316). 
Uuel (saint) : cart. de Quimperlé 153; auj. saint Yhuel en 
Pleumeur (Morb.); au xviii" s., saint Huel : la prononciation 
est Ihiuel : ihnel est la forme vannetaise de Huel, Uhel, élevé; 
cf. saint Huel en Langolen (Fin.). 

L'évolution moderne semble en faveur de uhd, prononcé 
peut être déjà au xii^ siècle iiivel avec un souffle peu perceptible 
après u initial. Les formes correspondant à uvel = (Ji)umilis 
manquant en vannetais il est difficile de dire ce qu'elle eût donné. 
Huel en Langolen (Gornouailles) semble en foveur de uhel, 
élevé, mais dans cette zone un v intervocalique peut disparaître 
et uvel a pu aboutir à iïel. 



Les noms des saints bretons 307 

Corn WALL. Il y a une Ecclesîa de sancto Uvalo au 

XIII'' siècle (Oliv., Mo«., 459) ; aujourd'hui c'est saint Eval. 

Or les formes connues de uvel, humble, sont uvd et la 

plus moderne evall (avec a représentant une voyelle 

réduite). Pour uhel, élevé, les formes les plus modernes 

sont enhal, eiuhal (cf. diw = dit noir). Si on avait eu, 

dans le nom du saint, affaire à ewbal, on eût écrit au 

moin ewal et non eval. 

Si on rapproche uvel de notre iiiiel, il devient à peu près 

certain qu'il s'agit du même saint, et que si en vannetais, on 

a aujourd'hui ihuel, c'est dû ou à une évolution que l'on ne 

peut constater, ou à une confusion entre deux saints 

différents. 

Vanal (saint) : en Landivisiau : v. Guenhael. 
Vian (saint) : en Pleugriffet (Morb.), écrit aujourd'hui avec 
/ final, mais au xiv^ s. on a vian ; cf. Bihan. 
Vily (saint) en Loyat (Morb.) : v. Bily. 
Vio (saint) : mechoii saut Vio en Guipronvel et en Tréguen- 
nec : v. Guiziau. 

Vivien (saint) serait un disciple de saint Paul et aurait eu 
une cellule à Lampaul-PIoudalmezeau (Bull. C. D. 1902, 198). 
Je doute fort de Texactitude de la forme de ce nom. 
Vizio (saint) : v. Guiziau. 

Volon (saint) (C.-du-N. de langue française); cf. Lan- 
vollon ? 

Vouga (saint) ou Vougay : on prononce, dit-on, saut Vouga. 
Il y a encore ici évidemment une intrusion de forme plus ou 
moins authentique de nom de saint ; nous avons dans le missel 
de cette paroisse qui est de la même époque que le cartulaire 
de Landevennec des litanies de saints bretons. Or le nom de 
Vouga n'y apparaît pas. Il y a en revanche un sancte Becheue 
que M. de Kerdanet identifie avec ce saint, sans doute, d'après 
une prononciation qu'il a constatée. De fait, ce saint est encore 
connu en bas-vannetais : le nom de BecheiO avec ch palatal est 
encore un nom de baptême, que l'on transcrit sur les registres 
de l'état civil par François, je n'ai jamais su pourquoi. En par- 
tant de Bechev ou plutôt Bechcw on n'a pu avoir en léonard 
c\vlQ sant Fec'hev ou Feheo; cette prononciation existe ou a dû 



3o8 /. Loth 

exister et a amené Alber-t-le-Grand à appeler ce saint : Vougay 
ou Vio. 

Il me paraît certain qu'il y a eu confusion entre Bcchevns et 
s^ Votcga, patron de Carn Parish en Wexford (O'Hanlon, vu 
juin). 

Wethnoc (Lan) : cart. Landev. 33 : v. Guehenoc, Guethe- 
noc, Guezenoc. 

Winiaw (saint): de Gray Birch, Cart. saxon, loi, p. 511, 
an. 969 : hraet iviniait et Carn unnuioc : v. Guiniaw. 

Wrguestle (saint) : cart. Landev., 10. 

Le nom est bien brittonique : Giirgiiistil (/ final est une 
voyelle de résonnance) apparait deux fois dans le B. of Llandav, 
144. Pour le sens, cf. ar-wistl(Chrest., 107); cf. Alouestr (S*). 

Winwoud (saint) : disciple de saint Guénolé. 

Y — : V. I - . 

Zenon (saint) en Seglien (Morb.); encore une graphie fan- 
taisiste : on prononce ::an selon qui me parait représenter une 
prononciation locale de Salaiin : v. Salomon. 

Zunan (saint) : v. lunan. 



APPENDICE 



Cet appendice sera loin d'épuiser la liste des additions et 
corrections que nécessitera mon premier travail. 

Tel quel, il pourra être utile. Voici les documents nouveaux 
ou non utilisés dans le premier travail qui m'ont fourni le 
plus : 

Gauthier du Mottay : Essai d'Iconographie bretonne (Soc. 
arch.desC.-du-N.,III, 1857-1869, p. 113 et suiv.). Il y a beau- 
coup d'à peu près, d'erreurs d'identifications; mais des indica- 
tions utiles. 

Longnon : Pouillé des provinces de l'évêché de Tours. Ces 
pouillés fournissent quelques variantes instructives, quoique 
les fautes de scribes n'y soient pas rares. 



Les noms des saints bretons 309 

Le calendrier de Tréguier (xV' siècle) dont je dois une 
copie à l'obligeance amicale du savant archiviste des Côtes-du- 
Nord, M. Tempier, présente quelques variantes intéressantes. 

La Fita Goe:^novei (saint Goueznou) publiée par M. de la 
Borderie (Soc. arch. du Fin. 1882, p. 232 et suiv.), vie rédi- 
gée au xi^ siècle, contient quelques remarques importantes. 

Elle nous dit que les Bretons insulaires, après avoir pris 
possession du pays, le divisèrent en phbes et tribus, c'est-à-dire 
en ploih et treb. En effet Plabennec y est parochia Abennoca, 
Ploib avait donc encore à cette époque, le sens courant de 
paroisse, comme je l'ai maintes fois soutenu. 

Je cite pour mémoire le travail de M. de Calan : Noies 
pour servir à l'histoire des saints de Bretagne (mémoires de l'^^^o- 
ciat. bretonne. Classe d' arch. 1905, p. 152). 

L'auteur relève un certain nombre d'identifications de 
saints assez plaisantes amenant d'étranges substitutions : saint 
Chéron remplaçant saint Kérien ; saint Léon évinçant saint 
Loiian. Une mention particulière est due au curé de Réminiac 
qui a fait de saint Rémy le patron de la paroisse. Malheu- 
reusement l'auteur s'est aussi laissé aller beaucoup trop à son 
imagination dans un sujet où la précision linguistique est néces- 
saire, ainsi qu'une connaissance sérieuse de l'histoire de la 
langue bretonne. Il commet une grave méprise au sujet de 
L.ann. Après avoir été aussi d'avis que Lann indiquait un 
monastère ou un lieu consacré, il est arrivé, dit-il, à la con- 
clusion que lann est une propriété. 

C'est aller à l'encontre des textes les plus respectables et 
méconnaître les renseignements les plus sûrs de l'histoire et de 
la linguistique. L'erreur vient de ce que M. de Calan ne con- 
naît pas suffisamment l'histoire des églises rurales. Lan, au 
ix^ siècle, est propriété, comme l'église rurale; l'église baptis- 
male elle-même peut être donnée, vendue, achetée; à cette 
époque, comme l'évêché, comme l'abbaye, la paroisse a son 
seigneur (J. Loth, Rev. Celi., XXII, p. 107-108. Cf. Imbert 
de la Tour, Les paroisses rurales dans l'ancienne France, Revue 
Hist., 1896-1898). Il se livre aussi à des identifications moins 
plaisantes que celles qu'il critique, mais tout aussi peu soute- 
nables. 



310 /. Loi h 

Je n'insiste pas par égard pour l'auteur dont personne n'es- 
time plus que moi la personne et la remarquable et abondante 
érudition. 

Abran (saint) : Gauthier du Mottay signale une statue 
du xv^ siècle de saint Abrant Çsanctiis Abraniis) à Guirvané en 
Perret. Il eût fallu vérifier la prononciation locale. Si on pro- 
nonce avran, on est en présence du saint gallois Ajran dont 
nous avons parlé sous Avran. 

Agathon (saint) : v. Gueganton. 

Algon (saint) en Pleyben. La finale -o, dialectalement, a 
une tendance à la nasalisation. Il est fort possible que ce saint 
soit le saint gallois Allgo, écrit propablement à tort GaUgo 
honoré à Llan-allgo en Anglesey. 

Alouarn (saint) : chapelle en Guengat (du Chatellier, Ep. 
préh., p. 260). 

Anou (saint) : Llan-amw est l'ancien nom de Newborough 
en Anglese}'. 

Armine (sainte) : Ane. Litanies : v. Erven. 

Cependant il y a une paroisse de / Arvaiis en Monmouth- 
shire (Arch. Cambr. 1602, p. 107). 

Avoy (sainte) près Vannes. L'ancien nom serait Lotivy, 
d'après M. de Calan (Assoc. bretonne 1905, p. 170); proba- 
blement Lotnvy = Loc-Dewy. 

Baharn (saint), patron de la chapelle de Trevarn (Treb- 
Baharn devenu Trevaharii) en Saint-Urbain (acte de fondation 
du prieuré de Daoulas, Soc. arch. Fin. 1907, p. 217). 

Bavoez : Givic-Bavoe^ en 1330 (Longnon, PouiJlé de la prov. 
de Tours, p. 335). Giuic-Bavoe:;^ esi devenu régulièrement Givi- 
pavoe^, Guipavoas et Guipavas. La paroisse portait aussi le nom 
de Ploe-avas pour Ploe-vavas. 

Bern : Plu-vern en Cléder. 

Branwalatr (saint) : Loc-brevalair, en 1467, a la forme Lo- 
prevalar^ (Longnon, PoiiiUé, p. 330). 

Briac : M. P. Le Roux m'apprend que Bourbriac se prononce 
Boid-vriac. 

Budmail : 5'^ Biidniaile (anc. Lit.) : v. LaneunveL 

Caradec (saint) : saint Caradeuc en Dol (Duine, Ancien bré- 
viaire de Bret., 1900, p. 298). 



Les noms des saints bretons 3 1 1 

Carantoc : le cal. de Tréguier porte au 16 mai sancti Varan- 
doci. Je suppose qu'il faut rétablir Carandoci ? 

Carné (saint). Les anc. Litanies donnent sancte Carnache : 
cf. saiictus Carnechus, saint irlandais (Colgan, Acta ss. 782). 

Caron (saint) ? Je soupçonne ce saint d'avoir été évincé par 
saint Cheron à Cavan (C.-du-N.). Gauthier du Mottay croit 
saint Cheron substitué à saint Kerian, ce qui est peu vraisem- 
blable. Il a vu à Cavan sa statue : le saint tient sa tête entre 
ses mains (Iconogr., p. 208, note 2). Ce qui me paraît décisif 
c'est qu'à Tredrez on hésite entre Caron et Cheron. 

Galles : s' Caron, patron de Tregaron en Cardigan : 
fête le 5 mars (Rees, Essay). 

Carré (saint) en Pédernec. En 1179 d'après Anc. Ev., VI, 
p. 133, c'est sanctus Caramiis : il faut lire Caratmus = Caron? 

Cavan : saint Cava paraît différent. Il est même probable 
que le vrai nom est Cajfa, car, tout justement, à Plouguer- 
neau, il y a une parcelle de terre portant le nom de Mechou 
Caffa, les champs de Caffa (dépendant autrefois de sa chapelle 
sans doute, ce qui est fréquent). 

Caffa rappelle le saint gallois- Caffo, patron de Llan-gaffo 
en Llan-geinwen en Anglesey (Rees, Essay, p. 227); la ter- 
minaison est différente cependant. 

Kerrien : Saint Kerrien (confondu avec Cheron) est aussi 
donné comme patron de Cavan. Il est honoré à Bourbriac, 
il a une chapelle en Cléder (Iconogr.). 

Kijeau (saint) : lieu en Poullan (cadastre : écrit saint 
Quijeau). 

Kinidic (saint) : v. Genidic. 

Kirec (saint) a une chapelle en Ploudaniel (Soc. arch. Fin. 
1905, p. 191). 

Kirio ou Kiriou (saint) : a eu une chapelle en Plounerin 
(C.-du-N.) ; il est honoré à Ploujan, Tredrez. A Locquerneau 
(C.-du-N.), il est figuré en évêque du xvr' s. (Iconogr.). 

Koko connu sous le nom de saint Gogo, évincé par saint 
Gorgon. 

• Conval ' (saint) : statue du xiii^ s. à Penvenan : prêtre avec 
crosse (Iconogr.). 

I . Il y a un 5t Convatt ou Couvât, patron de Glasgow (O'Hanlon, V, 
mai 18). 



312 /. Lofh 

Convel : il est possible que Convel soit pour Con-wel, Dans 
ce cas, cf. saint Cymuyl, honoré à Aberporth (Arch. Cambr. 
1906, p. 321). 

Convelen: Ploe-convelen (Longnon, Pouille). 

Galles : s^ Cynfelyn à Welsh Pool, Montgomeryshire 
(Rees, Essay). 

Conveur : En 1444 (Longnon, Fouillé, p. 341) Plougonver 
est Ploe-gO)inieiir. 

Cridan (saint) : en Guissény (Cadastre). 

Dei (saint) : statue du xv= s. à Pluduno (Iconogr.). 

Denaw : satit Denaw (w consonne) en Landaul, Morbihan. 
Si on prononce Sàntenaw, c'est le saint gallois Teneu : 
V. Teno. 

Dénouai (saint) : patron de Planguenoual (Iconogr.) : 
c'est encore un de ces prodigieux à peu près dont il y a tant 
d'exemples : v. Conval. 

Derhel (saint), écrit saint Herhcl, Erhel en Guidel, Morb. 
Ce saint n'est pas saint Arthnael : on eût eu Arhel. C'est pro- 
bablement le saint connu dans les Ane. Litanies sous le nom 
de sajicte Dirchilk. 

Derrien (saint) : Le nom a eu un doublet : Derian : sancte 
Dcriane (Ane. Lit.). Au Drénec, il y a une statue du xiii^ s. 
qui paraît le représenter, mais on hésite entre Derrien, Drien, 
et Audren ! Derrien a aussi une statue du xvi^ s. à Commana 
(Iconogr.). 

Devan : Longnon donne Landecvant (Pouillé de 1330, 
p. 313). C'est probablement la forme primitive; le / n'est 
sûrement pas prononcé. Si Lan-decvan est la vraie forme, il 
faut identifier le saint breton avec un saint gallois bien 
connu. 

Galles : s^ Tegvan a donné son nom à Llan-degfan en 
Anglesey (Rees, Essay, p. 235). 

Dider : Plouider, 1496 : Ploc-dider et Gnic-dider (Soc. arch. 
Fin. 1905, p. 191). 

Donou (saint) : v. Onou (saint). 

Durlou (saint) : v. Gourlai. 

Ebiliau (saint) : il y a une chapelle de saint Ibilio en saint 
Pabu. 

Elian : v. Ilian. 



Les noms des saints bretons 313 

Elouan (saint) : d'après Gauthier du Mottay, son tombeau 
est à Saint-Guen, Côtes-du-Nord. 

Elven (saint). C'est aussi sans doute le patron d'Elven, 
Morbihan. 

Le qualificatif saint est ici absent, comme dans Beuiec, Casf, 
Clcdcn, Edern, etc. Il y a une trace curieuse d'une tradition 
ancienne sur ce point dans le fait que le patron d'Elven est 
saint Alban. C'est impossible : Alban eût donné Alvan; mais 
en revanche, il est fort possible qu'Elven remonte à *Albanio-s : 
saint Gildas était surnommé Albanins. 

Elvod (saint) : Ecclesia de sancto Elvodio : c'est saint DoJay, 
Morbihan (de Lesquen et Mollat, Mesures fiscales exercées par 
les papes d'Avignon en Bretagne, Annales de Bref. 1903 -1904, 
p. 525) : V. Aelwod. 

Enogat (saint) : calendrier de Tréguier (xv^ s.) : Enougad ; 
La forme primitive doit être Tenou-cat = Tnou-cat. 

Eon (saint). Si ce n'est pas une évolution dialectale à'Eo:[en 
ou Ewen, il faut probablement lire Teon : 

Galles : Teon, membre de la congrégation d'Illtut ; il 
y a aussi un Teon plus ou moins légendaire, évêque de 
Gloucester en 542, puis archevêque de Londres d'après 
G. de Monmouth, ce qui est évidemment impossible. 

Efflamm (saint) : Cal. Tréguier : Euflainiiii. 

Eost (saint), en Rosnoen : Eost ^Agustus, pour Attgiistns : 
ce serait un saint Auguste quelconque. 

Fragan (saint) : Gauthier du Mottay, dans son Icono- 
graphie, nous le donne comme patron de Plou-fragan et lui 
attribue une chapelle en Saint-Guen ; à Lesven en Plouguien 
il est représenté en guerrier du xvi^ siècle. 

Genidic (saint) : à ajouter probablement sant Kinidic, en 
Plounevez-du-Faou (cadastre), 

Gerfred : ne peut avoir donné son nom à Loqueffret. La 
forme Guefret existe dans Lan-Guefret (Longnon, Fouillé de 
1330, p. ^}^).Lan-guefret est sûrement Lan-eufret. Comment 
Lan-eufret remonte-t-il, comme cela a quelque vraisemblance, 
à Lan-iuiuretf} voirEuffret. 

Glen (saint) : d'après G. de Mottay, une chapelle en 
S'-Tudual (Tugdual !), Morbihan, lui est dédiée. 



314 /• Loth 

Goezian : dans la vie de saint Goulven (Soc. arch. Fin. 
1907, p. 76), on a les deux formes Godian, Go:^ian. 

La forme Goezian apparaît évoluée en Goua^kn (saint) en 
109e : c'est le patron de Lanvoy. 

La forme est assurée par les graphies actuelles sant Golien, 
sant Oyan (Oyant) : Golien est pour Goyen {GoUiejt). Oyant 
s'explique par la forme régulière sant Oyan pour sant Ocâian, 
sant Wocâian. 

Gonery (saint) : apparaît en costume sacerdotal dans des 
scènes sculptées sur un bahut du xvi"^ siècle à Plougrescant 
(Iconogr.). 

Gouescat : Ce saint qui a donné son nom à Trcoucrgat 
(y. Gouescat) donne son nom à un village de Saint-Onergat 
dans la même commune (cadastre). Il a une statue du xvi^ 
siècle à Tréouergat (Iconogr.), au xvi'^ siècle Trc-goescat 
(Fouillé de Léon, Cart. Redon, p. 574). 

Goueznou : Saint-Goueno, paroisse des C.-du-N., doit son 
nom à ce saint : c'est saint Gouezno, dans une montre de 
1476 (Soc. arch. C.-du-N. 1870, p. 286 et suiv.) : statue du 
xv^ s. à Flouguiel (Iconogr.). 

Goulven (saint) : statue du xiv^ s. à Dirinon (Iconogr.). 

Gourloe (saint) : ajoutez aux formes connues saint Durlou 
(^saint Urloii) en Landudal (Soc. arch. Fin. 1900, p. 115. 

Goven : commune non loin de Rennes : cf. Saint-Goven's 
Chapcl en Bosheston, Pembrokeshire (Rees, Essaya ? 

Gueganton (saint) : Comme je l'ai supposé la torme sincère 
est Guenganton, vieux-breton Wincanlon; et c'est bien le saint 
qui a été évincé par saint Agathon : Longnon, pouillé de 1330, 
p. 339 : T^nor sancti Gm'»^o«to;// (Guengantoni) : nous savons 
que c'est saint Agathon. Le pouillé de Tréguier (Cart. Redon, 
p. 55e) donne Prioratus sancli Ncgantoni. 

Guennec : Gncnnec = Winnoc a été confondu avec Giicithnoc. 
C'est ainsi que saint Verne en Rioc est en 1578 saisit Guesnec. 
(Soc. arch. Fin. 1893, p. 117, 120). Sa mère est sainte Guen 
Teirbron. 

Guengar : chapelle de Lan-giiengar, autrefois paroisse, auj. 
en Lesneven (Soc. arch. Fin. 1905, p. 185). 

Guengu : La forme Loc-Guenguff existe (Soc. arch. Fin. 
1903, p. 161). 



Les noms des saints breloiis 3 1 5 

Guenmael (saint) : ma supposition pour Loquenvel était 
juste : le pouillé de 1330 (Longnon, p. 340) donne Lougtien- 
maeJ (lisez Loc-giietiiiiacl). 

Guinien (saint) : ajoutez saint Vinien en Landerneau 
(cadastre). 

Gurthiern : a été confondu avec saint Condiern, qui est le 
célèbre saint Kentigern (* Cuno-Tegerno-s) en gallois moyen 
Cyndeyrn : LIan-gondiern, en Carmarthen (Arch. Cambr. 1902, 
p. 128). 

Haran (saint) : écrit aussi saint Harant (v. Taran). 

La prononciation permet d'autant plus d'hésiter au sujet de 
la forme primitive, qu'il y a un Llan-haran en Glamorgan 
(Rees, Essay, p. 837). 

Harnel : Le pouillé de 1330 (Longnon, p. 315), donne pour 
Plouharnel : Ploarnael. Le vrai nom du saint parait donc 
avoir été Harn-hael. 

Hel : Lan-hel en Glomel (cadastre) : Hel, Hael, Hail. 
CoRNWALL : Eglos Hayl. 

Helen : sanctus Helenus, à Saint-Helen : vitrail du xV^ s. : 
le saint est en évêque, les pieds sur un dragon. 

Herbot : statue du xv^ s. à Plounevez-du-Faou (Iconogr.). 

Hernin (saint). On lit dans le pouillé de 1330, p. 301 : per- 
sona sancti Ehernini. Le nom remonte à un vieux celtique 
Eisarnino-s : cf. Cat-ihernus(J. Loth, Chrest.,) cf. S' Hern en 
S* Hernin (cadastre). 

Houardon (saint) : il était évêque, du temps de saint Hervé 
(z'ita Hervei, Soc. arch. Fin. i8éi, p. 294). 

lahoiue (sancte) : anc. Litanies, sanctus lahoevius apparaît 
aussi dans la plus ancienne vie de saint Paul Aurélien. C'est 
notre saint Jaoua. Le nom est probablement composé de laou- 
hoiw : iaou,]Q\int, hoiia, gall. hoyw, vif, joyeux. 

larnhobri (sanct) : Anc. Litanies : n'a pas laissé de trace. 

Ideuc (saint) : on prononce Idcn Çldô) : il est possible que 
ce soit une prononciation française de Ildnt. 

lestin : statue du xviii s. en moine : c'est le patron de Plestin 
(Iconogr.). 



3i6 /. Loth 

Igneuc (saint) : paroisse des Côtes-du-Nord : Igneiw = 
lunioc, comme Ignaw = Imiiaiv. 

Igner : j'ai supposé Iiinario- : c'est probablement le s' Rumare 
des Ane. Lit. : lire luniare ? 

Ilian (saint) : Galles : s"- Elian qui a donné son nom à Llan 
Eilian (Arch. Cambr. 1900, p. 85). 

Iliau : sancte lUaiie (Ane. Lit.); saint Hilio en Saint-Pabu 
peut être pour Tilio = Tcliaiu. Iliaw est probablement pour 
Eliaw : c'est une forme hypocoristiquc du nom de saint Teliaw. 

Le nom complet est El-iud : Elian est formé comme Siil- 
iaw. Teliaw a, en plus, le préfixe to- : cf. Conoc et To-conoc. 

Le nom peut cependant être d'origine différente. 

Ilouarn (saint) : Roz sant Dilouarn à Port-Launay. Il faut 
évidemment lire Ilouarn, Pour //, cf. //////. 

ludbudoc (saint) : apparaît dans les anciennes Litanies. Si le 
nom est sincère, ce qui paraît douteux, il signifie : vainqueur 
dans le combat, ou qui profite du combat. 

lunanaw : sancte lunanaue (Ane. Lit.). 

luti (sancte) : dans les anciennes Litanies, a été confondu 
avec saint Jud. 

Ivy (saint) : statue du xvi'' s. à Loguivy-Plougras : le saint 
porte une croix archiépiscopale; statue du xv^ s. à la fontaine 
de la même paroisse. 

Jagu (saint) : chapelle à Elestrec en Folgoat (Soc. arch. Fin. 
1905, p. 187. 

Jaoua (v. plus haut laboiue) : son tombeau est dans la cha- 
pelle de Plouvien (Du Châtellier, Ep. prch., p. 107). 

Lanescat : forme de 1368 (Longnon, Pouillc, p. 305), auj. 
Laniscat (C.-du-Nord) = Lan-Iedcat (lud-cat). 

Lan-guefret : v. Euffret. 

Lan-houlon : chapelle en Ploneis (Soc. arch. Fin. 1903, 
p. 166) : peut-être pour Lan-ouron par dissimilation : v. Gou- 
ron. 

Lannorven : chapelle de Notre-Dame de Lannorven en Pla- 
bennec (Soc. arch. Fin. 1905, p. 196). 

Lanvenec : à i roo""" de Lanrivoaré : c'est le Lan-guenoc du 
Cart. de Landevennec. 

Laouenan (saint) : patron de Tref-Laouenan ; chapelle à 
Ploulec'h, Plounevex-Moedec (Iconogr.). 



Les noms des saiiils bretons 517 

Lery (saint). Les formes Lm-hri et Lou-bri sont difterentes. 
Lou-bri a bien le sens que je lui ai attribué; mzis Leu, dans 
Leu-bri, renferme leiu, gallois Uyw, gouvernail, pilote {levier, 
pilote, en breton, en dérivation). Même remarque pour 
Leu-tieni et Lon-tieni. 

Lezan dans Bot-le:^an, Fin. En Galles, les Bod, suivis d'un 
nom de saint, indiquent que le saint y a séjourné : bot, en 
effet, signifient souvent demeure, lieu de séjour et non bosquet, 
bouquet d'arbres ou d'arbustes. Si Bot-Je:^au n'a pas été précédé 
par une forme plus complète comme Bola~ec qui a été Bot- 
glasuc, on peut song-er à rapprocher Le:^an de sant-Lythan, en 
Glamorgan : y répond à notre e breton non accentué. 

Loc : Locus a parfois le sens de sépulcre d'un saint (J. Havet, 
Œuvres, I, p. 210 et n° 4). A l'époque franque, il a aussi le 
sens di' église et de mouastére (Zeumer, Forniulae merov. et Karol. 
aevi tabl. v° Locus). 

Mabon (saint), évêque de Léon (Gautier du Mottay, Ico- 
nogr.). 

Galles : s^ Mabon était honoré à Rhiw Fabon, et à Llan- 
fabon, en Glamorgan (Rees, Essay). 

Mael (saint) : La forme sincère de Ple-iuet (C.-du-N.) 
serait Ple-meL En effet, au xiv^ siècle, c'est Ploe-mael (Longnon, 
Pouillé, p. 340). Ce qui explique l'intrusion du t final, c'est 
la prononciation française Pleuie. 

Maugat : Plo-maugat en 1330 (Longnon, Pouillé, p. 358), 
auj. Pluniaugat. 

Il n'est pas impossible que tnaugat ait pour premier terme 
uimu, comme Maugan : v. cependant maelcat. 

Melar : ^omQv Loc-uielar en Irvillac (Soc. arch. Fin. 1904, 
p. 40); feunteun saut Velar, la fontaine de saint Melar, en 
Loc-melar, Fin. (Ibid. 1876, p. 39); Loc-melar en Ploune- 
wenler (Ep. préb., p. 77). 

Meliau : aj. Lan-viliau, nom de lieu et de famille noble 
en Dirinon (Bull. G. D. 1907, p. 242). 

Memor : v. Mevor. 

Merin (saint) : statue du xvi" s. à Lan-merin (Iconogr.). 

Mervé (saint) : écrit auj. saint Mherué (Ille-et-Vil.) : en 
1330 Ecclesia sancti Mcrvey (Longnon, Pouillé, p. 173). 

Revue Celtique, XXX. 21 



3i8 /. Loth 

Merzer (saint) en Plouguerneau, Fin. (cadastre) : mer^er 
signifie martyr. 

Mevor : saint personnage qui donna des terres à saint 
Gudwal en Camors, Morb. (La Bord., Vies des saints, p. 495). 
Il y a une chapelle de saint Memor en Gouesnach (Soc. arch. 
Fin. 1904, p. 30) : c'est une forme littéraire : v. Movor. 

Onneau, Onou. Il est probable qu'on prononce Onno ou 
Onnou. En effet, du Châtellier {Ep. préh., p. 291) cite une 
fontaine de saint Donou, à Trez-Goarem en Esquibien, et à la 
même page, au même endroit, une fontaine de saint Onneau. 

Pergat (saint), successeur de saint Tutwal ? ; statue du 
xv^ s., à Pouldouran, C.-du-N,, dont il est patron. 

Le recteur de Pouldouran, il y a 30 ans, dit Gautier du 
Mottay, mit sa paroisse sous le vocable de saint Pierre-ès-Liens, 
les deux mots Petrus-Legatus lui rappelant un peu Pergatus. 
Pergat a été rétabli dans sa dignité de patron dans la nouvelle 
église (Iconogr., p. 244, note 2). 

La forme ancienne doit être Pctr-cat ou Pehr-cat (ce dernier 
nom se trouve dans une vie de saint). 

Pieran : cf. sancti Pierani (Cal. Trég. 5 mars : brév. de 
Léon, ap. Duine, Ane. bn'v., p. 165) ; ce nom paraît une adapta- 
tion brittonique du nom du saint irlandais Ciaran, connu en 
Cornwall sous le nom de Piran. 

Pinnuh (s"^^) : dans les anciennes Litanies, cf. saint Pinnock 
en Cornwall. 

Plomargat (Longnon, PoiiiJlé de i))0, p. 314) : cf. 
Maelcat. 

Plouenan : en 1330 Ploe-Benoan; en i/{6j, Ploe-benan (Lon- 
gnon, Potiillé, 1330, 377); au xvi^ s., Plone-uenan (Pouillé de 
Léon, Cart. Red., p. 574), Bcnoan pour Bcnoen = Benègmis, 
Benignns. 

Plouescat : en 1330 Ploe-Rcscat, en 1467 Ploeycat (Longnon, 
P- 33 3 5 336) : il f^ut lire vraisemblablement Ploe-Ieicat : 
V. Ind-cat. 

Plougourvest : en 1330, Ploc-orgnest (Longnon). 

Poupaia (sanite) : statue du xiV s. à Langoat (Iconogr.). 

Primel (s'') : vita s'^ Corent. (Soc. arch. du Fin. 1886, 
p. 12e) : / Priniacl. On prononce Prevel (Soc. arch. Fin. 
1899, p. 424). C'est le patron de Primelin qui était à la fin 
du xV s. : Privelen (Longnon, Pouillc, p. 309). 



Les noms des saiiils bretons 319 

Plouguenast (C.-du-N.) : c'est Ploue-guenas dans le pouillé 
de Saint-Brieuc (Car?. Redon, p. 568). 

Si la mutation n'a pas été faite, il faut en rapprocher San 
Winas, en Cornwall. 

Rawele (sancte) : Ane. Litanies. Il est à craindre que Raïuel 
ne soit pour Riavel, comme Racate, dans les mêmes litanies 
pour Riacate (v. Riagat). Cependant, il y a en faveur de 
Raïuel un Penily Raoïial en Landeleau. Raïucl est possible : 
vieux-bret. *Rat-iuel ; Raoïial serait pour Raïuel, à moins qu'on 
ne suppose Rat-iual, également défendable : dans ce cas, les 
deux noms seraient différents. 

Rethgualt (s') : anciennes Litanies. 

Rezouarn (saint) : mal écrit saint Dré:{oiiarn en Langolen : 
v.-breton * Reith-hoiarn. 

Rion (saint) : chapelle en Ploubazlanec, Plouezec. Sur le 
sceau du xiii^ siècle de l'abbaye de Beauport, saint Rion est 
représenté assis dans une nacelle avec un autre personnage et 
tenant une croix processionnelle (Iconogr.). 

Rivelin (saint), évêque de Tréguier, d'après Albert-le-Grand. 
C'est Rivelen qu'il faut lire : v. Rivinen. 

Runare (sancte) : anciennes Litanies : à corriger en lunare 
ou Inniare (v. Igner^ ou lire Liinaie (Lunaire). 

Segal (saint) : en 1368, Saint Sengar (Longnon, p. 306). 

Seznec : chapelle de saint Denis ou de Se:{nec en Plogonnec, 
Fin. (Soc. arch. Fin. léoo, p. 45). Ce nom est à rapprocher 
de celui de Se:(îiy (Guissény) et n'en est peut-être qu'un 
doublet. 

Sul (saint) : pardon de saint Sul, le 4™^ dimanche de mai ; 
il est représenté en évêque dans la chapelle de saint Yves à 
Trédarzec (Iconogr.). C'est le même saint que saint Suliaw. 
En effet, à Llandyssul en Galles, c'est saint Tysilio (To-suliaw^ 
qui est honoré (Arch. Cambr. 1558, p. 321). 

Suliaw (saint) : statue du xiii'= siècle, à Saint-Suliac; le 
saint est en abbé (Iconogr.) ; saint Sulio en Pleyben (cadastre). 

Sulien (saint) : Lan-snlien en Fouesnant; Lan-sulien en 
Cleden (Soc. arch. Fin. 1883, p. 468, 434). 

Tegonnec (saint) : statues du xv, xvi et xvii'' s. à Saint- 
Tegonnec; chapelle à Guerlesquin, Plogonnec. 

Tegvan : v. Devan. 



320 /. Loi h 

Teliau (saint) : à Landeleau, dolmen dit Ty saut Heleau. 
Dans l'église est un cercueil en pierre en forme d'auge, appelé 
aussi le Lit de saint Heleau (sic) : du Chat., Ep. préh., p. 177. 
Il y a une chapelle de saint Theleau (sic) en Plogonnec (Soc. 
arch. Fin. 1900, p. 50). 

Téo (saint) : il est représenté revêtu d'une chasuble du 
xiii^ s. à Bodeo : v. Eo. 

Terethian (saint) : saint Theresien est représenté avec un 
vêtement sacerdotal, crosse et mitre, à Sainte-Colombe de Lan- 
loup, C.-du-N. (Iconogr.). 

Ternoc : Calend. deTréguier, au 3 octob. S'' Ternoci. Saint 
Tyrnog était honoré à Llaii-dyrnog en Denbigh (Rees, Essay). 

Touzan : on a extrait de Landouzan, chapelle du Drennoc, 
saint Oursin et aussi saint Urgin (Soc. arch. Fin. 1905, 
p. 199). D3.ns une vita Hervei (Soc. Em. C.-du-N. 1891, 
p. 257) il est question d'un Lannam Niisani que l'on identifie 
avec Landousan. 

La forme latine est sûrement fautive. 

Tremeur (saint) : statue du xvi'^ siècle à Carhaix (Iconogr.). 
Il est honoré à Plomeur, Plougastel-Daoulas (Soc. arch. Fin. 
1904, p. 21, 36). 

Tudy (saint) : statue du xv!*" s. à Loctudy (Iconogr.). 

Tujan, Tujen (saint) : statue du xv^ s. à Landugen en Duault 
(Iconogr.); chapelle en Guisseny (Soc. arch. Fin. 1604, 
p. 310). 

Tuoc : chapelle sancti Tuoci (charte du commenc. du xii^ s., 
Soc. arch. Fin. 1905, p. 25). On a rapproché ce nom de 
saint Tohou ou Ohoii, honoré en Primelin (Soc. arch. Fin. 
1869, p. 429) : c'est impossible ; il y a probablement une erreur 
de lecture. 

Urfol : chapelle à Bourg-Blanc, où il est honoré sous le 
nom de saint Ulfol (Iconogr.); Soc. arch. Fin. 1905, p. 197. 

Saint Urphoed apparaît dans une vie de saint Hervé (Soc. Em, 
C.-du-N. 1891, p. 262). 

Vazou (saint) en Plourin (cadastre) : variante : saint Oa:;^ou. 

Vollon (saint) : statue du xV' s. le figurant en moine au- 
dessus d'une fontaine à Plédran, C.-du-N. (Iconogr.). 

(A suivre.) J. LoTH. 



CHRONIQUE 



Sommaire. — I. Donation de la bibliothèque galloise de Sir John Williams. — 
II. Inauguration du monument de John Strachan. — III. R. A. Stewart Maca- 
LISTER, dixième volume de Vliisb Tcxt Society. — IV. P. W. Joyce, Old irish 
Folk-Music and Songs. — V. Morin-Jean, Archéologie de la Gaule et des pays 
circonvoisins. — VI. Joseph Dunn, La vie de saint Patrice. — VII. Pddraigh 
DE Bhulbh, Irish ÎSlames and Surnames. — VIII. Kuno Meyer, The Instruc- 
tions of King Cormac Mac Airt. — IX. Osborn J. Bergin, Stories from Kea- 
ting's History of Ireland. — X. Jessie L. Weston, The Legend of Sir Perceval. 

— XI. A. W. Wade-Evans, Welsh médiéval Law, being a Text of the Laws of 
Howel the Good. — XII. Die Kultur der Gegenwart, Teil I, Abtheilung XI, I. 

— XIII. Dom Fernand Cabrol, L'Angleterre chrétienne avant les Normands. — 
XIV. Religio scotica by Robert Craig Maclagan. — XV. Altceltischer Sprach- 
schatz d'Alfred Holder. — XVI. Adrien Blanchet, Mémoires et notes de 
numismatique. — XVII. John Strachan, An introduction to early Welsh. — 
XVIII. Padraic Mac Piarais, Bruidean Caorthain. — XIX. Mort du professeur 
Hermann Osthoff. — XX. School of irish Learning. — XXI. Die Kelten der 
Badengaus, par M. Karl Kayser. — XXII. Pseudo-Cyprianus, De duodecim 
abusivis saeculi, nouvelle édition par M. S. Hellmann. — XXIII. Rawlinson B. 
502, publié en photogravure avec introduction et index par M. Kuno Meyer. — 
XXIV. Kuno Meyer, Primer of irish Metric. — XXV. Walter Yeeling Evans 
Wentz, The Fairy-faith in CelticCountries. — XXVI, MoRiLLor, Deux inscriptions 
d'Alésia. — XXVII. Morillot, La source sacrée d'Alésia. 



I 

Au mois de janvier 1909 s'est produit à Aberystwyth un événement de 
toute première importance pour le développement de la philologie galloise. 
Nous voulons parler de l'installation dans cette ville du don magnifique 
fait au Pays de Galles par l'un de ses plus illustres enfants, le médecin Sir 
John Williams, né le 6 novembre 1840 à Blaenllynant (Carmarthenshire). 

Ce don comprend d'abord la bibliothèque personnelle de Sir J. Williams, 
réunie par lui depuis 1870 dans son château de Llanstephan (Carmarthen- 
shire), à l'embouchure de la Towy, et où se trouve notamment la collec- 
tion de livres et manuscrits gallois et comiques provenant de Shirburn 
Castle (Oxfordshire). Les manuscrits y sont au nombre de 154, parmi les- 
quels on cite comme les plus précieux : 1° la plus ancienne traduction gal- 
loise de l'histoire de Geoffroy de Monmouth, copiée entre 1225 et 1250; 
2° le Red Book of Talgarth (Brecknockshire), copié sans doute vers 1400 
et analogue sur bien des points au fameux Red Book of Hergest. Parmi les 



322 Chronique. 

imprimés figurent les deux plus anciens livres connus en langue galloise, à 
savoir Yny Ll)yvyr Invn (f Dans ce livre » imprimé par Sir John Price en 1 546 
et OU Synivyr T'en Kembero, collection de proverbes publiée vers 1547 par 
William Salesbury. L'un et l'autre ont été il y a quelques années réimpri- 
més à Bangor, chez Jarvis et Poster, le premier par M. J. H. Davies, le 
second par M. J. Gwenogfryn Evans. 

Mais ce n'est pas là encore la partie la plus précieuse du don généreux de 
Sir John Williams. Ce dernier en effet s'était récemment entremis pour 
acquérir, au nom du Pays de'Galles, de M. W. R. M. Wynne (mort depuis, 
au mois de mars 1909) la fameuse collection de manuscrits du château de 
Peniarth (près de Towyn, Merionethshire), laquelle s'était précédemment 
accrue des manuscrits provenant du château de Hengwrt (au nord de 
Dolgelly). L'importance de cette double collection est considérable ; on 
peut s'en faire idée par le catalogue qu'en a publié en 1899 M. J. Gwenogfryn 
Evans et dont la Revue Celtique a parlé, tome XXIV, p. 95 et suiv. : les 
textes les plus anciens de la littérature galloise du moyen âge y figurent. 

Grâce à la libéralité de Sir John Williams, ces trésors vont être à la dispo- 
sition du public à Aberystwyth. On les a installés partiellement et tant bien 
que mal dans des locaux provisoires et on doit faire en juillet et en août 
une exposition spéciale des manuscrits et des livres les plus rares. Mais ils 
auront bientôt un local digne d'eux. On a formé le projet de bâtir, a 
Aberystwyth même, une National Lihrary of Wales, où il y aura place 
pour plus de 500.000 volumes. La construction de cet édifice vient d'être 
adjugée, après concours, à l'architecte Sydney K. Greenslade, de Londres. 
La dépense est estimée à 83 .000 livres. 

II 

Le « Manchester Guardian » du 27 mai 1909 contient le détail d'une 
touchante cérémonie, datant de la veille : l'inauguration d'un médaillon 
de John Strachan. Désireux d'honorer la mémoire du regretté savant, 
quelques-uns de ses anciens collègues, élèves et amis, avaient eu la pieuse 
pensée d'ouvrir une souscription pour acheter sa bibliothèque et en faire 
don à l'Université de Manchester. Le résultat dépassa les prévisions ; avec 
le surplus de la souscription, on commanda au sculpteur John Cassidv un 
médaillon de bronze, qui fut placé dans le vestibule de la bibliothèque 
universitaire. A cette occasion, des discours émus ont été prononcés par le 
vice-chancelier Hopkinson, le professeur Lamb, promoteur de l'entreprise, 
sir Frank Forbes Adam, chairman of the Council, et le professeur Alcxander, 
doyen de la Faculté des arts. 

III 

La collection des volumes publiés par VIrish Texi Society atteint le chiffre 
dix grâce à M. R. A. Stewart Macalister à qui nous devons : Eachira an 
Mhadra mhaoil, Eachtra mhacaoimh-an-iolair . — The Story of the crop-eared 
Dog, The story of Ea^le-boy, two irish Arthurian Romances, in-8°, ix-207 



Chronique. 323 

pages. Ce sont des romans dont il n'existe pas de manuscrit antérieur au 
xviiie siècle. Ils sont tous deux mentionnés dans V Essai d'un catalogue de 
la littérature épique de Vlrlande, p. 1 19-120. 

Le héros principal du premier est un chien qui n'avait pas d'oreilles ni 
même de queue et qui sous la forme humaine était fils du roi de l'Inde. 
Sous cette forme, il s'appelait Alastram (Alexandre) le merveilleux et il 
succéda à son père. 

Le personnage le plus important du second roman est l'enfant né du 
mariage de Richard, fils aîné du roi de Portugal, avec la fille du roi de Scy- 
thie. Au moment de la naissance de cet enfant, Richard venait d'être assas- 
siné par son frère cadet et la veuve de Richard, la fille du roi de Scvthie, 
était prisonnière dans une tour. Aussitôt né, l'enfant, que son oncle voulait 
tuer, fut enlevé par un aigle et sa mère, grâce à un déguisement, s'échappa 
de la tour. Quant à l'aigle, il donna l'enfant à un des chevaliers du 
célèbre roi Arthur, c'est-à-dire au chevalier noir, fils du roi de France ; ce 
chevalier l'éleva, puis l'enfant, devenu homme, vengea son père par la mort 
du meurtrier et monta sur le trône de Portugal. 

Ce sont deux exemples des récits merveilleux dont se récréaient les Irlan- 
dais au xviiie siècle. Il est nécessaire de les connaître pour se rendre 
compte de ce qu'a été l'histoire de la littérature irlandaise. Mais les textes 
qui remontent à l'époque païenne semblent plus intéressants que ceux-ci, 
où par exemple les funérailles de Richard, roi de Portugal, sont célébrées 
dans la cathédrale du cardinal [archevêque de 'L\sbovA-\t\,go aird-eaglais cair- 
dinalta (p. 100, 1, 129). 

IV 

Vient de paraître un volume in-40 de xxxvi-408 pages, dont l'auteur est 
M. P. W. Joyce, président de la Royal Society of Antiquaries of Ireland, 
et qui a été publié par cette compagnie savante ; le titre est : Old irish Folk 
Music aud Sotigs, a Collection of 842 irish Airs and Songs hitherto unpuhlished. 
Cet ouvrage est divisé en quatre parties. La première, p. 1-170, comprend 
les chansons de la collection formée par M. Joyce qui sont en langue irlan- 
daise ; la seconde partie, p. 171-242, se compose des chansons en langue 
anglaise de la même collection ; la troisième partie est extraite de la collec- 
tion formée par feu Robert Lyons de Dublin, et la quatrième partie ren- 
ferme des chants et des airs tirés de la collection des défunts John Edward 
Pigot et David R. Pigot aussi de Dublin. Avant le présent volume il a été 
publié à partir de 1796 plusieurs autres recueils d'airs irlandais ; M. Joyce 
évalue k 3100 environ le nombre des airs irlandais imprimés jusqu'ici, et 
beaucoup restent encore inédits. Malheureusement les scribes du moyen 
âge n'en ont noté aucun et la date à laquelle chacun de ces airs remonte ne 
peut être établie ; de divers textes littéraires on doit cependant conclure que 
l'usage de la musique est en Irlande bien antérieur à l'établissement du 
christianisme '. 

I . Sur la musique en Irlande pendant la période chrétienne, voir le cha- 
pitre intitulé Music chez Joyce, A social History of ancient Ireland, t. I 
(1903), p. 571 et suivantes. 



524 Chronique. 

V 

M. Morin-Jean, élève de M. Salomon Reinach, vient de publier le cata- 
logue de sa collection archéologique qui concerne les époques les plus 
anciennes de l'histoire de la Gaule et des pavs voisins. Ce catalogue est ainsi 
divisé : chapitre I^r, période quaternaire ou paléolithique ; chapitre II, 
période néolithique ; chapitre III, âges du cuivre et du bronze ; cha- 
pitre IV, âge du fer ; chapitre V, Gaule romaine ; chapitre VI, mobilier 
funéraire des tombes franques mérovingiennes ; chapitre VII, comparaisons 
avec d'autres régions. Ce catalogue occupe les pages 137-205 d'un volume 
in-8° de xiii-231 pages dont les 136 premières sont occupées par une pré- 
face intitulée : Notions générales; cette préface est un résumé de la doctrine 
archéologique admise par la plupart des savants qui ont étudié les six 
périodes auxquelles se rapportent les six premiers chapitres de l'ouvrage. 
Le volume est intitulé : Archéologie de la Gaule et des pays circonvoisins 
depuis les origines jusqu'à Cbarlemagne. 

VI 

M. Joseph Dunn, professeur à l'Université catholique de Washington, 
vient de publier avec traduction française en regard un mystère breton où 
est soi-disant racontée la Vie de saint Patrice, Paris, Champion ; Londres, 
David Nutt ; in-8°, xxxii-265 pages. De cette composition on ne connaît 
qu'un seul manuscrit ; il date de la fin du xviiie siècle ou du commence- 
ment du xixe ; il appartient à M^^ veuve Arthur de La Borderie qui, sur la 
demande de M. J. Loth, doyen de la Faculté des Lettres de Rennes, a bien 
voulu le prêter à M. Dunn. Ce manuscrit appartenait dès 1888 au regretté 
Arthur de La Borderie qui en a parlé à cette date dans la Revue de Bretagne 
et Vendée. Mais en 1904 M. Le Braz, dans son excellent £5517/ sur le théâtre 
celtique, n'en a rien dit. 

L'auteur de ce mystère était fort mal renseigné. Ainsi, p. 66, i" acte, 
vers 773, il raconte que la mère de saint Patrice après avoir mis au 
monde son enfant, est entré dans l'ordre de sainte Claire. Or cet ordre date 
du xiiie siècle et Patrice est né en 389. Autre anachronisme, p. 228, 
3e acte, vers 760, un personnage dit qu'il faut tuer Patrice avec une arme à 
feu, et plus bas, même page, on voit cet individu arriver un pistolet à 
la main dans l'église où Patrice va dire la messe. Le même Patrice, né en 
Grande-Bretagne, se dit irlandais d'origine, p. 180, cf. p. 128, 200. Aux 
pages 123 et suivantes on voit apparaître l'empereur qui règne en Irlande, 
et Jupiter est le principal dieu de cet empereur. Patrice est neveu de saint 
Germain, évêque d'Auxerre, p. 208, 210. Naturellement l'auteur n'a pu 
consuher ni les publications de Whitley Stokes et du Père Hogan sur 
saint Patrice, ni la vie de saint Patrice de M. J. B. Bury. M. Dunn sup- 
pose que ce qui, dans le mystère breton, n'est pas dû à l'imagination de l'au- 
teur, provient soit d'un célèbre poète espagnol du xvii^ siècle, Caldéron, El 
Purgatorio de san Patricio ; soit de Montalvan, compatriote et contemporain 



Chronique. 325 

de Ciildéron, Vida y Purgaton'o del glorioso saii Patricio; soit enfin de la 
légende française publiée aux colonnes 957-103 1 du Diclioiniaire des légendes 
de la collection Migne. 

VII 

Il vient de paraître à Dublin, librairie Gilland Son, un petit volume in-S" 
de viii-ioo pages, intitulé Slointe Gaedhal is Gall (« Noms gaéliques et 
étrangers »), Irish Naines and siirnames (« Prénoms et noms irlandais »). 
L'auteur est un ecclésiastique, Pâdraig de Bhulbh, Patrick Woulfe ou Wolfe. 
Il veut faire connaître la notation irlandaise des prénoms et des noms con- 
nus sous la notation anglaise. De là, pp. 36-41, une liste alphabétique des 
prénoms masculins sous leur notation anglaise, suivis chacun de la forme 
irlandaise. Les prénoms de femmes occupent les pages 42-44. La liste 
alphabétique des noms propres de personnes suivis chacun de sa forme 
irlandaise couvre les pages 45-100. Les pages 1-29 sont consacrées à une 
étude grammaticale du sujet. On peut signaler comme particulièrement 
intéressant ce qui est dit des prénoms et noms d'origine étrangère, pp. 2-4 et 
9, 10. 

VIII 

Cormac mac Airt fut roi suprême d'Irlande pendant quarante ans, de l'an 
22;) à l'an 266 de notre ère suivant les Annales des Quatre Maîtres'. On 
lui attribue des instructions, Tecosca Connaic, qui paraissent bien postérieures, 
mais avoir été rédigées au plus tard vers le commencement du ix^ siècle. 
M. Kuno Meyer vient d'en donner une édition qui forme le volume XV des 
Todd Z,cc/«7-«, publiées par la Royal Irish Academy. Ce volume, daté d'avril 
1909, se compose d'une préface, xii pages, suivies du texte irlandais avec 
traduction anglaise en regard, 51 pages. Puis viennent les notes, p. 52-56, 
et le glossaire des mots rares, p. 57-62. Les instructions de Cormac se pré- 
sentent sous forme de réponses adressées par ce prince à son fils Carbre 
Liffechair qui aurait été roi suprême d'Irlande de 268 à 284 disent les 
Annales des Quatre Maîtres. Keating a cru que Cormac mac Airt était réel- 
lement l'auteur des instructions, Tecosca Connaic ', et prétend que ce roi 
aurait été chrétien '. 

John O'Donovan a donné d'après le Livre de Lecan une édition partielle, 
avec traduction, du texte qui nous occupe : on la trouve dans Tlie Dublin 
penny Journal, nos du 29 décembre 1832, et du 12 janvier 1833, ou, pour 
autrement parler, t. I, p. 213-215, 231-232. M. Kuno Meyer a publié et 
traduit le texte complet ; il en signale douze manuscrits •* dont le plus 

1. A comparer les Annales de Tigernach, publiées par Whitley Stokes, 
Revue Celtique, t. XVII, p. 12-20. 

2. Foras feasa ar Eirin, t. II, édité par Patrick Dinneen, p. 304, 305, 
346, 347- 

3. Ibidem, p. 344, 345. 

4. Neuf seulement dans VEssai d'un catalogue de la lillàdhirc épique de 
l'Irlande, p. 221, 222. 



32é Chronique. 

ancien remonte au milieu du xiie siècle, c'est le Livre de Leinster, où il a 
relevé quelques fautes de copie qu'il a pu corriger grâce à des manuscrits 
plus récents. 

Cormac y parle de Dieu au singulier, p. 2, 1. 18 ; p. 20, 1. 17 ; il appelle 
les hommes race d'Adam, sil Adaini, p. 20, §13,1. i, 2. Toutes les femmes 
suivant lui sont des fléaux, pp. 28-35. 

IX 

Quand, il y a soixante-dix ans, je suis entré en cinquième au collège 
royal de Nancv, un des livres que j'ai eus entre les mains fut l'ouvrage inti- 
tulé : Seleclae e profanis scriptorihus historiae, dont la première édition date 
de 1727 et qui avait eu pour auteur Jean Heuzet, précédemment professeur 
à Paris au collège de Beauvais. Peu de livres ont été si souvent réimprimés, 
j'en vois encore une édition récente entre les mains de mes petits-fils, 
élèves à Paris du lycée Louis-le-Grand. 

M. Osborn J. Bergin, professeur d'Irlandais à Dublin dans la School of 
irish Learnini;, vient d'imiter Jean Heuzet ; il a fait paraître un recueil de 
morceaux tirés de l'histoire d'Irlande de Keating : Stories frotn Keating's 
History of Ireland. Dublin, Hodges, Figgis and Co., 1909, in-12, xx-133 
pages. Les morceaux sont au nombre de trente et un. Ils paraissent bien 
choisis. Ils sont précédés d'une préface qui contient quelques notions sur la 
grammaire de l'irlandais moderne. Le volume se termine par des notes, 
un glossaire et des index. Pour éviter d'être accusé de plagiat, M. Ber- 
gin a extrait ses textes d'un manuscrit de Keating écrit en 1657, quelques 
années après la mort de l'auteur, manuscrit que M. Dinneen n'a pas 
connu. De là quelques variantes : ainsi chez M. Bergin, p. 3,1. 6, le génitif 
singulier de mac « fils » est le moyen irlandais meic au lieu de l'irlandais 
moderne mie, édition de V Irish Text Society par Dinneen, p. 188, 1. 2937. 
La conjonction qui veut dire et, agus ou 25 chez M. Dinneen, est toujours 
représentée chez M. Bergin par le signe abbréviatif 7. 

Je terminerai par une petite critique. On lit, p. xix, que muintear vient 
du latin monasteriuni. Or moiiasteriuin veut dire « bâtiment habité par des 
moines » ; muintear, plus anciennement muiiiier ^ * inaiiutera,àésignQ l'en- 
semble des personnes placées sous la puissance ou, comme on dit en droit 
romain, iii manu, du chef de famille. En droit irlandais cétmiiinter, syno- 
nyme du latin viater familias, veut dire « première des personnes in manu » 
et non « premier des bâtiments habités par les moines ». L'expression latine 
qui désigne l'ensemble des moines habitant un monastère est conventus, non 
pas nionasteriuni. Miiinter =i*nianutera remonte à la période italo-celtique, 
à une date où les Celtes n'avaient pas encore perdu le mot nianus'. 

X 

Miss Jessie L. Weston, continuant ses publications sur les romans de la 
Table Ronde, vient de faire paraître à Londres, librairie David Nutt, le 

I. Cf. l'article Mi(H(/.s",chez Wulds, Lateiniscbes etvniologiscbes Wœrterlmch, 
p. 567, qui rapproche de ;«r7//î<5 l'allemand Vor-vmnil « tuteur ». 



Chronique. 327 

second volume de son étude sur la légende de Sir Perceval : The Legend 
oj Sir Perceval, Stiidies iipon its Origin, Development and Position in the 
Arthurian Cycle; 1909, petit iu-80 de xvi-355 pages. C'est le quatrième 
des volumes publiés par Miss Weston dans la Grimnis Lihrary de la maison 
David Nutt. Miss Weston y a donné, eu 1897, The Legend of Sir Gaïuain ; 
en 1901, The Legend oj Sir Lancelot du Lac ; en 1906, le premier volume de 
The Legend of Sir Perceval. Les deux volumes consacrés à Sir Perceval sont 
dédiés à la mémoire de Gaston Paris. Pour le second, Miss Weston a eu 
les conseils de MM. Paul Meyer, J. Bédier, Ferdinand Lot. Elle y a inséré, 
pp. 9-1 12, le texte du Perceval en prose conservé dans la bibliothèque 
publique de Modène sous la cote E. 39, texte fort supérieur à celui de 
l'exemplaire qui se trouve à la Bibliothèque nationale de Paris, fonds fran- 
çais, nouvelles acquisitions, no 4166. Suivent diverses dissertations sur les 
sujets traités dans le Perceval eu prose, notamment sur le Graal ou Grail, 
pp. 213-3 16. Le Graal ou Grailserait d'après l'auteur une pierre galloise de 
même famille qu'en Irlande la pierre appelée Lia Fa'//, pierre qui prophéti- 
sait et dont il est question dans la pièce irlandaise intitulée Baile in scail 
ou Baile Cuiiin \ 

XI 

En 1841, Aneurin Owen a fait paraître sous le titre de : Ancient Laïus 
and Iiistitutes of Wales un recueil de textes de lois galloises en un volume 
in-fo, dont il y a aussi un tirage en deux volumes de format moindre. 
L'ouvrage débute par la reproduction de trois codes attribués au roi Howel 
dda, autrement dit Howel le bon, et qui dateraient du milieu du x^ siècle, 
ce sont : le Dull Givynedd ou « Venedotian Code » que l'on peut aussi 
appeler ff Book of Gvvynedd », pp. 1-163 de l'in-folio d'Aneurin Owen; le 
Dull Dyved ou « Dimetian Code » que, suivant M. Wade Evans, on devrait 
appeler « Book of Blegywryd », pp. 164-302 d'Aneurin Owen ; et le Dul 
Giuent, « The Gwentian Code » pour lequel M. Wade Evans propose le 
titre de « Book of Cyvnerth » % pp. 303-388 d'Aneurin Owen. 

M. Wade Evans vient de donner une nouvelle édition de ce dernier 
code : Welsb Médiéval Laiv, being a Text of the Laws of Howel the Good 
d'après le ms. du Musée britannique Harleian 4353 qui paraît dater du 
xiiie siècle. C'est le plus ancien des manuscrits qui nous conservent ce texte 
légal, et le soigneux éditeur comble les lacunes du Harleian 4353 au moyen 
d'un autre ms. du Musée britannique, fonds Cottonien, Cléopatra A. xiv, 
milieu du xiv^ siècle. L'édition nouvelle forme un volume in-S" de xcvi- 
395 pages; après l'introduction, terminée par un sommaire analytique, 
viennent le texte gallois, pp. 1-143 ; la traduction anglaise, pp. 145-284; des 
notes paléographiques, p. 285 ; puis, pp. 289-524, l'exposé détaillé des 
divergences entre le ms. Harleian 4353, le ms. Cléopatra A. xiv dont nous 

1. O'Curry, Manuscript Materials, p. 387-389, 618-622 ; Kuno Meyer 
dans Zeitschrift fiir celtische Philologie, t. III, p. 458-466. 

2. Blegywryd et Cyvnerth seraient les noms des auteurs de ces codes. 



328 Chronique. 

venons de parler et deux autres mss., Pcuiarth, 57, fin du xiii^ siècle, et 
Cleopatra B. V., écrit vers 1 350. Suivent : un glossaire où sont expliqués des 
termes importants de droit gallois, pp. 324-350; enfin un index des mots 
gallois, pp. 351-395. Une carte du Pays de Galles avant la conquête nor- 
mande termine ce volume. 

La disposition est moins commode que celle qu'avait adoptée Aneurin 
Owen, chez qui chaque page est divisée en deux colonnes dont la première 
contient le texte gallois, la seconde la traduction anglaise. M. Wade Evans 
aurait dû mettre sa traduction en regard du texte gallois. Au lieu de diviser 
son texte en livres, les livres en chapitres et les chapitres en paragraphes 
numérotés, comme l'a fait Aneurin Owen, imitant en cela la division du 
Digeste en livres, titres et paragraphes, M. Wade Evans a cru bien faire 
en reproduisant dans son édition les pages et les lignes des deux manu- 
scrits Harleian 4353 et Cleopatra A. xiv ; il rend par là très peu commode 
la collation de son édition avec celle d'Aneurin Owen qui, du reste, prenant 
pour base de son édition le ms. Peniarth 37,. avait donné en note les 
variantes de Harleian 4353 et de Cleopatra A. xiv, ayant par là rendu 
à peu près inutile l'édition de M. Wade Evans. Dans l'édition de M. Wade 
Evans, le respect des pages a eu, nombre de fois, un résultat bizarre dont 
voici un exemple. Après avoir reproduit, pp. 1-6, les folios 1-3 dums. Har- 
leian 4353, M. Wade Evans nous donne, pp. 7-14, les folios 37-40 de Cleo- 
patra A. XIV dont trente-deux lignes et demie correspondent exactement, 
10 aux lignes 19-25 de la page 5, 2° aux 25 lignes de la page 6, et par 
conséquent font double emploi avec ces 6 plus 25 lignes. Une fois le folio 
40 de Cleopatra A. xiv terminé, M. Wade Evans passe au folio 6 de Harleian 
4353 dont les 14 premières ligues, p. 15, correspondent aux lignes 7-21 de 
la page 14 tirées de Cleopatra A. xiv et font encore double emploi. 

Aneurin Owen savait comment se fait une édition ; M. Wade Evans 
l'ignore et nous a simplement mis entre les mains les matériaux d'une édi- 
tion qui reste à exécuter et qu'il est probablement incapable de nous don- 
ner. 

XII 

Plus haut, pp. 103-104, la Revue Celtique a rendu compte d'un mémoire 
de M. H. Zimmer, tirage à part d'un volume intitulé Die Kuliur âer Gegen- 
u'art, Teill, AbteiluugXl, I. Ce volume, grand in-8° de 409 pages, publié 
en 1900 par la maison Teubner de Leipzig a un second titre : Die Ronia- 
nischen Literaturen und Sprachen mit Einschhiss des Kcltischen. A la partie cel- 
tique ont collaboré, outre M. Heinrich Zimmer, MM. Kuno Meyer et 
Ludwig Christian Stern. M. Kuno Meyer, pp. 78-97, traite de la littérature 
irlandaise en huit chapitres : 1° la littérature conservée par des manuscrits 
antérieurs au xi^ siècle ; 2° la littérature épique; 3° la littérature histo- 
rique ; 40 la littérature juridique ; 5° la littérature religieuse ; 6° la littéra- 
ture savante ; 7° la littérature gnomique (recueils de maximes) ; 8° la litté- 
rature lyrique mondaine. 

M. Ludwig Christian Stern s'est occupé de la littérature gaélique de l'Ecosse 



Chronique. 329 

et de l'île de Man, p. 98-113 ; il parle du doyen de Lismore, xvie siècle, 
des supercheries de Macpherson et de la poésie gaélique d'Ecosse aux xviie, 
xviiie et xix= siècles, des contes et des proverbes, des essais en prose, des 
traductions de la Bible et des ouvrages de dévotion écrits en gaélique 
d'Ecosse à la même époque. 

Il passe ensuite à la littérature galloise, p. 114-130. Il croit qu'en général 
les plus anciens poèmes gallois datent du xii^ siècle et que si quelques-uns par 
exception sont antérieurs, ils ne peuvent remonter au delà du x^, sauf 
les deux courts poèmes du ixe siècle conservés dans le Juvencus de Cam- 
bridge. Il parle des lois, des Mahiiiogion et de l'influence exercée par l'Ir- 
lande sur les récits gallois, il n'oublie pas les textes historiques, ni la poésie 
galloise moderne, naturellement il s'étend sur l'œuvre de Davydd ab 
Guilym. 

C'est sur la littérature comique et bretonne qu'il est le plus bref, p. 131- 
137 : il consacre deux pages, aux textes comiques et cinq aux textes bre- 
tons. Il parle surtout du théâtre, mais il ne se borne pas là. Son opinion 
sur La Villemarqué est la même que celle de Luzel dont il cite la publication 
avec éloge. 

XIII 

Doni Fernand Cabrol, abbé de Farnborough, vient de faire paraître à 
Paris, librairie Victor Lecoffre, un volume in-12 dexxiii-341 pages intitulé 
L Angleterre chrétienne avant les Nornians. Une partie notable de cet ouvrage 
érudit est consacré aux Anglo-saxons. Mais les chapitres i et 11, pp. 1-52 ; 
IV, p. 71-91; le § 2 du chapitre V, p. 103-107; une partie du cha- 
pitre VIII, pp. 183-213, etc., concernent l'élément celtique, on y trouve un 
exposé clair et exact de l'histoire la plus ancienne du christianisme chez les 
populations celtiques des Iles Britanniques. 

XIV 

La rédaction de la Revue Celtique a reçu de la librairie Otto Schulze and 
Company d'Edimbourg un volume de viii-233 pages : Religio scotica its 
Nature as traceable in scotic saintly Tradition par M. Robert Graig Macla- 
gau. Nous avons déjà critiqué ce volume ci-dessus, pp. 100, ici. C'est 
un sujet qu'il serait long d'épuiser. Bornons-nous à signaler ici ce que, 
p. vil, l'auteur dit de la querelle qui eut lieu à propos de la date où 
devait être célébrée la fête de Pâques. Suivant M. Maclagan la pâque 
irlandaise était Beltain c'est-à-dire se fêtait le premier mai. Il ne sait pas le 
premier mot de la question. Voir à ce sujet Heinrich Zimmer dans Realen- 
cyclopaedie fiïr protestantische Théologie und Kirche, t. X, p. 223 ; A. Meyer, 
The celtic Church in Britain and Irelaïul; p. 61 ; Duchesne, Histoire ancienne 
de Véglise, t. I, p. 282 et suivantes, Origines du culte chrétien, p. 288 et 
suivantes. 



3 30 Chronique. 

XV 

Avec les dix-septième et dix-huitième livraisons commence le troisième 
volume de V Altceltischer S prachschat:;;^ que nous devons au labeur infatigable 
et à la science de M. Alfred Holder. A la colonne 464 l'ordre alphabétique 
se termine, et sur la colonne 465 commence le supplément, Nachtracgc. Cet 
ouvrage et son supplément sont appelés à rendre les plus grands services à 
quiconque s'occupe d'études celtiques soit au point de vue de la langue, 
soit à celui de l'histoire. 

XVI 

Notre collaborateur, M. Adrien Blanchet, dont les lecteurs de la Revue 
Celtique ont lu d'excellents articles sur la numismatique gauloise, vient de 
faire paraître un volume in-80 de lv-454 pages dont le titre est : Mémoires 
et notes de numismatique. Sept de ces mémoires concernent le monnayage 
celtique, savoir : quatre, pp. 40-72, 97-114, 1 31-140, 508-322, déjà publiés 
dans la Revue numismatique; un, pp. 186-199, 1"^ avait paru dans le Bulletin 
Lie la Société archéologique de Seits; un autre, p. 394, 395, qui avait été inséré 
dans la Revue belge de numismatique; enfin un inédit, p. 406-424, « Nouvelles 
recherches sur les monnaies celtiques de l'Europe centrale ». 

XVII 

Encore une œuvre posthume du regretté John Strachan : An Introduc- 
tion ta early IVelsh, un volume in-80 de xvi-294 pages. C'est une grammaire 
du vieux gallois, pp. 1-136, suivie d'un choix de textes, pp. 137-242, d'un 
glossaire, pp. 243-278, de variantes, pp. 279-280, d'un index, pp. 281-292, 
de Corrigenda, pp. 295-294. Nous espérons devoir bientôt à la plume si 
compétente de M. J. Loth un compte rendu détaillé de ce savant ouvrage. 

XVIII 

M. Padraic Mac Piarais vient de publier un volume in-12 de 61 pages, 
Bruidhean Chaoïthaiu « Château du Sorbier », texte irlandais, gloses et glos- 
saire. Ce morceau, dont le plus ancien manuscrit est daté de 1603, a été 
traduit par M. Joyce, Old Celtic Romances, 2^ édition, p. 177-222. 

XIX 

Nous avons dans notre précédente livraison annoncé la maladie du savant 
professeur de Heidelberg Hermann Osthoff. Il est mort le 7 mai dernier. Il 
était âgé de soixante-deux ans. Nous n'énumérerons pas ses nombreuses 
publications linguistiques. Nous rappellerons seulement son article intitulé 
Zur keltischen JVortkunde, publié l'année dernière dans la Zcitschrift fiir cel- 
tische Philologie, t. VII, p. 595-452, et dont il a été rendu compte dans la 



Chronique. 331 

Revue Celtique, t. XXIX, p. 250. Il a écrit cet article à la suite d'un voyage 
fait par lui en Irlande en 1907 et qu'il a raconté dans une brochure intitulée 
BiUer ans Irlande. La Revue Celtique, t. XXIX, p. 89, a parlé de cette 
brochure. 

Nous avions oublié que dans les Imlogennaiiischc Forschuiigeu, t. VI, 
p. 263-294, H. Osthoff a publié un savant article sur les labio-vélaires 
aspirées et non aspirées en celtique. La Revue Celtique, t. XVI, p. 116, a 
rendu compte de ce remarquable travail ; M. Vendryes nous le rappelle. 



XX 

Nous recevons l'annonce des cours que feront en juillet 1909, à hSchool 
of irish Leaniing de Dublin, MM. Osborn J. Bergin et J.Glyn Davies, l'un 
pour l'irlandais, l'autre pour le gallois, tous deux sous la direction de 
M. Kuno Meyer. Malheureusement, quand cette livraison-ci paraîtra, ces 
cours seront terminés. 

XXI 

A la page 1 10 de son livre célèbre. Die Deutschen und die Nachharstàmme 
qui date de 1837, Kaspar Zeuss a expliqué par Bardi, forme abrégée du 
nom des Langohardi, le nom du petit pays appelé Bardoigoiue et de la ville 
de Bardomvic aujourd'hui Bardewick, non loin de Lùneburg près de la 
rive gauche de l'Elbe en Hanovre. On retrouve ensuite la même doctrine 
chez Jacob Grimm, Geschichte der deutschen Sprache, troisième édition, 1868, 
p. 475 ; chez Ernst Foerstemann, AUdaitsches Naiiienbuch, 2^ édition, 1872, 
p. 209, 210; chez Karl MùlienhofF, Deutsche Altertuinskunde, t. IV, 1900, 
p. 462. M. Karl Kayser, superinteudent in Goettingen, vient de publier sous 
la date de 1909 une brochure in-S" de viii-87 pages, accompagnées de deux 
cartes, Die Kelten des Bardengaus ; il prétend prouver que dans le nom de 
Barden-gau le premier terme Bardeu est celtique, bien que le second gau 
soit évidemment germanique. Il ne semble pas avoir démontré que sa 
thèse ait un fondement quelconque, bien que vraisemblablement les Celtes 
au temps de leur grande puissance aient atteint le bas Elbe, en aient même 
dépassé la rive droite. 

XXII 

Le tome quatrième de Migne, Patroloo-ia latina, 1844 ', contient les oeuvres 
de saint Cyprien, évèqae de Carthage, 248-258. Aux colonnes 869-882 de 
ce volume se trouve le De duodecim abusioitihus saeculi tractatus perperam 
Cypriano et Augustino adscriptus^. Une nouvelle édition de ce traité a paru en 
1909 à Leipzig chez le libraire J.C. Hinrich dans le tome XXIV des Texte 

1. Reproduction de l'édition de Baluze. Paris, 1726. 

2. Acomparer, dans l'édition de Baluze, les colonnes ccLXXvà ccLXXXViii. 



532 Chronique. 

tind Untersuchungen ^iir Geschichte âcr altchristlichen Literatur, publiés par 
MM. Adolf Harnack et Cari Schmidt. L'auteur de cette édition est M. Sieg- 
mund Hellmann qui en 1906 a donné dans \ts Ouellen uiid Untersuchungen 
l^iir lateinischen Philologie des Mittelalters publiés par Ludwig Traube une 
édition du Lihcr de rectorihus christiaiiis de Sedulius Scottus, ixe siècle. Il a 
été parlé de cette édition dans la Revue Celtique, t. XXVII, p. 11 2, où l'au- 
teur est appelé avec une faute d'impression H. Hellmann, au lieu de S. 
Hellmann. 

Le titre que M. Siegmund Hellmann donne au texte qu'il a fait réimpri- 
mer est Pseudo-Cyprianus . De XII ahusivis saeculi. Il établit que ce docu- 
ment est l'œuvre d'un irlandais et date du vue siècle, 650-700. M. S. Hell- 
mann étudie avec soin les manuscrits qui nous l'ont conservé ; il en donne 
les variantes. Il montre une connaissance approfondie de la littérature 
latine du haut Moyen-Age et des ouvrages modernes qui la concernent. Il 
connaît moins les textes irlandais. Ainsi c'est d'après Haddan et Stubbs, 
CotDicils and ecclesiastical Documents relaling to Greal Britain and Ireland, 
t. II, 2e partie, p. 344, qu'il cite, p. 15 de sa préface, un passage du Senchus 
Mor ; il ne renvoie pas aux Ancicnt La-œs of Ireland, t. I, p. 54, 1. 7-9, d'oîi 
ce passage est extrait. 

XXIII 

Au dernier moment nous recevons de Londres un envoi de la librairie 
David Nutt. C'est la photogravure de la partie en parchemin du ms. Raw- 
linson B. 502 de la Bibliothèque Bodléienne d'Oxford; les deux premiers 
feuillets datent de la fin du xi^ siècle ou du début du xiie; le reste est d'une 
époque plus avancée du xii^. 

On doit à la Royal Irish Académie les fac-similés de trois importants 
manuscrits irlandais : i^^ Leahhar na h-Uidri, fin du xi^ siècle ou début du 
xiie, publié en 1870; 2° Leabhar Breac, commencement du xv^ siècle, 
publié en 1876; 30 ne Book of Leinster, milieu du xii'^ siècle, publié en 
1880. Postérieurement, remplaçant les fac-similés par des photogravures, 
la Royal Irish Academy nous a donné : 4° The Book of Ballymote, commen- 
cement du xye siècle, publié en 1887; 5° The Yclloiu Book of Lecan, fin du 
xive siècle, publié en 1896. Ces cinq volumes sont des recueils, ils forment 
chacun une petite bibliothèque. L'édition a été dirigée, pour le premier de 
volumes par J. T. Gilbert, pour le second par Samuel Ferguson, pour les 
trois suivants par Robert Atkinson. 

Le nouveau volume, qui sera le 6^ de la collection, est un recueil de 
pièces comme les précédents; mais il n'émane pas de la Royal Irish 
Academy ; nous le devons au zèle laborieux comme à la science de 
M. KunoMeyer, qui, dans une introduction de quatorze pages in-folio, nous 
donne l'indication des morceaux publiés déjà ; il y joint le nom de l'auteur de 
chaque édition et il renvoie, quand il y a lieu, aux copies contenues dans 
d'autres manuscrits. La photogravure couvre 166 pages à deux colonnes, 
correspondant aux folios de parchemin 1-12 et 19-89 du ms., avec suppres- 
sion de feuillets en papier écrits au XYii^ siècle. Le volume se termine par 



Chronique. 333 

42 pages contenant deux index : 1° celui des lignes initiales de chaque 
morceau, 2° celui des généalogies. Le tout, introduction, photogravure et 
index, constitue un in-folio de 222 pages. Le titre est : RawUnson B. 905, a 
Collection of Pièces in Prose and Verse in the irish Langiiage, compiled during 
the eleventh and Iwelfth Centuries, noiu piddisljed in facsimile from the original 
manuscript in the Bodleian Ltbrary wilh an Introduction and Indexes by 
Kuno Meyer, professer of Celtic in the University of Liverpool. Le ms. 
Rawlinson B. 502 peut, dans ses premiers feuillets, être considéré comme 
à peu près contemporain du Leàbhar na h-Uidri, le plus anciens des cinq 
mss. irlandais publiés jusqu'ici, soit en fac-similé, soit en photogravure, le 
reste, contemporain du Book of Leinster, contient un grand nombre de 
morceaux inédits. 

XXIV 

Nous allions mettre sous presse quand nous avons reçu de M. Kuno Meyer, 
actuellement à Dublin où il s'occupe de la School of irish Learning, un joli 
et savant volume in-80, cartonné, de vu- 6 3 pages, qui contient un 
traité élémentaire de métrique irlandaise, Primer of irish Metric, suivi d'un 
glossaire des mots irlandais cités, et d'une liste alphabétique des poètes 
irlandais depuis les temps mythologiques jusqu'à nos jours. La maison 
David Nutt a édité ce livre. 



XXV 

Le 19 juillet 1909, M. Walter Yeeling Evans Wentz, précédemment 
élève de Standford University en Californie, et membre de Jesus-College 
à Oxford, a soutenu devant la Faculté des Lettres de l'Université de Rennes 
une thèse de doctorat . Elle est intitulée The Fairv-faith in Celtic Countries, 
its psychical Origin and Nature. C'est un volume in-80 de xxii-314 pages 
écrit en anglais et imprimé chez Oberthur à Rennes. On peut le considé- 
rer comme un traité de mythologie celtique. L'auteur connaît tous les 
livres, tous les mémoires dont cette mythologie a été l'objet. Il y joint 
comme folkloriste un certain nombre d'observations personnelles. Son livre 
est plein d'intérêt ; mais il ne s'en suit pas que suivant nous on doive en 
tout point accepter ses doctrines comme le dernier mot de la science. 

Ainsi nous ne considérons pas comme démontré que le héros Cùchulainn 
fût identique au dieu Lug, son père, nous les voyons agir l'un à côté de 
l'autre dans la rédaction la plus ancienne du Tdin bô Cùalngc '. 

Employer le mot, rchirth « renaissance » pour exprimer la filiation, cela 
peut être élégant et littéraire, mais c'est à notre sens abusif. La filiation de 
Cùchulainn, demi-dieu, dont le grand dieu Lug, mieux Lugus, est le père, 
nous offre un phénomène identique à la filiation du demi-dieu grec Hêra- 

I . Voir plus haut, p. 80, 82, 88. 

Revue Celtique, XXX. 22 



534 Chronique. 

clés dont le dieu suprême Zeus est le père, comme on le voit chez Homère, 
Iliade, chant XIX, vers 98 et suivants, et chez Hésiode, Bouclier d'Hercule, 
vers 30 et suivants. Héraclès, né de l'union d'un dieu et d'une femme 
n'est qu'un demi-dieu, il est parfaitement distinct de Zeus. De même 
Cùchulainn est un demi-dieu, qu'on ne peut confondre avec le grand dieu 
qu'il a eu pour père, quoiqu'en dise, p. 189, le livre que nous critiquons. 

Nous ne pouvons pas davantage admettre ce que nous lisons p. 179 : 
The ancient irish bards U'he were oue of the orders of Druids ; l'auteur paraît 
ignorer la distinction si bien établie entre les druides, les filid et les bardes, 
trois ordres dont le dernier était fort méprisé par les deux premiers, voir le 
texte irlandais reproduit par le Dr. E. Windisch, Wœrterhuch, p. 384, au 
mot hdrd. 

Les p. 129, 130 sont consacrées aux palais souterrains des sidhe, c'est-à- 
dire de certains dieux . L'auteur paraît ignorer que la population des cavernes 
a, dans l'Europe occidentale, précédé les Indo-européens, et que ces palais 
divins, situés sous les montagnes, sont le résultat de la confusion faite par 
le peuple entre un souvenir historique, celui de la population des cavernes, 
et une conception mythologique celle des dieux à forme humaine. Mais il 
y eut une époque où les Celtes adoraient les forces visibles de la nature 
sans leur donner forme humaine. La formule celtique du serment par le 
ciel, la terre et la mer' remonte plus haut que la date où les Grecs ont 
personnifié le ciel sous le nom de Zeus, la terre sous le nom d'Haïdès, la 
mer sous le nom de Poséidon . Le culte des eaux sacrées, des arbres sacrés 
dont parle M. Wentz, p. 220-227, s'adresse à des divinités secondaires du 
même ordre, de même aussi le culte des animaux ^. 

La façon dont M. Wentz considère le côté psychologique de son sujet, 
nous semble étrange, nous ne sotnmes pas sûr de l'avoir compris, nous 
renonçons à en donner l'analyse. 

Ce serait à nos yeux la partie faible d'un livre qui d'ailleurs atteste chez 
l'auteur une sérieuse érudition. 

XXVI 

Plus haut, t. XXVIII, p. 209, nous avons annoncé le savant mémoire de 
Sir John Rhys, The celtic Inscriptions of France and Italy. Il date de 1906. 
Depuis, en 1908, une inscription alors inconnue a été découverte à Alise- 
Sainte-Reine. C'est une dédicace, deo Uctieti et Bergusiae. Cette trouvaille 
a été le point de départ d'une savante étude du chanoine M. Morillot inti- 
tulée : Deux inscriptions d'Alesia, l'une gauloise, l'autre latine, et les divinités 
Ucuetis et Bergusia, brochure in-S» de 51 pages et une planche, plus sept 

1. Strabon, 1. VII, c. m, § 8 ; 1. I, c. iv, § 6. Ethica Niconiachea, 1. III, 
c. VII, dont il faut rapprocher des textes irlandais chez Windisch, Tdin hô 
Cûaînge, p. 677, 1. 4752-4756; p. 713, 1. 5026-5029; p. 869, 1. 5974- 
3979; cf. p. 667, 1. 4689-4690. 

2. Cette question a été traitée aux pages 143 et suivantes du petit volume 
intitulé : Les druides et les dieux celtiques à forme d'animaux, p. 1 50-163. 



Chroîiiqiiê. 555 

figures intercalées dans le texte, le tout imprimé en 1909 chez Jobard à 
Dijon. L'inscription gauloise dont parle ce titre est depuis longtemps con- 
nue, c'est aussi une dédicace : le nom de la divinité, Ucuetis, y est écrit au 
datif Ucuete et sur la même inscription on peut consulter le mémoire pré- 
cité de Sir John Rhys, p. 4. Dans cette inscription se trouve le mot gaulois 
ieuru qui, suivant M. Morillot, veut dire vovit. Mais l'équivalent latin de ce 
mot dans les inscriptions est aussi bien donavit,fecit que vffi'it. De plus, l'w 
final de ieuru semble être l'équivalent du latin : comparons le datif gau- 
lois Alisanu, de l'inscription de Couchey aujourd'hui au musée de Dijon, 
datif devenu Alisano dans l'inscription latine de Visignot, aujourd'hui 
au musée de Saint-Germain. J'ai cru pouvoir en conclure (\\Jit ieuru est une 
première personne du singulier du présent de l'indicatif, pouvant se traduire 
par/ac/o, dono, voveo, ou mieux uoueo. 

M. Morillot discute l'étymologie des noms de la déesse Bergusia et du 
dieu Ucuetis . Bergusia dérive d'une racine indo-européenne bhergh, brgh, 
« être haut » d'où l'allemand herg « montagne », hurg « château » et le 
gaulois Z'/'/o'a «forteresse », mot dont viennent le nom de peuple gaulois 
Brigantes et celui de divinité gauloise Brigantia dont on peut rapprocher le 
sanscrit brhant, <( grand, haut, respectable «. Cf. Whitley Stokes, Urkeî- 
iischer Sprachschat:(, p . 171. La forme primaire bherg de cette racine exis- 
tait-elle en gaulois? M. l'abbé Morillot le croit. L'a-t-il prouvé? Quant à 
Ucuetis, il ne propose aucune étymologie et se borne à constater que les 
deux premières syllabes Ucu se rencontrent dans des noms de lieu gaulois. 

XXVII 

Le même chanoine Morillot a fait paraître en même temps à la même 
imprimerie, une brochure in- 12 de douze pages : La source sacrée d'Alesia 
aux temps payeus. Il y établit que cette source sacrée n'est pas la même que 
celle qui, aux temps chrétiens, a été consacrée à sainte Reine. La situation 
de la source sacrée des temps payens est établie par les nombreux ex-voto 
qu'on y a trouvés cette année même, ce que ne pouvait savoir M. Jullian qui 
en 1907 a confondu les deux sources. 

H. d'Arbois de Jubainville. 



PÉRIODIQUES 



Sommaire. — I. Sitzungsberichte der Koeniglich-preussischen Akademie der Wissen- 
schaften. — II. Irish Theological Q.uarterly. — III. Irish ecclesiastical Record. — 
IV. Boletin de la Real Academia de la Historia. — V. The celtic Review. — VI. 
Zeitschrift fur vergleichende Sprachforschung. — VII. Bulletin archéologique 
du Comité des Travaux historiques et scientifiques. — VIII. The American Jour- 
nal of Philology. — IX. Annales de Bretagne. — X. Revue archéolog'ique. — XI. 
Indogermanische Foischungen. — XII. Folklore. — XIII. Mémoires de la Société 
de linguistique de Paris. — XIV. Publications of the Modem Language Association 
of America. — XV. Athenaeum. — XVI. The Transactions of the honorable Society 
of Cymmrodorion. — XVII. Irish leabhar Gaedhilge. — XVIII. Glotta. — XIX. 
La Revue. — XX. Pro Alesia. 



I 

La seconde section du traité intitulé Flathiusa hErend (Livre de Leinster, 
p. 24, col. i) a pour titre : Iiicipit do flathiiisaib ociis amseiaih hErend iar 
cretim. « Des règnes et des temps de l'Irlande après sa conversion au christia- 
nisme » . Cette section débute en disant que Loegaire mac Neill fut roi suprême 
d'Irlande pendant les vingt ans qui ont suivi l'arrivée de saint Patrice. Cette 
arrivée ayant eu lieu en 432, ce serait de 432 que daterait l'introduction du 
christianisme en Irlande. O' Donovan, dans son édition des Annales des 
quatre maîtres, 185 1, t. \, p. Li et p. 428, notes b, c ; Todd, St. Patrick, 
Apostle oj Ircland, 1864, p. 189 et suivantes; O'Mahony dans sa traduction 
de l'histoire d'Irlande de Keating, 1866, p. 408, note ; Bury, The Life of St. 
Patrick, 1905, pp. 14, 51, 349, protestent contre cette doctrine et sou- 
tiennent qu'avant l'arrivée de saint Patrice en Irlande comme évèque mission- 
naire en 432 il y avait déjà des chrétiens en Irlande. M. Heinrich Zimmer a 
consacré à la défense de la thèse de ces quatre érudits deux tort savants 
mémoires insérés dans les Sitzungsberichtk der Koeniglich-preussichen 
Ak.\demie der Wissenschaften, séances de la classe de philosophie et d'his- 
toire tenues les 15 et 22 avril 1909, pp. 543-580, 582-612. Il admet l'exis- 
tence d'un Patrice historique, auteur de la Confessio et de l'épître à Coroticus, 
mais il considère comme légendaire une grande partie des actes attribués à 
ce saint personnage dans des écrits postérieurs. 

Les premiers apôtres de l'Irlande furent des moines sortis probablement 
des monastères de Ligugé (non Ligugué), en France, département de la 
Vienne, et Marmoutier, Indre-et-Loire, fondés par saint Martin qui fut 
archevêque de Tours de 373 à 401, date de sa mort. De là vient la forme 



Périodiques. 337 

spéciale qu'eut d'abord le christianisme en Irlande où beaucoup d'évèques 
étaient des moines subordonnés à des abbés. Saint Patrice paraît avoir fait 
exception quoiqu'il ait été moine. 

Le nom brittonique de Patrice était Sucat, son nom latin Patriciiis, un 
cognomen dont la Grande Bretagne romaine nous offre d'autres exemples 
(Corpus inscriptioniim latinanim, t. VII, nos 1198, 1336 (806-8 [i, 1079, 
1080) et qui est devenu en irlandais d'abord Cothraige, en dernier lieu Patrice ; 
Cothraige est conforme aux lois phonétiques qui ont donné en irlandais corciir 
de purpura, clum ào. pluma ; Patrick est un calque postérieur, bien qu'ancien, 
de la forme latine, Patricius, prononcée encore sans l'assibilation basse 
latine du c, cf. l'irlandais ortba, au génitif singulier orthan, du latin oratio, 
-onïs, qui a donné en français « oraison » avec assibilation du /. 

Il y a quelques points de détail sur lesquels nous ne partageons pas l'opi- 
nion du savant auteur. Nous n'admettons pas que dans cct-inuiuter, « first 
chief wife » comme traduit R. Atkinson, Glossarv to Brehoii Laïus, p. 134, 
muinter soit un emprunt au latin vionasteriuni qui n'a aucun rapport avec le 
droit matrimonial ; et c'est à l'alphabet latin, tel que l'entend Varron, qu'est 
empruntée l'idée de la lettre ogamique appelée en irlandais iigedal, en latin 
agma, dont la valeur est ng ' ; l'alphabet ogamique n'est autre chose que l'al- 
phabet latin gravé par des ouvriers incapables de tracer des lignes courbes. 

II 

Le R. P. L. Gougaud a inséré dans I'Irish theological Quartely de jan- 
vier 1909 un mémoire dont le titre est Notes on the latin Writers of mediaeval 
Ireland. C'est la critique d'un article de M. Mario Esposito, The latin Writers 
of mediaeval Ireland . Elle complète ce travail et donne avec preuves à l'ap- 
pui la liste des Irlandais qui ont écrit en latin du cinquième au neuvième 
siècle. Saint Patrice apparaît au début, mais il était gallois d'origine, c'est 
un irlandais d'adoption. 

III 

M. Thomas O' Nuallain a commencé dans I'Irish ecclesiastical 
Record de mai 1909 une étude sur les textes qui établissent qu'au moyen 
âge l'Irlande posséda un certain nombre de savants auxquels la langue 
grecque était connue. Sans être une découverte, c'est un sujet intéressant à 
traiter. 

IV 

Les numéros de mars et d'avril du Boletin de la real Academia de la 
HiSTORiA contiennent, pp. 256, 257, 338-340, deux lettres de M. Edouard S. 

I. O'Donovan, A Graniniar of the Irish Language, p. xxxii ; cf. Pris- 
cien, chez Kcil, Granunatici latini, t. II, p. 30, qui renvoie à Varron, De 
origine linguce latina:. 



358 Périodiques. 

Dodgson concernant une copie du Dictionnaire français-hretoii de Vannes com- 
posé par Pierre de Châlons ■ qui est mort en 17 18, et dont on a aussi un Dic- 
tionnaire breton-français de Vannes, in-i2, [iv]-i75 pages, publié à Vannes, 
après le décès de l'auteur, en 1723 ^. La copie du Dict ionnaire français-breton 
que signale M. Dodgson se trouve àBilbao dans la Bibliotliecade la Diputa- 
cion de Vi:^caya. Une autre copie de ce dictionnaire existe à Paris, Biblio- 
thèque Nationale, manuscrits celtiques et basques, nos 67-70 ; elle porte la 
mention « Revu et corrigé depuis la mort de l'auteur, 1723 » >. Cette copie 
a été indiquée à M. Dodgson parM. Henri Gaidoz dont il reproduit la lettre. 

La même bibliothèque de Bilbao possède aussi, dit M. Dodgson, des ma- 
nuscrits comiques. 

Aux pages 528-338 du Boletin d'avril 1909 est reproduit un article de M. 
L. Siret, déjà publié dans la Revue des questions scientifiques, janvier 1909, et 
intitulé Tvriens et Celtts en Espagne. Mais l'auteur s'y occupe beaucoup 
moins des Celtes que des Phéniciens de Sidon, xvi-xii^ siècles, des Phéni- 
ciens de Tyr, 1100-600 avant J.-C, puis des Carthaginois. 



Le numéro d'avril de The celtic Revievv débute par un article de 
Whitlev Stokes dont les épreuves, après la mort imprévue du savant auteur, 
ont été corrigées par M. Kuno Meyer. C'est un recueil de dix-sept gloses 
inédites, tirées d'un manuscrit du xviie siècle. Ce manuscrit, coté XXXVIII 
et appartenant à la Higliland Socielv de Londres, est déposé à la Bibliothèque 
des avocats d'Edimbourg. A ces gloses le regretté auteur à joint des notes 
étymologiques : ainsi, p. 294, il dit que tonn, expliqué par caillecl] « reli- 
gieuse » tient lieu de donna =: domina : dans tonn sous l'influence de l'accent 
la sonore initiale est devenue sourde, comme dans tesc de discus. 

Parmi les autres intéressants articles que ce numéro contient, nous signa- 
lerons : la suite de la publication des poèmes d'Alexandre Mac Donald par 
le professeur Mackinnon ; l'exposé par M. J. M. Mackinlay des relations que 
saint Oswald, roi de Northumbrie, mort en 642, eut avec Columb Chille, 
abbé d'Iova, et avec Aidan, évéque Lindisfarne, tous deux irlandais ; un 
mémoire de M. Douglas Hyde demandant que la langue irlandaise soit 
enseignée dans la nouvelle université nationale d'Irlande ; une étude sur cinq 
termes topographiques gaéliques par M. W. J. Watson ; l'éloge par M. 
Donald Maclean, de M. Alexandre Carmichael, auteur des Carmina Gade- 
lica. 

La livraison se termine par un mémoire de M. Alfred Nutt qui explique 
fort judicieusement en quoi a consisté l'établissement anglo-normand eu 
Irlande au xil^ siècle. L'Irlande alors ignorait l'unité politique. Elle ne l'a 

1. Levot, Biographie bretonne, t. I, p. 278, l'appelle Nicolas de Chàlons. 

2. A comparer le Dictionnaire breton-français du dialecte de Vannes, in-8° 
[iv]-239 pages, publié en 1904 parM. Emile ErnauU,chezLafolye, à Vannes, 

3. Revue celtique, t. XI, p. 421, 



Périodiques. 539 

pas eue d'avantage après la soi-disant conquête du roi d'Angleterre Henri II. 
Quelques points seulement ont été occupés par les Anglo-normands. 

VI 

La dernière livraison du tome XLII de la Zeitschrift fur vergleichende 
Sprachforschung nous offre deux intéressants rapprochements étymolo- 
giques, l'un, p. 374, du vieil irlandais croccH» « dos » avec le sanscrit knin- 
cati « se courber », l'autre, p. 387, de l'allemand li'iDipel « boue » avec l'ir- 
landais^;/?' « noir ». L'auteur du premier est M. R. Trautmann ; le second 
est proposé par M. W. Prellwitz. 

VII 

Des rapports contenus dans le Bulletin archéologiq.ue du comité des 
Travaux HisTORiauES et scientifiques année 1908, 2^ livraison, le plus 
important au point de vue où nous nous plaçons est celui du commandant 
Espérandieu sur les fouilles d'Alise en 1907, p. 142-170 et sept planches 
dont une reproduit un monument de pierre, haut de 0^32, représentant la 
déesse gauloise Epona. La plus grande partie des constructions découvertes 
datent de l'époque romaine ; mais les traces de l'époque précédente ne sont 
pas à dédaigner: sur 535 monnaies, si 271 sont romaines, 264 sont le produit 
du monnayage gaulois. Parmi les objets de bronze se trouve une plaque 
métallique sur laquelle on a reconnu pour la seconde fois la déesse Epoiia, 
Parmi les marques de potiers il y en a qui consistent en noms d'hommes 
gaulois, ainsi on peut signaler celle de Me66illus, celles qui nous offrent 
au génitif les noms d'hommes Caiiti, Scotti, Svierti. 

Un rapport du Dr Meunier sur l'établissement céramique de Lavoye, 
Meuse, donne aussi une liste de marques de potiers dont quelques-unes 
nous offrent également des noms d'hommes gaulois, tels que Boiidus, 
Cintug\ii]-atu[s], Gesatus. 

VIII 

Dans The American journal of Philology, vol. XXIX, 4, p. 433 et 
suivantes, M. Otto B. Schlutter a inséré un savant mémoire sur Gildas, Lihel- 
liisqiiendus de excidio Bn'tainioniiit comme source de gloses dans un ms. du 
fonds Cottonien au musée Britannique. Le texte imprimé de Gildas qu'il cite 
est celui de Migne, Patro!oo-ia latina, t. 6i~), col. 329-392, qui remonte à 
1848. Le savant auteur paraît ignorer l'édition donnée par Théodore Mom- 
msen, en 1888, du De excidio et conquestu Britannix, le même ouvrage, 
dans les Moniiiiienta Gennaniae historica, in-40, Aiictorum anliquissinwrum 
toiniis XIII, Chronica minora, vol. III, p. 25-85. Le premier mot dont parle 
M. Schlutter, aitasta % Migne, col. 345 b, se trouve dans l'édition de Momm- 
sen, p. 39, ligne 2. Inutile de pousser plus loin la comparaison. 

i . Sur le sens du mot catasta, voir le Lexicondc Forcellini, édition De-vit, 
t. II, p. 1 1, et le glossaire de Ducange, édition Favre, t. II, p. 222. 



540 Périodiques. 

IX 

Le second article des Annales de Bretagne, t. XXIV, n° 2, janvier 1909, 
pp. 164-185, est de M. Pierre Le Roux, c'est la suite de son intéressante 
édition des chansons bretonnes de la collection Penguern. Suit, pp. 186- 
190, une note de M. H. Kervarec où est exposée la nullité grammaticale du 
fameux La Tour d'Auvergne. Le sixième article, p. 235-262, est de M. Fer- 
dinand Lot, c'est la suite de ses savants Mélanges d'histoire bretonne ; il 
y donne une édition de la Vita sancti Machutis par Bili. Enfin un morceau 
important est la Bibliographie bretonne publiée sous la direction de M. A. 
Lesort, pp. 267-301. Le § IX, pp. 288-289, est intitulé : Philologie et lin- 
guistique ; le §X,p. 289-293 a pourobjet le folklore. Nousaurions tort de ne 
rien dire du § VII, p. 283-286, dont le titre est : Archéologie préhistorique, 
celtique, gallo-romaine, et du § i, p. 267-268, Histoire du moyen âge où 
apparaissent les produits de la plume du P. L. Gougaud, de MM. J. Loth, 
Ferdinand Lot, Joseph Bédier, etc. 



La Revue archéologiq.ue, 4^ série, t. XIII, no de mars-avril 1909, débute 
par un article où, sous un titre incomplet : « Découvertede vases grecs dans un 
oppidum hallstattien du Jura », MM. Maurice Piroutet et Joseph Déchelette, 
donnent le détail des fouilles et des découvertes nombreuses faites par eux 
dans V oppidum dit Camp de Château, près de Salins, Jura; ils y ont recueilli 
notamment des fibules en bronze et croient pouvoir dater de la fin du vie 
siècle ou du commencement du v^ avant notre ère l'ensemble de leurs 
trouvailles. Signalons aussi un article de M. Piroutet sur les sépultures de 
l'âge du bronze en Franche-Comté, et principalement sur trois tumulus 
situés au pied du mont Poupet près de Salins. 

XI 

Le tome XXIV des Indogermanische Forschungen, première et seconde 
livraison, mars 1909, ne renferme aucun article qui traite spécialement une 
question celtique : mais on y trouve quelques rapprochements de mots néo- 
celtiques avec des expressions qui appartiennent à d'autres langues. Ainsi, 
p. 44, M. Herbert Petersson considère le gothique bleiths, « compatissant, 
bienveillant » comme identique au vieil irlandais mldith, hldith, << mou, 
doux ». Suivant M. K. Brugmann, p. 158, 159, le préfixe latin re-, red, 
tient lieu d'un primitif «rfJ, identique à l'irdandais /rj//; « contre », en gal- 
lois giurth ; le même auteur croit reconnaître dans l'irlandais tall « au-delà, 
là » an-all « de là », des composés dont le second élément apparaît sans 
préfixe dans le latin aliqiiis, alius, et dont Va est remplacé par dans le latin 
ollus, par z dans le latin ille. Dans la deuxième aux Corinthiens, Xll, 7, le 
grec a/.6Xo'!^ « aiguillon », est rendu chez Vulfila par le gotique Imulho, 



Périodiques. 341 

qu'une glose marginale explique par gairu, lisez qaini, mot gotique, iden- 
tique au latin veni «dard, pique »,à l'irlandais bir « épieu », au breton ber 
« broche de cuisine » ; telle est, p. 174, la doctrine de M. W. Streitberg. 

La même revue, t. XXIV, 3e et 4e livraisons, nous offre, p. 221-229, un 
article de M. Karl Helm qui insiste sur une qualité distinctive suivant lui de 
la race germanique, le goût des voyages sur mer, qu'il refuse aux Irlandais. 
Il semble ignorer la place que ces voyages tiennent dans la liste des sccla, 
« histoires » irlandaises, qu'on les appelle imram, longes, tochotnlud, voir 
O'Cmry, Lectures on the mss. Materials, p. 587, 592, 593. Voir aussi les 
deux volumes de MM. Kuno Meyer et Alfred Nutt sur le voyage de Bran. 
Rappelons enfin le voyage si fameux de saint Brendan. 

Suit un mémoire de M. N. van Wijke qui consiste en un recueil d'éty- 
mologies germaniques. Des mots celtiques y sont cités : le gallo-latin becais, 
p. 233 ; l'irlandais •.gabiin «je prends « ; buinne « bord », p. 234 ; hrissim 
« je brise », both « pénis », p. 235 ; tldith, « doux », p. 237. L'auteur con- 
naît la grammaire irlandaise de M. Pedersen. 

M. H. Petersson a écrit des Recherches indo-germaniques, où du vieil 
islandais li'idr « auge de bois », p. 267, il rapproche l'irlandais loathar « pel- 
vis », lothur <( alveus » ; il recherche, p. 270, l'étymologie de l'irlandais, 
cert « pierre » (?); p. 271, celle de l'irlandais, carn «tas de pierres » ;p. 276, 
celle de l'irlandais è/"îaW(?H, « château, palais ». 

XII 

Le Folklore, vol. XIX, n" 4, 30 décembre 1908, p. 472, nous apprend 
qu'en Ecosse deux sources étaient encore, il y a peu d'années, considérées 
comme sacrées. Elles sont situées près d'Aberdeen. Les amoureux allaient 
graver leur nom dans le gazon voisin de ces sources. Cette opération se fai- 
sait pour une des sources le premier mai, jour de beltene, célèbre fête 
païenne à laquelle a succédé le feu de la saint Jean ; pour l'autre source, 
le premier mai était remplacé par le premier dimanche de ce mois. 

XIII 

Dans les MÉMOIRES de la Société de linguisticlue de Paris, tome XV, 
4e fascicule, M. A. Meillet a publié un article sur le suffixe indo-européen 
nés; il y parle, p. 254, de l'irlandais léicini « je laisse », air-licim, « je 
prête " ; p. 259, de l'irlandais olann « laine » en gallois ^îu/aw ; p. 260, de 
l'irlandais ail « rocher », en rapprochant ces mots néo-celtiques des formes 
correspondantes qu'on trouve dans d'autres langues indo-européennes. 

Le cinquième fascicule du même tome débute, p. 273, par un mémoire 
de M. A. Ernout : " Recherches sur l'emploi du passif latin à l'époque 
républicaine ». L'auteur v met en regard des formes itaUques celles des 
langues néo-celtiques, surtout de l'irlandais. 

Ce fascicule se termine par un article de M. A. Meillet : « A propos de 
quelques étymologies », ce savant linguiste y parle du grec /.X8({)o|j.a[ « j'ai la 
réputation de », et en rapproche, p. 336, le comique clewaf, moyen breton 
clevaff K j'entends », p. 337, V irlandais cl uiniur, même sens. 



342 Périodiques. 

XIV 

Aux pages 599-645 du tome XXIII des Publications of the modern 
LANGUACE ASSOCIATION OF A.MERiCA OH pcut lire Une dissertation signée 
Margaret Shove Morriss sur la question de savoir qui est l'auteur de deux 
romans conservés au Musée Britannique, fonds Cottonien, dans un manu- 
scrit du commencement du xive siècle, côté Faust. B. VI : 1° Historia sive 
vita Meriadoci, régis Cambriae, 2° De ortu Valiinanii, nepotis Arturi. Les 
titres sont ainsi donnés dans le catalogue du fonds. Le second roman con- 
cerne le fameux Gauvain. Ces romans ont été tous deux publiés par le pro- 
fesseur Bruce 1898, 1900; et Baie, Index Britanniae Scriptormn, xvie siècle, 
a dit que leur auteur est Robert, abbé du Mont-Saint-Michel. Il s'agit de 
Robert de Torignv, auteur d'une chronique que M. Léopold Delisle a 
publiée en deux volumes, 1872, 1874, et qui vécut au xii^ siècle, de iiio 
environ à 1 186. Rien ne s'oppose, semble-t-il, à ce qu'on accepte la doctrine 
de l'auteur de V Index Britanniae Scriptormn. Ainsi, dans le De ortu, Gauvain 
porte un surcot sur sa cuirasse, son casque est muni d'un nasal qui lui pro- 
tège le nez, ce sont bien là deux modes usitées au xii^ siècle. On voit dans 
le même ouvrage Gauvain se rendre à Jérusalem alors capitale d'un royaume 
chrétien, donc avant 11 87, date où Saladin s'empara de cette ville. Rien 
donc ne doit nous empêcher de reconnaître avec Baie Robert de Torigny 
dans le R. que nous offrent au début de VHistoria Meriadoci le ms. le plus 
ancien, celui du fonds Cottonien au Musée britannique, et le ms. plus récent 
du fonds Rawlinson à la Bibliothèque Bodléienne d'Oxford : Incipit prolo- 
gus K. Il faut lire R[oberti]. 

XV 

M. Alfred Nutt a écrit une notice nécrologique sur Whitley Stokes et l'a 
fait paraître dans I'Athenaeum, du le"" mai dernier, p. 529. Il y donne une 
liste des publications du regretté celtiste en les rangeant par ordre de 
matières, v Le style de Whitlev Stokes », dit-il en terminant, « était 
simple, vigoureux, vif et pittoresque, reproduisait complètement les qualités 
littéraires des originaux qu'il traduisait. Si l'on croyait nécessaire de faire un 
choix entre l'ensemble de ses traductions et celles des autres celtistes ses 
contemporains, la préférence lui serait donnée par tout homme compétent ». 
M. Alfred Nutt a, comme on sait, publié en collaboration avec M. Kuno 
Meyer, en 1895 et en 1897, les deux volumes in-12 intitulés : The Voyage oj 
Bran, son of Fehal; il est lui-même du nombre des celtistes contemporains 
dont il parle, il appartient également au groupe des hommes compétents ; 
on nous pardonnera d'avoir traduit ainsi l'expression dont il se sert : 
instructed student. 

XVI 

Dans The Transactions of the Honorable Society of Cymmrodo- 
RION, session de 1906-1907, volume daté de Londres, 1908, il y a plusieurs 
articles intéressants. Le premier par M. Richard Ellis a pour objet quelques 



Périodiques. 343 

détails de la vie d'Edward Lhuyd, né en 1660, mort en 1709, après avoir 
publié en 1707 un volume in-40 de 436 pages numérotées, plus 24 sans pagi- 
nation : Archaeologia Britannica, vol. i, divisé en dix sections : 1° Compa- 
rative Etynwlogy; 2° A comparative Vocahulary of the original Languages oj 
Britain and Ireland ; 3° An armorie Grammar, traduite du Sacré collège de 
Jésus du P. Julien Maunoir, 1659; 4° -^'^ armoric-englisb Vocabulary; 50 
Some Wehh tVords omitled in Dr. Davies Dictionary ; 6° A cornish Grammar ; 
70 Manuscriptontm Britannicorum Catalogus ; 8° An Essay toiuards a British 
Etyniologicon ; 9° A hrief Introduction to the irish or ancient scottish Language; 
10'^ An irish-english Dictionary. Cette œuvre est certainement ce qu'il a été 
fait de plus important sur la grammaire comparée des langues celtiques 
avant la Graïuniatica celtica de Zeuss. C'est en quelque sorte le complément 
du livre de Davies : Linguae latinae Dictionarium duplex... Prius, Britauuico- 
latinum . . . Posterius Latino-Britannicuin, 1632. Le livre de Lhuyd est fort 
supérieur àcelui de Boxhorn, Origimuii Gallicaruiii liber, paùt in-40 de [xii]- 
120 pages, Amsterdam, 1654. Lhuyd était élève du Jésus Collège d'Oxford 
à la tête duquel est aujourd'hui placé Sir John Rhvs, cet autre éminent cel- 
tiste dont la légitime réputation est connue de tous les lecteurs de la Revue 
Celtique. 

L'article suivant a pour objet l'emblème national des Gallois. On dit ordi- 
nairement que c'est le poireau, en anglais leek, légume cultivé dans les jar- 
dins maraîchers et qui jouerait dans le pays de Galles le même rôle que le 
lis en France sous l'ancienne monarchie. Cet emblème provoque un peu le 
rire. M. Ivor B. John, auteur de l'article, dit qu'il faut dire « asphodèle », 
c'est une très jolie plante sauvage, et la confusion avec le poireau provient 
de ce que le mot gallois ceuinen a plusieurs sens dont un est celui de poi- 
reau, un autre celui d'asphodèle. 

Vient ensuite un article intitulé : IVales Church Dedications dont l'auteur, 
le Rév. J. Fisher expose que du v^ au vue siècle l'usage en Galles était de 
donner à chaque église le nom de son fondateur. Ces églises étaient, dit-il, 
de petites chapelles construites en bois, auxquelles ont succédé sur le même 
emplacement de grandes églises en pierre. 

Le volume se termine par une bibliographie des ballades galloises impri- 
mées au XVIII'-" siècle. L'auteur de cette bibliographie est M. J. H. Davies. 

XVII 

Le no du le"" mars de I'îrish Leabhar na Gaedhilge commence par un 
article signé Eôin mac Neill, et qui donne une liste de noms propres irlan- 
dais dans la forme ogamique en faisant suivre chacun de ses formes 
plus récentes, tel le génitif Lugudeccas en vieil irlandais Lugdech, en 
irlandais moderne Lughdheach, Lughdhach. Nous signalerons aussi, p. 234, 
235, une pièce de vers sur la mort de Whitley Stokes. 

XVIII 

Au tome XXVIII, p. 276, de la Revue Celtique, M. Adrien Blanchet a 
signalé sur une monnaie celtique un graffito, Anduarto, qui serait suivant lui 



344 Périodiques. 

un nom de divinité. Suivant feu M. Ihm, Glotta, Zeitschrift fur griechische 
und lateinische Sprache, t. II, p. 49-51, c'est un nom d'homme, identique à 
VAndm'arto d'une inscription de Milan, Corpus inscriptionum latinarmn, V, 
5955. M. Alfred Holder, Altceltischer Sprachschaii, I, 150, aurait à tort con- 
sidéré le datif Andovartoni de cette inscription comme le génitif d'Andovar- 
toriios. Voir à l'index du tome V précité, p. 11 34, col. 4, Andovarto Terti 
et cette leçon a pénétre dans le Thésaurus liiiguae latinae, t. II, col. 36. 

XIX 

Dans La Revue, nos du 15 septembre et du i^r octobre 1908, ont paru 
deux articles de M. Yan Morvran Goblet. Leurtitreest : La Utléralure celtique 
au A'A'e siècle. Après avoir parlé en général de cette littérature en deux chapitres 
préliminaires, l'auteur consacre un troisième chapitre aux auteurs gallois, 
puis en un quatrième il s'occupe des Gaels d'Irlande ; un cinquième cha- 
pitre a pour objet la littérature des Gaels d'Ecosse et de l'île de Man ; enfin 
l'auteur traite de la renaissance bretonne en France. C'est un exposé, fort 
intéressant et qui semble complet, du mouvement littéraire qui se produit de 
nos jours dans les régions celtiques séparées les unes des autres par la mer 
et par les différences dialectales. 

XX 

Nous venons de recevoir tout ensemble en un paquet, cinq livraisons de 
Pro Alesia, 3e année, la première de ces livraisons est celle de juillet-août 
1908, la dernière celle de janvier-février 1909. Cette Revue continue à être 
fort instructive. M. Léon Berthoud, p. 385-390, 412-417, y parle d'un vase 
de bronze avec dédicace Deo Ucueti et BergusiacK M. H. Fleming, p. 391- 
395, 430-435, 480-486, étudie les objets provenant d' Alesia qui sont con- 
servés au Musée ethnographique de Berlin. Sont continués par M. Testart, 
p. 400-404, le récit des fouilles faites au mont Auxois avant Napoléon III, 
par M. Pernet, p. 418-422, 458-460, 472-475, celui des fouilles exécutées 
au même lieu par ordre de cet empereur. M. Otto Hirschfeld, dans un savant 
article intitulé Alesia et les Mandubiens, p. 409-41 1 , résume ce que les textes 
et les inscriptions nous apprennent sur cette ville et sur ce peuple. M. A. J. 
Reinach., p. 425-429, 452-457, 468-472, étudie la nouvelle déesse mère 
d' Alesia. M. C. Jullian, p. 465-467, cherche à déterminer l'emplacement 
précis où fut livrée la bataille de cavalerie qui précéda le siège d' Alesia par 
Jules César. M. C. Joly, p. 449-451, 476-480, disserte sur la question de 
savoir comment les chevaux étaient chaussés pendant ce siège. Un article 
dépourvu de signature, p. 436-439, traite de l'industrie des bronziers d'Alesia. 

H. d'Arb'ois de Jubainville. 
I. Cf. ci-dessus, p. 334. 



THE NATIONAL LIBRAIRY OF WALES 



Aberystwyth. 
To the Editor, 

Sir, 

Speaking from the Presidential Chair of the National Eis- 
teddfod at the Albert Hall London on the i6th June last, 
the Prime Minister referring to the National Library of Wales 
said, " That National Library will, I trust, become the home, 
the gathering, and the trainingground of Celtic Scholarship in 
this Country in the years that are before us. It already pos- 
sesses, either actually or in promise, some of the most valuable 
manuscripts and books which it is possible to accumulate for 
those who désire to explore the antiquities of Celtic littérature 
and Celtic history ". The Prime Minister went on to point 
out that it was a patriotic duty to assist the National Library 
and the National Muséum by " adding to the treasures of 
which thèse great national institutions are to be the store- 
house ". 

The National Library of Wales was founded by Royal 
Charter granted by H. M. the King in 1907, and entered upon 
the first stage of its existence on January ist of the présent 
year in a temporary building at Aberystwyth, a building admi- 
rably adapted for the storing and cataloguing of the Collec- 
tions pending the removal to the permanent building which 
will be erected on a magnificent site of four acres, close to the 
town of Aberystwyth, generously given for the purpose by 
the Right Hon. Baron Rendel. 

A large number of valuable gifts of Books, Manuscripts, 
Prints, and Drawings has already been made to form the 
nucleus of the Library, which at this moment contains the 



34^ /. Williams. 

finest collection ofWelsh MSS in existence, including the 
famous Hengwrt-Peniarth MSS ; the collection of MSS and 
early Welsh Books made by Moses Williams, afterwards the 
property of the Earls of Macclesheld ; and a number of MSS 
derived from other collections. The Hengwrt Library includes 
not only the oldest text of Romance literature, but also one 
of the most valuable MSS of Chaucer's Canterbury Taies, and 
other MSS of great importance. The number of printed books 
already in the Library is nearly 50.000. 

We need, however, very many books in Celtic Literature, 
and, even more, works of gênerai référence, standard books 
in English and other languages, sets of Transactions of 
Literary, Historical, and Scientific Societies, sets of the great 
periodicals, Dictionaries, Encyclopaedias, and many other 
books of varions kind whichs we hâve no funds to acquire. 

The Charter provides for the circulation of duplicate books 
for educational and research purposes, and this will be an 
important feature of the work of the Library. The case ot 
Wales is exceptional. Its University consists of three National 
Collèges situated at Averystwyth, Bangor, and Cardiff, while 
there are other important centres of educational activity, ail 
urgently in need of the aid which it is hoped the National 
Library will be able to give to the higher branches of study. 
I wish particularly to state that >vhile tbe Celtic side of the 
Library must be its strongest feature, yet the object for which 
it was founded is much wider. It is to be a National Library 
in the best sensé, designed to aiford in Wales that opportu- 
nity and encouragement for study and research hitherto wan- 
ting, and the lack of which has placed Wales at a disadvan- 
tage as compared with the other divisions of the United 
Kingdom, and with other countries. England, Scotland, and 
Ireland enjoy great privilèges under the Copyright Act, which 
Wales has not received, and can hardly now expect to receive. 
Three Libraries in England, and one each in Scotland, and 
Ireland are entitled to onefree copy of every book published 
in the British Islands, while five or six other Librairies which 
formerly had the same privilège now receive an annual grant 
from the public funds in lieu of it. 



The national librairv of iVales. 347 

It is contemplated to proceed as soon as circumstances will 
permit with the érection of permanent buildings, and plans 
hâve been provisionally adopted, A sum of 321.000 has been 
subscribed towards the building fund. To erect a suitable 
and worthy building will cost a far larger sum. The Contri- 
butors to the fund include résidents in ail parts of Wales and 
Monmouthshire, and many residing in London and elsewhere, 
including Welshmen abroad. The fund is a truly national one, 
and is made up of sums ranging fro^n 85,000 to three pence. 

The Quarrymen of Festiniog and neighbourhood for ins- 
tance made up a list of 744 names for a contribution ol 
370.18.0, while the Teachers ot Cardiganshire agreed to 
make up 3,100. In Carmarthen, Swansea, Cardigan, Aberay- 
ron, and other Centres large and small, Committees were 
formed to collect subscriptions. The Contributors to the fund 
fully represent the Welsh people, and their enthousiasm for 
the National Library is clearly shown. 

The Library heas also received gifts from kindred Institu- 
tions. The British Muséum, the Library of Congress at 
Washington, the Smithsonian Institution, the Corporation ot 
London, the John RylanJs Library Manchester, the National 
Library of Ireland, and the principal Public Libraries hâve 
each sent sets of their publications, while the University of 
Oxford has made a grant of publications of the Clarendon 
Press. Several eminent scholars at home and abroad hâve 
also sent gifts of books, in many cases spontaneously, and 
with a graciousness which greatly enhances the value of their 
gifts. 

The Library is managod by a Court of Governors and a 
Council to which bodies members are nominated by H. M. 
Privy Council, by the County and Borough Councils of Wales 
and Monmouthshire, the University of Wales, and the three 
University Collèges. The maintenance is provided by a grant 
in aid from H. M. Treasury, which at présent only provides 
for bare working expenses. No sum for purchasing the large 
number of necessary books is at présent available. 

I venture to ask those of your readers who feel an interest 
.in this effort to brina; within the reach of the résidents in 



34^ /. Williams.- 

Wales the advantages which a National Library offers, to make 
gifts of books, or money for the book fund ; and donations 
to the Building Fund. 

Communications may be addressed to me at the National 
Library, Aberystwyth. 

I am, etc. 
John Williams, président. 



Le Propriétaire-Gérant, H. CHAMPION. 



MAÇON, PROTAT FRERES, IMPRIMEURS 



AISLINGTHI ADHAMNAIN 



D APRES I.K TEXTE DU MANUSCRIT DE PARIS. 



L'intéressant ouvrage de M. C. S. Boswell, an Irish preciirsor 
of Dante, dont la Rcimc Celtique a parlé ci-dessus, p, 90, 
résume à peu près tout ce qu'il tant savoir du héros de la 
célèbre vision et fournit de cette dernière une traduction 
commode. Mais M. Boswell s'est trompé en ne mentionnant 
que deux versions du texte de la vision, celles du Lcbor na 
h-Uidre (début du xii'= s.) et du Leabhar Breacc (xiV^ s.) ; et son 
erreur est d'autant moins excusable que l'existence d'une 
troisième version, après avoir été signalée par Whitley Stokes, 
a été notée par M. Windisch en tête de son édition du 
texte des deux premières (Jrischc Texte, tome I, p. 164). Il a 
paru utile de publier cette troisième version, qui figure dans 
un manuscrit de la Bibliothèque nationale de Paris, fonds 
celtique, n° i, décrit brièvement par Todd en 1846 dans les 
Proceedings of the Royal Irish Academy, III, 223-229, et depuis 
avec plus de détails par M. d'Arbois de Jubainville dans la 
Revue Celtique, XI, 391 et suiv. Le texte de la vision, qui 
porte comme ùtre aislingthi adhauinàin, y va du f" 95 recto, 
col. 2, au f° 98 verso, col. 2. 

Le texte du manuscrit de Paris (P.) se rapproche plus en 
général de celui du Lebor na h-Uidre(L. U.) que de celui du 
Leabhar Breacc (L. Br.). Mais l'on ne peut dire qu'il soit la 
copie du premier ; car il renferme çà et là des expressions ou 
même des membres de phrase qui manquent à L. U. D'autre 
part il offre parfois des variantes intéressantes qui le rap- 
prochent plus de L. Br. que de L. U. Enfin, il est moins 
étendu que chacun des deux, le scribe ayant écourté à la fois 

Revue Celtique, XXX. , 25 



3)0 



/. Vendrxes 



le commencement et la fin du récit. Sans prétendre donner 
une collation des trois manuscrits, on signalera ci-dessous les 
principales variantes par lesquelles P se distingue particuliè- 
rement tantôt de L. Br., tantôt de L. U., tantôt des deux. 







P, LBr. 


LU. 


if 


6. 
7- 


fuiht {filet LBr) 
tratha 




•^ 


9- 


cunnlacht 


cumlacht 






uada 


ùad 


s 


lO. 


soilsi (soillsi LBr) 


soillsithir 


§ 


12. 


no ailitrigh no aithritbic^h 

duthrachtacha P 
no aiJitrig 110 aitrigi'o- 

diïtJirachtaicr LBr 


no aiUtrig diitrachtacha 


§ 


i6. 


don aitruma P 
don chiitruma LBr 


din chiiinnnnia 


(J 


19. 


diaisnesi P 


dirini 


ç 

^ 


21. 


dlfaisnéti LBr 
dorcha LBr doirchc P 


dôthide 


s 


24. 


i frecnarciis gnnsi de 


i frecnarcns de 


5 


2)- 


isin pén sin 


osin pcin 






dechviadaih dé 


dechmadaib na hecaihi 




26. 


ina cennaib (ce>idailf LJiv) 


ina cend 


"^, 


27. 


etigh P, éthig LBr 


elhgig 






airgide P, airgidi LBr 


argdidi 


S 


28. 


(//i7 tomciiJt 


diii toinaili oais dia cnthini 



Plus fréquemment, P s'accorde avec LU contre LBr 
Ainsi : 



§ 



^; 10 
§ 13 



S 14- 



P, LU. 



LBr. 



ni recat .1 les ni adilcniget 

lorddseni LU, roradsiinnr P atciiadniar 

oc {cic V)tiachtainf6i (Jdi P) ic tidacht doit foi 

viind rig (miiin rigb P) niind rigda 

innisfe P, innisfea LU indisfed 

con athescaih cou athescu 

lomndn Idn 

Les derniers mots manquent dans LBr. 

Manque dans LBr la phrase co srethaih . .. Ciiinoil sm 

tri lecca P tri leca LU ' tcora lega 

imon cathraig rigdai inion rigchathair 

(rigbda P) 
oc comriachtain déplacé dans LBr. 



AisVniglhi Adhamnàiu 3 5 1 

îanhecc do raith hecc namnid 

'>t i). inni roiiidseiihir V, (lui iuiii itchuadumar 

10 innïsi'iinir LU 

itiiisai^(h)id ociis duhi dllxiscmini 

doirseoir ociis comclaid coDielaid ociis doirseoir 

ina farrad iiia fail 

célglifil celaidher 

§ 16. ainvi itid ainoil iiigairiiis P iiiiioeJ coeiiitbechtci 

(aingil ingaire LU) 
§17. sorn teiitighe (teniidc LU) sornd tencd 

argoiridh (ergorid Ll])ociis crfnirgil 

loscidh 

oca tiiiid'ill(oc d ihiiiichell LU) occa airchell 
§ 18. fochefoir mq. dans LBr. 

legda P, kcdii LU leoiiiahi 

co taispeiindor P,co laisfenal co taisselbail 
LU 

fiadnaisc de fiadiiaise in diiHeiimii 

§ 19. tahraid aititiiid 

§ 21. giisa rainicP, coso rdiiic LU frisa comrancatar 
§ 22. it demi iinchtair(iiiiechtar LU) a cbiiid 

techta tairis (thairis LLÎ) dia inoltacht 

d'il iniecJa mq. dans LBr 

innsaighed (insaigid LU) inollachi 

iar viorgahud mq. dans LBr 

ar ti'is iii-drochcl ar tùs hé 

ut tient 

§ 23. ■ J ri forcetal {Jbrcetol LU) fri precepl 

lia eomaillet iarnaclos P luviaseoiiiallal 

(iarim clostin LU) iaroni 

§ 24. i triiigh Qn traig LU) mq. dans LBr. 

haidfid Quidfid LU) dilegjaid 

§ 25. in phein sin, peehihaig isiii pciii t rut m m un, .1. 

( isiit phéin sin, pecdaig LU) 

ocns 
§ 26. ina firetan inaii eiieeb 

gach lai 7 gaeh n-adche 

P, cach n-aidehe ocns eech dia 

cach Idi LU 

oc cdi 7 oc doghra P ia côi ocns toirsi 

oc côi ociis ic dogra LU oeiis dograi 

§ 27. après isin peu sin, LBr ajoute un membre de phrase. 

/ teti in delbili, pour lequel Zimmer, 

Kell. Stitd., l, 132, veut lire 
dethidin 
§ 28. nachfetal ndtcmngat 

§ 29. ona deinnailK Tiagail ona devinaib foraih, oeus 



3 52 /. Vendrxes 

claoïia atel colaioh P rloiiiibolalo LBr 

cldin a te coJaicr LU 

ina mignitnaih ina niigiiiinti, ocus cdiiitc 
§ 30. LBr ajoute plusieurs phrases et membres de phrases. 

§ 31. ferait inci anniann lecat anuiaiida iia pecdach 

§ 32. LBr présente un grand nombre de variantes, additions et sup- 
pressions. 

'" 53. co Dior g)ié (iii)hroiii coiiior fairsiitm giic 

fairseoni fessiii luhrôin ocus tôirsi and siii 

iadaid laaid 

Jerait • laait 

fria curpii fria corpaib 

Enfin, sur bien des points, P présente un texte différent à la 
fois de LU et de LBr. La plupart des variantes de ce genre 
ont été reproduites plus loin dans les notes au bas du texte; 
on peut signaler ici d'abord quelques variantes peu impor- 
tantes comme : 

P LU, LBr. 



§ 7- 


aii-duileiimn 


in conided fessiii {cJjoiuidt'd fesin LBr) 




ilo-bo-Iôr 


ro-pad {bad LBr) lôr 




as-i'-siii (iii-ord 


issè sin ati-ddu 


;' ^■ 


os a cind 


os cinvd iiid ordnidc (cind in ordnio^i 
L13r) 


S 9- 


coii-iilik'sùiib roitudaih 


con-athesCilib rochnii/rib (ut/k'SCii 
aimn LBr) 


§§ii, 


20, 21. ichtanich 


inichtarach 


S 27. 


oc-toUaib 


i-toUaib 


§ 28. 


rogera roderga teiied 


derga teiilidc (tentidi LBr) 




an grith 


a crith 


s 29. 


fri demnaib 


fri slùagaib na n-denina 
(slo([!i na ii-tlcninii LBr) 



Mais il y a aussi certaines variantes spéciales à P qui four- 
nissent un sens plus satisfaisant que le texte des autres manu- 
scrits ou permettent de corriger utilement ce dernier. Ainsi, 
§ 13 oc-daiss au lieu de oc-lassad, § 16 d-iiiiiniail au lieu de 
didnad dans LU, § 21 caora au lieu de briiîhu {bnitla), § 26 
biiilg au lieu de l'énigmatique pluie, § 27 cladiiie au lieu de 
chn {clolhih), § 30 domniis au lieu de donnas. 

Certaines leçons de P fournissent même un texte plus 
archaïque que LU. Ainsi aux §§ 4 et 5, la forme iunclhinih 



Jisliiiglhi Adbdmiiiiiii 333 

(iiutfelhiiii) dans P est plus ancienne que iiniilbiingiiii de LU ; 
cf. indithciii Ml. 31a 12, 53 c 18, 28 c 14, 65 a 5, 67 c 12, 
Wb. I) c II ; indilhmc Ml. 85 d i, indilhim Ml. 73 d 7, 
indiihiin 11- Ml. 21 b 2, 93 c 15. C'est la seule forme du vieil- 
irlandais. De même au § 10 aiiial rigretlaind présente un com- 
posé, plus ancien que auial rétlaind rig dans LU {ainal rétlaind 
I igd ai LBr). Enfin au § 13, iuiaciiairl est de date antérieure à 
Diâci'iaird (LU). 

Si P a quelques lacunes, par exemple au § 28, où il manque 
un antécédent à in fccht tanaise, et aux §§ 17 et 33, où une 
phrase a été sautée par erreur, il présente d'autre part en cer- 
tains passages un texte plus complet à la fois que LU et que 
LBr; c'est le cas notamment à la fin du § 28. L'ordre des 
phrases diffère parfois aussi dans les trois manuscrits, par 
exemple au § 20. Enfin, telle leçon de P suppose une faute 
spéciale à Toriginal qu'il copiait : ainsi au § 34 la leçon iiid 
anaini semble une correction, malheureuse d'ailleurs, à un 
texte où le mot nôiiii était par erreur répété deux fois. 

Tout cela suffit à prouver que P n'est pas plus la copie de 
LU que de LBr. C'est donc bien une troisième version que 
nous offre P, mais une version très voisine de LU et qui 
remonte peut-être à un archétype commun. 

La langue de P est en général celle du xV siècle et repré- 
sente par conséquent un état plus moderne que celle de LU 
(voir toutefois les exemples cités plus haut). Mais elle manque 
d'unité comme celle de la plupart des manuscrits irlandais, où 
des formes de différentes époques voisinent couramment. 
Ainsi la préposition co est généralement écrite go (gii) et la 
préposition cen, gan ; mais on trouve aussi cen et ciii. La con- 
tusion des spirantes d et g est des plus fréquentes. Dans la 
flexion de l'article, an- se substitue d'ordinaire à /;/-, et le 
même affaiblissement, dû à la nature proclitique du mot, 
s'observe dans la préposition /(/?-), souvent écrite a(ji-~). Il 
faut noter la graphie ao qui est constante pour l'ancienne 
diphtongue oi (oe) : ainsi acvi, iiaoni, saob, etc. Exceptionnelle- 
ment/ est écrit n dans iio-tJjiiâidh au § 26. 

Les finales sont parfois estropiées ; ainsi hangli pouv hangliii 
(ace. et voc.) au § 19, ou adnatbiiiare 7 agarbc, deux compa- 



3 54 /• Vend y y es 

nitifs en -///, au § 29. La finale est complètement tombée dans 
uaoïii 7 uaomogh (§ 7) et dans tecbtared (§ 9) pour techtarcda, 
forme moyen irlandaise du nom. pi. Iccbtairi (cf. P. H-, 
gloss.). etc. 

Un adjectit se rapportant à un substantif au datif pluriel 
reste le plus souvent indécliné : con-dathaib exainla (§ 11), 
lania-lecaih tentige (§ 29), etc. au lieu de écsaiiilaih, teniidih que 
présentent LU et LBr (toutefois dia hordaib cxaiiilaib, § 15, 
etc.). Mais cet usage se rencontre déjà dans LU {co sn'thaih 
sairu'inla, § 1 3) et a son point de départ même en vieil irlan- 
dais. (Vendryes, Graiiiniain', p. m, § 203, Rem. II; 
Thurneysen, Handbuch, I, p, 280, § 463). 

La flexion dans P est en général celle du moyen irlandais. 
Ainsi sliab y fait au pluriel skbti (§ 30), comme dans LBr, 
au lieu de siebe dans LU. Le pluriel de aniiu « âme » est 
anmanna (§§ 17, 29, 33, 34, etc.) au lieu de aniiiann (aiiniand), 
et au § 29 se lisent les pluriels cirniarcdha, cciinagedha, giibrc- 
thacha au lieu de ciniiairc, cennaige {cendaigï), gt'tbretaig dans 
les deux autres manuscrits. Toutefois, les mots neoi, lir font 
au génitif singulier le plus souvent niiiie (§§ 3, 15, 16, 19, 
34), tire (§ 4) contre;//;///, //// dans LU. 

La confusion des genres se manifeste dans iiiud û)iain imiiac 
firen be (§ 19), au lieu de bi. Elle est courante dans la flexion 
de l'article où, au pluriel masculin, iia se substitue générale- 
ment à ind (lia naiiii ^ '), na fireoin § iS, iia pccbtbaicb^ 34, 
etc.); mais la même confusion se produit déjà dans LU, où on 
lit au § 6 un da apstal dcc, au lieu de an dans P (Jn dans 
LBr). Inversement, au neutre singulier on lit ////// dans P et 
LBr (§ 15), au lieu de an/ dans LU. 

Dans le verbe, P confond souvent la flexion absolue et la 
flexion conjointe : /// recait (§ 5), alail (§§ 6, 24, 25), et inver- 
sement, liagal (§ 17), bcrtar (§§ 24, 28) au lieu de bertir (ber- 
tairy, au § 20, on lit doleccd au lieu de doléci, forme des deux 
autres manuscrits. 

Il est inutile de poursuivre plus loin l'étude grammaticale 
du texte de P. Pour le détail, on peut renvoyer en général à 
l'étude très complète qu'a faite M. Dottin (Revue Celti(/ne, 



Aislingthi Adhanniâin 3 5 5 

XXI, 361 et suiv.) d'un autre texte tiré du manuscrit de 
Paris, le dàhrôn flalba niiiie. 

Dans l'édition du texte qui suit, on s'est servi du tiret pour 
séparer les mots ou éléments démets que le manuscrit réunit. 
On a mis entre crochets [ ] ce qui doit être ajouté au texte du 
manuscrit et entre parenthèses pointues < >■ ce qu'il faut en 
retrancher. Les abréviations du manuscrit ont été résolues, 
sauf 7 et .i.; l'italique a été employée pour toutes celles qui 
pouvaient prêter à équivoque. Quelques notes critiques, 
signalées par des lettres, ont été placées immédiatement au- 
dessous du texte irlandais. Des observations grammaticales 
ou notes critiques plus développées sont placées au bas des 
pages. On a joint au texte une traduction aussi littérale que 
possible; il n'y avait aucune utilité à faire une traduction litté- 
raire d'un texte qui l'est si peu lui-même. 



3)6 /. Vendrycs 



AISLINGTHI ADHAMNÀIN 

r-2 ' [R|o taillsiged tra do-shoch;ii<Jib runi 7 derridusa 
flatha nime 7 to[d]erna - ifirnn. Rofoillsig^'^yéim dona hes- 
palib '' il-lo etsechta mare piana ihrnn 7 fochrice nime. 

3. RotoilLf/^i-f'J daiio to-deoig do-adhamnan hua-tinne do- 
ardecnaidh iarthair labart/V sunn, dia-roesconila a-anum as 
a-churp i-fel eôin babaist 7 dia-ruC(?J dochum rigthigi + co- 
hanglib nime 7 co-liifern con-a-daoscrtrsluagh. O-roscar ind- 
anuni trisin corp, ro-artraig d\diii foa'Voir aiiigel- a-comidechta 
cein bi a-colainn 7 rue lais ar-tus do-fegad flatha nime. 

4. Isi da)io rc'/na '' gusa-rangat^r tir na-naom; tir suthach 
solusta iannn in-tir sin. Arechta examla ingantacha co-caslaib 
lin gil umpa, co-culfuitib glegelaib uas-a-cennaib. Naim airthir' 
domain an-airecht fo-leth an-airt[h]^r;' tire na naom ; naim 
iarthair domain an-iarthar in-tiri célivà; naim tuasc/rt in-do- 
main 7 in-descirt an-dib-aircchtaib dé/mairib tes 7 a-tuàidh. 
Cach-aon iarom fil a-tir na-naom > is-comtocus do estecht 
na-ceol 7 innethimh na-luinge i tilet .IX. ng/aid nime iarn- 
a-cemen-naib 7 iarn-an-urd. 



). Indara fecht da//(' dona-naomaib 7 dona-firenaib canait 
ceol n-ada|m]ra oc-mo\ad dé; in-fecht n-aill ccz/tuilet^' fri-ceol 



(/. Ms. iiiiigil. — /'. Lire sans doute cétiui tir comme dansL. U. et L. Br. 
— c. Ms. i\irtlhnr. — cl. Lire contiaiiset, comme dans L. Br. (coït tuaset 
L. U.) 

1 . Le ms. de Paris n'a que deux plirases brèves d'introduction au lieu 
des deux paragraphes par lesquels débutent L. U. et L. Br., le premier 
paragraphe étant d'ailleurs plus développé dans L. Br. (v. Windisch, 
pp. i6s et 169). 

2. Le mot todeniani « supplice >: (Ml. 27 c 20, 77 a n, d 4, 13? a 4, 
Sg. 135 bi) est toujours écrit sans d dans le texte du ms. de Paris, où il 



Aisllliglhi Adi?(iwn(tiii 557 



VISION D'ADAMNAN 

1-2. Les secrets et mystères du royaume du ciel et les 
supplices de l'enfer ont été révélés à beaucoup. Les peines de 
l'enfer et les récompenses du ciel ont été révélées aux apôtres 
le jour de la mort de Marie. 

3. Fut révélé enfin à Adamnan ua Tinne, l'éminent savant 
de l'Occident, ce qui est narré ici, quand son âme quitta son 
corps en la fête de Jean-Baptiste et fut emportée vers la 
demeure royale par les anges du ciel, ainsi que vers l'enfer à 
la tourbe confuse. Dès que l'âme tut séparée du corps, aussitôt 
apparut l'ange qui l'avait gardée tant qu'elle fut en chair; et 
il l'emmena avec lui d'abord pour voir le royaume du ciel. 

4. La première terre qu'ils atteignirent est la terre des 
saints; c'est une terre féconde et lumineuse que celle-là. Des 
groupes variés, extraordinaires, avec des tuniques de lin blanc 
autour du corps, des capuchons étincelants de blancheur sur 
la tète*. Les saints de l'orient du monde sont groupés du 
côté oriental de la terre des saints; les saints de l'occident, 
du côté occidental de cette même terre; les saints du nord du 
monde et du sud forment deux immenses groupes au sud et 
au nord. Ainsi quiconque est dans la terre des saints peut 
aisément entendre la musique et contempler le vaisseau, où 
sont les neuf ordres du ciel d'après leurs degrés et d'après 
leur rang. 

5. Tantôt les saints et les justes chantent une musique 
merveilleuse pour louer Dieu ; tantôt ils écoutent la musique 

revient plusieurs fois OT 17, 18, 21, 31, 33). On notera que Vm est e.xposé 
à tomber dans la flexion, comme cela se produit déjà en v. irlandais : di- 
todi'nuiih gl. de tuis suppliciis Ml. 40 a 7. 

3. L'abréviation pour apsial est généralement esp dans le ms. de Paris, 
se confondant ainsi avec l'abréviation du mot epscop, espcop '< évèque » 
(cf. §S 6, 32). 

4. L. U. et L. Br. ont richid gén. de riched « ciel » au lieu de riiythiiji ; 
le même fait s'observe au § 1 5 \ riched au lieu de richtev. 

5. L. U. a ici cach oen iarom fil itir ina iiœb ex L. Br. cecb iioeiii iarovi fil 
i tir lia iioein. 



3)8 /. Vciidryes 

munt/Ve ninie; ar-ni-recait a-les na-naim ni aie ncJjt estecht 
an-cheoil riasa-costet 7 innfethim na-sôillsi atecat 7 a-sasad 
don-boUtan^d fil isin-tir. Atâ dano flaith adamra ann fri-a- 
gnuis dôib uâidib sairdes 7 fiai glanide eiarru. 7 erdhamh 
(f° 95 v", a] ordha fris andes. As-trit-side imacet sam fuath 7 
toscad munt/re nime. Xi fil nuleni fiai na-temel et/r munt//' 
nime 7 na-naoma, acht atat a-fôillsi 7 a-f/'^cnarcus dôib il-let[h] 
friu-som do-g;-£s. Circall tinntighe didiii imon-tir-sin im-a- 
cuairt 7 câch ind 7 ass '. 



6. An-da espail déc im/zw/vY-» 7 murect)/;-â hôgaib- an-airtcht 
to-leth imon-condid. Uasalathraig 7 fâidhe 7 descip//// ihû 
i-corafocus dona-hespfl/aib. Atait di<i/// araile naom-ogha do- 
des mure 7 re nach cian ctarru. Noidin 7 m^tcaim impu do 
gacb ah'd, 7 ceol ^ munt/re nime oc-an-airfeted tria-bithu-si 
sir'. Budne anâ athluma > doainglibcoimtechta in-a n-anman- 
naib' oc-umaloit 7 oc-timthirecht eter na-hairechtaib i fiad- 
njaisje in-rig do-g;rs. Ni cc^maing necb ira isin-bith frecnairc 
so tuaruscbail no-innissin nan-airecht amal atat iar-fir. Na- 
budne 7 a-hair^'f/z/a da;/o hiilc/ a-tir na-naom amal roraidsim^r 
arbitat* martanaigh isin-morgloir-sin co-dail b/'ûttha, co-rus 
coraidh ^' in-brethem firen il-laithe inf-fuigill isna-sostaib 7 
isna-liinataib im-biat oc-descin gnûisi de cin-fial et^zrru tre- 
bithiu ". 



7. Cidh môr ïmiiiorro 7 cidh adbul in-taith[nemj 7 int-sôillsi 
fil a-tir na-naom amrt/ roradsimur, is adaidbli *^ to-mile ind- 
etrocb.t fil im-maish muintire nime im-rio;suidhe an-duilemun. 



c. Lire sans doute le génitif iia ii-aniiuiiin, comme dans les autres mss. 
— /. Le ms. porte nettement a rh il a t, dont la première syllabe pourrait 
venir du mot précédent; mais -bilal, dont l'équivalent chez M. Windisdi 
est bid ut (?), semble la forme conjointe de la ^'^ pers. pi. du futur, attestée 
sous la forme absolue belit dans les textes du xve s. (voir P. H. gloss., p. 
901) ; V a-t-il eu un verbe ar-biii " je me trouve » ? 

I . L. L . ajoute ici ociis ni crchôligeiui et L. Br. ocus ni erchotig do neochdib. 
1. L. U. et L. Br. ont ici Maire (Mûri) ôg [ingen] au lieu de con-d hogaib 



Aisliiigtbi Adhaiiniâiu 539 

de la famille céleste; car les saints n'ont pas d'autre besoin 
que d'entendre la musique qu'ils écoutent, de contempler la 
lumière qu'ils voient et de se rassasier du parfum qu'il y a 
dans cette terre. Le roi merveilleux est là, face à face avec eux, 
au sud-est, un voile cristallin entre eux, un porche d'or à sa 
droite, à travers lequel ils aperçoivent la forme et l'ombre 
de la famille céleste. Il n'y a pas de voile ni d'obscurité entre 
la fcimille céleste et les saints; mais ils sont en leur présence 
et en leur voisinage à leurs côtés toujours. D'autre part un 
cercle de feu entoure cette terre tout alentour, et chacun est 
dedans et dehors (c'est-cà-dire peut y pénétrer et en sortir). 

6. En outre, les douze apôtres et Marie avec ses vierges sont 
groupés à part autour du seigneur. Les patriarches, les 
prophètes et les disciples de Jésus sont auprès des apôtres. 
D'autres vierges saintes sont à la droite de Marie, sans grand 
intervalle entre elles. Il y a des enfiints et des jeunes gens 
autour d'eux de chaque côté, et la musique de la fiimille 
céleste joue éternellement. Brillantes, expérimentées, des 
troupes d'anges, gardiens des âmes, s'occupent sans cesse à 
foire le service parmi les groupes en présence du roi. Nul ne 
peut certes en ce présent monde représenter ou décrire les 
groupes tels qu'ils sont en vérité. Donc les troupes et les 
groupes qui sont dans la terre des saints, comme nous l'avons 
dit, seront toujours dans cette grande gloire jusqu'à l'assemblée 
du jugement, jusqu'à ce que le juge équitable, au jour de la 
sentence, les installe aux sièges et aux places, où ils contem- 
pleront sans voile et pour l'éternité la présence de Dieu. 

7. Si grands toutefois et si vastes que soient l'éclat et la 
lumière dans la terre des saints, comme nous l'avons dit, plus 
vaste mille fois est la splendeur dans la plaine de la famille 



3. L. U. et L. Br. ajoutent tous deux après ccol le mot eiilalhc (eulalhi). 

4. tria-bitim-si sir manque dans L. U. ; L. Br. a dogre<: à la place. 

5. athluma manque dans L. U. 

6. corps conii^rea L. U., amas coraigca L. Br. 

7. La fin du paragraphe présente quelques différences peu importantes 
dans les trois manuscrits. 

8. adaidbli est sans doute formé avec le préfixe superlatif ad- (cf. ad-dech 
« très bon », ad-loinl « très fier », etc.), à moins que ce ne soit une faute 
pour aidUi tout court. 



360 /. Fcinirves 

Is amlaid ata an-righsuidhe sin i[nja cathair cumd<'r/;/a co-cetri 
columnaib do-lig logmair foi. Cin-co-beth dano do oirfided 
ag-nech acJjt coicedul comchubn'/W na-cetri-colmun sin, do-bo- 
lôr dogloir 7 d-oibnnius dô. Tri heoin ' m\niorro isin cathair- 
sin a-fiadn//i'[i] (f" 95 v°, b) an-righ 7 a-mnima in-an-duile- 
main tri-a-bithu, as-e sin an-ord. Celebraid-" d(ï//o na .mi.'' 
tn/tha oc molaci 7 oc-âd^mrugiid in-comded co ciaisceto/ ar- 
ciiang6'/ ac-tiachtain tai. Ona-henaib iarom 7 ona-harchainglib 
tinnsgetal an-ceoil 7 nos-frecrath muinur nime uile ctcr 
naom 7 naom-ogh. 

8. Stuag dt'rmair os a-cinn isin chathair righdha iimal 
cathbarr L//mdrchta no-minn righ. Dianos-faictis roisc doena, 
noligfatais forc/oir. T//-cresa in-a-m^r/rtimchill etarru - 7 
in-sluag 7 ni-l"es la-tuaruscbail cid atascomnaic .vu', mile do 
miledaib ■' do' delbaib ech ' im-on caithir tinntige foi -lAsud 
cin-crich cin b/cenn. 

9. Asnes [.\ïom in-comded cunirtchtaig fil isin-righsude sin 
ni-tic do-neoch acht mad doneth fen, no mena-erbad > îrï-grad 
nime. Ar-ni innisfe nech ar-bith a-bruth 7 a-brig 7 a-dergi 7 
a-rosoUsi, a-ainius 7 a-aibnius, a-cunnlacht 7 a-cobsaig^cht, 
imat arigel 7 arcangel oc-cantain ciuil do. A-techtared imda 
cuige 7 uada co/z-athescaib roimdaib do car/j-buidin ar-uair, 
a mine 7 a-rochendsa fri-aralib, a-anmine 7 a-rogarbe fri-lucht 
aie dib. 



10. Diam-be nech ac-sirtegad ume nnair 7 aniai, andes 7 
atuaid, fogeba da-gach-leth aice aigid'' n-airegda, soilsi fo 



s,'. L\re a'Iebrail. — /.'. Lire sans doLite .\'iii. comme dans les deux autrres 
nis>. et d'après le f, 5 1 . — /. Les deux autres mss. ont .vi. — /. Lire sans 
doute cou-, mais cf. '', 13. — /.'. ai^^iil avec un petit a au-dessous du premier/. 

1. L. \J. et L. Br. ajoutent ici areoihi (oircgilii). 

2. ctiin-n 7 iii-sliiug « entre eux et la troupe » doit être compris comme 
(c entre l'arche (sliuio^, tem.) et la troupe ». Il s'agit d'un idiotisme dont on 



Aislinirtbi Adlniiiniâiii 361 

céleste autour du trône royal du créateur. Voici comment est 
ce trône : sur une chaire décorée, soutenu par quatre colonnes 
de pierre précieuse. Sans qu'il y ait d'autre musique que 
l'harmonieuse mélodie de ces quatre colonnes, il aurait assez 
de gloire et de beauté. Trois oiseaux se tiennent sur la chaire 
en présence du roi, l'esprit tourné vers le créateur à travers 
les âges, car tel est leur rang. Ils célèbrent les sept heures, 
louant, magnifiant le seigneur, tandis que le chœur des 
archanges vient chanter en dessous de la chaire. Ainsi les 
oiseaux et les archanges entonnent le chant^ et toute la famille 
céleste leur répond, saints et vierges saintes réunis. 

8. Au-dessus de leur tête dans le trône royal est une 
immense arcade, comme un casque ouvragé ou un diadème 
de roi. Si des yeux humains le regardaient, ils seraient sur-le- 
champ anéantis. Trois cercles alentour le séparent de la foule, 
et aucune description ne fait connaître ce qu'ils sont. Sept 
mille guerriers, à forme de chevaux, entourent le trône de teu, 
qui brûle sans fin, sans terme. 

9. Quant à décrire le puissant seigneur qui est sur ce trône 
royal, nul n'y atteint, à moins que ce ne fût le seigneur 
lui-même, ou à moins qu'il n'en confiât le soin aux ordres du 
ciel. Car nul au monde ne pourrait décrire son ardeur et sa 
puissance, sa rutilance et sa vive splendeur, son éclat et sa 
beauté, sa prudence et sa fermeté, ni la foule des anges et des 
archanges qui lui chantent leur musique. Ses nombreux 
messagers vont et viennent de lui et vers lui, portant sur 
l'heure de nombreuses réponses à chaque groupe, témoignages 
de sa douceur et de sa grande mansuétude pour les uns, de 
sa rigueur et de sa grande sévérité pour les autres. 

10. Si quelqu'un le contemple de l'est ou de l'ouest, du 
sud ou du nord, il trouvera de chacun de ces côtés un visage 



trouve d'autres exemples Wb. 10 d i, Ml. 68 d 11, Sg. 188 a 6, L. U. 
68 a 4^, etc., et qui est particulièrement fréc]uent avec clarni (Ml. 112 a 8, 
K. d'il., XXVII, 264, 1. 4 et 298, 1. 19, etc.). 

3. M. C. S. Boswell traduit « six thousand thousands « ; mais niiledaib 
ne peut être que le dat. pi. de iiiilid m. « soldat » (emprunt latin). 

4. L. U. et L. Br. ajoutent ici ociis en. 

5. -ciihid doit être la vraie leçon; L. U. a ehriul et L. Br. -erhrad. 



3^2 /. rriidrYcs 

.VII. mm grian'. Ni fhaicfea dano delb duine foir do-cinn na 
do-chois, tirhl na-dluim tenntige for-lasad fon m-bith 7 cach 
for-crith 7 for uaman reme. Is-lomnan do-shoillsi nem 7 
talam, 7 ruthin nmal rigretlaind in-a-morthimchill. Tri-mhile 
ceol n-exanw/"/ (f° 96 r", a) gach aon claisse fil oc-on-clais 
cetal imbe. Binnith/V ilceôla in-domain gach aon ceol ' dib 
sin. 



11. An-chathair iannn in-a-fil in-rigsuide sin, h-âmlaid 
ata, 7 .VII. -.iiLiir glainidhe a)//-dfl//;rt//' examla in-a-timc[h]ill; 
airde cach-mur aie. Leben mviwrro 7 fonn .ichtarach - na- 
cathrach di-glain ghil atocomnaic con-gné grt'ne fair iarn-a- 
brechtrad de-gurm [7] corcrti 7 uane 7 cecha-datha archena. 

12. Muntar blaith romin rocennais dawo c\n-espaid n2icha- 
maitiusa foraib, is-iat aitrebait in-cathraig-sin. Ar-ni-rochet 7 
ni-aitrebann ' dogn's acht noim no ailitrigh no aithrithigh 
duthrach tacha do-diâ. An-ecar ïmmorro 7 a-corug/a/ is-dolig a 
fis cinnus forcâomnacair, ar-ni-fil druim neich dib no-slis 
fri-arale, acht is-amlaid rosco<co>>m/W 7 ros-comet cumachia 
diasnesi 1 in-comded gnuis fri-gnuis in-[a]- srethaib 7 in-a- 
coroinib comardaib mortimcell an-rigshuide im-a cuart 
C(7;/n-aines 7 con-aibnes, 7 an-aiged uile fri-dia. 

13. Crann caingel do-glain etar cach da chlais do'" cumdach 
deisg^hech de-6r 7 arged tair, co-srothaib soinemla do lig 
loghmair 7 do-brechtrad gem n-exam^/V, 7 co-caithirib 7 
co-coronaib carrmogail frisna-crunnaib caiiigil sin. Tri-lecca 
loghmhara co-fog</r m -blaith 7 com-binne ceoil etar gach da- 



/. Il fout sans doute lire ii-a)i[das] orian. — m. Lire sans doute co, mais 
cf. S 8. 

1. L. U. et L. Br. ajoutent \c\ foleitli. 

2. Au lieu de ichtarach, L. U. et L. Br. portent inichlaracb, comme aux 
paragraphes 20 et 21. 

3. -aitrehanii est une forme de présent dit consuétudinal, dont il y a 
d'autres exemples dans notre texte ; L. U. et L. Br. ont à la place aithehal 
3c pers. pi. Mais il v a ici une grosse difficulté ; c'est que le présent consué- 



Aislinglhi Adhamuàiv 563 

majestueux, sept fois plus brillant que le soleil. Il n'y verra 
cependant pas de forme humaine, pourvue de tète ni de pieds, 
mais une masse de feu, éternellement enflammée, remplissant 
tout devant elle de crainte et d'eftVoi. Ciel et terre sont inondés 
de sa lumière; et autour resplendit comme l'éclat d'une 
étoile royale. Trois mille chants retentissent des chœurs qui 
l'entourent, différents pour chacun d eux, et chacun de ces 
chants est à lui seul aussi mélodieux que beaucoup de chants 
du monde. 

11. Quant à la cité dans laquelle se trouve ce trône royal, 
voici comment elle est : sept murs de cristal de couleur difté- 
rente l'entourent, chaque mur plus élevé que l'autre. D'autre 
part la base de la cité et le fond inférieur est de cristal blanc, 
portant l'image du soleil, colorié de bleu, de pourpre, de vert 
et de toutes les autres couleurs. 

12. Un peuple poli, très tendre, très doux, ne manquant 
d'aucune bonne qualité, tels sont les habitants de cette cité. 
Car il n'y vient, il ne s'y installe jamais que des saints ou 
des pèlerins ou des pénitents soumis aux volontés de Dieu. 
Il est malaisé de comprendre comment est réglée leur dispo- 
sition et leur emplacement, car aucun d'eux ne tourne le dos 
ou le côté à l'autre, mais le pouvoir ineffable du seigneur les 
a placés et disposés foce à face, en rangées et en couronnes 
égales, en cercle autour du trône royal, avec splendeur et 
beauté, tournant tous le visage vers Dieu. 

13. Un grillage de cristal sépare chacun des deux chœurs; il 
a une ornementation remarquable d'or et d'argent, des rangées 
choisies de pierre précieuse, alternant avec des gemmes variées; 
et il y a des chaires et des baldaquins d'escarboucle en face 
de ces grillages. Trois pierres précieuses, rendant un son 



tudinal n'existe qu'à la 2^ et à la 5e pers. du singulier, cf. Atkinson, Pro- 
ceediiios of thc R. I. A., third Séries, vol. I (1890), p. 416-425. Toutefois, 
O'Molloy dans sa Lucenia fiddiiun (1676) donne des exemples à la 2^ pers. 
du pluriel, et la Irish Graiiimar de O'Donovan (Dublin, 1845) fournit, 
p. 173, pour le présent consuétudinal, une flexion complète, d'ailleurs 
identique à toutes les personnes. 

4. Au lieu de Jiasiiesi (cf. iliaisiieisi\ K. Mever, Coiitrih., I, 650). L. U. 
a diasncte (lire diasiièthe) et L. Br. diasiielhi {d. diaiuieithc-, K. Me)-er, ihid.). 



364 /• Venârxcs 

pi'imairccht 7 a-letha uachtarar/;^ in-a-lochrannrt//? for-lasod; 
.VII. mile aing^/ an-delbaib primchaiiigel ' ag-soillsiug//J 7 
oc-inordug//rf na-cathrach im-a-cuairt, .vu. mile aile in-a-cert- 
medon oc-claiss - tria-bithu sir imon-cathra/o^ righda. Fir 
(f° 96 r", b) domain ind-aon-bale, cidat-linma/a, nos-forfed 
do-biud boUtanad cinn aonchoinnle don-a-coinnlib sin. 



14. Do-neoch ira do-dainib > nat-roichet \n-ciû\raig as-am- 
biû 7 dianadh erdalta a-aitreb iar-fuigill m-bratha, is-indtib 
arbirit co-hanthosaid 7 co-hutmall an-dingnaib 7 a-cnocaib, 
a-sescnib 7 a-srothaib an-atreba co-ti cuca an-brath. 

\s-àvi\\aid àaiio atdt na-slôig sin 7 na-hairechta 7 aiig// 
coimedechta g^^/>aon-anma fil a-nim ^ occ umuloit 7 oc-tim- 
thirecht di. Fiai tenedh 7 fiai do-aigredh a-primdorus na- 
caihrach in-a-fiadn[ais]e 7 siat ag-comthuargain cinn-a-chele 
dib tri-bithu. Fogfl';' 7 fuamann dano in-da fiai sin oc-comriach- 
tain atcluint^r fon-mbith. Sil n-adhaim, dia-cluinntis in-fogar 
sin, no[s]gebad > crith 7 uamhain dofoluchta reme; it-tôrrsigh 
7 it-buado/tha ira na-pecbald icon-ïogaY sin. Madh a-leith 
ïmniorro re muiiilir nime, ni-clunt^r don-garbthorainn sin, 
acht lan becc do-raith 7 binnith/r cech ceol atacomnaic. 



15. Is-adbul iarom 7 is-irign^'d re-innisin suidiug//â'" na- 
caihracb sin 7 bec di-mor inni roindsemar di-a-hordaib exam- 
laib 7 di-a-hingantaibh. 

Is-anna[m] ira lasin anmain iar-comgnais 7 comatrib na-colla 
a';/-a-suan 7 co/z-a-saire 7 co;7-a-soinmighe 7 C(';/-a-saghaile '^, 
indsaighid 7 dula co-righsuidhe an-duileman, ar/;/ mina di 

;/. Ms. 5«/||/(/n;ô^. 

1 . fviiiichaiiii^u'l au lieu de primchoiiidel (ou priiiichoiinit'l) est amené ici 
par le mot aii'igel qui précède, puisqu'on lit -choiiiiile et coinulib quelques 
lignes plus bas. 

2. Au lieu de oc-chiiss, L. U. et L. Br. ont oc-lassad. 



Aisliuathi Adhaniinvin 365 

tendre, une musique mélodieuse, se trouvent entre chacun des 
deux principaux groupes, leur moitié supérieure portant une 
lampe allumée; sept mille anges, formant comme de grands 
candélabres, éclairent et illuminent la cité tout alentour; sept 
mille autres, placés au milieu, composent un chœur pour 
l'éternité autour du trône royal. Les êtres du monde, si nom- 
breux qu'ils soient, réunis en seul lieu, se contenteraient 
comme nourriture du parfum qu'exhale le sommet d'un seul 
de ces candélabres. 

14. Ceux des hommes qui n'atteignent pas la cité au sortir de 
la vie et auxquels ce séjour n'est destiné qu'après la sentence 
du jugement, trouvent un séjour agité et inquiet sur les. 
hauteurs et les collines, dans les marais et les rivières, jusqu'à 
ce que vienne le jugement pour eux. 

C'est ainsi donc que se trouvent ces bandes et ces groupes; 
les anges qui gardent chaque âme qui est au ciel la servent et 
s'occupent d'elle. Un voile de feu et un voile de glace se 
trouvent devant la première porte de la cité, ils s'entrechoquent 
éternellement l'un contre l'autre. Le bruit, le fracas que font 
ces deux voiles en se rencontrant est entendu de l'univers. 
Si les enfants d'Adam entendaient ce bruit-là, ils seraient 
saisis devant lui d'un' frisson, d'une terreur insupportables; 
les pécheurs se troublent et s'affligent à ce bruit. Au contraire, 
du côté de la famille céleste, on n'entend de ce tumulte affreux 
qu'un tout petit (murmure), aussi mélodieux que quelque 
musique qui soit. 

15. Vaste est donc la position de cette ville et merveilleuse 
à décrire; entre beaucoup de choses nous n'en avons décrites 
que peu de ses ordres variés et de ses merveilles. 

Il est rare qu'une âme, après son commerce et sa cohabi- 
tation avec la chair, endormie et libre, prospère et bien-aise, 
atteigne et pénètre jusqu'au trône du créateur, à moins que 



5. L. U. ajoute ici /;/ domain, et L. Br. domain. 

4. Au lieu eie a-iiim, L. U. et L. Br. ont iiidib (iuiitib). 

5. L. U. et L. Br. ajoutent ici iiile. 

6. L'ordre des quatre substantifs qui précèdent diffère dans L. U. ; L. Br. 
n'a pas coii-a-saire. 

Revue Celtique, XXX. 24 



1,66 J. Ve 11 dry es 

la-heolchu aingel; ar-is-docmal dreim na .vu. nimCj ar-ni-husa 
naf/;-ao[n] arale dibh. Ar-atait .vu. ndorais ' coemthechta ar- 
cinn in-cineda daona corice in-richteg. Rosuighed da;;c) doirr- 
seoir 7 cometaid <Càid>- o muinntir nime do-fo/xomet cech- 
dorais dib. Doras iaroni ind-nime as-nesa aie, ro (f° 96 v°, a) 
suidhegh michel archange/ 7 di-oigh in-a-farradh co-flesgaibh 
iarnaighib in-an-ochtaib do-srugled 7 d-esorcain na-pf(;/;thach, 
co-comraicet iarom ann-sin na-p^r/jthaigh fri-cetglifit 7 fri-cet 
chessadh na-conaire cerigait. 

16. Dorus ïminorro in-nime tanc/we, ariel archange/ as-come- 
diiid do 7 di-oigh in-a-farr^îd co-sruglib tentighib in-a-lamaib; 
is-dib sin sraighUt na-pd'f/;thacha tar-ari-gnûsib 7 tar-a-roscaib. 
Rosuigidhedh sruth tenntige co-forlasair fair i-liadn!ais|i in- 
dorais sin. AbfTsetus d^r;/o ainm ind-arigil in-gairius in-sLrotha 
sin ; is-ed(';bus 7 nighesanmanna na-naom don-cutruma cinadh 
nos-lenann, co-roichet coiiglaine 7 comsoillsi" tri-hedrociit 
rethum. P "'idiged daiio ann-sin top^rr taithnemach cum- 
blaithe 7 bollranug//^/ do-ghlanad 7 d-innmad - nan-anmann 
inda-firen. Ingrin[n]id hniiiono 7 loscidh anmanna na-pcr/;- 
tluich, 7 ni-dingaib ni dibh, acbt is-tulled pêne 7 penaiti ros-ic 
and. Frisocbat iarc^m as-sin na-ptr/;thaid com-bron 7 duba 
dcrmair; na-fireoin iarom co-suba 7 forbailte co-dorus in-tres 
nime. 



17. Sorn tentighe dano {or-\asad do-gres ann-sin. Da-mile 
.X. cubât, is-ed ro-soich al-lafssa]r [in]-ardeP. Tiagat dano 
anmanna na-firen tresin-sornn-sin hi-prapad na-sula. Argoiridh 
7 loscidh ann anmanna na-firen'' co-cenn da-hliadati .x. co;/is- 
heij- iarsin ange/ in-comimthechta cusan-cethramadh dorus. [Is 
amlaid dano ata dorus]' inotachta in-cethramad nime 7 sruth 
tenntige oc-a-timcliill anvr/ an-sruth romaind. T'uncheWaid 



0. Ms. cosoniillsi. — p. Ms. allarardc. — q. Il faut évidemment lire na 
n-aufircn, ou peut-être na pechthach. — r. Les mots entre crochets ont été 
sautés par le scribe. 

1. L. U. et L. Br. ne mentionnent que six portes; il est possible que le 



Aisliiii^lhi Adhamiiiiiu 367 

des anges ne guident sa marche; car l'ascension des sept ciels 
est pénible, et aucun n'est plus aisé que l'autre. Sept portes 
de protection arrêtent en effet la race humaine sur le chemin 
du palais royal. Un portier et un gardien, pris dans la famille 
céleste, montent la garde à chacune des portes. A la porte du 
ciel la plus rapprochée d'ici-bas, se tient l'archange Michel, 
ayant près de lui deux vierges avec des baguettes de fer dans 
leur giron pour fouetter et frapper les pécheurs, afin qu'ils 
rencontrent là la première peine, la première souffrance, sur 
la route qu'ils suivent. 

16. Or, la seconde porte du ciel, c'est l'archange Ariel 
qui en est le gardien, accompagné de deux vierges, tenant des 
verges de feu dans leurs mains; elles en fouettent les pécheurs 
sur le visage et sur les yeux. Devant cette porte, se trouve un 
torrent de feu, roulant de grandes flammes. Abersetus est le 
nom de l'ange qui garde ce torrent; c'est lui qui éprouve les 
âmes des justes, et qui les nettoie de la quantité de fautes 
qui les souille, afin qu'ils atteignent une pureté et un brillant 
pareils à l'éclat des astres. Là aussi se trouve une source lumi- 
neuse, avec des fleurs et des parfums, pour purifier et laver 
les âmes des justes; elle tourmente au contraire et brûle les 
âmes des pécheurs, mais sans rien retrancher d'eux : c'est un 
accroissement de peine et de pénitence qui les atteint là. Les 
pécheurs sortent de là avec un chagrin et une douleur 
immenses; les justes avec un bonheur et une joie extrêmes, 
pour gagner la porte du troisième ciel. 

17. Un four de feu brûle là sans cesse. Douze mille coudées, 
voilà la hauteur qu'atteint sa flamme. Les âmes des justes 
traversent ce four en un clin d'œil. Il brûle et dévore les 
âmes des pécheurs pendant douze ans, jusqu'à ce que l'ange 
gardien les emmène ensuite à la quatrième porte. Voici 
comment est la porte d'entrée du quatrième ciel : un torrent 
de feu l'entoure, semblable au torrent précédent. Elle est de 



chiftre sept ait été amené dans P. par iia .vu. niiiie de la ligne précé- 
dente. 

2. Au lieu de il-iiinniad L. U. a d'uhiaJ qui n'est certainement que la 
corruption de d-indunid, car le sens de didiiad ( « consolation » ) ne convient 
pas ici. L. Br. porte diunach qui a le même sens que innmad. 



,68 y. Feu dry es 

dû 110 mur (t° 96 v°, h) lasrach ', lethet a-tened tri-da-mile .x. 
cubât do nvàstûr\ Cengait ïmiiiono anmanna na-firen tairis amal 
na-beth ann et/V. Ocus fastaid' anmanna na pcf/;thach fri-da- 
hliadaii^ i-troge 7 i-to[d]ern[a]m; conls-hcir ainge/ in comim- 
thechta co-dorus in .v.ed n[i|me. 

18. Sruth tentighi beos ann sin, acht as examnil he frisna- 
srothaib .11., ar-ata saobchore sainridach a-medon ant-srotha 
sin, 7 impaigid im-a-cuairt anmann na-pcr/;thach 7 nos-fos- 
tann co-cenn se mh\iaila}i .x. Ro-soichit imiiiorro na-iireoin 
tairis {ocetoir cin-nar/;fui;ech. Antaniarom as-mithit" tuasluc/^^f 
na pechtach as, benaidh int-aingc/ in-sruth co-fleisc mair ' 
cc'//n-aicniud legda, co-togbann na-hanmannc suas do-chinn 
na<Cs>-flesce. Bcridli d\din michel iarsin na-hanmanna, co- 
dorus in-seised njijmé, 7 ni-harmith('r ïmiiiorro pian na-to- 
(djernam dona hanmanaib isin-dorus sin, acht îoiosla'icter '^ 
ann do-shoillsi 7 etrochta liag logmar. R.us-tic dano michel 
iarsin co-haing///? na-trinoti, co-taispenadâ!;' dib-linaib na-han- 
manna a-fidn|ais]e de. 

19. Is-adb^//7 ira 7 is diasnesi faite miiintirc nime 7 in- 
comdhed fesin ri-sin anmain antan sin, mad anam annac 
firen he. Mad anfiren auteiii 7 m^d anforfe' ind-anam, fogeib 
ainmine 7 agairbe on-comdidh comachtach, 7 atbc/r fri-hangli 
nime : Tairrigid lib, a-aingli nime, in-anmain n-eccraibdigh 
si[n] 7 tahraid a-laim lucifir di-a-badhadh 7 di-a-formucha^ 
a-fudomain ifirnn tria bithu sir. 

2o5. Is-ann sin iarom scart[h|?r ind-anaim truaid sin co-hai- 
thige7 co-hagarb de. Isann daiio scart| h|air fri-<s> comarcc 
ind-archaingil lasa-ta(f" 97 r\ a)nicc doc|h]um nime. Is- 

s. Ms. iiiast. — /. Ms.fiistais. — 11. Lire iiiithid (pour niithii^). — v. Lire 
aiiforhlbr. 

1. L. U. a ici iiiiir for lassad, et L. Br. donoirchcU Diiir luaidi for lassad. 

2. L. U. et L. Br. ont ici fri ré da hliadan dec « pendant douze ans ». 

3. L. U. et L. Br. portent cofcisc (n-)diiir. 

4. Au lieu de Jbroshiiclcr, L. U. et L. Br. ont forosnait{]i)er\ et plus loin 
au lieu de rustic, ro soich, et au lieu de co-haingUb le singulier co (h)dini;i;I, 



Aislinglbi .■^dbiinniâiii 369 

plus entourée d'un mur enflaiumé, dont le feu mesure une 
largeur de douze mille coudées. Les âmes des justes passent 
au travers comme s'il n'y avait rien du tout. Et il retient les 
âmes des pécheurs pendant deux ans dans l'affliction et la 
souffrance, jusqu'à ce que l'ange gardien les emmène à la 
porte du cinquième ciel. 

18. Là encore se trouve un torrent de feu, mais qui ne 
ressemble pas aux autres torrents, car il y a au milieu une 
espèce de gouffre qui fait tourner dans son tourbillon les âmes 
des pécheurs et les retient pendant seize ans. Au contraire 
les justes le franchissent aussitôt sans aucun délai. Quand le 
moment est venu de laisser aller les pécheurs, l'ange frappe 
le torrent avec une grande baguette, d'une nature de pierre, 
et soulève les âmes en l'air au bout de la baguette. Saint Michel 
emporte ensuite les âmes jusqu'à la porte du sixième ciel; là, 
aucune peine, aucun tourment n'est mesuré aux âmes, mais 
on les fait briller de la splendeur et de l'éclat de pierres 
précieuses. Puis saint Michel les emmène ensuite avec les 
anges de la trinité, et les âmes sont admises de deux côtés 
à la présence de Dieu. 

19. Immense, indicible est la joie de la famille céleste et du 
seigneur lui-même à l'arrivée d'une âme, si c'est une âme 
innocente et juste. Si c'est au contraire une âme injuste, une 
âme imparfaite, elle reçoit rudesse et dureté de la part du 
puissant seigneur, et il dit aux anges du ciel : Emmenez avec 
vous, ô anges du ciel, cette âme mécréante et remettez-la aux 
mains de Lucifer pour qu'elle soit plongée et étouffée dans la 
profondeur de l'enfer pendant l'éternité. 

20. C'est là que cette âme infortunée est éloignée d'une 
façon terrible et dure; c'est là qu'elle est privée de la com- 
pagnie de l'archange avec lequel elle était venue jusqu'au 

5. L'ordre des phrases de ce paragraphe est différent dans les trois 
manuscrits, mais il n'y a guère lieu de faire un choix entre eu.x. Chaque 
phrase en outre présente des différences de détail, trop nombreuses pour 
être mentionnées ici. L. U. et L. Br. ajoutent après co digthide (7 cohacarh 
7 co) aduathinar les mots fri frccn.ircns fiatha nime 7 gnuisi de. Plus loin, les 
dragons de feu sont au nombre de douze dans les mêmes manuscrits. La 
dernière pluase varie d'un manuscrit à l'autre. 



3 ~o J. Veuârycs 

ann sin doleced <<an> an-osnadh as-truma gach osnafiJ] oc- 
techt an-gnuis diabuil iarn-aicsin aibniusa munntirt' nime. Is 
ann sin fogebha comlantius cec[h |a uilc la-frecnarcus diabuil 
tri-bit[h|u sir. Is ann sin àano sluicit na-dmige tinntige u^ach- 
anmain d-es a-chele, co-cuirenn uada in-draig ichtrtrach 
<Cind>> in-gin diabuil. 

2r. O-ro-foillsig va aingil an-coimtechta do anmain 
adamnain na-fissi sea flatha nime 7 re'/imtusa grtf/:7a-hanma 
iar-tiacht as-curp, ro-s-tug les hi iar-sin do-innsadhe itrinn 
ichtaraigh gan-imat a-pian 7 a-riag 7 a-to[d|ernrtm. 

Is-e iarom rc/na tir gusa rainic, tir n-duib n-doirc[h]e, isi 
fhollum follscithe cen-pein ann et/r. Glend lan do-thenidh 
frisanaill; lasair d^rmair ann, co-tet tar-a-horaib fo;-cer/;-leth. 
Dub a-ichtflT, àerg a-medhon 7 a-uacht^rr. Ocht piasta and, 
a-suile Amal chaora ' tentia:he. 



22. D<o>>roithcet'' dano tarsin n-gltnn. Gab/t/ on-ur 
co-rale, ard a-medhoin, isli \mmorro a-dan-imichtair. Tri-sloig 
oc-airimirt techta tairis 7 na-huile ro-sagat tairis. Sloig dibh 
<< as-letan doib > is-lethan doib an-drochet o-rus-co-dcred, 
co-rocet oghlan cin-uamuin cen imecla tarsin n-glenn tinntighe. 
Slogh aie i\aiio oc-a-innsaigedh, caol doib ar tus be, lethan 
im/;/orr() fa deôidb, co-roichet iarom amlrt/W sin tarsin nglenn 
cclwà iar niorghab^//. In-slog deginacb \miiioiro, lethan doib 
ar-tus in-droicher, caol 7 cumang (Xidiu (i° 97 r°, b) fo-deôid, 
co-t///tet di-a-medon isin-ghlenn r\-gû)iach ceiwz, in-braigit ^ 
na n-ocht pi;ist> m-brut[h]â'r/; ut ferait an-atreb isin-glend. 



23. Is-iat lucht diarbo-soirb in-sét sin, aôs oighi 7 aos 
aithrige leri 7 aos dergmartm > diit/vrchtrt/^^/ dodia. Is-i iXuiiit 

X. Lire droichel. — y. Ms. pidslt, avec un point au-dessus du second /. 

I . caora est le pluriel de cder {\. irl. cdir) « balle, globe, masse ronde » ; 
sur cder tbcned ou thentide, v. K. Mever, Coiilrib., I, 298. L. U. et L. Br. ont 
bruthu (brut la) au lieu de caora. 



Aisïinç'ihi Adl.Huunàiu 



■) / 



ciel. C'est là qu'elle pousse un soupir plus lourd que tout 
autre soupir, en allant à la face du diable après avoir va la 
beauté de la flimille céleste. C'est là qu'elle trouvera la plé- 
nitude de tout mal, en présence du diable, pendant l'éternité. 
C'est là que des dragons de feu engloutissent chaque âme 
l'une après l'autre, jusqu'à ce que le dernier dragon la lance 
dans la gueule du diable. 

2 1 . Quand l'ange gardien eut ainsi révélé à l'âme d'Adamnan 
ces visions du royaume du ciel et les premières aventures de 
chaque âme après avoir quitté le corps, il l'emmena ensuite 
àvQC lui pour visiter l'enfer inférieur avec son abondàiTce de 
peines, de tortures et de souffrances. 

La première terre vers laquelle il arriva es une terre de 
sombres ténèbres, vide, desséchée, où il n'y a aucune peine. 
Un vallon plein de feu se trouve au delà d'elle; la flamme en 
est immense et s'étend jusqu'aux bords de chaque côté. Le 
bas en est noir, rouge le milieu et le haut. Il y a là huit bétes, 
dont les yeux sont comme des globes de feu. 

22. Un pont franchit la vallée; il prend d'un bord à l'autre 
et est élevé en son milieu, tandis que ses deux extrémités sont 
plus basses. Trois troupes essaient de le passer, mais toutes 
n'y réussissent pas. Pour la première, le pont est large du 
commencement à la fin, si bien qu'elle franchit la vallée de 
feu saine et sauve, sans crainte et effroi. La seconde, quand 
elle arrive au pont, le trouve étroit au commencement, mais 
large à la fin, si bien qu'elle franchit également la même vallée 
après un grand péril. Mais pour la dernière, le pont est large 
au commencement, étroit et resserré à la fin, si bien que de 
son milieu ils tombent dans cette même vallée périlleuse, 
dans la gueule des huit bêtes ardentes qui font séjour dans 
la vallée. 

23. La troupe pour laquelle ce chemin-ci est aisé, ce sont 
les vierges, les pénitents zélés, ceux qui se sont dohnés à Dieu 



2. L. U. et L. Br. ont le pluriel brdo-tib (hraiiitib). 

3. Sur le « martyre rouge », qui figure aussi dans le sermon de Cambrai, 
f" 58 a, dans la Régula Choluirnh Chiite, éditée pa.r K. Meyer, Z. C. P., III, 
p. 29, 1. 18, et dans les notes au Félire d'Oengus, 17 avril (édit. Stokes, 
1905, p. 116), voir le Thésaurus Palaeohibeniicus, II, p. 247. 



372 /• Veiidrycs 

faii'inn diarbo-c//mang ar-tus 7 diarbo-lethan fii-dheôidh in-set, 
drein timarctt'r ar-hicïn do-denam lole dé 7 soichit ar écin 
iarsin fogn^nn do-dia i-toltinche \ Is-dôib ïmiiwrro robo-lethan 
ar-tus in-droicet7 robo- c//mang fo-deoidh, dona-pt'chtachaibh 
contuàstt {ri-iorcetal bret[hjri de 7 na-comaillet iarn-a-clos -. 



24. Atait dldiu sloigli dimora in dic//mang i-truigh na-pene 
SLithainc risin tir n-etardorcha anall. Cach ren uair inngid 
in-pian dib, in-uair aie tic tairsiu. Is-iat iarom filet -Amlaid 
ïn-lucht dianad comtrom an-olc 7 a-maith ' ; 7 is-al-lo bratha 
midfidt/r cuirvu 7 baidfid a-maith an-olc isin-16-sin, 7 ber- 
t <Cb>ar iarsin a-purt bcthadh i t/'6'cnarcus gnûsi de tria- 
bithu-sir. 

23. Atait da/zo drem mor aile ann i-comfocus don-lucln sin 
7 is-adhbul a-pian. Is-amlaid \iu'om atait, a-cuibrech fri-co- 
lumnaib tentighe; muir tenedh impu connice a-smechu, slabr^" 
tentigi im-a-medon fo-delb nathrach, Lasaid-' an-gnûisi isin- 
pben-sin. Is-iat iarom filet in-phein sin pechthaigh 7 fingaiaigh 
7 aôs admillti eclaise 7 aircinnig etrocsir biti os-inchaib muni a 
na naom f(7r-dainib 7 dechmadâïh dé 7 doniatt dona-hinnmasaib 
selba saindridacha (f° 97 v°, a) sech aigeda 7 aidilgncr/^a 
iji-comdhedh. 



26. Ata[t] ann da;?c) sloigh môra in-a-sesum do-g/rs il- 
lat[h |fl!r/;aib cird//baib condice a-cressa. Cochaill gara ' oidhreta 
umpu; ni anat 7 ni-taris^'t tria-bithu, acht na-cresa oc-a-los- 
cûdh et[erj tuact 7 tes; sluaigh demhna in-a-timchell, 7 builg ^ 
tenntighe in-a-lamaib oc-am-buah/^ in-a cennaib, 7 iat oc- 



;^. slahra doit ctrc complété en slahraid comme dans L. Br. ou sLihrada 
comme dans L. U. — (/. Lire lasail. 

1. L. U. a ici / loUanchc foi^nioiiia do dia et L. Br. / tolhia'n^i fof^nuiua don 
choimdid. 

2. L. U. a closlin au lieu de clos. 



Aisliiigthi Jdhanniâii! 375 

par le martyre rouge. La bande au contraire pour laquelle le 
chemin est étroit au début et large à la lin, c'est la foule que 
la nécessité contraint à faire la volonté de Dieu et qui par 
nécessité pratique ensuite le service de Dieu de bonne volonté. 
Enfin, large au début, étroit à la fin, tel est le passage pour 
les pécheurs qui entendent l'enseignement de la parole de 
Dieu et ne l'accomplissent pas après l'avoir entendu. 

24. Il y a d'autre part des foules immenses en détresse sur 
le rivage de la peine éternelle, au delà du pays des ténèbres. 
D'heure en heure, tantôt la marée de la peine les laisse à sec, 
tantôt elle monte et les submerge. Ce sont des gens dont les 
bonnes et les mauvaises actions s'équilibrent; au jour du 
jugement, on jugera entre elles; les bonnes noieront les mau- 
vaises ce jour-là, et alors ils seront conduits au port de la vie, 
en présence de la face de Dieu, pour l'éternité. 

25. Mais il y a aussi une autre grande foule de gens, dans 
le voisinage des précédents; et leur peine est terrible. Voici 
comment ils sont : attachés à des colonnes de feu, enveloppés 
d'une mer de feu jusqu'au menton, ils ont autour du corps 
une chaîne de feu à forme de serpent; et leur visage brûle 
dans cette peine-là. Ceux qui subissent cette peine sont les 
pécheurs, les parricides, les pilleurs d'églises, les administra- 
teurs sans pitié, placés en présence des reliques des saints 
martyrs à la tête des trésors et des dîmes de Dieu et qui 
emploient ces richesses à des besoins personnels^ au détriment 
des hôtes et des besoigneux du Seigneur. 

26. Il y a d'autre part de grandes troupes assises perpétuel- 
lement jusqu'à la ceinture dans des boues toutes noires. De 
courts capuchons glacés les enveloppent ; ils n'ont ni repos ni 
trêve pendant l'éternité, mais les ceintures les brûlent à la fois 
de froid et de chaud. Des troupes de démons circulent autour 



3. L. U. et L. Br. intervertissent a mai th 7 an-olc. 

4. L. U. et L. Br. ont oerra\ cî. gar d-aimsir iariiin P. H., 1. 7199- 

5. Au lieu de builg, pi. de bolg « sac », L. U. et L. Br. ont pluie, que 
Whitley Stokes traduit par « maces » ou « clubs ;> (C. S. Boswell, op. cit., 
p. 40). Il faut comparer le gae bolga « javelot de sac » dont M. d'Arboisde 
Jubainvillc a parlé ci-dessus, p. 169, n. 2. 



3 74 /• Vcudrycs 

sirtli;ig;ï7 friu. Aigthi nu trog iile uo-tluididh, 7 gdoth garbh 
goirt in-a-firetan "mar aon ria-grtc/jn-olc. Frosa dcrga tinn- 
tighe oc-fcTthain forro g^r/>lai 7 •<7^>* gfl^r/jn-adche ', 7 ni- 
a)mgat an-imgabhail, ^r/;/ a-fulang tri-bithu oc-cai 7 co-doghra- 



27. Arale dib sruma tened oc-toWaib" an-gnuisi, arele 
cladme ^ tened tria-na-tengtaib, arale tri-a-cennaib di-an- 
echtair. Is-iat iarom filet isin-pen-sin .i. gataidhi 7 etigh 7 aos 
braith 7 écnc^* 7 slataidhe > 7 bn'//;emain gubrethacha 7 aôs 
cosnuma 7 mna uptrtr/?a 7 cainte 7 âithdibcrgaigh^ 7 fir-leginn 
pridcaidhis^ Ata[tJ droiiga mora aie an-innsib a-medon <an'> 
an-mara tened. Muir airgide impau di-an-etaigib 7 di-an-almsa- 
niiib. Farend ira sin dogniat trocairegan dic[h]ell 7 bit araidhi 
a-laxa 7 i-teti a colla co-crich m-bais 7 nos-cabrat an-almsana 
i-medon an-mara (f° 97 v°, b) go-brath. Foid|iJt/V do-purt 
bethadh '^. 



28. Atat sochrt'/Je mora aie ann 7 casla dcrga tenntighi 
impau co-lar. Ro-clunteT an-grith 7 an-gair fon-firmam/«t. 
Droiig > do-demnaib oc-a formuchm/ 7 coin brena lethoma leo 
in-a-lamrt//; oc-an-u/alim '' foraib di-a-tomhailt. Rotba rogera 
rodcrga tened for-sirlasad im-am-b/vrighdib. Bt'r|t]ar suas co- 
firm///////t 7 telct^T sis in-fecht tanrt/.se i-fudomain iffrind. 
Ndidin oc-an-athcuma 7 oc-a-letmd do gn's do-gach-aird. Is-iat 
iarom fil isin-pen-sin .i. aos gy^idh tairmdeochair- an-g;Yzda 7 
faarcmbaid 7 brecareda bregait 7 saobait na-sluagu 7 gabait 
forru firta 7 mirbuile nacPi]fetat do genum doib. Is iat au/^'/// 

/'. Le signe 7 répété deux fois dans le ms. — c. Ms. oclolJ-. — (/. Lire 
sans doute coiaii^ comme dans L. Br. — e. Ms. (////; dihcrf;aig}). — /. Lire 
pridchdil heris. — ^,^ Lire sans doute tainiideochatar. 

) . L. U. intervertit ici cacb n-aidche 7 cach lai ; L. Br. n'a que ccch dia. 
1. Au lieu de cladme, pluriel de clauleb « épée » (cf. claidme, Moyt. 162, 
Rrj. Cell., XII, 106), L. U. et L. Br. ont clùi (clothih), pi. de clô « clou ». 



Jisliiiothi Adhawuâiii ^75 

d'eux, tenant à la main des sacs de feu dont ils leur frappent 
la tête, et discutant sans cesse avec eux. Le visage de tous 
ces malheureux est tourné vers le nord, et un vent rude et 
piquant les frappe en pleine face, s'ajoutant à tous leurs 
maux. De rouges averses de feu tombent sur eux chaque jour 
et chaque nuit, et ils ne peuvent les éviter, mais doivent éter- 
nellement les subir, en pleurant et en gémissant. 

27. Certains d'entre eux ont des torrents de feu coulant 
des trous de leur visage, d'autres des épées de feu à travers la 
langue, d'autres à travers la tète de part en part. Voici ceux 
qui subissent cette peine-là : les voleurs, les menteurs, les 
traitres, les délateurs, les brigands, les juges qui rendent de 
faux jugements, lesdisputeurs, les femmes qui usent de philtres 
et d'enchantements, les récidivistes de la rapine, les savants 
qui prêchent hérésie. Il y a d'autres grandes troupes dans des 
îles au milieu de la mer de feu. Autour d'eux est un mur 
d'argent fait des vêtements (qu'ils ont donnés) et des aumônes 
(qu'ils ont distribuées). Cette troupe-là, ce sont ceux qui ont 
été miséricordieux avec négligence et qui ont vécu d'autre 
part dans le relâchement et la luxure de leur chair jusqu'au 
terme de la mort; leurs aumônes les protègent éternellement 
au milieu de la mer; ils sont envoyés au port de la vie. 

28. Il y a là d'autres grandes multitudes, revêtues de rouges 
manteaux de teu, qui tombent jusqu'au sol. Leurs cris, leurs 
appels s'entendent jusqu'aufirmament. Une troupe de démons 
les étouffent, tenant en main dçs chiens nauséabonds, à 
demi écorchés, qu'ils excitent à les dévorer. Des chaînes de 
feu, brûlantes, toutes rouges, demeurent sans cesse embrasées 
autour de leurs cous. Ils sont emportés en l'air jusqu'au fir- 
mament et rejetés ensuite alternativement dans les profon- 
deur de l'enfer. Des enfants les déchirent et les tailladent sans 
cesse de tous côtés. Voici ceux qui subissent cette peine : les 

3. L. U. et L. Br. ajoutent ici 7 crecijaire. 

4. L. U. et L. Br. ajoutent ici iarm-hrdth. 

5. L. U. et L. Br. ajoutent ici discrutain. 

6. Au lieu de iiraîim, L. U. a furdil et L. Br. iirail. 



376 /. J'cndrxes 

filet isin-pen-sin ag-athc/mi;i nii-naidiii inti-aos tjj/v/idh .i. it-e 
sin in-lucht roherbad'' doibh do-lesug//(/ 7 ni-rolesaigit' et/r 7 
ni-roscarigset ' im-a-pt'r/jthaib ^ 



29. Atâ d'uh'n drem dcymair aie ann sair siar doib cen-tairi- 
sim tarna-lecaib tentige oc-cathug//J tri demnaib. At-lir turini 
Ira fr^sa ■<tenedh7>> > saiget ar-dcrglas^/dh doibona-dcnmaib. 
Tiagait na-rith cen-turbrod cen-tairisim co-roichet dublocha 
7 dubaibne' do-baged na-saiget sin indtib. Atat tagiure 7 atat 
tait|hjaga'' na-gaire 7 na golgaire ^ doniat na-pcr/jthaig (f° 98 
r", a) isna-huscib sin, ar-is-tormach pénc ro.v-tâ dôibh. Is-iat 
ira l^let isin-phén-sin, cerda 7 cirmart-dha 7 cennagedha 
esionnrace, breithemain gubrethacha nan-iudage' 7 cilch 
archena 7 righ ec;7?ibdigh, arcinnigh chlaôna atet colaigh, mna 
adalt/ïïighthe 7 techtaire nos-millit'" iii-a-mignimaib. Ata 
da//t) murtened fri-tir na-pian anall. aduathniare 7 agarbe hé 
fo secht ina-tir na-pian tesin. Acht ccna-ni atrebait anmanna 
co-bràth, ar-is-le-demnaibind-aeir > a-harechus co-br(:;t[h]in"ih- 
nus bmtha. 



h. Ms. roberhait. — • /. Lire sans doute lu'-roksniosci, comme dans L. U. 
— /. Ms. diibaibtiib. — k. Le scribe avait d'abord écrit Uioiur,' 7 aUit lai- 
giure\ il a barré ensuite la seconde fois -gliire et écrit laga au-dessus de la 
ligne. — /. Ms. namadage. — m. Ms. nosnillit. 

1. La forme -roscarigsel dans P indique qu'il faut corriger dans L. L'. 
roscairoi'Uir en roscairgsetar. Le verbe est cairigur « je blâme >•. 

2. F. est ici plus complet à la fois que L. U. et que L. Br. La phrase 
Wdidhi . . . do-<[acb-iiird n\3.nqi\Q dans L. U. et la phrase Is iat aittoti plct . . . 
iiii-a-pechthaih manque dans L. Br. Connue les deux phrases se complètent 
Tune l'autre, il est nécessaire d'admettre qu'elles figuraient toutes deux dans 
l'original commun des trois manuscrits. 

3. Il faut sans aucun doute supprimer tenedlj 7 ; ces mots ne figurent pas 



AisVnwthi Adhanmà'm 



•>/ J 



réguliers qui ont violé leur règle, les apostats et les impos- 
teurs qui trompent et qui exploitent les foules, et qui prennent 
pour eux des miracles et des prodiges qu'ils ne savent pas 
foire eux-mêmes. Ceux qui dans cette peine-là sont déchirés 
par des enfants, ce sont les réguliers, c'est-à-dire ceux à qui 
avait été confié le soin de corriger (les enfants) et qui ne l'ont 
pas fait du tout et qui ne les ont pas réprimandés de leurs 
fautes. 

29. Il y a là aussi une autre foule, immense; elle va sans 
trêve de 1 est à l'ouest, sur des pierres de feu, pour combattre 
contre des démons. Innombra blés sont les averses <,de feu et> 
de flèches que les démons font pleuvoir, chauffées au rouge, 
sur eux. Ils s'en vont en courant, sans arrêt, sans trêve, 
jusqu'aux lacs noirs et aux rivières noires pour y plonger les 
flèches. Mais ce sont des imprécations, des redoublements de 
cris et de plaintes que font entendre les pécheurs dans ces 
eaux-là, car ils y éprouvent un accroissement de souffrance. 
Voici ceux qui subissent cette peine : les artisans, foulons et 
négociants qui fraudent, les juges qui rendent de faux juge- 
ments à l'égard des Juifs et tous ceux de cette espèce, les 
rois mécréants, les administrateurs pervers qui commettent 
inceste, les femmes adultères, les intendants qui se ruinent 
par la mauvaise conduite. Il y a un mur de feu au delà de la 
terre de souffrance, sept fois plus affreux et plus cruel que la 
terre de souffrance elle-même. Mais les âmes n'y restent pas 
jusqu'au jugement; car c'est le domaine des démons de l'air 
jusqu'à la sentence du jugement. 



dans les autres manuscrits et compliquent maladroitement la phrase; ils 
s'accordent mal d'ailleurs avec derglasadh. 

4. Ce passage est assez maltraité dans les manuscrits. L. U. porte Ato- 
iliiiri ihrâ ociis al Irinioa iia gdre ocus na golgaire et L. Br. At todiniri tra 
ocHS at trogii lui golgaire. On peut considérer lagiiire (faigiiire) dans P. 
comme une corruption de tadgaire (de *lo-ad-gaire, cf. adgaire « curse », 
K. Meyer, Contrib., p. m), ou bien le rattacher à taidliiiir <> an objection -. 
O'R. ; quant à taitlJi^iga, c'est une forme plurielle de taitliige, tathaige. 

j. L. U. et L. Br. ont aii-oeitiir, auquel P. substitue ind-aeir. La leçon 
des pretiiiers, qui est sans doute meilleure, donne comme sens : « c'est le 
domaine des démons seuls. « Le copiste de P. a pensé à tort aux démons 
de l'air, dont il est question dans le Tdin hô Ciiailnge, \. 3302 éd. Windisch 
(L. L., 82 b 48 : dennia aeoir). 



378 /. Vi'iidryes 

^o. Mairg tra fil isna-pianaib sin a-comatrib miiintin diabail. 
Mairg na-toichlenn an muinnt<'r-sin. Mairg forsam-bia do- 
thig^rna démon discir diairmidtr/.). Mairg biâs oc-éistecht fri- 
guba" 7 fri-golgaire nan-anmann oc-troighi 7 oc-neméla frisin- 
comdhe[d] hn-thoh-echtà'in chuca lathiu bratha co-lûath dus 
in-fuighbitis nach cumhsunadh° co-bnuh acht tri huair cacha 
domn(7/^. Mairg dianadh domnus " diles in-ferann sin tria- 
bithii sir. Ar-is-amlaidh ata, slebti tolla deilghnecha and, 
maighi loma loisctheclia d'idiit 7 locha brena biastâde. Talum 
garbh ganmidhe, is-i urchrom aighreta. Lecca lethna tenntigi 
for-a-lar. Mara co«n-anfenaibh ' aduathmaraib inam-bî aidi 7 
aitreb dhhal ào-gres. Cet[h|ri srotha dermara tar-a-hv : sruth 
tened, sruth snechtade, sruth ncme, sruth uisce duib dorcha. 
Is-indtib-sin nos-fothraicet sluaigh digaire na (f° 98 r", b) 
n-demna a-haithle an-aonaigh 7 an-anesa oc-pianad nan-an- 
mann. 



31. Intan tra canait sluaigh naoma muint/Ve nime clascetal 
comchub^//i/ nan-ocht t/ïhh co-suhacb 7 co-fo/bail/fi? oc-mol<7(/ 
in-comded, is-ann-sin ferait ind-anmann nualla trôga torrst't"/;a 
oc-a-tuargain cin-tairisim la-droiigaib nan-demhna. Is-iat sin 
t;77 na-piana 7 na-to[d|ernama rofollsigh arigel in-comimtechta 
d-anmain adamnain iar-tascnam flatha nime. 

Ro-fucadh iarsin ind-anum la-p/Yïpad sula triasann-errdam 
n-ordha 7 triasan-fial n-gh\nide co-tir na-naom isin innsi ' 
ceiivà rucadh intan cojiroloi a-curp. O-rogâîb iarom ceill for- 
anadh 7 for-airisim isin-tir-sin, atchuala in-a-diâidh triasin-fial 
guth ind-aiigil noforcoiigradh fuirre ccn-digsed fo/-culadoridisi 

;/. Ms. fn'githaha. — 0. Les autres manuscrits intercalent ici les mots : 
nacb n-etavnarad isinci fiigiull, ar ni faghal nach cunisaiiad, L. U. (iidch 
n-etarfiiamd isin fnigell, ar ni fagbat cûmsanud, L. Br.) qui ont peut-être 
été sautés par le copiste de P. 

I. La leçon de P. semble ici préférable à celle de L. U. (dognas) et de 
L. Br. {do gnds) ; cf. donihnns « a place of résidence », O'R. 



Aisliiigthl Adhanumiu 379 

30. Malheur donc à celui qui subit ces peines^ partageant 
le séjour de la fomille du diable! Malheur à celui qui ne se 
méfie pas de cette famille-là! Malheur à quiconque aura pour 
maître un démon violent, méprisable! Malheur à celui qui 
devra écouter les soupirs et les plaintes des âmes, demandant 
miséricorde et pitié au seigneur, pour qu'il fasse venir bien 
vite pour elles le jour du jugement et qu'elles sachent si elles 
n'obtiendront jamais d'autre repos que trois heures chaque 
dimanche! Malheur à celui pour lequel ce pays est éternelle- 
ment sa propre résidence ! Car c'est ainsi qu'il est : des mon- 
tagnes percées de cavernes et couvertes d'épines; des plaines 
nues, desséchées; des lacs fétides, pleins de bêtes. Le sol est 
rude et sablonneux, très raboteux et glacé. De larges pierres 
de feu sillonnent la plaine. Des mers s'étendent, remplies de 
choses étranges, effroyables, et où les démons font sans cesse 
séjour et domicile. Quatre immenses torrents parcourent la 
plaine : un torrent de feu, un torrent de neige, un torrent de 
poison, un torrent d'eau noire et sale. C'est là dedans que 
les troupes impétueuses des démons se baignent après qu'ils 
ont eu fête et joie à tourmenter les âmes. 

31. Lorsque donc les saintes troupes de la famille céleste 
chantent le chœur harmonieux des huit heures avec joie et 
félicité pour louer le seigneur, c'est alors que les âmes (des 
pécheurs) poussent des cris de malheur et de détresse pour 
être tourmentées sans trêve par les bandes des démons. Tels 
sont les peines et les tourments que l'ange gardien révéla à 
l'âme d'Adamnan après l'avoir amenée au royaume du ciel. 

L'âme (d'Adamnan) fut ensuite emportée en un clin d'œil 
à travers le porche d'or et le voile de cristal vers la terre des 
saints jusqu'à cette île où elle avait abordé lorsqu'elle eut 
quitté le corps. Elle pensait s'arrêter et rester dans cette terre, 
quand elle entendit derrière elle à travers le voile la voix de 



2. Au lieu de con-ainhthiiiih L. U. (con-aiihthine L. Br.), du mot dnhthiiie 
t. « tempête », P. a anfenaih qui semble le datif pluriel de l'adjectif «»/(■« 
(c étrange » (.i. ingnad Gloss. O'Mulc. 107) employé substantivement. 

3. Cette île ne figure pas dans L. U., où il y a simplement is inti cela 
nicad si, ni dans L. Br. qui porte is i side cetiia lir ciisa tiicad side. 



380 /. Voidrves 

CLisan-corp c^/na asa-rescomla, coroindsed in-dalaibh 7 in- 
arechtaib, i-comthinolaib laoch 7 clerech foc[h];ï7ici nime 7 
piana ifirnn feib rofoillsig aiiigel an-comimtechta di. 



32. Is-i so iarom forcetrt/ nognfl't[h|aiged adamnan dona- 
sltjo'aib osin amach, cein boi im-bethaidh. Is-e daiio no-pritcliÉ'^ 
a-mordail fer n-erend, dia rof/znnedh recht adamnain forgaid- 
heàlaib 7 dia-rosaortha na-mna la-hadamnan 7 h-ûnachl3. fleg- 
hach, la-rig erend, 7 la-maithib. Is-e dïdiu cetsgel ro gnathai- 
ged padraig, foc[h|;ï7icc nime 7 piana ifirnn do-innisin dinahib 
nocrt'ditis in-comde[d| triana-fo/cet/// 7 no faomdais an anm- 
chairdine do la-t/^rcbail soscéla. Is-é dano scél ba mcncu dognith 
(f" 98 v°, a) petar 7 pol 7 na-hesp^// archena, .i. piana iffrin 
7 fochraice nime do-innisin, ar-rofollsighedh dôib fon-cuma 
cetna. Is-e d^7;/o dorighne siluestcr papa ' do cowstantin mac 
aelena, do-airdrigh an-domain, isin-môrdhail dia-roidhpair 
in-rôm do-phôl 7 do-petâ!r. \s-édano dorighne fabianus comarba 
petair do-pilip mac gordidn, do-rîgh roman, dia-rocreid don- 
comdidh 7 dia-ro-crt'dset il-mile aie ind-uair-sin. Is-e sin in- 
ct't-ri do-romanchaib docreit don-skz/icid ihû crisl. 



33. Is-é so [scél] gnathaiges éli |do innisin do anmannaib 
na firen, 7 hé fo chrund bethad hi pardus. On-uair tra oslaices 
éli]P a-lebar ïorcetail nan-amnann, tecait ann-sin anmanna 
na-firen i-rechtaib ang^/'î- chuice do-cach-âird. Innisidh doib 
d^/;o ar-tus foc[hJrflice na-firen 7 oibniusa 7 arera ûatha nime 
7 at-forbhail// ind-aret sin. Innisid âuteiii doib idrsin piana 7 
to[d]ernma ifirn 7 erbata lathe bratha; ocus is-foUus co-mor 
gne brôin fair-sim fessin 7 for-enoc, con'id iat-sin da-brôn ûatbo. 
nime 5. ladaidh eli iarsin a-lebar 7 fer[ait] in-eoin nuallg^ba 

p. Il faut sans aucun doute restituer les mots entre crochets, qui se 
trouvent sous une forme à peu près identique dans L. U. et _ L Br. Ils ont 
été sautés par le copiste, que la répétition du nom propre Eli avait induit 
en erreur. — q. Lire r'«-;v/ et v. la note. 

I. P. substitue ici papa à ahb Rônia qui est à la fois dans L. U. et dans 
L. Br. Sur cette appellation de « abbé de Rome •> et en général sur le sens 
du mot « abbé » en Irlande, consulter Zinimer, Sit^her. d. le. pr. Akad. 
ci. Wissensch. (philos. -hist. KL), 1909, p. 444. 



Àislingthi Adhainnâin 381 

l'ange qui lui ordonnait de revenir en arrière jusqu'au corps 
qu'elle avait quitté, aiin de raconter dans les assemblées et 
les congrès, dans les réunions de laïques et de clercs, les 
récompenses du ciel et les peines de l'enter, telles que l'ange 
gardien les lui avait révélées. 

32. Tel est l'enseignement qu'Adamnan prit désormais 
l'habitude de donner aux foules, tant qu'il fut en vie. C'est 
celui qu'il prêcha dans la grande assemblée des hommes d'Ir- 
lande, quand la loi d'Adamnan fut imposée aux Goidels et 
que les femmes furent libérées par Adamnan, ainsi que par 
Finnachta Fledach, roi d'Irlande, et par les nobles. Récom- 
penses du ciel et peines de l'enter, c'est aussi le premier récit 
que Patrice avait coutume d'exposer à ceux qui devaient croire 
dans le seigneur par son enseignement et recevoir sa direc- 
tion spirituelle à l'aurore de l'évangile. Peines de l'enfer et 
récompenses du ciel, c'est de même le récit que Pierre, Paul et 
les autres apôtres exposaient le plus souvent, car il leur avait 
été révélé de la même fiiçon. C'est le récit que le pape Sylvestre 
tit à Constantin, tils d'Hélène, roi suprême du monde, dans 
la grande assemblée où Rome fut donnée à Paul et à Pierre. 
C'est celui que lit Fabien, successeur de Pierre, à Philippe, 
fils de Gordien, roi de Rome, lorsqu'il crut dans le seigneur 
et que crurent de nombreux milliers d'autres en même temps. 
C'est lui le premier roi des Romains qui crut dans le sauveur 
Jésus-Christ. 

33. Voilà ce qu'Elie a l'habitude [d'exposer aux âmes des 
justes, se tenant sous l'arbre de vie, dans le paradis. Dès 
qu'Elie a ouvert] le livre de l'enseignement des âmes, les 
âmes des justes viennent vers lui de tous côtés, en forme 
d'oiseaux blancs. Il leur raconte d'abord les récompenses des 
justes, les beautés et les délices du royaume du ciel, et ils sont 
remplis de joie pendant ce temps-là. Il leur raconte les peines 
et les supplices de l'enfer et les malheurs du jour du jugement, 
et bien visible est le chagrin qui se peint sur son visage et sur 

2. Au lieu de diigel, L. U. a en n-glcgel et L. Br. en n-gel. C'est certai- 
nement la meilleure leçon. Il est question ailleurs d'âmes sous forme 
d'oiseaux; cf. Wh. Stokes, Rev. Celt., II, 200 et Dottin, ibid., XXI, 377. 

3. Les deux chagrins du royaume du ciel forment l'objet d'un récit 
dont il y a plusieurs versions, l'une notamment contenue dans le ms. de 
Paris, fos 27 vo b-28 ro b. Le récit a été publié avec traduction française, étude 
littéraire et grammaticale et apparat critique par M. Dottin, Rev. Celt., 
XXI, 349. Il y est fait allusion, p. 385, aux cris et aux battements d'ailes 
des oiseaux, comme à la fin de ce paragraphe. 

Revue Celtique, XXX. 25 



382 /. Vendryes 

df^rmar ind-ûair-sin 7 tennaitan-cte fri-a-curpu co-tecait srotha 
fola M/ib or-oman pian ifirnn 7 lathe bratha. 



34. Intan iarom is-iat anmanna na-naom 7 na-firen dianid- 
erdhalta s/r-atreb flrt//ja ni me dogniat an-guba, bâ-dethb/r 
do-dainib in-domain ciamtis'' d^ra fola dognetis oc-airchill ' 
lathe bratha 7 pian itirnn. Is-ann-sin icfus an-comdhe a-comain 
fri-cech-nduine isin-doman .i. foc[h]raic dona-lirenaib 7 piana 
dona-hanfirenaib. Cuirlidt/V iarom amlrt/Vi sin na-pechthaich 
a-fudomain pêne suthaine, forsin iadfa glas brethre dé fo-mis- 
caith (f° 98 \°, b) bR7/jeinM;/ bratha tria-bithu sir. B^r/air' 
iarom ind-anaim - nùim 7 lireôin .i. lucht na-derce 7 na-tro- 
care for-des dé do-bithatrib flatha nime, ait-ambiât isin môrglôir 
sin cin-aos cin-urcr« cen-crich cen-forcenn tria-bithu sir'. 
FINIT. 

Messea mailechlainn mac illuinn ^ dogr^thie > in bec so 
7 amarach adche nodlag 7 is diù mai ^ an-felmrtc fathach ' 
cin-sciiig cin-rotan ^ cin-scuird cin-chim aidhche na-gene com- 
deta 7 re\iqua ; as-mr//th liomb sean mac in-iarlla'-^ d-thaicsin. 



r. Ms. ciamtis, avec un petit au dessus du second /. — s. Ms. /'j/'r. Lire 
peut-être seulement herair qui aurait pour sujet le singulier iiid-aininii 
« l'âme », mais voir la note 2, ci-dessous. 

1. airchill est le dat. sg. de airichell, substantif verbal de arfocljliiii ; ci. 
K. Meyer, Contrih., I, 58. L. U. porte (voc/;///. 

2. //;i/-a)/flzm est sans doute une addition fautive du scribe, à moins que 
l'original qu'il copiait ne portât deux fois le mot nôiiii, comme on l'a 
supposé p. 353. L. U. porte simplement inâ nôim iiid fireôiii et L. Br. na 
nôim 7 lia fin'oiii . 

3. L. U. ajoute encore ici un paragraphe. Qiiant à L. Br. il termine 
différemment le paragraphe 34, qui est le dernier comme dans P. 

4. Melaghlinn fils de William est mentionné ailleurs dans le manuscrit 
de Paris, fo 95 r», a ; il écrivait en 1475. Son père est le William mac Legha, 
mentionné h 7 ro, 28 r^ b, 29 vo b. Voir Revue Celtique, XI, 401. 

5. dografne « il a écrit » est un terme d'argot, emprunté au « bérla na 
filed )i; cf. graifiied (=: scribad), R. Celt., XIII, 227; cryaiphned « fait 
d'écrire », ihid., XII, 465 ; f^raitJifiie « écrivain », Z. f. Celt. PhiloL, V, 



Aisliiiglhi Adhamiuuu 383 

celui d'Enoch; ce sont là les deux chagrins du royaume du 
ciel. Élie terme ensuite son livre, et les oiseaux poussent 
d'immenses cris de douleur à ce moment-là, et ils serrent 
leurs ailes contre leur corps jusqu'à ce qu'en coulent des flots 
de sang par crainte des peines de l'enfer et du jour du juge- 
ment. 

34. Mais du moment que ce sont les âmes des saints et des 
justes, auxquelles a été accordé le séjour éternel du royaume 
du ciel, qui poussent ces cris, ce sont des larmes de sang qu'il 
conviendrait aux êtres du monde de verser en songeant au 
jour du jugement et aux peines de l'enfer. C'est alors que le 
seigneur rendra son dû à chaque homme dans le monde, à 
savoir récompense aux justes et punition aux pécheurs. Et 
c'est ainsi que les pécheurs seront jetés dans la profondeur 
des peines éternelles, sur laquelle se fermera la serrure du 
verbe de Dieu, par haine du juge du jugement, pour toujours. 
Mais les âmes des saints et des justes, c'est-à-dire les êtres de 
charité et de miséricorde, seront amenés à la droite de Dieu 
pour habiter éternellement le royaume du ciel; c'est là qu'ils 
seront dans une grande gloire, sans âge, sans mort, sans 
terme, sans fin, dans l'éternité. FINIT. 

C'est moi Melaghin, fils de William, qui ai copié ce petit 
texte-là; c'est demain la nuit de Noël; voilà longtemps que 
l'étudiant de science s'est trouvé sans lit, sans nourriture, 
sans vêtement, sans argent, la nuit de la naissance du sei- 
gneur, etc. Il m'est bon de voir Jean, fils du comte. 

492 ; l'origine de ce terme est un bas-latin grapbiàre. Sur l'emploi de 
formes obscures ou archaïques chez les scribes irlandais, voir K. Mever, 
R. Celt., XIII, 220, et Hihernica Minora, p. viij, c. n. 

6. Je comprends diù iii-hai. Pour diii «longtemps », emprunt latin en 
irlandais, v. le Glossaire d'O'Clery, R. Celt., IV, 402. 

7. futhacb doit être un dérivé de fath .i. fos^hJaim O'Dav. Gloss. 860 
(Archivf. C. Lex., II, 341). Mon collègue et ami M. Dottin me signale que 
fehnac désigne un étudiant de seconde année et que de semblables plaintes 
sont fréquentes sous la plume des malheureux scribes, qui vivaient souvent 
dans un complet dénuement. 

8. Le xnox. lotan pourrait être une faute pour rocan À. ioiiar 110 cocL'uU 
O'Cl. (R. Celt., V, 37), mais il vaut mieux y voir, comme me le fait remarquer 
M. Dottin, la forme archaïsée de /iwJir» .i. cruithnecbt ruadh O'Dav., 1369 
{A. C. L., II, 459) qui désigne le sarrasin ou blé noir, employé ici au sens 
de nourriture en général. 

9. Jean fils du comte est nommé dans le manuscrit de Paris au fo 112 
v° a; cf. R. Celt., XI, 403. 



LE NOM NATIONAL DES GALLOIS 

CYMRO, AU PLURIEL CYMRY. 



L'INSCRIPTION DE BROUGH 

Il n'y a pas de nom ethnique qui ait occasionné plus d'erreurs 
que le nom national des Gallois, Cymr\. Tout d'abord il a 
amené, par une vague ressemblance de son, à les confondre 
avec les Cimbres, et du même coup à les identifier avec les 
Belges. La Gaule d'Amédée Thierry était ainsi divisée entre 
les Kymris (^/V) ou Belges, les derniers venus, et les Galls 
qui les auraient précédés. Les anthropologistes, Broca et ses 
disciples, ont adopté cette division : le type grand, dolicho- 
céphale, blond, est représenté par les Kymris ou Belges; le 
tvpe de taille médiocre, brachycéphale, brun, est représenté 
par les Celtes qui se trouvent être les Celtes de César. La 
théorie anthropologique n'est guère plus fondée que la théorie 
iiistorique : le D' Houzé, l'homme qui connait le mieux 
l'anthropologie de la Belgique, nous apprend dans son intéres- 
sant travail {\JAr\aie! Taiitroposociologic, 1906, p. loi et suiv.) 
que les Wallons ont une taille de i'" 64, inférieure à la 
moyenne française et que les populations belges penchent 
plutôt vers labrachycéphalie. La brachycéphalie domine dans 
le Grand-Duché de Luxembourg et l'Allemagne du Sud. En 
Hollande, tout récemment, le D"" Bolk, constatait que les 
blonds et bruns de ce pays étaient en grande majorité bra- 
chycéphales {Reviw mensuelle de FEcoIe cf\nifr apologie île Paris, 
1908, p. 468). 

Il était indispensable naturellement que les Gallois, les 
Kymris (sic), fussent du même type physique que les Kymris 



Le nom national des Gallois : Cvmro, (/// pluriel Cvmrv 385 

continentaux. C'est devenu chez nous un dogme anthropolo- 
gique, qui n'en est pas plus fondé pour cela. Décidément 
M. Salomon Reinach a eu raison de dire que les noms histo- 
riques sont le fléau de l'anthropologie. 

Ce qui est véritablement déconcertant et décourageant, c'est 
qu'il était facile aux historiens et aux ethnologues, anthropo- 
logistes ou archéologues, de se convaincre de leur erreur. 
Depuis Zeuss, tous les celtistes compétents sont d'accord sur 
le sens et l'origine du nom national gallois. Le singulier 
C)7;/ro remonte à un vieux celtique ^Com-hnn^-s, homme du 
même pays, compatriote; le pluriel Cyiiirx remonte 'd^Coiii- 
hrog-ià ou * Coiit-brog-ï ou * Coin-brogls '. L'y gallois non accen- 
tué se prononce à peu près comme e français dans petit, semer; 
à la flnale ou sous l'accent, il a un son intermédiaire entre u 
français et ï bref. Cyniry, écrit parfois Cyinni, indique aussi 
bien le pays lui-même que ses habitants. Il s'est passé un fait 
analogue pour Wales : l'anglo-saxon Wealhas, Weahis a d'abord 
désigné les habitants des pays bretons de l'île de Bretagne. 

L'étymologie courante paraissait inattaquable : elle vient 
d'être remise en question, non par un linguiste, par un celtiste, 
mais par un archéologue anglais, que la question de l'origine 
des Cimbres empêchait de dormir, le professeur Ridgeway, 
bien connu dans le monde savant. Il a été fâcheusement ins- 
piré en commettant cette infidélité à l'archéologie où il est 
passé maître : cette brusque incursion dans le domaine linguis- 
tique n'ajoutera rien à sa réputation. M. d'Arbois de Jubain- 
ville, qui a rompu plus d'une lance en laveur de l'origine 
germanique des Cimbres, s'est inscrit en taux (Revue Celtique, 
1908, p. 215) contre la doctrine de Ridgeway qui fait fatale- 



I. Coiii-t)rog-l est un pluriel relait sur le pluriel des thèmes en -0 : le 
pluriel régulier eut été Cyinro:^:^* Com-brog-cs, mais il se fût confondu avec 
!e singulier, C'est un fait analogue à celui qui s'est passé pour carant, 
parents : c'est la forme régulière existant encore dans la poésie du moyen- 
gallois = *Cimint-cs. Carant donnait l'impression d'un singulier : il à été 
remplacé par le gallois Cereint, breton Kerent qui suppose carant-ià ou 
*Carant-i. Une forme Coni-broo--î en vieux celtique serait Coni-brogi-oi, 
Coni-brogi-i. Le changement de en y (breton e) par 7 long final est rég^jlier : 
gallois esc\b, breton es1?eb = cpiscopi. On peut supposer aussi Conibrcgls 
pluriel d'un thème en -/, cf. Brogi-tarns. 



386 /. Lolh 

ment des Cimbres des Celtes en identifiant Ciuibri avec nom 
national des Gallois; il oppose à cette théorie le Testament 
d'Auguste et Strabon. Mais il ne suit pas l'archéologue anglais 
sur le terrain qu'il a choisi, le terrain linguistique. Or, en 
raison de la notoriété de l'auteur et aussi à cause de cer- 
taines présomptions que des faits archéologiques pourraient, 
à la rigueur, fournir à la théorie de l'origine celtique des 
•Cimbres', il est à craindre que l'opinion de Ridgeway ne 
trouve des échos complaisants dans le monde des historiens 
et des antropologistes. Il m'a donc paru, sinon nécessaire, au 
moins utile d'en démontrer la fausseté. Je suis d'ailleurs 
amené ainsi à donnera la célèbre inscription grecque de Brough, 
son sens réel et sa véritable valeur. 

M. Ridgeway veut prouver l'identité du nom deCimbriavec 
celui de Cyniry=Combrog-i-. Admettant l'équation Cj'mro 
= Coiii-biog-s, Ridgeway est obligé de supposer que le latin 
Cinibri, le grec Ki[j.[ipz'. ont modifié la voyelle primitive celtique 
et que / est pour // ou o. C'est ce qu'il entreprend d'établir par 
diftérents exemples. Il ne fliit aucune distinction entre?/ et o. 
Il est cependant nécessaire — et on ne saurait établir d'autre 
base solide de discussion — de poser en principe que c'est à 
et non à // que l'on a affaire dans Coiiibrox et par conséquent 
dans Ciuibri : je le démontre plus bas. 

Une première remarque : Ridgeway cite pèle-mèle les noms 
latins et grecs, cl, ce qui est encore plus inadmissible, ne fliit 
aucune distinction entre les voyelles accentuées ou non 
accentuées. 

Il pose d'abord en principe que les Romains représentent 
a, c (longs ou brefs), o et // par / dans les noms étrangers et 
les mots empruntés : Massinissa = Mac7av:<c;7-^ç; Massilia = 
yiy.'jGy.'/.U; Britanni ^= B'ps-awoi; Catamitiis =Vx'^u\}:i■^lr^ç^, 
angina =-■ y.'(y.T/r, ; Victimulae ^ ly.Tiy.o'jAsi. On peut, ajoute-t-il, 



1. Les archéologues Scandinaves, aujourd'hui, par exemple Montélius 
et Soplius Mûller, n'admettent plus l'hypothèse d'une invasion celtique en 
Danemark à l'époque du fer, mais reconnaissent la prépondérance de l'in- 
fluence de la civilisation celtique à l'époque de La Tène. 

2. Cambridge Philological Society, séance du 20 février 1908 {Cauihr'uhye 
Univers ity Reporter, 3 mars IQ08). 



Le nom iialiomtl des Gallois : Cvmi'o, au pluriel Cvinrv 387 

comparer à ce dernier changement, le changement réguher en 
hitin même de // non accentué en / : opt//mus, opt/nuis. 

Les grecs auraient la même tendance : Ït.t.oç (forme em- 
pruntée) montre / au lieu de c conservé dans le gaulois Epona, 
gallois' eb, lat. cqiiiis, irl. ccJ). Le nom delà rivière Barrow 
(irlandais Bearha) est \Mp-'^oç dans Ptolémée; l'île de Wight 
appelée Vcctis par les Romains, est O'jr^v'iq chez Ptolémée 
mais "ly.T'.ç chez Diodore. Même en grec, il y a une tendance 
à changer z en u 

J'écarte de la discussion les exemples montrant l'alternance 
de (' et i : ils n'ont ici aucun intérêt. 

Il n'y a pas lieu non plus de tenir compte des exemples 
comme Massilia = Maac-aXi'a : il est reconnu depuis longtemps 
que le phénomène d'affaiblissement des voyelles, notamment 
de l'antépénultième dans les emprunts grecs, est dû à l'an- 
cienne accentuation latine ou plutôt italique, l'initiale du nom 
étant accentuée : Alixantrom --= 'AXs^avopov ; Agrigentum = 
"Ay.paY^vta, etc., etc. (Stolz und Schmalz, Lafeinische Grain- 
matik, 2^ éd., p. 320, 321, 267). Angina = à-f/iv^ est une 
identification depuis longtemps abandonnée : c'est un dérivé 
de la flimille d'^r//^''c?(Weise, Die Gricchischeu Worter iiii Latin, 
p. 62; Walde, Laleinisches Etym. IVôrlcrbuclj). 

Reste un seul cas à examiner Si Cyinro était pour Ctinibrox, 
l'argumentation de Ridgeway serait plus spécieuse. Il est, en 
effet, avéré, non seulement que // non accentué s'échange 
avec /, mais encore que même dans les syllabes accentuées / 
est pour II devant les labiales et / ; silva = snlva ; clupetts = 
clipeus ; siiiius = siiDtits ; fnniis ^ f uni lis (Oô ;;.:;); Iiuiipa = 
linipa (Brugmann, Gnidriss, P, p. 107, §§ 1027) : c'est, dans 
ce cas, un son intermédiaire entre // et ô. Or, si, ce qui est 
certain, la forme Cyiiiro a passé par une forme Cônibro(x), 
c'est à une époque postérieure de bien des siècles à l'époque 

I. Btpyo? ue peut expliquer ru-landais Bcrhha (Barrow); un manuscrit 
donne Bâpyo; qui n'explique rien. Britanni s'explique bien par l'influence 
de Bntloues où 1'/ est étymologique. 

Catamitiis de rav'j;j.r;3f|; est un de ces mots grec latinisés qui ont subi 
dans la bouche des peuples une déformation anormale avant que la forme 
ne fût littérairement fixée : cf. Apcrla = Apollo (Pauly-Wissowa, Real- 
Encyclopedic, 1^ éd.) 



388 /. Loth 

où les Latins et les Grecs ont connu les Cimbres : cette évo- 
lution par atlaiblissement est un fait néo-celtique qui a dû se 
produire du \" au vii^ siècle après Jésus-Christ. La forme cel- 
tique de Cyiiiro, à l'époque des invasions cimbriques était Com- 
brog-s : le préfixe à l'époque gauloise, sur le continent comme 
dans File de Bretagne, est coin. Or o accentué ne subit jamais, 
dans aucun cas, ni en latin ni en grec de changement en / 
(Brugman, Grundriss P, pp. 142-144). 

Une forme Coiiihro-s n'a jamais pu, à cette époque, devenir 
Cinihcr; elle fût tout au plus devenue Cuiiihcr. 

Mais il V a mieux : Ridgeway ne s'est occupé que de la iiioilié 
du mol Cyiiiro^CoiNhrox : il a totalement oublié de parler de 
l'autre moitié, ce qui est d'autant plus extraordinaire que cesl 
la partie principale ; coin- est le préfixe {cunï) et bro = brox, la 
base du composé. Il semble que Ridgeway se soit figuré qu'une 
forme vieille-celtique Coinbrô-s pluriel Coinbrï (Combroi), 
donnant en latin d'après sa théorie Ciinber et Ciinbri, ait pu 
produire, en néo-brittonique Cxinro ! Ce serait le renverse- 
ment des lois fondamentales de la phonétique celtique. Si on 
a final dans Cyinro, c'est justement que -brox est traité, 
d'après l'accent vieux-brittonique, comme le monosyllabe brox 
qui, nécessairement, gardait : gall. -comique, breton br'o, 
pays : ci', gallois all-vro, étranger, pays étranger = AUo-brox. 
Toute vovelle ou syllabe finale brève ou longue, suivie ou 
non d'une ou plusisurs consonnes, en dehors des monosyllabes, 
disparait : Coinbro-s eût donné en gallois Coininr et Combri 
(Coiiibroi) eût évolué en Cyiniiir. 

La présence d'une consonne g dans Cyinro est assurée par 
le dérivé Cyinracc, la langue galloise = Combrogicâ : Cyinraec a 
longtemps compté pour trois syllabes : lorsqu'il y a une 
vovelle en hiatus, en gallois, dans l'intérieur du mot, on est 
sûr qu'une consonne est tombée entre les deux voyelles : 
dans le cas présent, ce ne peut être un s : c'est donc un g. 
Quant au changement de de Combrogicâ en a après g, dans 
cette situation, il est régulier : d. Sainl-Briavael, nom complet 
et composé de Saint-Brieuc, en gallois, pour Brio-vacl = 
Brigo-maglo-s; Rhiadav remonte à Rigo-tamo-s. En vieil-irlan- 
dais, Cyinracc est transcrit par Combrec, intéressant par le main- 



Le nom national des Gallois : Q-mro, an pinriel Cymry 3S9 

tien de h : la contraction de -iicc s'explique lacilement par 
l'accent intense de l'irlandais sur la première syllabe. 

L'anglo-saxon Cmnhra-land pour Ciuuhro-laud (rdiiibiy-) est 
régulier : la forme la plus ancienne est de 943 (Chronique 
anglo-saxonne). 

En gallois on trouve une forme avec h dans les Lois : Cyiii- 
bnt (Aneurin Owen, Ane. Laivs, II, p. 628). 

Chose étrange : c'est dans un texte breton armoricain que 
se trouve la 'forme la plus archaïque de ce mot, dans la vie de 
sainte Ninnoc (vita sancte Ninnoce, Cari, de Oiiiinperlé, éd. 
Maître — de Berthou, p. 35); la rédaction de la vie n'est pas 
antérieure au xi^ siècle et elle est farcie de choses légendaires 
Il V est dit que Ninnoc était né dans le pays de Brochan, 
c'est-à-dire dans le pays qui est actuellement le Breconshire 
en gallois BrycJkiiiiog dérivé de Brychan, Brochan : Fuit vir nohilis 
in Coinbroncnsi regione Brochan nomine, ex génère Gurthierni. 
Coiid>ro}h'nsi est à corriger sans doute en Condnog-cnsi. 

Coinhrogcs n était pas le nom d'une peuplade : il désignait 
une confédération de Bretons de diverses peuplades en lutte 
avec les Angles et les Saxons. Il désignait non seulement les 
Gallois, mais encore tous les autres Bretons jusqu'à la Clyde. Et 
même, chez Ethelwerde (Chronicon, lib. I\' cap. ni (an 783), 
chez Florentins Wigorn (Chronicon apud Pétrie, Mon bisl. 
bril., p. 368, 924, 943), Cumbri désigne les Bretons de Strat- 
Clut, parfois aussi vraisemblablement ceux du Cumberland, 
et non les Gallois. Che;^ Geoffroi Gaimar (L'Estoire des Engles, 
ap. Pétrie, Mon., p. 764, 808, 814), de même : les Condn-eis 
sont les Bretons du nord. Dans ces conditions, il est probable 
que ce nom de guerre a dû être pris avant que la bataille de 
Chester n'eût séparé, en éoi, les Gallois des Bretons du nord, 
et aussi après celle de Deorham qui, en 377. eut pour résultat 
de les couper par de solides établissements saxons des Bretons 
à l'ouest de la Severn. Il est, en effet, remarquable que les 
Bretons de Cornwal ignorent ce nom , ainsi que ceux d'Ar- 
morique. Cependant il semble qu'il y en ait un exemple dans 
le Cartulaire de Quimperlé et celui de Landevennec. Dans la 
liste des comtes de Cornouaille paraît un Diles Heirgiior Chebrc : 
Chebre est à corriger en Cembre, que donne le Cartulaire de 



390 /. Loth 

Quimperlé. Dans ma Chrestonmlhic, p. 115, note 4, j'ai suppo- 
sé que Cembre était une forme bretonnisée de Cambria : c'est 
très peu vraisemblable d'autant plus que Ccnibre est la forme 
bretonne exactement correspondante au gallois Cyiiiry et sup- 
pose, comme Cymry, CoDibrooi ou Coiuhrogls. Ce Diles est 
Heirguor Cciiibrc, ce qui signiiie probablement celui qui 'ajjiniw 
pour les Cembre, le porte-parole des Cembre. Cembre signifie-t-il 
ici simplement compatriotes ou désigne-t-il un petit groupe de 
Combrogi insulaires émigrés? 

Une dernière remarque : le nom national Cymro, Cymry 
n'apparaît pas une seule fois dans le grand poème gallois 
connu sous le nom de Gododin, poème rédigé sous la forme 
qui nous a été conservée^ vers la fin du ix'^ siècle ou le coamien- 
cement du x% mais dont le noyau primitif peut être plus 
ancien. Le nom national est Brython = Britlones. C'est un 
argument contre l'origine septentrionale du Gododin, ou il 
faudrait supposer que la première composition est antérieure 
à la fin du vi'^ siècle, époque où Combroges était en usage. 

On a voulu tirer de l'inscription grecque de Brough-under 
Stainmore, en Westmoreland, un argument en faveur de 
l'existence en Bretagne d'un peuple de Cimmerii qu'on n'a pas 
manqué d'identifier avec les Cymry d'une part et les Cimbri 
de l'autre. Cette inscription d'abord considérée comme nini([ne 
et congrûment expliquée par les mues a été reconnue enfin par 
tout le monde comme incontestablement grecque. Elle a donné 
lieu aux plus instructives et aux plus réjouissantes polémiques '. 
C'est l'épitaphe en vers d'un jeune syrien Hermès, pleuré en 
vers, mort à 16 ans. Le seul vers qui nous intéresse est celui-ci 
(l'auteur de l'épitaphe s'adresse au défunt) : 



uy/:j-y- zT.vr^: '{^p [Xip0"i<\ 



à-::; Kr'j'j.sptc 



M. Nicholson, le premier (Academy, p. 639) a identifié 
Kn/y,£p».)v yçi avec les Cymry. L'auteur du résumé de la doc- 
trine du .prof. Ridgeway dans le Cambridge Univ. Reporter du 

I. Acatleiny, i(S84, n»'^ 652, 653-640, 643, 670, 679; Athenaeuiii, i<S84, 
n" 2978, p. 66) ; Eptieiiieris Epigrapliica, tome VII, p. 305-306, n" 95 : addi- 
tam. au tome VIII du Corpus Inscript, lût. 



Le uotu iialioiiiil (/('.''■ GitJhns : Cyniro, nu piiiricJ Cymrv 591 

3 mars 1908, s'approprie cette doctrine et dit que ce pour- 
raient bien être les Cimbri émigrés du Jutland. La pkipart des 
commentateurs traduisent le vers en question par : « tu t'es 
envolé, tu es mort sur la terre des Cimmériens. » Ces Cim- 
mériens seraient les Calédoniens; Hermès serait mort pendant 
une expédition chez eux. C'est bien invraisemblable, l'inscrip- 
tion paraissant être de l'an 400 environ. Ce Syrien de 16 ans 
ne paraît pas avoir été un soldat. Le sens me paraît être des 
plus clairs : s'il n'a pas été saisi, c'est que tous les commenta- 
teurs que je connais se sont obstinés à traduîreà-î 7f, par : sur 
la terre de. . . Or, ï-\ àxtc le datif, ici comme dans beaucoup 
de passages poétiques, indique le lien d'arrivée ou de ref^as, avec 
les verbes de nioiivemeiit (Kruger. Grieclj. Sprachlehre,^^ 68.41, 
anmerk. 2) :Iliade_^a) 480 Nyja ï-'r-.dpoio è'putjo-av ïtS: 'by.[j.yJ)ci.;; 
-) 310 : ~pr,vq; ïrJ.i;;xir^ y.aTU-suîv. Sophoclii, A il tig. I3_| : à-': 
■;f, T.ï^v/. Il faut évidemment traduire : " tu t'es trop vite 
envolé vers le paysdes Cinnnériens (où tu es maintenant). » 
Ce pays des Cimmérîens est pris dans un sens métaphorique 
bien connu : c'est le pays des ténèbres, le pays des Ombres, 
de la mort. 

Heliod, apud Slobée, Florileg., 100-6 : Kt.;;,;j,£pi-^ ^'^-'^^'^^Tt "''■-" 
y.XîtŒ'j.àvsc zGut, cf. Lycophron 695 Ki[j.ij.ipzc av.'.y.. 

J. LOTH. 



MISCELLANEA HIBERNICA 



TEN DOMESTIC ANIMALS 

Froiii B. IF.2,fo. i4/l>. 

Ba, muca, eich, caoirigh, gabair, coin, cait, cerca, geôidh, 

seôid sobhail, 
Beic[h] becca' bagealat gach mbet[h]ra, it é deich ccc- 

t[hjra fer ndomain. 

THE FIRST DIVISION OI- IRELAND 

Ibid. 

Cèdroinn Èrenn itcr Conn Cêtchathach et Eogan Môr o 
muir go Lice nAointir, o Lice Aoinfir go hAth Liiehdonn, o 
Ath Luchdonn co Derc Deire, ô Deirg Derc eo Birra, ô Birra 
go Druim Cuilinn, o Druim Cuilinn co Linn Tûachail, o 
Linn Tûachail eo Tipmit Reith an Gabhair, o Gabhair co 
Foithir UanDûngail, o Foithir Ua nDcingaili eo muir itir Inbcr 
Tuili 7 Brentrachr Moighi hIot| h]a 7 cetera. 

[PINGALA CLAINDE CERBAILlJ 

Froiii Ms. Harlcian )2So, fo. ^ja. 

(Slieht dûili Flainn Diiine Gemin sunn) 

1 Aige âgha, ag n-immrinn, braine bâga din Bregrainn, 
fingala fola flainne brait[h]irse cloinne Cerbaill. 

2 Ole do Oed Slainc slûagach diarb aine Eri âthach 

I . lee- bicc 



Miscelhinca Hlheniicd 393 

for Suibne foroll Hnnglan tingal for mac a brâthar. 

3 Crûaid romhîth Conall crodha mac Suihni rùaid, rë[i]m 

n-âgai, 
Congal, Ailill do marbad ocus Aod psalmglan Slâne. 

4 Is mor di iarmairt n-uili an t-innrcm Iinib laine, 
Conall do goin lia Diarmait, ag n-ard cin iarma|i]rt 

5 Dâ mac fria ' dianblaid n-iiaille forfaccoib Diarmaid 

dâna, 
it brâit[h|ir derbhui dili cia bator ili a n-âga. 

Aige. 

TWENTY-SEVEN VIRTUÉS 

Froni H. j. iS, p. <•)!'. 

Secht rann fichet - friasa '> toet feab 7 ordan '^ do duinc : 
tria gaireui, tria ainmnit, tria fostai, tria thoi, tria forsadi, tria 
foglaim, tri domestai, tri étsecht fîrindi, tri cboc^7(/ fri clôine, 
tri indarba n-aniis, tri thochurud fis, tri trebairei, tri coitsecht 
fri forrsaidi, tri frecmorc firën, tri filidbecht tëchtai, tri ailge 
anscLiichthi, tri airmitin sen, tri dënam sinsire, tri ermitin 
Ûathû, tri airmidin ecnai, tri honôi[r] fithidre, tri timorgain 
cuibsi nô gnûisi, tri idhnai lâmai, tri congain cuibsi, tri imrâd 
bâ|i].s, tria imrad no décsin i nDia na ndûla. 

THE GRAVES OF THE APOSTLES 

Froin Laitâ 610, fo. )8a. 

1 Reilgi muintiri ninic De, nocha n-egOir> a n-aithne*^, 
bid tosach deg-|g]resa dam reclèsa na rïgapstal. 

2 Eôin baisti rofidir Dia isin cathraig Sabastia, 
reilgi Poil ocus Pedair atâid i Roim rîgegair. 

3 Relig Andrias frith ibhus i nAcaia i Partirus, 
dâ lacôp is Madian menn atâid i niarusalem. 

I. Ico;. fri. — 2. ficlnl Ms. — 3. /."<,'. triasa. — 4. ordain Ms. — 
5. — égcôir. — 6. /('i,'-. aichne. 



394 Kiino Mcyer 

4 A nEfis a nAsia Big ata Eôin roglan roglicc, 

i Liconia nArmenia 6ig relig primda Parrtholôin. 

5 Pilip, ba cara do Dia, i nEoraip in Frigia, 

cathair atâ ' Thomas tair Endia isna Sairgentaib. 

6 I nArmenia i nAmon dam atâ Matha môrapstal, 

loighi Simôin sund co se Erentum a tir Parte. 

7 Reilgi Lucais, locc do Dia, Bothia Mesopotamia, 
Maire, isi a chathair co cert Alaxandair i nEgipt. 

8 Docûadur martra uili act Eôin ar a inmaine, 

is âlaind an dath ar nim, atâ rath ar a reilgib ••• Reilge. 

I. = itâ. 

Kuno Meyer. 



LES NOMS DES SAINTS BRETONS 



CONCLUSIONS 

La forme sincère des noms des saints bretons n'est pas 
toujours focile à établir : la plupart du temps ils n'apparaissent 
que dans des textes postérieurs de plusieurs siècles à l'exis- 
tence des saints; il v en a que l'on ne connaît que par les 
traditions populaires ; d'autres, et ils sont nombreux, n'ont 
laissé trace de leur existence que dans des noms de lieux dont 
nous n'avons la forme que dans des documents parfois relati- 
vement récents; il fltut compter enfin avec l'incertitude, et 
les variations de la tradition orthographique qu'on n'arrive pas 
à corriger par la prononciation dans la zone considérable d'où 
le breton a totalement disparu depuis plusieurs siècles. De 
fausses identifications, parfois même de fâcheuses tentatives 
étymologiques, ont accru la difficulté de cette étude. 

Lors même que la forme sincère du nom est assurée, si on 
en entreprend la comparaison avec les noms des saints de 
Galles et du Cornwal, il y a des écueils du même genre à 
éviter du côté insulaire : la tradition écrite galloise plus 
abondante, la prononciation plus assurée, rendent la tâche, à 
vrai dire, plus facile en ce qui concerne les saints gallois, 
mais pour le Cornwal il n'en est pas de même : il y a surtout 
à compter avec les variations de l'orthographe anglaise et aussi, 
trop souvent, avec l'ignorance manifeste de la langue comique 
chez les écrivains dont les textes servent de base. 

Il va sans dire aussi que l'identité de nom pour les saints 
de pays différents n'entraîne pas toujours l'identité des per- 
sonnages. Mais quand un saint a donné son nom à des 



396 J. Loth 

paroisses armoricaines, galloises ou comiques, il n'y a guère 
de doute^ la plupart du temps, à avoir sur l'identité de culte 
et d'origine. 

Une conclusion générale s'impose : le culte des saints dans 
toute la partie de la péninsule armoricaine occupée par les 
Bretons est essentiellement national, et pour la généralité des 
paroisses de fondation bretonne ancienne (v-vii'^ siècle), d'ori- 
gine insulaire : non pas que les saints qui ont, à cette époque, 
donné leurs noms à nos paroisses aient tous émigré en Ar- 
morique; un nombre assez important d'entre eux ne paraît 
pas avoir quitté l'île. Leur culte a été transporté en Armorique 
par les émigrants, souvent par les saints qui avaient quitté 
leur patrie. On peut citer comme type saint CoUen dont 
nous ne savons à peu près rien et qui a cependant donné son 
nom à une paroisse de notre Cornouailles et à une autre du 
comté deDenbigh. Ces saints comptent en général parmi les 
plus anciennement honorés chez les Bretons insulaires. 

Un point important, capital même, à relever, c'est que le 
principal rôle dans l'établissement du culte en Armorique et 
en Cornwall a été joué par le pays de Galles'. Les principaux 
saints émigrés, ceux qui ont joué chez nous un rôle prépon- 
dérants, sont Gallois. Or, il est manifeste que l'émigration de ces 
saints personnages n'a pas été provoquée par les invasions des 
Angles et des Saxons, le pays de Galles n'ayant eu qu'assez 
tard après l'établissement des envahisseurs germains, à défendre 
son propre territoire'. Il est donc illogique de faire coïncider 
les émigrations bretonnes avec l'arrivée de ces saints en 
Armorique. La plupart ne paraissent qu'au vi'^ siècle. Saint 
Malû n'a fondé l'évêché qui a porté son nom que vers 575- 
380. Dans plusieurs vies nous voyons que les saints émi- 



1 . Parmi les insulaires ayant donné leurs noms à des paroisses, fractions 
de paroisses ou lieux saints d'Armorique, de 80 à 90 sont gallois; une 
soixantaine apparaissent en Cornwall ; de 50 à 40 ne paraissent qu'en 
Armorique et en Cornwall et Devon, quelques-uns en Somerset. 

2. Il est impossible de s'arrêter à une émigration partielle de Gallois par 
suite d'une invasion des Scots d'Irlande. Le chef breton Cunedda, d'après 
des documents qui méritent d'être pris en considération, expulsa les Gaëls 
des parties du pays de Galles qu'ils auraient occupées, de bonne heure au 
ve siècle. 



Les noms des saints bretons 397 

grants trouvent dans les pays où ils abordent des compatriotes 
dé]\ installés. D'ailleurs, incontestablement les Bretons insu- 
laires étaient établis en grand nombre dans la péninsule, 
dans la seconde moitié du V' siècle : certains faits historiques, 
l'étude des noms de lieu gallo-romains, ne permettent pas 
d'en douter (J. Loth, Les langues romanes et bretonnes en Arnio- 
riqtie, Revue Celtique, 1907, p. 375). 

De fait, les vies des saints, pour la plupart, ne donnent 
d'autres motifs cà l'émigration de leurs héros que le zèle aposto- 
lique, le désir de convertir des infidèles. Il y a là quelque 
exagération : il y avait sans doute un bon nombre de payens 
dans la péninsule, surtout en dehors des évêchés de Rennes, 
Nantes et, en partie, de Vannes. Mais ce n'est pas uniquement 
le souci de convertir des infidèles qui a amené les mission- 
naires bretons en Armorique; ils y ont été appelés tout 
autant par les besoins religieux des Bretons émigrés ou de 
leurs descendants '. Or, le pays de Galles était assurément au 
v^ siècle, le grand centre religieux de l'ouest de l'île de 
Bretagne. 

Ce qui suflirait à montrer qu'en dehors de l'évangélisation, le 
pays de Galles n'a joué qu'un rôle secondaire dans l'émigra- 
tion, c'est que la langue bretonne forme avec le comique un 
groupe absolument intime vis-à-vis du gallois, quoique les 
trois langues aient été assurément très voisines l'une de l'autre 
à cette époque. Il est sûr que linguistiquement les Bretons 
du Cornwal étaient plus proches parents des émigrants que 
ceux de Galles. Ils ont donc sans doute occupé des territoires 
plus voisins de l'ancienne Dumnonia. Une fraction des 
Cornovii a incontestablement passé en Armorique : leur nom 
ethnique a persisté et continue à désigner tout le territoire de 
l'ancien évêché de Quimper. Le nom de Domnonia a désigné, 

I . Dans un intéressant opuscule (UEvaiigclisation du Finistère (vi^ siècle), 
Paris, 1908), un ancien étudiant de notre Faculté de lettres, M. Gueuin, 
professeur d'histoire au lycée de Brest, a émis au sujet du rôle de nos saints 
des idées en général justes. Il a trop abondé dans son sens. Il a aussi accordé 
une confiance dangereuse à certaines vies de saints. Enfin, comme je l'in- 
dique plus loin, il a eu le tort de prendre au sérieux la chronique anglo- 
saxonne pour les établissement germaniques en Angleterre au v-vi^ siècle- 
J{cvuc Celtique, XXX. 26 



398 /. Loih 

au ix^ siècle, tout le nord de la péninsule depuis le Couesnon 
jusqu'à la rade de Brest. Mais on peut se demander s'il ne 
s'agit pas d'une extension momentanée de ce nom due à 
l'hégémonie passagère de quelque chef domnonéen. Ce qui 
est sûr, c'est que ce nom n'a pas duré. Les Bretons du Vanne- 
tais, qui ne forment qu'un groupe avec les Bretons établis de 
la Vilaine à la Loire, n'ont pas de nom ethnique insulaire ; le 
nom national de leur pays ÇBro-Weroc, pays de Weroc) est 
breton-armoricain; c'est le nom du chef qui le premier les a 
menés à l'assaut des positions franques dans le vannetais. Le 
gros des émigrants, qui devait tout d'abord contenir des élé- 
ments assez disparates, paraît être parti du sud-ouest de l'île. 
A ce propos, il faut se garder d'une conclusion qui a les 
apparences de la logique : si ces émigrants viennent du sud- 
ouest, ils n'ont dû quitter leur territoire que lorsqu'il a été 
directement attaqué par les envahisseurs? Il suffirait, dans ce 
cas, d'interroger la Chronique anglo-saxonne, semble-t-il; les 
Cornovii, en conséquence, s'ils étaient encore sur la rive 
gauche de la Severn, ce qui est invraisemblable, n'auraient 
émigré que dans la seconde moitié du vr siècle. Mais il faut 
tout d'abord écarter le témoignage de la Chronique : pour 
toute la période de la conquête, avant la conversion des 
Anglo-saxons, elle n'a pas de valeur historique '. Si le royaume 
de Wessex n'a été fondé qu'au commencement du vi^ siècle, 
comme le dit la Chronique, — et on peut l'admettre — , il ne 
s'ensuit nullement que les populations indigènes de ces régions 
n'aient pas eu affaire auparavant aux Saxons : le contraire est 
certain. Il ressort clairement de la vie de saint Germain 
d'Auxerre, du De Excidio de Gildas, que les Angles et les 
Saxons se sont livrés de bonne heure, dans le cours du V siècle, 
à de véritables raids à travers l'île ; Gildas nous dit formelle- 
ment qu'ils ont traversé l'île d'une mer à l'autre. C'est pendant 
cette période que la panique a été sans doute la plus grande 
dans un pays dépourvu, depuis le départ des Romains, de 
toute unité administrative, de toute direction, et très certai- 
nement en proie à des luttes intestines. C'est à ce moment 

I. J. Loth, Reviie Celtique , 1901, p. 92-93. 



Les noms des saiiils bretons 399 

que les déplacements de peuplades et l'émigration ont dû se 
produire avec le jijus d'intensité : les uns s'enfuirent vers 
des régions plus reculées et d'un accès plus difficile; d'autres 
passèrent la mer et gagnèrent des rives plus hospitalières : 
il y en a qui échouèrent en Galice, après avoir touché terre, 
vraisemblablement en Armorique, et avoir trouvé les rivages 
sud de la péninsule déjà occupés. 11 faut, en effet, se mettre 
en garde contre une erreur assez répandue au sujet de l'enva- 
hissement de r Armorique par les Bretons : on se figure trop 
souvent qu'ils abordèrent d'abord à l'extrémité ouest et qu'ils 
s'avancèrent progressivement vers l'est. Rien n'est plus faux. 
Il est sûr linguistiquement que les Bretons étaient fortement 
implantés, dans tout l'est et surtout le sud-est, de leur domaine 
dès la fin du V" siècle. L'embouchure de la Loire et la zone 
voisine étaient bien connues des Bretons insulaires, et il n'y 
a rien de surprenant à ce qu'ils se soient dirigés de bonne 
heure de ce côté. Il est plus naturel encore qu'ils aient gagné 
de bonne heure le littoral 'de la Manche, du Couesnon à 
Morlaix. Il y a de sérieuses raisons d'accepter le témoignage 
d'Eginhard, qui dit formellement que les Bretons émigrés 
s'établirent d'abord sur les terres des Vénètes et des Curioso- 
lites; il était sûrement bien informé des choses de Bretagne. 
Les régions du sud-ouest de l'île, moins directement et 'moins 
constamment menacées peut-être, ont dû avoir, à un certain 
moment de ces périodes troublées du v^ siècle, une véritable 
pléthore d'habitants, et il est très vraisemblable, qu'en consé- 
quence, sans que les territoires aient été entamés sérieusement 
par les Saxons, une émigration considérable soit partie de ces 
régions. Le courant établi s'est continué sûrement au vr' siècle, 
mais il est également très possible que les rivages du sud- 
ouest aient eu la visite des envahisseurs aussi tôt ou presque 
aussi tôt que ceux du sud-est. Pendant l'occupation romaine 
ils en avaient appris le chemin. Il ne me paraît pas impossible 
même que les turbulents et belliqueux Cornovii aient été 
transplantés par les Romains sur les côtes de la Dumnonia 
pour les défendre contre les entreprises des pirates saxons et 
francs. C'est sans doute aussi à des peuplades bretonnes mili- 
tarisées qu'appartenaient les 12.000 combattants de Riotha- 
mus. 



400 /. Loih 

Si les saints gallois n'ont pas eu dans l'émigration et réta- 
blissement des Bretons insulaires, le rôle prépondérant qu'on 
leur a indûment attribué, ils ont dû, en revanche, grandement 
contribuer à la bretonisation des Armoricains dans le territoire 
occupé par les émigrants. 

Il est probable que la population gallo-romaine de l'Armo- 
rique, en dehors du Rennais et du Nantais, en raison de la 
nature du sol, de la grande étendue occupée par les forêts, 
n'était pas très dense à l'arrivée des Bretons, mais il est, en 
revanche, certain qu'on ne peut parler de désert armoricaia : 
dans la vaste zone même occupée par la forêt centrale, il y a 
un bon nombre de noms de paroisses indubitablement d'ori- 
gine gallo-romaine. Si les Bretons insulaires paraissent être 
arrivés a dominer assez vite les populations parmi lesquelles 
ils s'étaient établis, il y a à cela plusieurs causes assez claires. 
Tout d'abord, au V siècle, la péninsule était livrée à elle-même; 
l'administration romaine s'y faisait tout au plus sentir peut- 
être encore à Nantes et à Rennes, jusqu'à un certain point à 
Vannes. Les Francs ne prirent la succession des Romains qu'au 
\'i'-' siècle et n'occupèrent sérieusement, en dehors du Rennais 
et du Nantais, que la ville de Vannes. 

Dans ce pays sans défense sérieuse, sans ressort national, les 
Bretons, race énergique et belliqueuse, dont on peut se fliire 
une idée d'après leurs frères du Cornwal, dont Macaulay a pu 
dire que c'est un peuple belliqueux, audacieux et athlétique, unis 
par le malheur et le souci de l'existence au milieu de popula- 
tions de langue différente, animés d'un patriotisme tout par- 
ticulier, fait de glorieux souvenirs et d'invincibles espérances, 
ne tardèrent pas à devenir les maîtres. Nul doute aussi que 
les missionnaires insulaires en travaillant à la conversion des 
payens qui devaient être assez nombreux dans la zone occupée 
par leurs compatriotes n'aient sérieusement contribué à l'assi- 
milation des Gallo-romains. Peu à peu la langue des domi- 
nateurs devint la langue de la foi pour les Armoricains; ce fui 
dans cette langue qu'ils s'accoutumèrent insensiblement à 
apprendre les rudiments de leur foi : ce fut pour eux la langue 
de l'Eglise, langue de tous les jours, au moins pour une 
partie notable d'entre eux. Les Bretons ont dû en outre avoir 



Les noms des saiiils hreloiis 



401 



un point d'appui sérieux dans les Gallo-romains chrétiens. 
Tout cela ne se fit pas en un jour ni sans déchirements. Le 
souvenir des querelles et des luttes entre Bretons et Armori- 
cains était loin d'être effacé au commencement du ï^" siècle, 
au témoignage d'ErnoI-le-Noir. 



ADDENDA ET CORRIGENDA 



Revue Celtique, juillet 1908, à page 224 : il n'est pas rare que les laii, 
dans le sens d'ajoncs, soient suivis de noms d'homme . 

Parmi les sources, j'ai omis de signaler la très intéressante Pelile légende 
dorée de Bretag)ie de M. Paul Sébillot. J'ai reçu de l'auteur ainsi que de 
M. l'abbé Buléon, curé de la cathédrale de Vannes, quelques utiles indica- 
tions que j'introduis ici sous leur nom. L'initiale L. D. représente Léo-ende 
dorée, Revue Celtique, 1908. 

P. 228 : Aaron (saint) : commune des C6tes-du-Xord (Sébillot). 

P. 229 : ^^/i/t' (sainte) en Pléhérel (Côtes-du-Nord) on prononce 5iv////-7V'(/ 

(Sébillot). 
P. 230 n. I : lisez Albaldus au lieu àc Alkulus. 
P. 251 : au lieu de Altre en Somerset, lis. Aire. 
P. 231 : Alvae:{ : aj. Saint Alvoiié en Q.uéven, Morbihan (Buléon). 

— Aman : Amman est un des évêques successeurs de saint Dewi 

sur le siège de saint David's (Gerald. Cambr.), Itiiicrarium 
Camhriiv, lib. II, i. 
au W^Vi Ac Sant-Alloueste, lis. Sainl-Alloueslre . 
au lieu de Bodian (sainte) : sainte Badiane, lis. : Bodian (saint) : 

sancte Badiane 
au lieu de sant Brannock, lis. saint-Brannock. 
au lieu de sant Proladre, lis. saint Broladre. 

aj. Brewen, transformé en saint Brevin, honoré à Berné, Mor- 
bihan. Peut-être qu'on en a fait un saint anglo-saxon. Je 
pencherais ày voirie Breto-ivenus, compagnon de Paul Aurélien. 
P. 237 : au lieu de Llan-friag, lis. Lhui-friog. 
P. 238 : comme i)ciH~('c, lis. Beuiec. 
P. 239 : avant sancte Ternoce, ajoutez : sur lequel on lit : 
P. 241 : ligne 3 : mettre en vedette CAD VAN. 

— au lieu de ou Saint-Méloir, lis. en . . . 

— après Lan-Tocal, ajoutez ap. 

P. 241 : A''c/«cr(?H: Aoc-A''e;«cr«';7 se prononce Locoveren (Buléon), qui a été 

sans doute précédé par Loc-Kôveren. 
P. 242 : si Kena : supprimez si. 
P. 244 : après C/.»/V/;/i', fermez la parenthèse. 

— On trouvera Ste Citaive : lis on trouve. 
P. 244 : A7(// : chapelle en Pluherlin (Buléon). 

P. 245 : aj. 5iî/«i C/wwwïV, ferme bretonne de 5i7/H/-Co/(>;;/èÙT, Morbihan 

(Buléon) ; a passé par Colommer ^=. Columbarius. 
P. 246 : Congar (L. D., 148). 



232 
236 



P. 236 



40- 



mh 



p 


277 


p 


282 


p 


284 


p 


285 


p 


285 


p. 


286 



290 
291 

294 



p. 


306- 3 c 


p. 


309 : 


p. 


510 : 


p. 


316 : 


p. 


122 : 


p. 
p. 


130 : 
132 : 


p. 


I3i : 


p. 
p. 


13.1 : 
141-K 


p. 
p. 
p. 


143 : 
143 : 

M7 : 



/. Loth 

au lieu de collège Cadfaii, lis. collège de Cadfan. 
au lieu de : pour Coiioiihircb, lis. Coiiiiiarcb. 

Kei'iie Celtiqîte, oct. 1908. 
Dolay (L. D., 148). 

Eniguette (sainte) : village du Guildo,Cotes-du-Nord (Sébillot). 
Ewin : supprimez au XII''^ siècle. 

Galop : au lieu de Sainl-li iii-lViitoe, lis. Sainl irni-ll'aloe. 
Gallery (saint) en Matignon, Côtes-du-Nord, ancienne abbave 

(Sébillot). 
Gerand : Saint Geran, prononcé Saint- Geniii et Sainl-Jeaii, havre 

en Plévenon, Côtes-du-Nord (Sébillot). 
(u'iieu (saint), chapelle en Caulnes, Côtes-du-Nord (Sébillot). 
Gildas : Saint-Gueltas, village en Saint-Denoual, Côtes-du-Nord 

(Sébillot). 
(joiiescal : au lieu de Laul, lis. Lan. 

Gourlais : Sand Ourloiv honoré en Languidic,IVlorb. (abbé Buléon). 
Giienan : supprimez Peiivcnan : voir ArPENDiCE. 
Hebedan : santebedan qui : suppnmez qui. 
Hervé -— Hoiam-hiu. Huarn-vnu est le nom d'un successeur de 

Dewi (Girald. Canibr. lliu. Canibr., lib. II, ij. 
Houarniaule (saint), rocher près Saint- Jacout de la mer, Côtes- 
du-Nord (Sébillot). Ce saint est honoré et a sa statue à Notre - 
Dame-du Haut, en Moncontour, Côtes-du-Nord. C'est vrai- 
semblablement une déformation de Honrncw qu'on a prononcé 
suivant le français du pavs, Houarniaw; l a été ajouté d'après 
l'analogie chevmv : cheva {cheval). Cf. Saint- Urial (Saint-Turial), 
Ille-et-Vilaine, pour Saiiit-Turiaiv. 
07 : Ideuc (Pont) : ferme près Matignon ; on prononce Idcu 

(Sébillot). 
aj. Irmagor (saint), village de Trigavou, (Ànes-du-Nord 

(Sébillot). 
ludon : Locuon qu'on prononce Loc}ôn avec c très palatal est, 
probab. pour Loc-Gwion , car il v a dans le voisinage Bot-cuon, 
prononcé Bocyoïi, pour Bot-Giuion. 
ludoc : saint Judoce, près Evran, Côtes-du-Noid (Sébillot). 

Revue Celtique, avril 1909. 
/(/;'// : on prononce Jagu, Jegu, Jègu (L. D., 24, 1.18). 
Jugon (saint) : L. D., 164. 
aj. Lan vallay, Côtes-du-Nord : v. Balay. 
Leno : au lieu de Llynaug, lis. Llyna-ivg. 

pour Lenlieniet Loulieru, d. Leubri i:t Loubri iiLery (Apph-SD\ciL). 

Loevan : au lieu de : et est aussi le nom, lis. et aussi le nom. 

42 : Maudan. Il n'y a pas de diphtongue dans Lan-ivudaii : on 

prononce en eftet, en bas-vannetais : Lôi'odau (avec bref) ou 

Lavodan. Modan est vraisemblablement le saint gallois Mydan. 

aj. Mauron (saint) : L. D., 152. 

Melor, Meloir : prononcé saint Mla (Sébillot, cf. L. D., 144). 
aj. Mirli (saint) : L. D., 98. 

Rioc : Saint-Rieu en Saint-Cast, Côtes-du-Nord (Sébillot). 
Sainl-Ricul, commune du canton de Lamballe, Côtes-du-Nord 
(Sébillot). 
Riowen : (saint), cf. L. D. 
Riveul (saint), anc. château à Plénée-Jugon. 



Lc\ noms des saints bretons 403 

P. 147 : Seoc : Saint-Cieux (L. D., 28). 

— Solen (saint), commune près Dinan, Côtcs-du-Nord (Sébillot). 

— Téo (saint), village de Plouguenast, Côtes-du-Nord CSébillot). 

— Tomin (saint) : îlot près de Cancale, prononcé 7"()»//;//;(Sébillot). 

Revue Celtique, juillet 1909. 
P. 284, note I : si c'était Pelraii : lis. si c'était Petran. 
P. 294 : Senoux : au lieu de 5' Senatoris, lis. 5" Semitoris. 
P. 298 : ligne i, au lieu de saut Darie lis. saut Dariee. 

— Teliaiu et Elitnu : Teliaw cal pour T-Eliaiu (To-Eliaiu); Eliaiv 

est dérivé de El, premier terme du nom complet gallois à deux 

termes El-iiul. 
P. 300 : àu Wcu Ae Reclii f;eiios, lis. Rcelii-geiios. 

Terijen peut différer de l'erethian : v. Ritien. 
P. 301 : Tevé : supprimez après en Glamorgan : probahlcnieul par erreur. 
P. 30) : Trimoë : lis. Trimoël. 
P. 313 : Elvod : saint Dolay remonte probablement à la lorme hypoco- 

ristique sainl Eloc : dans cette zone, la terminaison -oc-, 

devenu -oc-ô, est arrivée parfois à -e : Trehorenteuc se prononce, 

Tirhantré. La forme réellement prononcée a dû être saiiid Elé 

pour sand Elô (saud Eloc). 
P. 318 : Plouenan : à Benês^nus, Beuii^nus, ajoutez : identique au nom du 

saint irlandais Beuén. 

APPENDICE 

P. 3 10 : Balay et Palay. Il est possible que dans Ploubalav la mutation de 
l'initiale n'ait pas eu lieu. Dans ce cas, on aurait affaire à Saint- 
Bal ay et non Palay, comme dans La n-vallay. M. Paul Sébillot 
m'apprend, en effet, qu'il y a en Ploubalay un ruisseau qui se 
nomme le Freubalay et se jette dans le Freinur : froud a le 
sens de ruisseau, d'eau courante. Froud est féminin, en 
général; mais il est possible, ici aussi, dans ce pays de bonne 
heure de langue française, qu'on ait conservé la forme ortho- 
graphique ancienne , témoin Fremur, grand ruisseau , pour 
froud ou frod-vôr : cf. Fretu := Frot-du (assimilation homor- 
gane). 

— Yvieuc (saint) : M. l'abbé Duine me signale le village de Sainl- 

Yvieuc au nord et auprès de l'abbaye du Tronchet (diocèse de 
Dol). On prononce Ivié, ce qui s'explique par une particularité 
dialectale du pays. Une déclaration du xviie et du XYiii^ siècle 
(Guillotin de Corson, Pouilléll, 233) mentiotîne une métairie 
de Sainl-Yrieuc ; faute vraisemblablement du scribe pour 

Yvieuc. 

— Gré (saint): village en Miniac-Morvan, Ille-et-Vilaine (ancien 

évêché de Dol). On prononce Saint-Greu. 

J. LOTH. 



[RANNA AN AEIR]^ 

Advocates' Library, Edinburgh, Gaelic Ms. n° il 



[P. i] Fiarfaightlimy and so ca lin rann tiiil annsan aer cidir 
dcïsce^n agiis tuaisceart-. 

^ihaiisû ; tri ranna deg annsa deisceart ^ ai^us -a hocht annsa 
tuaiscrart. Agiis as iat so a n-anmanna, i. rann an deisceirt : 
Idurus, Canicula, Lepus, Eridanus, Coetus, Centurus, Argo, 
Pisis, Ara. Is iat so ranna an tuaiscr/rt, i. na Scacbtaro, i. 
Draco, Arcturus dara b'ainm Boeit, agiis Corona, Herculius 
dara b'ainm Nixus no Egonasis, agiis Libra, agits Cicnus, agiis 
Scrpeus, agiis Casiopea, ngiis Perseus, agiis Delaton, agiis 
Eniocus, figiis Andrometa, agus Pcgasus, agiis Oiiucus, agits 
Delpinus, Aquila-*. 

An scachtaré mor dara b'ainm dilm.v Calisto ingen Licoin, 
i. rig na n-Arcon eisein. Agus ro idhbair si a h-oighi do 
Dhcan, i. do baindei na sealgairachta. Agns tug iarsin loib 
mac Saduirnd gradh do Caili|s]to ingin Licoin, agus ro mheall 
\\\ agits ro mill a h-oighi iumpi iarsin; et ro fcarghaidht'rt'^//; 
iarsin Dean bhaindei re CaiUsto ingin Licoin ar miWeadh a 
h-oighi, agus ro cuir Dean a n-deilb math|gh |amhna hi trit 
sin. Agns riig lob iar sin Cailisto leis eider na rannaib iiachtu- 
raclia a n-deilb math|gh]amna. 

An seacljlaré beg ïmorro dara b'ainm d'ûcas Cinosura, i. aen 
sie do buimeachaib lobh. Uair ba himda buime a" lob. Ai^iis 



1. I. e. partes coeli. This dissertation is carelessly written upon three 
leaves of parchment, in a bold hand probably of the carlier sixtecntn 
century. It has some well drawn designs. It appears to bave bcen written 
to instinct a child. 

I owe several valuable corrections to the Kidness of Professer Kuno Meyer. 

2. Read tuaisceart. 

3. Read deisceart. 

4. Aquila is in the MS. wronglv connected with tlie foliowing paragraph. 



THE CONSTELLATIONS 



It is cnquircd herc how miiny constellations are in the sky, 
in both Southern and northern hémisphères. 

Easilv told : — thirteen constellations in the [northern | ', 
and eight in the [southern] - hémisphère. And thèse are their 
names. Of the constellations of the southern hémisphère: — 
Idurus, Canicula', Lepus, Eridanus. Cetus, Centaurus, Argo, 
Pisces, Ara. Thèse are the constellations of the northern hémis- 
phère : — Septentriones, Draco, Arcturus which was called 
Bootes, Corona, Hercules which was call-jd Nixus or Engona- 
sin, Libra, Cygnus, Serpens, Cassiopeia, Perseus, Delaton, 
Eniochus, Andromeda, Pegasus, Ophiuchus, Delphinus, 
Aquila. 

The Great Bear, whose proper name was Callisto, daughter 
of Lycaon king of the Arcadians. She dedicated her virginity 
to Diana, the goddess of hunting. And thereafter Jove son ot 
Saturn loved Callisto the daughter of Lycaon, and deceived 
her and corrupted her virginity : and the goddess Diana was 
incensed against Callisto the daughter ot Lycaon, because of 
the corruption of her virginity ; and Diana turned her into 
the form ofa bear on that account. And thereafter Jove took 
Callisto with him among the uppcr constellations in the form 
ofa bear. 

The Little Bear, also, whose proper name was Cynosura : 
she was one of the nurses of Jove. For Jove had many nurses. 



1. Transposée! in MS. 

2. Sirius. 

3. Le. Auriga. 



4o6 O. Aiidcrsivi 

bandei hi do bainneih Sleibhi h-Idlia ; gurab ar an deagh- 
altram sin tug Cinosura ar loib rug lob leis hi eiâir na ran- 
naib gu n-deilb mathamhna furraid fos. 

Serpeus, '. nathair neimhe sin neoch nar codail acn-locudh 
tre bithu sir a^:^iis agg lunainn ruthaidh sin ; i. bandei eisein. 
Dobi si a coimet lubhgoirt na n-Isspcrda ; do bith si do gnat 
a sliab Athlaind. Agiis as i a natair sin do coimetad an lubort 
sin, ai:;Hs nbla orda no bidis fair. Agiis tainic Hcrcail iarsin 
a^k^tis ro marb in nathair sin agns ro r/z/readh cidir na rannaib 
i trit sin. Agits Tiria ainm ele do nathair sin ncoch ro barbadh 
tri Hearcail. Agus seachi cind dobidh urrtaigh ar tus; agus an 
tan ro beanta aen ceand dib di, ro fosadh seaclu cind na inadh; 
conadh eadh donid Hearcail ria iardain, intan do beanadh 
ceann dib di ro \o\sccadh an ceann agus a inadh, agits ni fasadh 
ceann na inadh furri, no gur marb hi mar sin. 

Arcostorus do//t), vaac do loib mac Shaduirnd hé agus do 
Caihsto ingin Licoin, i. righ na n-Arcon. Agus feacht ann 
tainicc Arcosturus do tigh Licoin, i. do tigh a seanathar, ^^i^/i^ 
ro marb Lîcon [p. 2] iarsin mac a ingine agus dorine aigheadha 
de, agus rosbearb, agus dorad da ithe do loib, i. d'athair an 
mar )icoch taineig cuigi ar aidhgiacht. Agus a raecht feola 
daim tugadh do hi. Agus ro athain iarsin loib gur feoil duine 
tugadh do, agus ro ob an feoil iarsin. Agus ro fM;'gaighéV?(//j 
re Licon co mor agus ro hathnuaigheadh Arcosturus agus 
tugadh beatha do aris, agus rocuireadh eiâir na rannaib trit 
sin e. 

Coron, i. mind righ sin luvch dorine Ulcan d'or o geamaib 
agus o leagaib inneagda, agus dorât iar^iju] do Liber Pater, 
agus tug Liber Pater do Ariaidhne a set suirgi. Agus tug 
Airiaidhne he do Theis, gunadh lie tug eolus do asan labo- 
rinntig Earcail. Agus ar na buaghaib sin agiisar meth a bhuadh, 
agus ar imad ghaisceadh dorighn<V7i//j leis a talmain agus a 
n-Ilearnn ro singhieadh eidir na rannaib e. 

Libra, i. cruit Mercuir ar tus hi, agus Oireib iartain. Agus 
seacbt teda dobidh innti. Agus an ceol ro canadh Mercuir no 
Oireib aisti do tlii^dis na daine ai^us na ceatra a?us na srotha 



Rainia an acir 407 

Aiid she was one of the goddesses oï Mount Ida ; and for 
thc good nursing Cynosura gave to Jove, Jovc took lier 
with him among the constellations, also in the form of a bear. 

Serpens ; that was a venomous snake which slept not one 
moment through the âges for ever, and it belonged to beau- 
tiful Juno : she was a goddess. It kept the garden of the 
Hesperides ; it was ever in Mount Atlas ; and this snake used 
to watch that garden, Vv'herein were golden apples. And thcn 
Hercules came and slewt hat serpent ; and for that it was placed 
among the constellations. And Tiria [Hydraj was another 
name of that serpent which was killed by Hercules. It had 
seven heads at first ; and when one ot its heads was struck Irom 
it, seven heads grew in its place ; so that then Htrcules did 
this to it, when he struck one of its heads trom it he burned 
the head and its stump, and no head grew in its place upon 
[the hydra] untilthus he killed it. 

Arcturus ; he was the son of Jove son ot Saturn, and ol 
Callisto daughter of Lycaon king of the Arcadians. And once 
I ArcasJ came to the house of Lycaon, that is to the house of 
his grandfather ; and thereupon Lycaon slev/ the son of his 
daughter and murdcred him, and boiled him and gave him to 
Jove to eat : that is, to the father the son who had come to 
him as a guest ; and in guise of ox flesh was it givcn to him. 
And then Jove recognised that it was man's flesh that was 
givcn to him, and he relused the méat. And he was luuch 
enraged against Lycaon; and |Arcasj restored and was life 
was given him again, and for this he was placed among the 
constellations. 

Corona, that isa king's diadem which Vulcan made ofgold, 
of gems and of Indian stones, and gave to Dionysus ; and 
Dionysus gave it to Ariadne as a wooing-gitt, and Ariadne 
gave it to Theseus ; and it gave him knowledge ot the laby- 
rynth of Hercules. And for thèse virtues and for the number 
of its virtues and for the many deeds which were done by it on 
earth and in Hades it was placed among the constellations. 

[Lyra. | It was the harp of Mercury at tirst : and of Orpheus 
afterwards. There were seven strings in it ; and the music that 
Mercury or Orpheus made on it, — men and beasts, and 



4o8 O. Aiiderson 

agiis na croind agiis na clocha d'eisteacht re ceol na cruiti sin ; 
conadh trit ro smghiobcadh èiâir na rannaib hi. 

Cepeus mac Peinic, righ na teteopda, athair Andrometa. 
Agus dorala eidir Andrometa la n-aen agits Casopéa bean 
Thsheip, agus dorigne Casopea imarbhaidh deilbhi ris na 
baindéeib muirighi : gunadh oire sin do cnireadh eidir na 
rannaib i, agus a ceann sis agus a cosa suas. Agiis docbiiireadh 
Andrometa ingin Scéip eidir na rannaib ar son an t-saertlra tug 
Pars furri a belaib an bleidhmil muirigi inuair do b' ail leis a 
maelshlugrt^/.». 

Pars dono, as oiri ro smg'iugadh eidir na rannaib he, i. ar 
na tri Goirghi do marbadh dho, con n-enceannaidh ' Mercuir 
agus co cloidhem Olcain, agus co cath-sgiath Meinerbha. Agus 
as amlaidh do badar na tri Goirgi, i. tri hingina iat, agus aen- 
tsuil acLi na triur ; agus an ingin diam ba bail dib dul re 
gnoughudh dobe'neadh in t-suil le. Agus gach duine atcidh in 
t-suil sin, donidhcloch dhe focedoir. 

Eniocus, i. gilla ara; agus as e as ainm dileas do, Erictonius. 
Agus ase as taiscaidh do ordaigh carbad ceathardha ar tus 
ar na gabhraib, i. arna h-eachaib. No buime do buimee - 
conocaib loib an Gabur sin, uair ba hainm dileas di Gabur; 
i. gabur fa formna di agus meand in gach laimh di, i. ainm 
dileas neoch dobidh ar a dha hingin. i. Meann ar gach ingin 
dib sin. |P. 3I Agus buime do loibh an gabur sin guna dha 
hingin^ gunadh oire sin ro suighigheadh eidir na rannaib et 
iniocus el an Gabur sin guna da hingin. 

Ofiocus do//(), as airi eidir na rannaib e ar na nathreachaib ' 
eiteacha ceathar cosacha doriadhad do fo carbat féin a?us fo 



1. Én-chenmich, F., ' bird-skin ' ; Mercury's 'talasia', BB. 457 a 42. 
From ceinn, 'skin'. Fdcaib a én-chendaich for Idr in lige, Bruden Dà 
Derga, éd. Stokes, § 7. Fàcbait na heôin a én-chendcha, ib. J 12 (Pro- 
icssor Kimo Meyer). 

2. Obscurcly writteii. 

S. M. MS arnarnathreachaib. 



Ranna an aeir 409 

streams and trees and stones used to come to listen to the 
music of that harp. So that thcrefore it was placed among the 
constellations. 

Cepheus son of |Belus|, king of the Ethiopians, father of 
Andromeda. And it happened one day between Andromeda 
and Cassiopeia, the wife of Cepheus, that Cassiopeia made a 
contest of beauty with the goddesses of the sea ; and therefore 
she was placed among the constellations, with her head down 
and her feet up. And Andromeda the daughtcr of Cepheus was 
put among the constellations because of the rescue which 
Perseus made of her in face of the monster of the sea, when it 
wished to devour her. 

Perseus ; this is why he was placed among the constella- 
tions, because he slew the three Gorgons by means of Mer- 
cury's talaria and Vulcan's sword and Minerva's battle-shield. 
And thus were the three Gorgons : they were three maidens, 
and they had one eye among the three; and the maiden 
whom they wished to go on an errand took the eye with 
her. And everyone whom that eye saw, it turned him into 
stone straightway. 

Eniochus, that is the charioteer ; and his proper name was 
Erichthonius. And he was the first who yoked steeds (that is, 
horses) in a chariot, four in hand. Or, one of the nurses who 
received Jove was this Capra, — for her proper name was 
Capra ' that is, a goat was under her shoulder, and a kid 
was in each ot her hands ; hence the proper name which her 
two daughters had; for kid was the name of each. And this 
Capra was nurse to Jove, with her two daughters, and there- 
fore both Eniochus and this Capra with her two daughters 
were placed among the constellations. 

Ophiuchus, for this reason is he among the constellations, 
because of the winçed dragons which he drove in his own 



I. Amalthea. The star is callcd Capella. 



410 O. Anâcrsoti 

carbud Tripolim, i. dalta Cereri bandei na cruthnachu ueoch 
ata fon uile domhun. 

Aquela àono, as oire ro smghif^hcadh cidir na rannaib e, uair 
as e rug suas Ganamid mac righ na Trae ar a muin fein d'ind- 
saighi loib 7ieoch tug gradh do ' ar aille do denamh pmraidh 
sodamacda fris. 

Aries -, i. reithi ; agiis anti dianadh ail fis bunaidh an reithi 
so d'aghbhail gusan olaind ordaigh dobai fair, as e so he : i. 
Adamans mac Olei fer sin dobi san Aisia, agtis dobi bandeii na 
mnai aigi, i. Nimpa a h-ainm. Ai^as do rug si dis mac d'aen- 
toirbert do, i. Frixis ^rtr/z.^EilIis a n-anmann. Agus tug Adamons 
mnai ele, i. Mica ingin Diomid ; agns dorât Mica miscais don 
doiini. Et mar do cuala Nimpa sin, i. a mathair, gur b'ail le 
Mica a n-idhbairt dona deibh, tainic da saerad agiis tug le 
raeithi co n-olainn ordai fair, agtis Irirhat troigheadh ina fot, 
agiis ro cuir si a clann fair, agiis ro imc///V in reithi tar maran- 
naib agns tar tirtaib no gur torcair Eillis de isin muir; conadh 
uadh ainmnigtefl'r in muir Ellepointide. Agiis ro siacht Frixis 
for an rcthe imshlan co tir na Colach, gu tug in raeithi a croi- 
ceann orda doib gurab trit sin fuaradar muintireas o Eta, i. o 
ri na Colach : curab trit ro suis.\uoiullje!iiii na rannaib he. 



Tabrus', i. tarb. Agtis as oire ro suisugud eidir na ran|n|aib 
he, uair as e ro imcair Eropa ingin Aighenair leandan loib co 
h-ineis Creit docum loib and gach conair a n-[d]eachaidh ara 
muin fein cum loib. Agiis as e naduir an tairb, i. as treisi a 
tosach na a dtrcadh; as mar^ sin as treisi grian a mi aipril na 
sa mhi roimpi. 

Gemen >, i. olor, i. Cicnus, i. an eal[a]. Agus as âvnlaidseo do 
rmhaigheadb Geimhen, i. as inann Geirnen re radh |p. 4] do 
reir nand ughdar, agm dias arna ceangal a n-en-inadh, amail 
dobhi Castor agus PuUux. Agus :\s amlaid so do ceangladh iat 
a n-en-inadh, i. loib mac Saduirnd, agus as e fa cumachtai- 

1. Do is repeated in MS., the first o being blotted. 

2. Hère is a design of a ram. 

3. Hère is a design of a bull. 

4. Ms. iiiiir ar. 

5. Hère is a design of iwo men. 



Raima an acir 41 1 

chariot, and in the chariot of Triptolemus, the fostcr-son ot 
Cercs, goddess of corn throughout the world. 

Aquila. It was placed for this reason among the constelhi- 
tions, because it took up Ganymede, son of the king of Troy, 
upon its own back to Jove, who loved him for his beauty and 
sinned with him. 

Aries, that is the ram ; and for him who would acquire 
knowledge of the origin of this ram and the golden fleece it 
had, this is it. Athamas the son of Aeolus was a man who lived 
in Asia, and he had a goddess as his wife : [Nephele] was her 
name. And she bore himtwo sons at one birth, called Phryxus 
and Helle. And Athamas took another wife, Mica the daughter 
of Diomed. And Mica hated the children. And when [Nephele] 
their mother heard this, that Mica wished to sacrifice them 
to the gods, she came to rescue them, and brought with her 
a ram with a golden fleece, and thirty feet in length ; and she 
placed her children on it, and the ram carried them over seas 
and lands until Helle fell oft' into the sea which is named hence 
the sea of Hellespont. And Phryxis came safely upon the ram 
to the land of Colchis, and the ram gave them its golden skin, 
and therefore they received employment from Aeetes king of 
the Colchians; and through this it was placed among the 
constellations. 

Taurus, that is the Bull. And this is why it was placed 
among the constellations, because it carried Europa daughter 
of Agenor, Joves mistress, to the isle of Crète, the whole way 
upon its back, to Jove. And this is the nature of the Bull, he 
isstronger in front than behind ; so the sun is stronger in the 
month of April than in the previous month. 

Gemini, or Olor, or Cygnus, thatis the Swan. And it is thus 
that Gemini was formed ; Gemini is like a wheel, according 
to the writers, and to two men bound in one place, as were 
Castor and Pollux. And it is thus they were bound in on place : 
— Jove son of Saturn was the most powerful of the gods, 



zji2 0. Anâcrsou 

ghi ag na deib, agus tug se gradh do mhnai, i. do Neiniis. 
Agiis do bhidh peata eala ag Neimis, agiis ro b'inmhain le hi ; 
agus do smuainti loib dul a raecht na h-eala da h-innsaighi, 
uair nir fet a mealladh o mhudh ele no co n-[d]eachaidh a x\ocht 
na h-cala da h-innsighi. Agus gurosmeall i, agus gor torr- 
tàigheadh iarsinhi; agus gu rug da uigh don toirrcm^ sin ; i. 
Castor agus Pullux an uigh dib agus Billeann Legha agus 
Clemenstra san uigh ele ; i. dis n\ac agus dis ingin sin ar n-a 
n-geineamhain ona deibh. Agus as oire ro cuireadh eidir na 
rannaib iat, uair antan rugadh Castor da ainneoin a n-Ifearnd 
do .cuaid Pullux ara cheann a n-Ifearnn, agus tug leis ar 
eigin ' he. 

Caindcer-, i. an partan laigh, i. righ na partan. Agus as 
aire so ro smgijigbeadh cidir na rannaib e, i. airasear da raibhe 
Earcal ag siubhal na tragha agus tarrla air an Idhghir adh- 
bfuathmhur arachda ilargha, agus do comhraigh Earcail 
frisin n-Idhir co talcair tren-calma agus tainig an partan chucu 
da n-insaighi, agus rogab greim as cois na h-Idhrigh gu ro 
bacaidh e agus gu ro thuit toid sin re Hearcail. 

Leone "•, i. leomhan. Agus as amlaidh ata an leoman, gu te 
tirim do reir aaicnigh, agus co mear dighair dasachtach do reir 
a neirt agus a mire agus do reir a bhuaisle agus a daingne agus 
a gnimhaidhiïe as[us -^r son a beth na rriijh arna h-uile ainmhighi 
inndligteach neoch ata ar an doman co h-uiligi. Gurab trit sin 
ro suigieadh eidir na randaib he. 

Virgo +, i. ogh. Comartba do comartbaib [grenej sin, Agus as 
amlaidh so dlighidmi in ogh beth, i. co staitamâ'/V do reir a 
h-aicuigh, agus is te^glacb easlabbair do modhaib agus do locht 
oibri agus do daine bbulsle in teâglaig so, agus do claeclodh 
piast o inadh co h-inadh. Et as uime 3.derar Virgo risin 
comartba sin, i. ona bheth mar bis ogh co ;zm;//torrach, is 
zmlaidb sin bis grian intan bis si sa comartba sin ; oir is i cnaidi 
na ûeda do reir a tea^^z si, agus da reir sin bi talam co neam- 
tortach intan bis grian annsa comartba sin, do reir cnaidh na 
Ç^eda nadura on talm«/«. 

1. Ar eigin is written twice, first timc correcled. 

2. Hère is a design of a crab. 

3. Hère is a design. 

4. Hère is a design of a girl wearing a long gown. 



Raima an aeir 413 

and he loved a woman called [LedaJ ; and [LedaJ had a pet 
swan, and it was dear to her. And Jove tliought to go to her 
in guise of the swan, since he could deceive her in no other 
way until he went to her in guise of the swan. And hc 
deceived her, and she became pregnant and bore two eggs of 
that pregnancy ; and Castor and Pollux were in one cgg, and 
Helen [daughter of| Leda and Clytaemnestra were in the 
other egg ; that is to say thèse w^ere two sons and two daugh- 
ters born of the gods. And therefore they were placed among 
the constellations, because when Castor was taken against 
his will to Hades Pollux went to him in Hades^ and brought 
him away by force. 

Cancer, the... crab, the king of crabs. And this is why it was 
placed among the constellations. At the time when Hercules 
was travelling along the shore and came upon the Hydra, 
odious, monstrous, multiform, and when Hercules fought 
with the Hydra stubbornly, valiantly, the crab came to them 
and took a bite out of the Hydra's foot, and it was lamed, and 
it fell thereby before Hercules. 

Léo, the Lion. And thus is the lion, hot and dr}^ by nature, 
and wanton, violent and fierce according to his vigour and 
his wildness, and according to his pride and strength andacti- 
vity, and because of his being king over every lawless beast 
which is in the world. So that therefore he was placed among 
the constellations. 

Virgo, that is the Maiden. This is a sign of the Zodiac. 
And it is thus a maid should be, by nature digiiified, in the 
household courteous ' to slaves and to workers and to the 
gentlefolk of this fomily, and to remove cattle from place to 
place. And for this reason is this sign called the Maiden, 
because of its being like a maiden unfruitful ; in this wise is the 
sun when it is in this sign, because it is consuming the feast 
through its beat, and accordingly the earth is unfruitful while 
the sun is in this sign, through the wasting of the feast of 
nature from the earth. 



I . Generous, libéral (Professor Kuno Meyer). 

Revue Celtique, XXX. 27 



414 O. Anâersou 

[P. 5I' Libra, i. meadh thomhais. Agiis as oire aderar 
meadh ria, uair as amhlaidh bis an mbeadh ag denamh an 
cothtroim eidir dha ni, ar son nach beth imurcaidh ar ni dibh 
sech aroile, as ^mlaidh sin bis grian annsa comurtha sa ; uair 
as comhtho[imseach|, cothrom, comhfada la agus aidhche 
d' uairib agiis do mhomheintib annsa mhi so, agus ann sa 
comhurta so, re n-abur Libra uair as dealb meidhi bis tfuas 
urraidh eidir na comurtaib. 

Scoirpius ^, i. nathair neimiie. Agus as amhlaidh robi a 
nathair sin, arna foghlug^'rt'/.' an dibh rannaih ; i. arna dea- 
lughudh maille re moran do nathrachaib agus do examhlacht 
ainmhinteadh : agiis bhaill n-ingantach n-adhfuathmur n- 
exam/jrt// a leanmhain di as a corp amach ; gurab ar med na 
m-ball sin dobi aici adubairt gach neach da facaidh agus da 
cualaidh hi co muirfeadh gach ainmighi dar geinedh ar tal- 
maimh acht muna beth adragan aturru agus an scoirp hi sin. 
Gurab oire sin ro sulghigJk'adh eidir na ranuaib hi. 
Sagitarius ^, i. saighdeoir. Agus as :\m\aidh dobi, i. aen do na 
ceandturachaibh é. Agus as mar so ro bi an ceanntur, co 
luirgnibh eachdaib agus conerboll eachda agus co n-ulca 
saighdi amail dobi an seantuir dar b'ainmh d'ûeas Ciron mac 
Saduirnd, i. Ciron cruitire. Agus as oire so smgmgadh eidir 
na rannaib é ar son a bheth na oidi ag Aichil mac Peil, agus 
ar med a fhirinne agus ar son a bheth mirbuileach, i. each 
comuscda ; oir rob each a ichtur agus ro ba duine a uachtar. 

Sagitum, i. an t-soighit. As aire so ro singljigheadb eidir na 
râiviaib hi, uair as le do rugadh suas san irniamint Gonamid 
mac righ na Traé; agus as di ro marbh Apaill na Cicoiloipecda ; 
agus as di ^ doronsat soighena do loibh, agus as dib sidhein 
ro marb loib Ascolaip mac Apaill. 

Capricornd >, i. an comurtha so r[e| n-abur an Gabur : as 
amlaidh so dobidh se, i. comhulta do loib é an Capricornn 
so. Agus ro eirigh cuis eigin do ceannairc no d'imurbaidh eidir 
Tipon coraid agus Capricornn gabur [p. 6\ no co n-deachadar 

1. Hère is a design of a figure with scales. 

2. Hère is a design. 

5. Hcrc is a design of accntaur, with bow and arrow. 

4. Read as iat. 

5. Hère is a design. 



Raima au aeir 4 1 5 

Libra, that is a weighing balance. And this is why it is 
called the Scales, because just as scales make a balance between 
two things so that one does not exceed the other, so does the 
sun in this sign, since day and night are equally measured, 
equally balanced and equally long in hours and in seconds 
in this month and in this sign, which is called Libra because 
it has the appearance of scales up among the constellations. 

Scorpio, that is a venomous reptile. And thus was this 
reptile, divided in two parts; that is tosay divided like many 
reptiles and diverse créatures, and it had limbs strange, hor- 
rible, dissimilar extending from its body behind. So shat 
from the number of limbs it had, everyone who saw or hcard 
it said that it would kill any créature living on the earth were 
not the dragon between them and this scorpion. So that for 
this reason it was placed among the constellations. 

Sagittarius, that is the Archer. And it is thus he was ; lie 
was one of the Centaurs. And a Centaur was like this, he 
had horse's thighs and a horse's tail, and a pointed beard (?), as 
was the centaur whose proper name wasChiron son of Saturn, 
or Chiron the harper. And he was placed among the constel- 
lations because he had been a teacher of Achilles son of 
Peleus, and because of the extent of his truthfulness and 
because he was miraculous, — being a horse in part ; for he 
was a horse below, and a man above. 

Sagitta, that is the Arrow. It was placed among the con- 
stellations for this reason, because by it was wounded up in 
heaven Ganymede, son of the king of Troy ; and by it did 
ApoUo kill the C3'clopes, who made the thunderbolts for Jove 
by which Jove had slain Aesculapius the son of Apollo. 

Capricornus, the sign which is called the Goat, was like 
this. He was a foster-brother of Jove ; and some cause arose 
of strife or contention between the warrior Typhon and 
Capricorn the goat, until they came to fighting and to combat 



4ié O. Aiidersou 

do c^iViUsi^adh a^ns do comhrog re celé, ^,f^//.?gur theith Cnpri- 
cornn roim Thipon, agiis gurcuireadh a ceand aceann ngabair 
trit sin. Agus do cuaidh iarsin ar itiiheadh a smth Tihhir, gur 
soghudh ag iarthar agus a earr a cosmaileos eisc annsa sriith, 
co n-dearnadh toratharracht air marsin. Agiis gurab trit an 
toratarracht sin Yosmghighendlj cidir na randaib he. 
Aquarius % i. an comurta ainmnigtca/- on usci; agus as inand 
Aquair agus usci. Agus as mar so ata cosm2i\leas^ an comurta 
so ris an usci, oir an te on ainmnigtmr an t-usci dobi ag na 
deib, as tar lamhaib nand déé do timtiridh se an t-usci sin ; oir 
as ar socraid^r/?/ a dealba agus ar ÎQTibus a dealba tugadh tim- 
xhxrcacht an usci do. Agus trit sin tug loib gradh dho ar feab//5 
a dealba allos ^eacTnà sodamaccda do denamh fris tug se tim- 
ûrcachl usci nan dee do da faghbail ar ais no ar eigin. Agus as 
trit sin do cuireadb eidir na comurtaib he. No as trit an abdhur 
ele so aderar Aquair fris, i. neach dobidh uair eigin dar b'ainm 
dih'^7^ Peighis ; agus as mar so do cruthaighm^//.; é, d' fual ' na 
tri n-Goirgeadh, i. na tri hingina agaroibe an aen-shthuil na 
ceannaib. As d' fuaH an toir sin ro gelncadh Peighis. Agus tug 
se buille da coisforsin talmain, gur muigh tobur d'usci somilis 
asin talnw/// ; gurab trit sin aderar Aquair ris, agus as oire sin 
ro suig[higheadh] cidir na comurtlmih e. 

Pises', i. an da bradan neoch do ruthaigbeadh ag na deib. 
Agus as iat so an da bradan sin cosmailtMr re Pisis, i. re 
comurta na grene, i. Veinir agus a mac Cuipeadh. Agus ar 
teitheadh roimh Tipon coraidh cetna docuadar an dias sin a 
sruth Disc. ^, co n-dearnaidh da bradan dibh ar aen. Gurab 
trit sin ro svùghigheadl.i cidir na rzwiaih iat. No as trit so aderar 
Piscis ris, i. na bradain sin, as iat frithoileas usci na n-déé o 
Acquair, agus as iat ro coimed loin ingin, in aithbean loib, 
neoch rocuireadh ar teitheadh fon muir roimh lunaind cru- 
thaidh, i. beau ele do mhnaib loib sin '. 



1. Hère is a design oF a hunaan figure, with kilt and tunic, liolding an 
inverted water vase iu each hand. 

2. Ms. lias : cosmail aile'iï5. 

3. Read /!(//. 

4. Read fiiil. 

5. Hère is a design. 

6. Evidentlv attracted to dise, diosg, barren, dried up. 

7. Hère a scribe's note ends the page ; a Mtiire, v O Mary ». There is 
no connection between this section of the volume and the pages which 
succeed. 



Raniia au aeir 41^ 

with each other. And Capricorn fled before Typhon, and his 
head was turned into the head of agoat on this account, and 
he went there after in flight into the river Tiber, and his hin- 
der part and his tail changed into the likeness of a fish in the 
river, so that in this way he became a monstrosity ; and 
through this monstrosity he was phiced among the consteUa- 
tions. 

Aquarius, the sign which is named after water ; Aquarius 
and water are the sanie. Thus is the hkeness of this sign to 
water, because the person after whom the water of the gods 
was named used to serve that water to the hands of the gods. 

For the service of the water was given to him because of 
the pleasantness and the excellence of his comeliness, for 
which Jove loved him, because of the excellence of his come- 
liness; and to sin with him he gave him the service of water 
with the gods, to hâve him w^hether he would or not. And 
through this he was placed among the signs. — Or it is called 
Aquarius for this other reason. There was once a person, 
whose proper name was Pegasus ; and thus was he created, 
from the |blood| of the three Gorgons, that is of the three 
maidens who had one eye in their heads. From the [blood] of 
thèse three was Pegarus born. And he struck a blow with 
his ioot upon the earth, and a spring of sweet water welled 
up out of the earth; sothat he is called Aquarius, and for this 
cause was placed among the signs. 

Pisces, that is the two salmon which were created among 
the gods. And thèse are those two salmon which are likened 
to Pisces, that is to a sign of the Zodiac, namely Venus and her 
son Cupid. And in fleeing from the saine warrior Typhon they 
both went into the river Styx, and they were made into 
two salmons ; and therefore they were placed among the 
constellations. — Or it is for this reason that it is called Pisces, 
that thèse salmon are distributors of the water of the gods 
from Aquarius. And they guarded the girl lo, Jove's second 
wife, who was caused to escape under the sea from beautiful 
Juno, another of Jove's wives. 

O. O. Anderson. 



CORRESPONDANCE 



Inismara, Aran Isles, co. Galway, i8 août 1909. 

Cher Maître, 

J'ai la grande douleur d'avoir à vous annoncer la mort de 
Miss Eveleen Nicolls, votre ancienne élève du Collège de 
France. 

Elle fut noyée le 13 de ce mois aux îles Blaskett, sur la 
côte de Kerry, dans un effort héroïque pour sauver la vie 
d'une jeune hlle qui se baignait et qui était entraînée par le 
courant au moment où Miss Nicolls arrivait sur la plage. 
Complètement vêtue, Miss Nicolls se jeta dans la mer et 
réussit à maintenir la jeune fille jusqu'à ce qu'un jeune homme 
lui apporta aide ; c'était le frère de la jeune fille et il maintint 
sa sœur quelque temps sur l'eau. Malheureusement il n'y avait 
pas de bateaux près de là, et quand, à la fin, un bateau arriva, 
on ne trouva sur l'eau que la jeune fille; son frère et Miss 
Nicolls avaient disparu. Avec bien des soins la jeune fille fut 
ranimée, mais quand on retrouva les corps de son frère et de 
Miss Nicolls, tout soin était inutile. 

Sa mort est une grande perte pour notre pauvre pays. 

Agréez, cher Maître, mes sincères et respectueuses saluta- 
tions. 

Victor CoLLiNS. 



Quand on vieillit comme moi et qu'on sent son existence 
à peu près terminée, il est bien triste de voir disparaître les 
jeunes gens sur lesquels on comptait pour le progrès avenir 
de l'érudition. Mais la fin de Miss Eveleen Nicolls est trop 
glorieuse pour ne pas nous consoler de sa perte. Miss Eveleen 
Nicolls est morte héroïquement. Elle ne pouvait mieux ter- 
miner sa vie. 

H. D'A. DE J. 



TABLE DES MATIERES 



CONTENUES DANS LE TOME XXX 



ARTICLES DE FOND 

Pages 

Questions de grammaire et de linguistique brittonique, par J. Loth. i 
Le témoignage des manuscrits sur l'œuvre littéraire du moine Lat- 

chen, par L. Gougaud 37 

Documents nouveaux sur l'histoire des Gaulois d'Orient, par A.-J. 

Reinach 47 

Le gaulois ihcros, par E. Philipon 73, cf. p. 120 

Enlèvement [du taureau divin et] des vaches de Cooley,par H. d'Ar- 

BOIS DE JUBAINVILLE, S'uiU' 78, 1)6, 235 

Les noms des saints bretons, par J. Loth, snile 121, 283, 395 

A note on the word iniath, par Walter J. Purton 186 

Liber ex lege Moysi et les tendances bibliques du droit canonique 

irlandais, par P. Fournier 221 

L'ibère Narbu, par E. Philipon 252 

Notes étymologiques et lexicographiques, par J. Loth 258 

Une divinité celtique inconnue, par Seymour de Ricci 268 

Contributions à l'étude des romans de la Table Ronde, par J. Loth. 270 
Aislingthi Adamnâin d'après le texte du ms. de Paris, par J. Ven- 

dryes 349 

Le nom national des Gallois, Cy)iirù, au pluriel Cyiiiry 384 

Miscellanea hibernica, par Kuno Meyer 392 

Ranna an aeir, « The constellations », par O. O. Anderson 404 

CHRONiaUE, BIBLIOGRAPHIE, NÉCROLOGIE, 
CORRESPONDANCE 

Anwyl (E. ), The Poetry of the Gogynfeirdd 198 

Bergin (O. J.), Aiiecdota frovi irish Maiiiisciipti 99 

— Son cours d'irlandais à Dublin 551 

— Stories froin Keatiiiî^'s History of Irelaitd 526 

Best (R. J.), Aiiecdota f roui irish Maniiscripts 99 



420 Table des matières 

Bhulbh (Patrick de), Shiiite Gaedhdl is Gall, Irish Nantes aiid Siir- 

nariies 325 

Blanchet (Adrien), Recherches sur les aqueducs et les cloaques de la 

Gaule romaine 98 

— Chronique de numismatique celtique. 189 

— Mémoires et notes de numismatique 330 

BoswELL (C . S . ), An irish Precursor of Dante 90 

Cabrol (Dom Fernand), L'Angleterre chrétienne avant les Normatids. 329 
Dambrine (L'abbé E.), Créleil (Seine), premiers monuments de son his- 
toire 97 

Davies (J. Glyn), Son cours de gallois à Dublin 341 

Dklehaye (Le P. Hipp.)- 188 

Dinnen (Rev. Patrick S.), Son édition des tomes II et III de Keating, 

Foras feasa ar Eiriim 89 

DoTTiN (G.), La religion des Celtes 92 

— Les livres de saint Patrice, apôtre de l'Irlande 92 

— Prétérit en irlandais moderne 211 

DuNN (Joseph), La vie de saint Patrice, mystère breton 324 

Evans (Wade), Welsh Médiéval Lazu, being a Te.xt of the Laïus of 

Hoiuel the Good 327 

Faraday (Winifred), Gaelic Fairy Taies 95 

Halter (Eduard), Die Mundarten im Elsass 100 

Hellmann (Siegmund), éditeur du De duodecim abusivis saeculi 331 

Holder (Alfred), Altceltischer Sprachschal:^, 17*-' et i8e livraisons. ... 330 

HuLL (Eleanor), A Text-Book of Irish Literature, t. II 91 

— The Gael and the Gall, Notes on the social condition of Lrelaud 
during the Norse Period 98 

Joyce (P . W . ), Old irish Folk Music and Songs 323 

Kayser (Karl), Die Kelten des Bardengaus 331 

Leclerc (E.), Origine des noms de communes du département de la Haute- 
Marne 1 02 

Macalister (R. a. Stewart), tome X, de V Irish Te.xt Society 322 

Maclagan (Robert Craig), Religio scotica, ils Nature as traceable in 

Scotic Saintly Tradition 100 

— Note supplémentaire 329 

Mac Piarais (Padraic), Bruidhean Chaortain 330 

Martins(J. p. Oliveira), As raças humanas e a civilisaçào primitiva. 98 
Mathews (Thomas), The O'Neills of Ulster, their History and Genea- 

iogy T 95 

Meyer (Kuno), Anecdota from irish Manuscripts 99 

— Tecosca Cormaic, t. XV des Todd Lectures. 525 

— Die Romanischen Literaturen and Sprachen mit Einchluss des 
Keltischen 528 

— directeur de la School of irish Learning à Dublin 331 

— éditeur du ms. Rawlinson B. 502 de la Bibliothèque Bodléienne 
d'Oxford 352 



Table des matières ■ 421 

Meyer (Kuno), Primer of irish Metric 333 

MoHiLLOT (M.), Deux inscriptions d'Atesia, l'inie gauloise, l'aiilre 

latine, et les divinités Venetis et Bergusia 335 

— La source sacrée d'Alesia aux temps payens 335 

Morin-Jean, Archéologie de la Gaule et des pays circotivoisiiis depuis les 

origines jusqu'à Charlemagne 324 

NicoLLS (Eveleen), Sa mort 418 

O'Keeffe (J. g.), Anecdota from irish Manuscripts 99 

OsTHOFF (Hermann), Sa mort 3 30 

Parkes ( Winifred M . ), Gaelic Fairy Taies 95 

Pedersen (Holger), Vergleichende GrammatUi der Keltischeu Sprachen, 

t. 1 204 

Philipon (E.), Les Ibères 199 

Reinach (Salomon), Album des moulages et modèles en vente au Musée 

des antiquités nationales à Saint-Germaiii-t')i-Luye 93 

— Cultes, mystères et religions 93 

RoDET (le Dr Paul), Le culte des eaux thermales à V époque gallo-romaine. loi 

Saussure (Ferdinand de), Mélanges de linguistique à lui offerts. . 97, 211 

Sébillot (Paul), Le paganisme contemporain chei les peuples celto-latins. 92 
Siret (Louis), Villaricos v Herrcrias, antiguedades puuicas, romanas, 

vcisigoticas y arabes 97 

Stbrn (L. Chr.), Die Romanischen Literaturcn iind Sprachen mit 

Einchluss des Keltischeu 328 

Stokes (Whitlev), Anecdota from irish )nss 99 

— Article nécrologique 219 

Strachan (John), Stories from the Tdin . . 96 

— An Introduction to early Welsh 530 

Strachak (John), Inauguration de son monument 321 

Traube (Ludwig), Ouellen und Untersuchiingen ~ur lateinischen Philo- 

loi^ie des Mittelalters, t. III, 2^, 3^, 4e livraison 94 

W.\CKERNAGEL (J.), Geiietiv und adjectiv 211 

Vendryes (J.), Etymologie de l'irlandais claideb 97 

Wentz (Walter Yeeling Evans), The Fairy-faith in Celtic Countrics, 

its psychical Origin and Nature 333 

Weston (Jessie L.), The Legend of Sir Percerai 326 

Williams (Sir John) donne au Pays de Galles sa bibliothèque gal- 
loise 521 à 545 

Williams (Robert), traduction anglaise du texte gallois dt^VHistoria 

de Ca>olo Magno 90 

Zimmer (Heinrich), Sprache und Lilerature des Kelten im allgemeinen. 103 

PÉRIODiaUES 

American Journal of Philologv 111,539 

Annales de Bretagne. 1 10, 340 

Annales du Midi m 

Athenaeum 342 



422 Table des tnatières 

Boletin de la real Acaderaia de la Historia 537 

Bulletin du comité des travaux historiques et scientifiques 1 12, 3 39 

Bulletin de la Société polymatliique du Morbihan 214 

Comptes rendus de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. ... 214 

Eriu 108 

Folklore 106, 218, 341 

Fureteur breton ni 

Giornale storico e letterario délia Liguria 216 

Glotta 344 

Indo-germanische Forschungen 105, 340 

Irish ccclesiastical Record 537 

Irish Lcabhar na Gaedhilge 115,345 

Irish theological Quarterly 337 

L'Anthropologie. 110, 218 

La Revue 344 

Mémoires de la Société de linguistique de Paris 341 

Portugalia, Materiaes para o studio do povo portuguez ni 

Pro Alesia 110, 344 

Publications of the modem Language Association of America 342 

Revista di scien/a 117 

Revue archéologique 107, 217, 340 

Revue bénédictine 113 

Revue de l'histoire des religions 112 

Revue de philologie française et de littérature 114 

Revue des études anciennes 107, 217 

Revue des traditions populaires 1 10, 218 

Revue internationale des études basques 217 

Revue préhistorique 115 

Romania 1 17, 216 

SitzungsberichtL- dcr Koeniglicli-Prcussischen Akademie der Wissen- 

schaften 11 >, 117, 212, 336 

The Celtic Review 106, 217, 338 

The Journal of the Gypsy Lore Societv 215 

The Journal of the Royal Society of Antiquaries of Ireland 218 

The Transactions of the Honorable Society of Cymmrodorion 342 

Zeitschrift fur celtische Philologie 214 

Zeilsclirift fiir verglciclicndc Sprachfoischung 106, 339 



Le Gérant, H. CHAMPION 



MAÇON, PROTAT FRÈRES, IMPRIMEURS 



TABLE 

DES PRINCIPAUX MOTS ÉTUDIÉS 

AU TOME XXX 
DE LA REVUE CELTIOVE' 



I. Gaulois ou vieux celtique et ogamique. 

(Voir pp. 194, 196, 197, 331.) 



-aco-, 102, 112. 
Admagetobriga ? 112, 115. 
Albioderum, 75. 
Aliodrensis, 75. 
Alisanu, 335. 
Allobrox, 388. 
Altiniacus, 102. 
Andiliacus, 102. 
Andillus, 102. 
Andovartoni, 344. 
Anduarto, 343 . 
Annaroveci, 193. 
Aspriacus, 102. 
ate-, 268. 
Ateurita, 268. 
Ateuritus, 268. 
Augustidunum, 75. 
Autessiodurum, 73, 75, 121 
Avaucia, 194. 

Balloduron, 73, 76. 
Dcccus, « bec », 341. 
Bellovesus, 206. 
Benacus, « cornu », 215. 
Bergusia, 334, 335, 344. 
Btpyo;, 387. 
Blatum Bulgium, 169. 
Boiodurum, 74, 75. 



Boudus, 339. 

-briga, « forteresse », 204, 535. 

Brigantes, 167, 335. 

Brigantia, 335. 

Britanni, 387. 

Brittani, 168. 

Brittones, 387, 390. 

Brivodurum, 75, 76. 

Brogitarus, 385. 

Camouliana, 66. 
Canti, 339. 
Cintugnatus, 339. 
Cisso[nio], 107. 
com-, « avec », 388. 
Combronensi ? 389. 
covinus « char », 85. 
Cristoialo, 97. 
Cristos, 97. 

Dividunum, 73. 

druides, 106, 107. 

Dumnonii, 168. 

-dunum, -ooovov, « ville forte placée 

sur une hauteur »,73, 74, 120. 
duorico, « portique »? 120. 
Durobriva, 120. 
Durocasses, 75. 



I. Cette table a été faite par M. Ernault. 



Table des principaux mots étudiés 



Durocortorum, 75 . 
AoupoxoTpiye:, 74, 
Aoupoxotxopov, 74. 
-duros, -durum, «ville close (située 
en plaine », 75-77, 120. 

Eburacum, 167. 
Eccobriga, 66. 
Epona, 107, 339, 387. 
Eponos, 252. 
essedum, « char », 83. 

gaison, gœsum, « javelot »,6),67, 

197. \ 
Gaizatodiastos, 67. 
Gaizatorix, 65, 67. 
Favvo'ooupov ? 74. 
Gesatus, 339. 
Grannus, loi, 102. 
gutuatri, « flamines », 106. 

Hérippé, 66. 

-i, gén. sing., 211. 

Icciodurum, 73, 76. 

Icioduron, Itiodurum? 73, 75, 76. 

"h-a, 387- 

ieuru, « je voue »? 335. 

Isarnoduros, 73, 73, 76. 

Kentaurètos, 65. 

launa, « espace circonscrit et plan », 

123. 
Loucet[io], 107. 
Ao'jySouvov, Lugdunum, 73, 74. 
LuGUDECcAs, 343. 
Lugudunum, 74. 
Luxovio, ICI. 

Maglagni, 138. 
Magurix, 147. 
Mandalos, 66. 
Matugenos, 140. 
MeOOillus, 339. 
Menapii, 212. 



Narbo, 252-257. 
Nemausus, 120, 216. 
Nemptudoro, Nemetodero, 75, 76. 
Nodons, Nodens, ici. 

'OzToSoupoc, 74. 
Ogl..., 268, 269. 
Oglanda, Oglenda? 269. 
Ogmios, 269. 
Onomaris, 66. 
Ordobêtos, 65, 66. 



Petobriga, 66. 
petrudecameto, 
(jour) M, 214. 
Primuliacum, 1 1 1 , 112 



e quatorzième 



Rectugenos, 300, 403. 
Rémi, 206. 
Riko, 197. 

Salodurum, 74. 
Scotti, 329. 
Setantii, 167. 
Skingomagos, 66. 
Skingorios, 65. 
Smerti, 339. 
Soummaroudès, 65 . 
Sulevis, 107. 

Taranus, 297. 
Tolostachora, 66. 
Touta, 203. 
triconti, « trente », 214. 

-u, dat. sing., 535. 
Ucuetis, 334, 335 > 344- 
Ura, 217. 
Uritus, 268. 
ùùaTEiç, devins, 105. 

Vectis, Qùï)-/.-;';. 387. 
Visunae, 107. 
Visurix, 206. 



au tome XXX. 



III 



II. Irlandais. 



(Voir pp. 93, 113, 114, 117, 133, 141, 142, 206, 207, 209-211, 216, 295. 
301, 350-3S4, 358, 361, 563, 367, 377, 387,412, 414, 416.) 



abb Rôma, « abbé de Rome, pape «, 

380. 
ad-, « très », 359. 
adaidbli, « plus vaste »? 358, 359. 
Adamnân, 91. 

adgaire, « malédiction », 377. 
air-, er-, 207. 

airecht, « assemblée », 259. 
airlicim, « je prête », 341. 
aiss, « fleuve », 263. 
aith-, eth-, 207. 
-aitrebann, « ils s'installent », 362, 

363. 
ail, « rocher », 341 . 
amnas, « sauvage », 207. 
anall, « de là », 340. 
anfén, « étrange », 379. 
anim, « âme », 209. 
apstal, « apôtre », 356, 357. 
araid, « escaliers », 216. 
artha, ortha, « prière », 237. 

Baedan, 218. 

Baith Banaigh, 37, 58. 

Balar, 107. 

Bângleo Rochada, « combat blanc de 
Rochad »,88. 

banna, « goutte », 208. 

bârd, « barde », 95, 334. 

bearlagar na Saor, « langage secret », 
216. 

Bél-oir, « bouche d'or», 39. 

bés, « moeurs », 208. 

bir, « épieu », 341 . 

blonac, « lard », 208. 

bocht, « pauvre », 117. 

bodar, « sourd », 203. 

Bodb, loi. 

bolg, « sac, outre », 169, 205, 373. 

bolg, « ouverture », 169. 

bôrime, « compte de vaches, tri- 
but », 108. 

both, « pénis », 341. 

Bress, 107. 

Brian, Brion, Briun, 108. 



Brigida, 94. 

brissim, «je brise», 341. 
brôinech, « affligé », 208. 
brothrach, « couverture », 208. 
hruiden, « château, palais », 341. 
bruinne, « poitrine », 105. 
buinne, « bord », 341. 

caech, caoch, «aveugle», 262. 

Caebrach, 218. 

cdin, « beau », 114, 207. 

caindle, « chandelle, riambeaux », 84, 

87, 241. 
cair, «grappe», 208. 
cdir, càer, « balle, globe, masse 

ronde », 370. 
cairigur, « je blâme